Menu
  1. Toutes les matières
  2. Histoire-Géo
  3. Prépa HEC

Chapitre 1 :
Les Amériques : de la conquête du nouveau monde aux constructions nationales

Les Amériques : de la conquête du nouveau monde aux constructions nationales
Introduction
  • 1325 : Fondation de Mexico-Tenochtitlan par les Aztèques
  • 1438 : Début de l’expansion de l’empire inca
  • 1492 : Christophe Colomb débarque dans les Antilles
  • 1494 : Traité de Tordesillas (partage du monde entre l’Espagne et le Portugal) - - 1521 : Prise de Mexico par les troupes de Cortés
  • 1533 : Prise de Cuzco par les troupes de Pizarro
  • 1608 : Fondation de Québec
  • 1620 : Débarquement des pèlerins du Mayflower
  • 1750 : Traité de Madrid: partage de l’Amérique du Sud entre l’Espagne et le Portugal
  • 1763 : Traité de Paris (la France perd le Canada)
  • 1776 (4 Juillet) : déclaration d’indépendance des Etats-Unis (fête nationale)
  • 1783 : Reconnaissance de l’indépendance américaine par la Couronne anglaise (traité de Paris)
  • 1810 : Début des guerres d’indépendance en Amérique espagnole
  • 1821-1825 : Indépendance des anciennes colonies espagnoles
  • 1822 : Indépendance du Brésil, Don Pedro 1er est proclamé empereur
  • 1823 : Séparation de l’Amérique centrale et du Mexique
  • 1830 : Mort de Simon Bolivar, El Libertador
  • 1839 : Éclatement des provinces unies d’Amérique centrale
  • 1860 : Élection d’Abraham Lincoln à la présidence des Etats-Unis
  • 1865 : Fin de la guerre de Sécession
  • 1867 : Acte de l’Amérique du Nord britannique (création du dominion du Canada)
  • 1898 : Indépendance de Cuba et protectorat nord-américain
I

Conquête et colonisation du "nouveau monde"

En 1492, le débarquement de Colomb marque le début d’une longue phase de conquêtes conduisant à la destruction des cultures indigènes et à l’émergence d’un nouvel ordre mondial dominé par la couronne espagnole.

Les modalités de la colonisation ont été différentes selon les régions (différences de religion des colonisateurs). C’est donc aux origines que remonte ce grand clivage entre Amérique latine et Amérique du nord.

A

Les grandes aires culturelles précolombiennes

Le monde précolombien a connu deux grands foyers de peuplement (la mésoamérique et le monde andin) entourés par trois vastes périphéries (Amazonie, cône sud et Amérique du nord) qui n’ont pas connu de sociétés urbaines.

1

Deux grands foyers : la mésoamérique et le monde andin

L’émergence de la Mésoamérique

La première grande civilisation précolombienne est celle des Olmèques mais c’est avec le monde maya que la mésoamérique précolombienne commence à prendre corps.

Sur les hauts plateaux mexicains, de grandes civilisations contribuent à forger l’identité de la région, de même que des réseaux commerciaux intenses (étendus jusqu’au Guatemala).

L’empire aztèque

Les peuples nomades du nord ont régulièrement déferlé sur les positions tenues par les agriculteurs de la mésoamérique précolombienne. Les aztèques sont les derniers venus de cette vague: ils fondent Mexico-Tenochtitlán en 1325 puis étendent leur influence sur tout le centre du Mexique actuel.

Son système politique se fonde sur la puissance de l’empereur entouré d’une caste de prêtres et de guerriers. les peuples conquis devaient verser un tribut alimentant les caisses de l’Etat.

En 1503, Moctezuma dirige un empire puissant, où les flux commerciaux entre les terres chaudes et les hauts plateaux assurent la prospérité des classes dirigeantes.

Cependant, cet empire n’en n’est pas vraiment un (Cortés a su exploiter l’une des failles de ce système politique dont les structures restaient fragiles.

Le monde andin et l’empire inca

Le deuxième grand foyer de civilisation précolombienne est situé dans le monde andin. Plusieurs états ont réussi à unifier une grande partie des peuples andins et à leur donner une vraie cohésion politique, économique et culturelle.

