Menu
  1. Toutes les matières
  2. Histoire-Géo
  3. Prépa HEC

Chapitre 3 :
Les Amériques : territoires et minorités

< Chapitre précédent : Les Amériques : frontières et espaces frontaliers
Les Amériques : territoires et minorités
Introduction

Des civilisations autochtones se sont développées dans une grande diversité avant l’arrivée des européens mais 1492 marque une rupture. Les peuples indigènes disparaissent ou presque dans les deux siècles qui suivent la conquête.

Aujourd’hui, la prise en compte des minorités ethniques ne peut plus être considérée comme un problème social et politique périphérique dans les Amériques. Ces dernières utilisent aujourd'hui les outils offerts par la globalisation pour accéder à une expression politique originale.

Chronologie

  • 1815 : Abolition officielle de la Traite des Noirs (se prolonge jusqu’en 1870)

  • 1865 : Abolition de l’esclavage aux Etats-Unis (13ème amendement de la Constitution)

  • 1890 : Massacre d’Indiens à Wounded Knee aux Etats-Unis

  • 1934 : Restitution canadienne aux Indiens d’une partie des terres spoliées

  • 1941 : 1er congrès de l’indigénisme interaméricain au Mexique

  • 1964 : Vote aux Etats-Unis du Civil Rights Act; Martin Luther King est prix Nobel de la paix

  • 1980 : Création du Conseil Indien d’Amérique du Sud (CISA)

  • 1984 : Coordination indigène du bassin amazonien (COICA)

  • 1991 : Réforme de la Constitution colombienne reconnaissant l’autonomie des populations indigènes

  • 1992 : Représentation des indigènes au sommet de la Terre à Rio; Rigoberta

I

Des minorités dominées

A

Des populations sous le joug de la conquête européenne

1

Des populations indigènes décimées

On estime à entre 60 et 100 milions d’habitants la population avant la conquête espagnole. Les Andes hébergeant au moins 40 millions d’habitants constituaient alors la partie pleine de l’univers andin. Les autochtones furent décimés rapidement après la conquête (affrontements directs avec les européens, maladies apportées, transformation de leur milieu.)

La reprise démographique fut longue mais attestée partout. On compte ainsi près d‘1,5 million d’indiens dans les États-Unis contemporains et 50 millions d’indigènes dans toute l’Amérique latine.

2

Noirs «importés»

On compte 54 000 expéditions négrières vers l’Amérique entre 1505 et 1870, cela correspond à la migration de 1 million d’africains (il faut ajouter les 2 millions de morts pendant la traversée) avec un pic au XVII ème siècle. Une grande majorité des esclaves étaient destinées au sud du continent.

Les populations noires constituent la minorité la plus importante des Amériques (15 % de la population continentale mais toujours en minorité). Les Amériques noires se distribuent à 43 % au Brésil, 24 % aux États-Unis et 22 % dans la Caraïbe (seul espace où sur certaines iles la population noire est majoritaire).

3

Le statut changeant des métis

** Les degrés du métissage**

Les circonstances démographiques de l’occupation des Amériques ont conduit au métissage des peuples.

Il s’est effectué de façon très différenciée selon les endroits. Les divers degrés de métissage s’expliquent par des pratiques culturelles héritées du vieux monde : les migrants ibériques se métissent plus facilement que les protestants anglais.

Le métissage noir

C’est vis à vis des populations noires que les différences sont plus criantes entre les États-Unis où fut longtemps appliquée la One drop rule (une goutte de sang noir suffit à définir la négritude) cela excluant toute mixité, et le Brésil qui compte de nombreux métis (40 % de sa population).

Dans de nombreux pays, on oublia même leur existence jusqu’à la réaffirmation récente de leur identité (Colombie).

Le métissage indien

Les conditions du métissage diffèrent sensiblement entre nord et sud du fait du comportement des européens. les autorités coloniales espagnoles n’ont de cesse de maintenir séparées la république des indiens de celle des espagnols, niant l’apparition d’une catégorie intermédiaire.

4

Négation de la citoyenneté dans les États naissants?

Les sociétés coloniales sont fondamentalement inégales. Les indépendances se font au nom de la liberté car d’égalité il n’est pas question. Les États naissants construisent des nations sur la base de sociétés où règne la ségrégation.

