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Chapitre 4 :
Le capitalisme nord-américain

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Le capitalisme nord-américain
Introduction
  • 1905 : M. Weber, The protestant ethic and the spirit of capitalism
  • 1911 : La Standard Oil (SO) est démantelée par la Cour suprême
  • 1933-1938 : Politique du New Deal
  • 1962 : Fondation de Wal-Mart
  • 1970 : Création de l’Environment protection agency
  • 1980 : Stevenson-Wydler Technology Innovation Act ; Bayh-Dole Act
  • 1984 : AT&T est démantelée en 8 sociétés
  • 1996 : Réforme de l’aide sociale (PRWORA)
  • 1998 : Exxon (héritière de la SO) rachète Mobil ; Daimler fusionne avec Chrysler
  • 2007 : Début crise des subprimes
I

Les fondements culturels du capitalisme américains

A

L'entrepreneur : une figure emblématique

1

L’éthique protestante du travail et l’esprit du capitalisme

L’activité professionnelle occupe une place essentielle dans la vie des Américains. Benjamin Franklin, un fondateur du capitalisme américain, prodigue des conseils pour s’enrichir : travail, sens de l’organisation, refus du gaspillage. Il le résume ainsi : «Early to bed, early to rise makes a man healthy, wealthy and wise.»

L’argent et la réussite matérielle d’un côté et la spiritualité et la religion de l’autre sont au coeur du modèle capitaliste américain. Le développement aux États-Unis du mécénat et de fondations sont révélateurs. La société civile plutôt que l’État prend en charge des aspects de la vie collective.

Enfin, l’innovation technologique est favorisée par un esprit protestant tourné vers l’acquisition et l’accumulation des connaissances.

Exemple

La Fondation Ford

Créée en 1938, elle a son siège à New-York. Ses subventions atteignent 530 milliards de dollars dans divers activités :projets pour diffusion de valeurs démocratiques, défense des droits de l’homme, lutte contre pauvreté...

Elle participe ainsi au lancement de la Grameen Bank de M. Yunus en 1983 au Bangladesh et est également connue pour financer des bourses étudiantes.

2

Le "self-made man"

Aux États-Unis, on assiste très tôt à l’émergence d’une élite qui repose essentiellement sur le travail et la richesse. Le travail reste donc une valeur centrale dans la culture américaine d’aujourd’hui.

L’image du self-made man, courageux, novateur, individualiste et pragmatique est fondamentale. Érigé comme mythe fondateur des États-Unis, ses incarnations vont de Thomas Edison à Bill Gates, passant par Walt Disney, Alfred Sloan (General Motors) ou Steve Jobs.

À la fin XIX ème, le "self-made man" est remplacé par le businessman dans une période caractérisée par les concentrations capitalistiques, l'avènement de cartels et de holdings dirigés par de grands entrepreneurs qui, pour certains, sont surnommés les "barons voleurs" (Rockefeller, Carnegie, Pullman), adeptes du "darwinisme social". Cette idée que les pauvres seraient responsables de leur situation est récurrente dans la culture américaine et réaffirmée en 1980 par la "révolution conservatrice".

B

Le marché et le libéralisme dans le capitalisme américain

1

La place centrale du marché

En 1980, les experts soulignent la diversité des trajectoires nationales du développement du capitalisme : capitalisme «rhénan» ou microcorporatiste (Allgne, Japon), capitalisme étatique (France, Italie), capitalisme social-démocrate (Suède, Autriche) et capitalisme orienté vers le marché (Etats-Unis, Canada, Royaume-Uni). Dans ce dernier modèle, l’initiative privée est omniprésente.

Le postulat de cette priorité accordée au marché est que la concurrence élimine les entreprises les moins performantes. C'est dans cette perspective que le gouvernement américain érige une réglementation antitrust.

On a un caractère très décentralisé du capitalisme américain, une grande mobilité spatiale des facteurs de production. Il repose fondamentalement sur la notion de liberté (d’entreprendre, libre concurrence et libre-échange) : on parle de capitalisme "libéral".