C’est seulement vers 1200 que les Incas apparaissent sur la scène andine. Ils auraient longtemps erré sous la direction de leur guide, Manco Capac, avant de s’installer près du Rio Urubamba où ils fondèrent Cuzco. il fallut plusieurs siècles pour qu’un état puissant et étendu soit mis en place.

À son apogée, l’empire inca s’étendait sur le Pérou, la Bolivie, l‘Équateur et une partie de la Colombie. La hiérarchie se fondait sur l’obéissance à la famille royale, le Quechua servant de langue de communication entre les peuples soumis à l’autorité inca. Des réseaux d’échange ont été mis en place et facilités par des réseaux de communication entretenus.

2

Marges et périphéries

Le bassin amazonien

Autour de ces grands pôles de peuplement, les espaces périphériques de l’Amérique précolombienne ont joué un rôle particulier au moment de la conquête européenne car ces zones ont longtemps résisté aux envahisseurs.

Contrairement à ce que l’on a pu croire, des plaines et des forêts ont été aménagées entre le VI ème et le XII ème siècle par une civilisation mal connue, celle des Moxos.

Dans les Guyanes, la situation est comparable. A partir de 2500 avant notre ère apparaissent des villages d’horticulteurs sédentaires, et à partir de 300 de notre ère ce sont les plaines côtières qui sont occupées et mises en valeur grâce à des systèmes complexes de culture.

Ces sociétés bien organisées n’ont cependant pas résisté aux changements climatiques qui ont affecté la région au XI ème siècle.

Le cône Sud

L’empire inca a à peine effleuré le nord du Chili car les populations ont farouchement préservé leur indépendance. De l’autre côté des Andes, les espagnols n’ont rencontré que de petits groupes échappant à tout contrôle politique.

Sur les versants orientaux de la cordillère, des sociétés d’agriculteurs avaient pourtant élaboré des systèmes agraires complexes fondés sur l’utilisation de canaux d’irrigation (indiens guarani dans le Paraguay actuel).

Les Indiens d’Amérique du Nord

La récente découverte de centres urbains dans le Chihuahua a relancé le débat géopolitique sur une ère culturelle «mexaméricaine». Le territoire actuel des Etats- Unis compte peu de vestiges archéologiques monumentaux mis à part les cités pueblos comme Mesa Verde mais même les communautés nomades ont imprimé leurs marques.

Plus au nord, d’autres populations amérindiennes avaient établi des relations presque symbiotiques avec leur environnement (zone du bison entre le Mississippi et les rocheuses). En Californie du nord jusqu’à l’Oregon le saumon était le centre de l’alimentation et de la culture indigène. Vers les grands lacs, les tribus chassaient le caribou.

B

L'Amérique espagnol et portugaise

La conquête espagnole a provoqué l’effondrement du monde aztèque et puis du monde inca. Les conquistadores ont mis en place un système qui a bien fonctionné dans les zones centrales mais qui n’a jamais réussi à contrôler les zones périphériques plus insoumises.

1

Les phases de la conquête

Les populations amérindiennes ont été décimées par les conquêtes mais surtout par des maladies contagieuses (rougeole, variole). En nouvelle Espagne, la population indigène serait passée de 25 millions d’habitants en 1520 à moins d‘1,5 millions à la fin du siècle.

Cet effondrement démographique a facilité la conquête mais pose problème: comment exploiter les richesses sans main d’oeuvre abondante?

Le temps des conquistadores

Les Espagnols ont multiplié les voyages d’exploration pour trouver les empires asiatiques décrits par Marco Polo dès 1506. Hernán Cortés part en 1519 à la conquête de l’empire aztèque et s’allie aux peuples indigènes désireux de ne plus payer de tribut à leurs anciens maîtres. La capitale aztèque tombe en 1521 : Charles Quint prend possession de terres immenses d’une richesse inépuisable.

La conquête n’est pourtant pas si évidente (Francisco de Monterro se heurte à la résistance acharnée des mayas). Au nord, le climat, le terrain, et l’hostilité des tribus empêchent de s’installer de manière permanente. Les incas sont anéantis par Pizarro en à peine un an. Ce dernier fonde en 1535 une ville espagnole destinée à remplacer la capitale indienne.

