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débrouillardise entrepreneuriale

La vie entrepreneuriale : l’art de la débrouillardise

Je m’appelle Justine, j’ai 24 ans et je suis la co-fondatrice de L’étiquette, une boutique en ligne de mode éthique. Aujourd’hui je prends la parole sur le super blog de LiveMentor pour parler d’un sujet qui me passionne : la vie entrepreneuriale. 

Un peu de contexte. La semaine dernière, c’était la grande rentrée sportive : je suis retournée à mon cours de boxe Thaï favori. Je m’entends très bien avec mon coach, on discute on discute, et soudain bim sans prévenir il me met un coup de poing dans le foie. Je tente tant bien que mal de contenir un petit « humpf » mais mes yeux trahissent ma surprise. Voici l’échange qui a suivi :

  • Bah alors Justine, ça fait mal ?
  • Un peu, je n’étais pas prête !
  • Pourtant, tu aurais dû.

Sans appel.

vie entrepreneuriale

Eh bien la vie entrepreneuriale, c’est pareil. On travaille on travaille, et soudain bim, coup de poing. Ça arrive tous les jours, quel que soit le stade de son business. Et malheureusement, je ne pense pas qu’on puisse travailler sur ce point-là. En revanche, ce qui est intéressant, c’est la manière dont on se prépare, dont on encaisse, et dont on réagit. 

En entrepreneuriat, il y a aussi des journées un peu plus pourries que les autres

Vous savez ? La journée où tout va mal. Celle où vous vous levez avec une pêche d’enfer, prêt à tout pour votre business. Et soudain c’est le drame : ce n’est pas un seul coup de poing. C’est plutôt une avalanche de coups de poings.

En ce lundi 24 septembre 2018, j’en ai vécu une un peu comme ça. Allez, je vous raconte ?

Tout a commencé à 7h, quand mon réveil a sonné. Petits étirements, petite douche, petit déjeuner. 8h, premier call avec Eloïse, mon associée préférée. Tout se passe bien, on établit tranquillement les objectifs de la semaine, tandis que je me prépare mentalement à devoir passer ma journée en tournage avec 4 marques partenaires. Deux le matin à Rouen, là où je vis, puis deux l’après-midi à Paris.

motivation entrepreneur

Soudain, double appel : notre stagiaire (appelons la L), supposée arriver à Rouen à 10h pour nos tournages du matin, avec caméra et micro, est infiniment désolée : son chien a vomi, elle doit aller chez le vétérinaire en urgence, elle n’ira pas prendre son train.

Il est 8h30. J’inspire, j’expire. En deux secondes il faut que je décide quelle va être ma réponse : je la joue boss imblairable, ou je reste dans la compassion – parce que les chiens c’est quand même choupi et qu’en vrai je suis super triste pour elle ?

Évidemment, compassion.

Je rassure L, lui demande de me tenir au courant de l’état de santé de son chien, raccroche. J’inspire, j’expire. Tout en me demandant comment je vais gérer cette journée.

Trouver une solution : premier défi

Je rappelle Eloïse, lui raconte en deux mots, lui dis que je la rappellerai quand j’aurai trouvé une solution. Je file dans la cuisine : mes colocs sont encore attablés pour le petit déjeuner, la chance me sourit. On brainstorme rapidement, on passe mes options en revue :

  • Annuler les tournages – impossible, ces rendez-vous sont calés depuis plusieurs jours voire semaines, nous sommes toutes et tous surchargé.e.s. En plus nous tournons avec notre plus grosse marque avec laquelle nous avons bataillé 3 semaines pour avoir un rendez-vous : nous n’en aurons pas d’autre
  • Louer du matériel – nous sommes lundi matin, premier tournage à 10h15, je ne trouverai rien d’ouvert d’ici-là
  • Emprunter du matériel à l’incubateur/à l’école – même constat, ces choses-là se préparent, il faut signer des décharges et des cautions, je ne trouverai rien non plus
  • Filmer au téléphone – si toi aussi tu as envie d’être ridicule devant tes marques partenaires avec lesquelles tu négocies depuis 6 mois tape dans tes mains *clap clap*

Illumination : Théo a un appareil photo de bonne qualité ! Qui prend des films. Ça fera bien l’affaire, il court chercher la bête. Il me l’apporte, je crois être sauvée.