2

Le libéralisme : une idéologie politique appliquée dans la sphère sociale

Ce système a des limites, notamment lorsqu'il s'agit de questions sociales. Le domaine de la santé est un exemple emblématique. En 2007, les États-Unis dépensent 15 % de leur PIB pour santé (1er mondial) contre 10 % en Allemagne.

Pourtant, la part de la population souffrant d’obésité atteint 35 % aux Etats-Unis contre 9 % en France. L’espérance de vie à la naissance est de 78 ans (33 ème mondial) aux États-Unis contre 81 ans en France (6 ème mondial).

Exemple

Wal-Mart, symbole de la réussite du modèle américain et ses revers

  • Fondée en 1952, emploie désormais 1,2 million de salariés dans 8 000 magasins. Plus grande entreprise de distribution du pays et plus grande
    entreprise mondiale par chiffre d’affaire (260 milliards de dollars)

  • Symbole de la mondialisation : premier importateur américain de produits chinois

  • Slogan "Every day, low prices" fait peur aux concurrents qui doivent
    délocaliser et licencier. Pression de Wal-Mart sur les salariés pour les meilleurs coûts (à peine au dessus du seuil de pauvreté), conditions de travail, protection salariale (refus de syndicats, recours aux immigrés clandestins) et sociale contribue à aggraver inégalités sociales aux États-Unis.

3

Un capitalisme de l’immédiat qui sacrifie la justice sociale et l’avenir environnemental

Le modèle américain s’accommode sans problème des inégalités sociales, avec 18 % de la population sous le seuil de pauvreté en 2010 (contre 7 % en France, 9 % en Allemagne, 15 % au Japon). Autre chiffre révélateur : en 1995 les 20 % les plus riches gagnent 13 fois plus que les 20 % les plus pauvres.

L’idéologie conservatrice contemporaine va jusqu’à justifier ces inégalités, considérant que l’enrichissement est la récompense du mérite personnel et que la pauvreté résulte de faiblesses personnelles. Thèse du libre de C. MURRAY et R. HERRNSTEIN The bell curve : intelligence and class structure in american life (1994).

L’abondance et la relative facilité d’exploitation des ressources ont conduit le capitalisme américain à adopter une attitude «prédatrice» à l’égard du milieu naturel. Ainsi, l’Arctic National Wildlife Refuge (ANWR), immense réserve naturelle en Alaska fait l’objet de pressions énormes du lobby du pétrole pour y engager l’exploitation de ressources pétrolières.

Mais, à côté de ça, les Américains créent des parcs naturels comme Yellowstone en 1872, votent le premier Clean Air Act en 1963 et créent l’Environment Protection Agency en 1970 (EPA).

II

Les caractéristiques du capitalisme américain

A

Les grandes entreprises

Trois phases de concentration et de constitution de grandes entreprises.

1

L’âge du «capitalisme sauvage» (1870-1920)

Processus de substitution du capital au travail (mécanisation) et essor de grandes entreprises. Âge d’or des grands businessmen, des "capitaines d’industries" (Rockefeller, Morgan, Carnegie, Mellon, Ford). La stratégie de ces groupes vise à limiter la concurrence par élimination, absorption ou cartellisation.

La loi antitrust Sherman de 1890 est trop ambiguë pour empêcher vraiment concentration, la loi Clayton de 1914 est plus stricte, mais assouplie dans l’application en raison de l’effort de guerre.

2

Le triomphe du capitalisme américain : le fordisme (1920-1970)

Après la crise de 1929, le système capitaliste américain trouve nouvel équilibre grâce à l’articulation d’un régime d’accumulation (fordo-taylorisme) et d’un mode de régulation (État keynésien). Se met en place le triptyque "Big business, Big government, Big labour". On a un renforcement des règlementations antitrust.

L’ère des directeurs-managers qui sont formés dans des Business schools est en plein essor et ils forment une «technostructure» (JK GALBRAITH, Le Nouvel Etat industriel, 1964).

Dans les années 1960, suit une deuxième vague de concentration, verticale, création de vastes conglomérats diversifiés : ITT (International Telephone and Telegraph) impliquée dans les télécommunications, l’assurance, l’édition et l’immobilier...