Au Brésil, la situation des portugais est différente : ce ne sont pas des conquérants mais des explorateurs qui s’emparent d’un territoire immense et inconnu. Jusqu’au XVIII ème siècle des expéditions armées opèrent des razzias (bandeirantes)

La conquête spirituelle de l’Amérique

L'église a également joué un rôle central pour maintenir l’autorité espagnole pendant trois siècles. Les ordres mendiants (franciscains, augustins, dominicains mais aussi jésuites) servent à ouvrir le passage à la colonisation espagnole mais certains se sont pourtant opposés aux conquérants (Las Casas).

Les résistances indiennes

Les révoltes ont été rares mais ont couvé jusqu’à la fin de la période coloniale. Dans les espaces périphériques, la résistance indigène a été beaucoup plus forte (assauts répétés des tribus apaches contre les missions au nord de la nouvelle Espagne).

2

La mise en place du système colonial

L’organisation des empires

Les Indes occidentales ne constituaient pas pour l’Espagne une colonie proprement dite mais un ensemble de nouveaux royaumes. La Casa de Contratación est crée par les rois catholiques en 1503 pour surveiller l’ensemble du commerce avec l’Amérique. Toutes les marchandises devaient passer par la capitale andalouse puis par Cadix.

Le système des flottes annuelles permettait de contrôler le trafic et d’assurer la sécurité des navires mais il manquait de souplesse.

Les provinces américaines étaient administrées par un conseil des Indes tenu en Espagne et placé sous l’autorité du roi. Sur place, des structures politiques ont été progressivement installées.

En 1535, Mexico devient la capitale d’une vice-royauté dont l’autorité s’étend aux Antilles, au sud et à l’ouest des États-Unis ainsi que sur la plus grande partie de l’Amérique centrale. A l’intérieur des vice-royautés, il existait plusieurs découpages régionaux. L’autorité judiciaire est confiée à des tribunaux, le roi nommait aussi des gouverneurs pour les fonctions administratives et judiciaires. Dans les zones stratégiques, les gouverneurs ont un pouvoir militaire étendu et reçoivent le titre de "capitaines généraux".

Le découpage administratif de l'Amérique espagnole en grandes intendances n’est pas parvenu à donner plus de cohérence à un espace morcelé en unités autonomes. Les liens du clientélisme et les solidarités régionales ont provoque l’éclatement de l’empire après l’indépendance.

Le Brésil connait une évolution différente (simple gouverneur soumis à l’autorité d’un pouvoir central, le gouverneur général) ce qui explique le maintien de l’unité au XIXème siècle.

Villes et campagnes

Au Brésil les portugais préfèrent d’abord s’installer sur le littoral atlantique (Natal, Recife). C’est au XVIII ème siècle avec la découverte des richesses minières de l'intérieur que l'occupation du territoire s’est intensifiée dans des zones jusqu’alors abandonnées (création de la capitainerie du Minas Gerais en 1720).

La ville était pour les espagnols l’expression même de la conquête. La progression des conquistadores est jalonnée par la fondation d’une série de centres urbains. S’installant près des pôles de peuplement pour exploiter la main d’oeuvre, ils maintiennent les déséquilibres régionaux antérieurs à leur arrivée. le monde rural a été marqué par la mise en place de l’encomienda qui donnait aux espagnols le droit d'utiliser les villageois en échange de leur évangélisation. Cette institution très controversée faisait le compromis entre les intérêts de la couronne, ceux de l’église et ceux des conquérants.

Le désastre démographique qui a suivi la conquête n’a pas changé cet état de fait. En revanche, les terres laissées inoccupées ont été accaparées par les nouveaux maîtres du pays qui ont constitué les grandes haciendas.

C

L'Amérique française et anglaise

Dans le nord du continent, français et anglais se sont longtemps disputé la domination des terres. La victoire finale anglaise n’est pas une nouvelle limite d’empire colonial entre puissances européennes: elle marque une division culturelle forte entre une Amérique catholique au sud et une Amérique protestante au nord.