Et là, c’est un mini drame : une ribambelle de boutons, des réglages de tous les côtés, luminosité-saturation-netteté-que-sais-je-j’ai-déjà-oublié-la-moitié.

entrepreneuriat

J’inspire, j’expire. Il est 9h. Ça va être une longue journée.

Le premier tournage

C’est parti. Je m’entraîne péniblement en mitraillant les allées et venues du chat, en attendant l’heure fatidique du premier rendez-vous. Elle me regarde avec ses petits yeux innocents, miaule pour tenter de me soutirer quelques croquettes supplémentaires, inconsciente de la tragédie silencieuse qui se joue sous ses yeux.

galère entrepreneur

9h45. Je me lève. J’inspire, j’expire. Je me prépare à y aller.

Le premier rendez-vous se passe plutôt bien. Mes partenaires sont très compréhensifs, ils sont passés par là à leurs débuts, je suis rassurée. Je parviens tant bien que mal à filmer, je prends le son sur mon téléphone, croisant les doigts pour que ça aille au montage !

Une fois partie, je vérifie ce que ça donne sur mon ordinateur… Bon. Un bout du jardin se reflète dans le tableau derrière mes protagonistes. Disons que ce sera le petit coin de verdure. Je prie intérieurement pour que L puisse corriger ça. Mais j’ai limité la casse.

J’inspire, j’expire. Peut-être que cette journée se passera mieux que ce que j’imaginais ! Sans tarder, je file à mon deuxième rendez-vous, remotivée.

vie entrepreneuriat

Le deuxième tournage

Tout de suite un peu plus sportif. Je filme je filme, et d’un coup, l’appareil photo s’éteint, sans prévenir. « Plus de batterie ». Ah. Heureusement que Théo mon coloc adoré m’a donné une seconde batterie ! Vite je change, je croise les doigts pour qu’elle soit un peu chargée… Une barre. Qui clignote. Hm. Nous finissons l’interview, je n’aurai pas le temps de charger avant d’aller prendre mon train pour partir à Paris pour les tournages suivants.

Est-ce que j’aurai un peu de chance ? Est-ce que le train sera plein de prises ? J’inspire, j’expire. Et je croise les doigts.

vie entrepreneuriale

Le voyage pour Paris

Je remballe toutes mes affaires, je descends en voiture à la gare pour filer à Paris. Impossible de trouver une place décente. Je finis par me garer sur une place payante. Temps maximum ? 4 heures. Soit. Ça ne le fera jamais. Je mets quand même mes 4€. J’hésite à laisser un mot à destination des policiers qui passeront immanquablement par-là, pour leur expliquer mon désarroi et espérer un peu de clémence… Mais bon, pas de papier, pas de stylo. Tant pis, peut-être que je n’aurai pas d’amende – edit : 17€.

Je monte dans le train. Et là, miracle : DEUX PRISES ! Une pour mon téléphone, une pour l’appareil photo. Je renais. Et je commence à me dire que peut-être que jusque-là tout s’est si mal passé pour me préparer à un immense succès ! Je commence à positiver.

Effectivement, mon téléphone sonne : un organisme démarché pour des financements souhaite nous rencontrer pour approfondir. Je jubile, la chance tourne, les tournages de l’après-midi vont être exceptionnels !

vie entrepreneuriale

Je raccroche en souriant. J’inspire, j’expire, calmement et sereinement.

Et bien sûr, ce qui devait arriver arriva. Coup de frein. « Mesdames et messieurs votre attention s’il vous plaît, notre train est arrêté en pleine voie pour une durée indéterminée. » C’était trop beau. J’avoue, je pars en fou-rire, cette journée n’a aucun sens. Merci la vie d’entrepreneur ! 

vie d'entrepreneur

Mon rendez-vous est à 14h30. Avec notre plus grosse marque. Le genre de marque dont je n’ai pas le numéro ni le mail du co-fondateur. Le genre de marque devant laquelle personne ne veut se ridiculiser ni arriver en retard.

Le train arrive en gare. Il est 14h16. J’inspire, j’expire. Les portes s’ouvrent. Telle Usain Bolt, je tape le sprint de ma vie. 14h19, j’arrive sur le quai du métro. 1 minute d’attente. Je vais peut-être le faire !