Néanmoins, dans les années 1970, il y a un mouvement de dissolution de ces conglomérats et un renforcement des lois antitrusts.

3

Depuis 1980 : globalisation, flexibilité et, toujours, logique financière

Dès 1970, les entreprises doivent faire des économies d’échelle pour rester compétitives. Il s'agit donc d'une phase de «re-spécialisation» qui déferle dans les années 1980, avec des concentrations verticales, privilégiant la logique industrielle. On a l’exemple dans les fusions-acquisitions de celle d’Exxon avec Mobil (pour 80 milliards de dollars).

La «firme réseau» remplace la firme pyramidale. Cela décrit un processus de multiplication d’accords de partenariats et d’alliances entre les firmes et un processus d’externalisation.

Enfin, cela entraîne une polarisation géographique des entreprises, notamment visible dans la Silicon Valley.

L’administration Clinton soutient cette concentration dans des domaines stratégiques comme le militaire (Union entre Northrop et Grumman en 1994) ou l’aéronautique (rachat de Douglas par Boeing en 1996).

Dans les années 1990, les fonds de pension prennent une place de plus en plus importante dans le capital des entreprises et acquièrent donc un droit de regard. S’ouvre l’ère du capitalisme actionnarial.

B

Création d'entreprises, innovation et productivité

1

Entrepreneuriat et entreprises innovantes

On constate un nombre important de créations d’entreprises aux États-Unis (entre 500 000 et 600 000 par an). Surtout, la force des États-Unis réside dans leur capacité à générer des entreprises orientées vers l’innovation et, en particulier vers l’innovation technologique (biotechnologies où ils ont une position dominante par exemple).

2

Une volonté de favoriser l'innovation

La priorité est accordée à l’innovation technologique et cela se traduit dans la part du PIB pour la R&D (3 %) ainsi que dans la prolifération des structures privées favorisant création d’entreprises innovantes : sociétés de capital-risque, business angels, incubators...

Par ailleurs, plusieurs dispositifs législatifs ont pour but de favoriser la création d’entreprises et l'l’innovation technologique

Enfin, il faut aussi souligner le rôle important des universités dans l’innovation technologique.

Résultat, le dynamisme de l’innovation technologique semble avoir permis de rehausser les gains de productivité. Les gains seraient de 3 % en 1960, 1% en 1980 et 2 % en 1990.

Exemple
  • 1953 : Le Small Business Act stipule que le gouvernement doit favoriser le développement des PME. Entre 25 et 40 % des marchés publics leurs sont réservés !

  • 1980 : Stevension-Wydler Technolgy Innovation Act favorise transfert de technologie des laboratoires de recherche fédéraux aux entreprises

  • 1980 : Le Bayh-Doyle Act réforme la politique des brevets en accordant la propriété intellectuelle aux organismes de recherche et favorise transfert des universités vers industrie.

  • 1984 : Le National Cooperative Research Act autorise la coopération entre entreprises en recherche «pré-compétitive». Exemple : on peut citer les semi-conducteurs dans le cadre du programme Sematech.

III

Mutation de l'État et de la régulation

A

Les politiques macroéconomiques

1

Les formes d’interventions

Si la part des dépenses publiques dans le PIB américain est faible, l’État est néanmoins historiquement interventionniste, mais selon des modalités spécifiques.

La puissance publique intervient d’abord via la réglementation : antitrust, salaire minimum, environnement, sécurité du travail... Et les grandes agences peuvent jouer rôle prépondérant dans les dynamiques industrielles, comme la NASA via ses programmes spatiaux, ou la "Food and Drug Administration" qui peut interdire commercialisation.

Les dépenses publiques constituent ensuite un puissant levier de l’intervention de l’État dans l’économie. Pour l’armement et le secteur aérospatial : les entreprises privées du complexe militaro-industriel vivent des commandes du Pentagone.