1

Le Canada français

Exploration et conquête de la Nouvelle France

En 1536, le malouin Jacques Cartier remontait le fleuve Saint-Laurent jusqu’u site actuel de Montréal et donne le nom de Canada à ce territoire mal connu.

Le contrôle français a été pourtant très lent à se mettre en place. Il a fallu attendre la signature de l’Édit de Nantes en 1598 pour que l’on se tourne vers l’Amérique du nord.

La présence française qui s’est affirmée montre la volonté politique de la France de s’installer dans le nouveau monde : sous Louis XIV, la colonie a été organisée pour pouvoir lutter efficacement contre l’Angleterre.

«Pour quelques arpents de neige» (Voltaire dans Candide)

En s’installant sur le côte atlantique, la France provoque l’Angleterre établie en Virginie depuis 1607. Pour confiner leurs adversaires sur la façade atlantique du continent, les canadiens français s’avancent loin à l’intérieur du pays.

Cette politique les a obligés à se disperser sur un espace démesuré alors que les flux migratoires ne jouaient pas en leur faveur (en 1760, la colonie ne compte que 85 mille habitants contre plus de 1,5 million de colons anglais.

En 1763, après 70 ans de guerres incessantes, le traité de Paris sanctionne la perte définitive du Canada, Louis XV ne conservant que l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon.

2

La naissance de l'Amérique anglo-saxonne

Les anglais ont eu de l’Amérique du nord une vision géopolitique et géostratégique complètement différente. Dès le début du XVII ème siècle, ces terres sont considérées comme vierges et servent d’exutoire à de grands groupes protestants puritains voulant échapper à la répression des Stuart, rois catholiques.

Des vagues migratoires postérieures furent encouragées par la couronne et par les banquiers de la City pour assurer la défense et l’expansion de la colonie. Le peuplement passe de quelques centaines de milliers de migrants à la fin du XVII ème à 4 millions au moment de l’indépendance.

Le temps des pionniers

Dès la fin du XVI ème siècle, les Anglais veulent s’implanter sur la côte atlantique des futurs Etats-Unis. Sir Walter Raleigh débarque 120 personnes en 1587 à Roanoke mais le petit établissement est massacré par les Indiens.

En 1624, des colons hollandais s’installant sur l’île de Manhattan constituent un premier noyau de peuplement

Un groupe de marchands en 1607 marque le début de la colonisation de la Virginie en fondant Jamestown mais c’est le débarquement à Cap Cod du Mayflower et des Pilgrim qui est le mythe fondateur des EU.

Partie dernière dans la course coloniale, l’Angleterre a vite rattrapé son retard en profitant des conflits entre Européens qu’elle exclut : en 1664, New-Amsterdam est tombée entre les mains des colons britanniques mais il leur faut un siècle pour se débarrasser des Français sur le front Nord.

Les Treize Colonies

La particularité des établissements anglais est la large autonomie dont ils bénéficiaient vis à vis de la métropole malgré des statuts très différents. Certaines comme la Virginie garantissent les droits reconnus en Angleterre par la Carta Magna et le Common Law.

Il existait par ailleurs des colonies de propriétaires auxquels le roi avait donné l’autorisation personnelle de coloniser comme ce fut le cas du Maryland attribuée à Lord Baltimore.

Ces colonies jalouses de leur autonomie et de leurs privilèges ont entretenu des relations de plus en plus conflictuelles avec la couronne d’Angleterre qui voulait les contrôler de façon étroite par le biais des gouverneurs.

Les groupes hétérogènes qui peuplent ces colonies se sont parfois séparés pour des raisons notamment religieuses (création du Connecticut par des citoyens moins rigoristes).

Sur le plan économique les colonies du Sud fondent leur richesse sur une économie de plantation (esclaves noirs), au Nord ce sont les petits agriculteurs indépendants qui cultivaient eux-même avec une morale ascétique.

La fracture se creuse progressivement entre les colons et la Couronne et entre le Nord et le Sud des 13 colonies.