Le troisième tournage

14h34, j’arrive essoufflée devant le bâtiment. J’inspire, j’expire. Ça va le faire, je vais me confondre en excuses et faire appel à tout mon charisme.

vie d'entrepreneur

On m’ouvre, on m’installe sur un canapé. Et là… J’attends. En fait le co-fondateur est en retard. Très bien, ça m’évitera de passer pour une cruche.

J’en profite pour repasser un peu en revue ma journée jusque-là, et je me dis que ça fera bien un article un peu rigolo. Je commence à écrire. J’inspire, j’expire. Tout ira bien.

Le co-fondateur arrive. On discute un peu. Le tournage se passe. Je suis rassurée. Je repars.

Entre temps je textote avec L : son chien va mieux, je suis rassurée. Elle sera d’attaque mercredi matin, j’en profite pour demander à ma dernière marque partenaire si par hasard on peut décaler – ce fut un grand oui. J’inspire, j’expire. Le pire est passé, je vais pouvoir souffler.

vie entrepreneuriale

Le retour à Rouen

J’arrive à la gare pour repartir à Rouen à 16h17. Le prochain train est à 16h19 : indisponible sur l’appli SNCF, je demande au contrôleur si je peux quand même monter. « Ca fera 10€ de plus que le tarif normal. »

Je pense au PV qui m’attendra quand j’arriverai à la voiture. A mon compte en banque qui crie « elle est dure cette fin de mois quand même » depuis le 5 septembre. A ma banquière que je vois demain. Sans façon, j’attends le train suivant.

Il est 17h35. La journée n’est pas finie – j’avoue j’ai un peu peur de la suite. Mais j’ai toujours la pêche, et je suis toujours prête à tout pour mon business.

Ce que j’en retire sur la vie entrepreneuriale ?

  • Brainstorme avant de paniquer. Tout problème a une solution. S’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y avait pas de problème.
  • N’hésite jamais à demander de l’aide. Oui mes colocs sont formidables, mais je suis sûre que toi aussi dans ton entourage tu as des personnes qui peuvent t’aider à prendre un peu de recul.
  • Rien n’est impossible. OK je ne suis pas cameraman, OK je ne sais pas filmer, mais je n’avais pas le choix, donc je l’ai fait. Voilà.
  • Reste optimiste. Tu auras le temps de te morfondre plus tard, en attendant reste de bonne humeur et concentre-toi. Si tu traverses cette journée tu traverseras tout le reste.
  • Sois préparé.e à l’improbable. Savoir que les galères arrivent tous les jours aide à dédramatiser quand elles arrivent. Tu veux la vérité ? Rien n’est aussi grave que ce que tu penses. Et tu vas très bien t’en sortir.
  • Puise ton inspiration partout, tout le temps. Un article comme celui-là, je n’aurai pas pu l’écrire sans cette journée semi-catastrophe. D’ailleurs, il n’aurait pas eu sa place sur notre blog de mode éthique, où on parle plutôt coton bio,  upcycling ou fast fashion. Mais ce n’est pas parce que je ne peux pas publier quelque chose chez moi que je ne peux pas le proposer à d’autres médias !
  • Garde ton humanité. Oui ton entreprise est ton bébé. Mais n’oublie jamais qu’il y a des priorités dans la vie, et que l’une des raisons qui te pousse à tenter ta chance à ton compte c’est pour ne plus avoir de boss abominable sans cœur à qui rendre des comptes. Ne deviens pas ce boss-là.
  • Fais du sport. Parfois ça te sauvera de pouvoir taper un long sprint sans avoir besoin de 2h40 pour t’en remettre.
  • Inspire. Expire. Et agis.

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Justine Abécassis

Après des études en école de commerce, Justine Abécassis se lance dans l'aventure entrepreneuriale. En 2018 elle fonde L'étiquette, une boutique en ligne de mode éthique, avec sa meilleure amie de lycée Eloïse Boudon.

  • Excellent ! « S’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y avait pas de problème », c’est tellement ça ! Bravo Justine !

  • c’est dynamique, vif, galvanisant…
    tu as un truc dans l’écriture!
    bravo
    je suis non loin de Rouen, entrepreneur végan,

    au plaisir, Justine


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