En Amérique latine, l’esclavage fut aboli lors des indépendances et permit la citoyenneté pleine et entière pour tous ainsi que des droits comme la possession de terres.

Il en fut autrement en Amérique du nord où au nom du droit à la propriété l'esclavage fut prolongé au-delà de l’indépendance. Les indiens ne purent acquérir la qualité de citoyen des États-Unis qu’en 1924 ! On observa ensuite un traitement différencié des populations "de couleur" dans les Amériques notamment chez les nouveaux migrants.

B

Les droits politiques et civiques : un combat encore d'actualité

1

La lutte contre l’esclavage

Maintenir l’esclavage dans les Amériques indépendantes est une entorse aux principes qui avaient justifié leur émancipation. L’élection en 1860 de Lincoln déclenche la guerre de Sécession.

L’enjeu de cette guerre était autant le maintien de l’unité territoriale que l’abolition de l’esclavage. L’issue juridique du conflit ne résolut pas pour autant le sort des noirs du sud où la ségrégation fut officialisée en 1877.

2

Le combat pour les droits civiques

Ce combat est perçu comme étant porté par les minorités noires alors que les minorités indigènes le mènent sur le plan territorial ou culturel. La manière de lutter contre les discriminations dépend donc de chaque groupe minoritaire.

Le combat pour l’égalité politique des citoyens se poursuit tout au long du XX ème siècle et s'accélère dans l’immédiat après-guerre. La Cour Suprême juge inconstitutionnelle la ségrégation dans les écoles et les transports en commun en 1954. Des grandes marches se multiplient en 1960-61. La portée mondiale de cette lutte est reconnue avec l’attribution du prix Nobel de la paix au pasteur Martin Luther King en 1964.

3

Les déclinaisons de l’affirmative action

Pour remédier à la discrimination passée, on met en place une politique de compensation. La notion de "discrimination positive" apparait en 1965. Cette politique a été reprise depuis les années 1990 suite à de nouvelles constitutions qui reconnaissent le caractère multiculturel de la nation.

Exemple

Cet effort se voit par exemple au Brésil. Ainsi dans le recrutement du secteur public, on exige au minimum 20 % d’afro-brésiliens et Lula a nommé le premier juge noir de la Cour Suprême.

II

L'évolution de la prise en compte des minorités : la construction sociale de l'ethnicité

L’hétérogénéité des américains s’est accentuée avec la diversité des immigrations. On remarque de grandes variations dans la prise en compte de l’ethnicité, à savoir la spécificité des groupes minoritaires que l’on perçoit à travers un prisme culturel plutôt que racial. On est passé d’une mise à l’écart à une phase de protection et de revendications ouvertes.

A

Mise à l'écart de population réduite au silence

Dans le siècle suivant les indépendances, les minorités sont niées pour des raisons politiques (considérer des citoyens totalement égaux) ou économiques (bénéficier d’une main d’oeuvre à bas prix). La négation de leur existence collective est très dommageable pour ces minorités.

1

Réserves et réductions, deux logiques opposées

La relégation des premiers habitants a pris plusieurs formes : une logique de protection relative des indigènes au sud, une logique de protection des intérêts blancs au nord.

L’Amérique latine ne fut pas perçue comme terre de peuplement mais comme terre d’exploitation. Cela implique de s’appuyer sur la main d’oeuvre locale et donc de préserver les indigènes en tant que force de travail. les populations sont fixées sur des terres précises.

En Amérique du nord, les nouveaux américains succédèrent aux indiens comme libres propriétaires du sol. Les réserves établies pour fixer les indiens étaient très restreintes (0,25 % des terres au Canada). Le système mis en place a déstructuré les tribus indiennes.

La politique envers les descendants des indiens évolue à partir de l’Indian Organisation Act en 1934 appelé également Indian New Deal. Certaines mesures continuèrent de revêtir un caractère ambigu telle la Termination Policy (incitant les indiens à s’intégrer dans les grandes villes ) dans les années 1950. Cela visait en fait à démanteler les dernières réserves.

2

La diversité passée sous silence

Dans de nombreux pays, on compte des centaines de groupes ethniques (plus de 200 au Brésil).

Cette diversité ethnique n’est pas mentionnée dans les constitutions fondatrices des États. Les amérindiens n’ont pas accès à la même reconnaissance culturelle dont bénéficient d’autres groupes immigrants mais cette situation évolue au XXème siècle et l'on assiste à un intensification de la vie communautaire indienne en ville.