Les relations avec les Améridiens

Les Anglo-saxons se sont peu mêlés aux populations locales et les ont repoussé vers l’Ouest (escarmouches continuelles). Très tôt, des conflits ont surgi pour le contrôle des voies fluviales puis pour la propriété des terres monopolisées par les colons.

Ces luttes expliquent les migrations vers l’intérieur des Cheyennes et des Sioux.

Cependant, au milieu du XVII ème, les communautés amérindiennes s’organisent pour mieux résister à des envahisseurs plus nombreux: confédération iroquoise (1649-1655) est une force politique qui traite d’égal à égal avec les Blancs.

Les Indiens tirent profit des luttes franco-britanniques mais la défaite française et l’indépendance des 13 colonies marquent le début de la Conquête de l’Ouest et la fin brutale des sociétés indigènes.

Exemple

Pocahontas et la Malinche

Ces deux femmes assurent le truchement entre 2 mondes différents.

  • Les capacités linguistiques de la Malinche, maîtresse de Cortés, permettent au conquérant d’assurer des bonnes relations jusqu’à son entrée triomphale à Mexico. Elles incarnent aujourd’hui le métissage de la nation dans la mémoire mexicaine.

  • Pocahontas est présentée comme le modèle et l’exemple de l’assimilation des Indiens. Fille d’un chef de tribu, elle sauve la vie d’un capitaine anglais et se convertit au Christianisme. Elle est le symbole de l’union entre l’Europe et les Amériques.

II

Indépendances, constructions nationales et divergences continentales

Le XIXème siècle est celui des indépendances et des luttes fratricides en Amérique latine dont l’émiettement profite aux jeunes Etats-Unis. Le fossé s’élargit rapidement entre une Amérique anglo-saxonne conquérante et une Amérique latine handicapée dès le départ.

A

Le temps des indépendances

Les colonies anglaises ont ouvert la voie aux indépendances, suivies un demi-siècle plus tard par les colonies espagnoles. Le Brésil a suivi une voie originale : c’est le fils du roi du Portugal qui proclame l’indépendance. Le Canada s’affranchit progressivement de la tutelle britannique.

1

Canada, le dernier dominion

Un pays divisé

Le Canada est le seul Etat de l’hémisphère occidental à ne pas avoir eu son indépendance au XIXème siècle. En 1774, l’acte de Québec a permis aux habitants d’origine française de pratiquer librement la religion catholique et de faire partie de l’administration. Dès 1791, le territoire est divisé en 2 : haut-canada de loyalistes anglais, bas-canada de sujets de la Couronne française.

Les lenteurs et refus de plus de démocratie engendra une révolution qui n’aboutit pas. En jouant le rôle de forces militaires d’appuis pour l’armée britanniques, les Amérindiens (Iroquois) revendiquent leur identité d’indigènes alors que les gouvernements locaux voulaient les faire disparaître (loi de "civilisation graduelle" voulait démanteler ces communautés en prétextant d’en faire des citoyens à part entière).

Le Canada se divise entre Canada de l’Est (Québec) et de l’Ouest (Ontario). Face aux arrivées d’anglais, le Québec se lance dans une guerre démographique qu’on appelle alors "la revanche des berceaux".

** Une indépendance sous contrôle**

Son indépendance est obtenue de manière progressive. En 1867, le Royaume-Uni accorde un droit de gouvernement autonome à ses colonies américaines qu’elle réunit dans le dominion du Canada. Sir John MacDonald est le principal architecte de cette confédération. Il agrandit le territoire (achats, intégration de terres comme la Colombie- britannique) mais le fossé entre francophones et anglophones s’accroit.

L’indépendance complète n’est établie qu’en 1931 avec le statut de Westminster. Depuis lors, le Canada est une monarchie constitutionnelle et le chef d’Etat reste le souverain du Royaume-Uni. Le représentant de la reine au Canada est le gouverneur général mais le pouvoir est détenu par le 1er ministre.

2

De Thomas Jefferson à Abraham Lincoln : naissance d'une nation

La route vers l’indépendance

L’autonomie des colonies était réelle mais les habitants souffraient de n’être représentés au parlement et de subir les lois fiscales et commerciales décidées à Londres, comme l'interdiction de bâtir au-delà des Appalaches (1763) ou le Sugar act (1764).