2

Les politiques industrielles

Le gouvernement américain reste fondamentalement pragmatique. En 1979, un prêt de 1,5 milliard de dollars à Chrysler, lui évite par exemple la faillite. Plus récemment, le plan Paulson proposa 700 milliards de dollars pour soutenir les banques américaines, les collectivités locales et les fonds de pension fin 2008.

Aux États-Unis il faut déjà noter l’absence de ministère de l’Industrie. Mais les commandes publiques, les aides à l’exportation via l’Eximbank, l’orientation donnée à la R&D ou la protection du marché national (Section 301) ont tout d’une politique industrielle.

B

Les mutations de l'État

1

Une grande méfiance à l’égard de l’État

Les Américains se méfient du pouvoir central, entrave potentielle à l’exercice de leur liberté et à l’épanouissement de leur communauté. Cette méfiance est incarnée par la "révolution conservatrice" initiée par Reagan dans les années 1980 : "l’État n’est pas la solution à nos problèmes, il est le problème". Mais l’Etat central est toujours présent !

2

L'État territorial

Au XIX ème, on assiste au développement d’un État territorial. L’objectif central du gouvernement fédéral est alors la conquête et la valorisation du territoire. La possession du territoire (Land Act puis Homestead Act) permet d’abord le développement économique avec un développement d’infrastructures de transport sous l’égide de l’État central.

3

L'État réglementaire

L’État intervient fin XIX ème pour réguler les dérives du "capitalisme sauvage" au travers de mesures comme l’"Interstate Commerce Commission pour le transport ferroviaire" (1887), les lois antitrust ou la "F&D Administration" en 1906 pour la qualité alimentaire. L’intervention étatique reste focalisée sur la régulation du marché.

4

Le "Welfare State"

À partir des années 1930, l’État providence, dans le cadre du New Deal, fait ses premiers pas. Cela commence par une intervention dans le domaine du logement (système de garantie de prêts), et bénéficie surtout à la classe moyenne blanche (les quartiers noirs ne sont pas intégrés aux mesures).

Kennedy et Johnson (projet de la "Grande Société") renforcent ensuite le "Welfare State" avec l’"Economic Opportunity Act" (contre la pauvreté) et le "Civil Rights Act" (bannit ségrégation) en 1964, et le "Voting Rights Act" en 1965 (lutte contre discrimination raciale en politique) et la création de l"’affirmative action", et le "Fair Housing Act" de 1968.

5

Le Warfare State

À partir des années 1960, dans le cadre de la guerre froide, apparaît une nouvelle forme étatique. C’est l’État militaire qui injecte des sommes considérables dans l’économie pour développer son potentiel technologique et militaire face à l’URSS.

6

Le Workfare State : vers un «Etat pénal» ?

Dans les années 1980, la «révolution conservatrice» de Reagan amorce le
désengagement du gouvernement fédéral des questions sociales.

La réforme de la protection sociale en 1986 confirme cette tendance, en restreignant les conditions d’accès aux indemnités sociales dans l’objectif de réinsérer les chômeurs dans le monde du travail.

Cela continue sous Bush avec l’avènement d’un État pénal, qui, face aux "déviances sociales", adopte une attitude répressive et punitive. Le taux d’incarcération devient alors très supérieur à celui des autres grand pays industriels. Enfin, le processus de pénalisation de la misère prend acte de la dualisation de la société américaine.

Si ce modèle n’est pas transférable en Europe, il apparaît comme une boîte à outils théoriques et opérationnelle. Néanmoins, c’est une inflexion idéologique provenant d’Obama qui donne de l’espoir aux partisans d’une certaine réhabilitation du Welfare State.

Exemple

La révolution conservatrice

Elle se définit comme une volonté de libéraliser la circulation du capital, elle
réduit à l’impuissance des institutions et des organisations (syndicats) qui protégeaient salariés contre les aléas, et promeut enfin une extension de la logique du marché aux domaines de la santé et de l’éducation !

Cette volonté est soutenue par les économistes ultra-libéraux comme Friedrich HAYEK (Prix Nobel en 1974). On substitue les notions de liberté et de responsabilité individuelle à la justice et l’équité sociale.

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