B

Le maintien de la différence au sein de l'État unitaire

L’ État unitaire sur lequel se fonde l’Amérique ne parvient pas à gommer ces différences ethniques et décide donc de les incorporer.

1

Des modèles d’intégration biaisés

Les minorités raciales et culturelles subsistent dans les Amériques, du fait peut-être de la ségrégation économique dont elles sont l’objet. Les modèles sont différents, qu’il s’agisse du melting-pot étatsunien ou du métissage à la brésilienne, et ont montré un certain nombre de carences.

La situation parait plus difficile dans les pays les plus pauvres (85 % dans la province noire colombienne du Choco est pauvre).

Une partie des revendications des minorités indigènes procède donc de ces inégalités socio-économiques. On explique ainsi que les combats politiques des minorités soient appuyés par les populations. La figure de l’indien symbolise l’état de pauvreté de tout le peuple.

Exemple

Vargas, dirigeant indigéniste équatorien , proclame en 2001 : « Plus que d’être indigènes, ce qui nous unit c’est la faim, la misère et la pauvreté.»

2

La structuration de mouvements indigénistes

On imagine de nouvelles solutions politiques au début du XXème siècle face à la permanence du problème minoritaire. On dénonce leur oppression, on propose leur assimilation en les aidant à intégrer la société (congrès de l’indigénisme interaméricain au Mexique en 1941).

Exemple

Le deuxième congrès se tint à Cuzco en 1949 et propose une définition de l’indien : « les descendants des peuples et nations précolombiennes qui ont la même conscience sociale de leur condition humaine et sont donc considérés à la fois comme intégrés et étrangers.»

3

Visibilité rurale, visibilité urbaine

Ces transformations politiques s’accompagnent d’un changement social profond: accélération de l’exode rural qui touche une partie croissante du monde indigène et noir.

Les indigènes ont finalement en ville une nouvelle forme de visibilité identitaire. Elle est liée à leur concentration dans des quartiers «ethniques» qui peuvent parfois atteindre les proportions d’une ville (El Alto, périphérie de La Paz).

C

Le combat pour le multiculturalisme

À partir des année 1960, en Amérique du nord et des années 1980 en Amérique latine, une « conscience ethnique» apparait et débouche sur la structuration de formes d’actions nouvelles soutenues par les ONG et l’Église notamment.

Elle aboutit à l’émergence d’une nouvelle catégorie socio-politique, celle de l’ethnicité. Après avoir lutté contre la domination puis contre l’exploitation, les mouvements indigènes orientent le combat contre la discrimination et pour la prise en compte des minorités comme sujet politique.

1

La nouvelle vitalité du combat politique

Généralement, on observe d’abord une structuration de l’expression culturelle par les élites issues des groupes minoritaires qui travaillent avec les ONG locales et internationales. Dans un deuxième temps, le mouvement connait une forte politisation, qui peut prendre des formes diverses.

Exemple

Les émeutes en Bolivie, le lynchage de deux maires créoles pour corruption dans les Andes centrales, la prise en otage d’un commissariat pour obtenir la démission du président Toledo au Pérou en 2005...

2

Les résultats : les nouvelles constitutions d’Etats multiculturels

Exemple

Les combats politiques des années 1980 conduisent à la renégociation de l’identité nationale dans de nombreux pays, de nouvelles constitutions les définissent comme multiculturels.

Le Nicaragua fut le premier concerné en 1987 suivi par le Brésil, la Colombie, le Paraguay, et le Mexique, le Pérou, la Bolivie, l’Equateur et le Venezuela en 2000.

Ces transformations nationales ont pris de cours la globalisation du mouvement (pas de mention des discriminations ethniques dans les déclarations dans les Nations Unies avant 1992!). Celle-ci a été complétée en 2007.

3

Le problème des recensements de population et leur évolution

Exemple

Les recensements ont longtemps porté la marque de la ségrégation. On est peu à peu venu à une proposition d’autodéfinition de l’appartenance ethno-raciale.

Le taux d’auto-identification à des groupes minoritaires a été très important et a amené à fixer le nombre d’indigènes dans certains pays.

Exemple

Au Chili on découvre qu’un million d'habitants se revendiquent Malpuche, sur une population totale de 17 million d'habitants.