Mais c’est un nouvel impôt sur le thé qui met le feu aux poudres: révolte général sous l’impulsion du Boston tea party qui jette la cargaison d’un navire anglais à la mer.

Le pouvoir royal promulgue 5 textes répressifs ("lois intolérables" pour les colons). Des troupes sont envoyés mais les insurgés remportent la victoire de Lexington et soulèvent un enthousiasme patriote. En 1776, Thomas Jefferson rédige un premier projet d’indépendance.

Les Américains ont l’avantage du terrain et le soutien de la Hollande et de la France (1778: signature d’un traité d’alliance, d’amitié et de commerce). En 1783, des négociations de paix aboutissent à l’indépendance des 13 colonies par le traité de Paris. En 1787, sous la présidence de Washington est adoptée une Constitution, fondement démocratique des EU.

Le modèle fédéral nord-américain

La constitution a été modifiée depuis par 27 amendements mais est la plus ancienne constitution encore appliquée. Elle répartit clairement les pouvoirs entre l’Union et les Etats qui la composent. Ces États disposent d’une forte autonomie dans de nombreux domaines (police, justice, votes, règlements intérieurs...).

Le gouvernement a pourtant l’autorité directe sur les Citoyens des États et est souverain en matière de politique étrangère, de défense nationale, de commerce interne et externe. Il encourage une économie nationale avec la banque fédérale (unification des politiques budgétaires et monétaires

La devise nationale des Etats-Unis «E pluribus unum» (de plusieurs, un) symbolise ce partage équitable entre l’Union et les Etats fédérés

Naissance d’une nation : la guerre de Sécession

La guerre de Sécession est le creuset qui va permettre à la nation de se constituer. Le clivage entre Nord et Sud était bien réel et l’élection en Novembre 1860 de Lincoln est vécu au Sud comme une déclaration de guerre. Ils font sécession et forment les États confédérés d’Amérique. Mais, l’union parvient à l’emporter grâce à sa supériorité numérique (plus d’1 million d’hommes contre moins de 360 000 au Sud) et matérielle en 1865.

Le pays réunifié consacre alors ses forces à la conquête de l’Ouest mais le Sud pâtit de la guerre: exploitation économique des vaincus, tensions héritées, conflits blancs- noirs... L’écart de développement avec les États du Nord se maintient.

3

L'Amérique espagnole et portugaise

L’invasion de l’Espagne et du Portugal par Napoléon conduit les territoires américains à se séparer de la métropole. Contrairement aux autres, le Brésil ne se démembre pas au moment de l’indépendance.

L’Espagne et l’Amérique: une séparation sanglante

Dès 1808, devant la vacance du pouvoir en Espagne des troubles éclatent en Amérique latine. Réfugiée à Séville une junte centrale de gouvernement du royaume d’Espagne et des Indes tente de substituer au roi déchu. Une junte veut défendre les planteurs de cacao à Caracas, à Buenos Aires des élites locales veulent la liberté de commerce et se dressent contre le pouvoir royal.

Cette opposition entre royalistes et indépendantistes se traduit vite en affrontements armés. La situation est si complexe qu’on ne sait si l’on assiste à des guerres coloniales ou à des guerres civiles. La religion est mise à contribution mais c’est surtout l’émergence de figures de proue qui est privilégiée et qui continuent à renvoyer l’image d’une Amérique latine libre : Simon Bolivar et Francisco de Miranda au Venezuela ou Hidalgo au Mexique...

Après des combats très durs, l’Espagne lâche ses possessions. en 1822, Bolivar devient président de la Grande-Colombie.

Cuba et Porto Rico : histoires parallèles

Il faut attendre 1833 et la mort de Ferdinand VII pour que l’Espagne reconnaisse l’indépendance des anciennes colonies. Elle conserve néanmoins Cuba et Porto Rico dont les richesses agricoles attirent les Américains.

Les rapports se dégradent rapidement avec les élites créoles, aidés par l’attaque américaine sur la Havane, Cuba accède à l’indépendance en 1898. Dès lors, elle devient une sorte de protectorat surveillé de près par l’administration américaine.

Porto Rico est autonome en 1897 mais tombe sous la coupe de Washington dès 1899. Elle garde son statut de colonie jusqu’en 1917, elle devient territoire américain. Portp Rico obtient en 1952 le statut d’État associé (constitution propre, gouvernement...) mais aujourd’hui le choix entre indépendance et intégration n’est pas encore fait. Les États-Unis restent chargés de la défense, des flux et de sa politique extérieure.

Le Brésil ou l’art de l’esquive

En 1807, la famille royale fuit au Brésil devant l’arrivée de Napoléon. Rio de Janeiro prend temporairement la place de Lisbonne. En 1821, le roi repart en Espagne laissant son fils Don Pedro régent qui proclame l’indépendance et s’auto-proclame empereur. Le lien est rompu avec la métropole quand il fait le choix de rester au Brésil à la mort de son père.En 1831, jugé trop libéral par les élites conservatrices, il doit céder son trône à son fils.

En 1871, les enfants d’esclaves sont libres à la naissance. La servitude est abolie en 1888. Les grands propriétaires voient ceci d’un mauvais œil et renversent le régime en 1889. On assiste alors à la proclamation d’une république. Le pouvoir est alors partagé entre planteurs de café de Sao Paulo et les éleveurs des fazendas bovines du Minas Gerais. On parle sarcastiquement de République café au lait.

La crise de 1929 ruine ses marchés extérieurs, discrédite l’oligarchie et le gouvernement du Brésil, renversés en Octobre 1930 par une junte militaire menée par Vargas

La division des adversaires a été la principale force du pays qui est resté stable et s’est agrandit pour dominer l’ensemble du bassin amazonien.

B

Entre l'union sacrée et les petites patries" : la construction des États-nations

Après ces guerres il y a un double mouvement d’ouverture et de fermeture de l’Amérique latine. Les nouveaux États s’inscrivent dans le système-monde et s’ouvrent à de nouveaux partenaires.

La création d’une vingtaine de pays jaloux de leurs prérogatives a à l’inverse accentué le cloisonnement des économies continentales et freiné les échanges intrarégionaux.

1

Le rêve bolivarien

C’est Bolivar qui incarne le mieux le rêve d’une Amérique unie face à l’appétit des États-Unis. L’idéologie unioniste justifie la création d’une large confédération regroupant la plupart des anciennes colonies espagnoles qui partageaient une langue , une religion et une histoire communes.

Mais toutes ces cultures ont été instrumentalisées pour justifier l’existence de petites patries contraires à son dessein.

Simon Bolivar ou l’échec du projet unioniste

C’est en 1810 que commence à Caracas la lutte pour l’indépendance, c’est d’abord un échec et il doit s’exiler. Il comprend alors la nécessité d’unir tous les patriotes américains. Il proclame la «guerre à mort» contre l’ennemi en 1813, les combats durent jusqu’en 1823.

Après avoir aidé à la libération de la Colombie, du Pérou et de l’Équateur, il tente de maintenir l’union entre les provinces comme lors de la création de la Grande Colombie en 1819.

Il œuvre beaucoup pour le social (protection des indigènes, instruction publique, développement de routes, de l’agriculture et du commerce...) mais les tensions entre les régions augmentent et il ne parvient pas à maintenir sa grande république (indépendance du Venezuela).

Une succession de traités inutiles et sans effets

Pour contrer les menaces de reconquête par l’Espagne, Bolivar lance l’idée d’une union de tous les pays libres de la région. Mais, le grand congrès à Panamá en 1826 ne réunit qu’une partie des pays concernés. Les désaccords et la méfiance font que ce projet ne fut ratifié que par la Colombie...

L’idée d’une union hispano-américaine survécut néanmoins au Libertador (3 autres congrès suivirent : Lima en 1848-1849, semblable à Panamá mais voulant aussi prévenir les conflits entre les jeunes républiques).

En 1856-1857 un 3ème congrès a lieu à Santiago pour instaurer un congrès permanent et un dernier en 1864-65.

Les États-Unis ont le champs libre pour se présenter comme les seuls vrais protecteurs de l’indépendance américaine.