Aux Etats-Unis, depuis le recensement de 2000, on se rattache à une ou plusieurs catégories ethno-raciales.

4

L’enjeu de la représentativité politique

L’enjeu de la reconnaissance de la diversité citoyenne est celle de la participation à la vie politique : il y a un problème de la représentativité des groupes identifiés qui se pose. Aux États-Unis et au Canada, cette insertion dans la vie politique a été rapide comparé à l’Amérique latine ou celle-ci fut longue et souvent symbolique (Evo Morales élu en 2005).

L’insertion du combat culturel dans le champ politique est toutefois en train de prendre une nouvelle ampleur, en témoigne le rôle de la CONAIE en Équateur qui installa et fit tomber Gutiérrez en 2004.

5

Identités et religions

Les anglo-saxons protestants ont aidé le développement d’un multiculturalisme et d’un communautarisme religieux au sein des minorités. En Amérique latine, la religion catholique est associée à la domination ibérique.

De nouvelles formes d’organisations des minorités se sont développées en parallèle avec de nouveaux mouvements religieux comme la théologie de la libération, qui prit le parti des minorités, des opprimés et des pauvres. Depuis les années 1960 on note l’ascension d’églises protestantes (30% au Guatemala). Il y a également une recrudescence des sectes.

III

Une reterritorialisation des minorités

Les descendants des populations indigènes font valoir leurs spoliations anciennes et leurs prétentions actuelles. Sous l’influence des mouvements nationalistes du Tiers- monde, ils demandent l'autodétermination politique et économique.

A

Exigences territoriales

1

Les demandes de compensation des spoliations territoriales

Au cours du XXème siècle, l’idée que l’on pouvait revenir sur les spoliations territoriales a pris forme : dès 1934, une partie des terres spoliées sont restituées aux communautés indiennes.

2

Le problème des terres collectives

Malgré cela, les spoliations ont continué au XXème siècle et au XXIème. La privation des droits des aborigènes passe alors par la négation de leur rapport à la terre. La négation de la propriété collective s’inscrit dans le contexte d’une vision de développement libérale et individualiste.

Dans la majeure partie des pays concernés la tendance récente est cependant à l’affirmation du caractère collectif de la propriété foncière en respectant son caractère culturel. Au Chili, la transition démocratique a été marquée par le vote d’une nouvelle loi indigène en 1993 rétablissant la propriété collective.

Dans d’autres pays, la communauté sert de base à l’organisation de la décentralisation.

3

Les conflits environnementaux

Les indigènes ont su se saisir des mots d’ordre contemporains comme le développement durable et on a constaté à une forte présence indigène au sommet de la terre de Rio en 1992.

Ils ont mené plusieurs combats juridiques contre de grandes compagnies et ont connu une grande publicité (lutte des Déné au Canada dès 1974 contre la construction d’un pipeline par un consortium de 27 compagnies).

Construites au départ sur la défense de leur environnement proche, elles ont évolué ensuite vers une universalisation de leurs argumentaires comme la défense de la biodiversité. Elles ont des possibilités de peser sur certains choix géopolitiques stratégiques, comme la «guerre du gaz « en Bolivie en 2003. Les minorités sont devenues un acteur géopolitique global.

B

Des combats transnationaux

Cette internationalisation de l’action politique peut être qualifiée de «pan-indigénisme». Les rapprochements entre eux se multiplient à mesure que leurs revendications s’homogénéisent avec un vrai impact politique.

1

Des identités transfrontalières?

Leurs cultures politiques sont rarement identiques mais certaines initiatives prennent une ampleur transnationale comme la COICA (Coordination indigène du Bassin amazonien) qui a joué un rôle essentiel dans les progrès pour la démarcation de territoires indigènes.

Elle a aidé au règlement du conflit entre Equateur et Pérou notamment par l’organisation de sessions de médiation et à l’origine de la création d’un parc binational pour consolider la paix.

2

Quelles dynamiques continentales?

La dimension continentale n’est pas absente de ces mouvements mais est plus complexe à mettre en place. Le CISA (Conseil indien d’Amérique du sud) fonctionne mal.

D’autres types d’organisations voient le jour, prenant la forme de mouvements anti-mondialisation comme la lutte anti-ALCA ou le «sommet social des peuples» organisé par Evo Morales en 2003.

Chapitre suivant : Le capitalisme nord-américain >