2

L'émiettement politique de l'Amérique espagnole

Ces échecs répétés ont pour conséquence l'émiettement définitif de l’Amérique espagnole. Les élites locales ont cherché à importer le modèle européen de l’État-nation. Cela pour justifier leur existence et leurs frontières.

Des états indépendants sont nés mais il restait à construire des nations à partir d’un agglomérat de sociétés et de cultures que tout opposait. L’état de guerre permanent entre les pays issus de l’empire légitime l’existence de gouvernements dont les membres sont issus de l’aristocratie coloniale.

De la limite administrative à la frontière d’État

L’héritage colonial est décisif pour comprendre le processus d’atomisation de l’Amérique espagnole. Avant le XIXème, plusieurs administrations voient apparaitre des gouvernements autonomes qui permettent le déploiement des élites politiques locales.

Les descendants de conquistadores élargissent progressivement leur rôle et leur pouvoir. Malgré l’unité affichée, capitaineries, audiences et vice-royautés étaient perçues comme indépendantes les unes des autres : cela stimulait le développement des loyautés locales.

Après l’indépendance, les lignes de fracture ont suivi les limites administratives : chaque province se repliant sur elle-même et sur sa ville principale.

Frontières d’Etat et barrières douanières

Au XIXème, ce morcellement accélère la désarticulation des économies régionales (barrières douanières dissuasives entrainant de fortes hausses de prix). Le déficit budgétaire a pour conséquence une première crise d’endettement à la fin des 1820’s auprès de deux créanciers impitoyables : l’Angleterre et l’Église.

Le paiement de la dette externe étant garanti sur le revenu des douanes, les pays multiplient les mesures protectionnistes pour trouver une solution rapide à leurs problèmes financiers au détriment du décollage industriel.

Cette faiblesse économique et politique a été largement exploitée par les nations européennes (dans les 1840’s les anglais font le blocus de Buenos Aires et de Montevideo pour obtenir le remboursement de prêts). La France n’est pas en reste dans cette course aux dépouilles de l’empire espagnol. Elle s’assure le revenu des douanes de Vera Cruz et de Tampico en 1862.

Les unions avortées

Les rares tentatives d’union politique continentales ont vite avorté. En 1821 la nouvelle Espagne est devenue indépendante en prenant le nom de Mexique.

La prédominance culturelle et politique de la mésoamérique précolombienne sur l’envahisseur est revendiquée. Mais l’Amérique centrale lors de son indépendance se sépare de son ancienne tutelle coloniale.

En Amérique du sud, la grande Colombie de Simon Bolivar n’a pas conservé longtemps l’héritage politique de la vice-royauté de nouvelle Grenade. Le Venezuela et l’Équateur déclarent rapidement leur indépendance.

En 1823, les cinq grandes régions de l’ancienne capitainerie du Guatemala ont constitué les provinces unies d’Amérique centrale. Mais en 1826, une guerre éclate entre le pouvoir central et deux provinces rebelles, Honduras et Salvador, entraînant le démembrement définitif de cette union.

Etats unitaires ou fédérations ?

Dans ces nouveaux pays, il y a eu un débat entre partisans d’une république centralisée et partisans d’une structure politique plus souple accordant une large autonomie aux différentes régions. Le péril était réel car les forces centrifuges pouvaient aboutir à un processus de scissiparité devenu incontrôlable.

Le modèle nord-américain a largement prévalu, symbolisant l’idéal type de la république des petits propriétaires terriens face à la centralisation monarchique.

Au Brésil, les anciennes capitaineries coloniales deviennent des provinces de l’empire puis se convertissent en états autonomes après le coup d’état de 1889. Au Mexique, l’armature territoriale reste fondée sur un fédéralisme très contrôlé par les structures politiques de l’union.

Actuellement, les États unitaires sont les plus nombreux mais souvent ce sont les pays les moins importants. Même dans ces cas, les revendications régionalistes menacent leur intégrité territoriale (au Panamá par exemple, ainsi qu'en Bolivie où les provinces orientales menacent de se séparer de l’Altiplano central).

Chapitre suivant : Les Amériques : frontières et espaces frontaliers >