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Chapitre 5 :
Territoire et puissance aux États-Unis

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Territoire et puissance aux États-Unis
Introduction

Produisant un quart de la richesse mondiale, les États-Unis sont la première puissance économique mondiale. L’industrialisation apparaît comme le moteur essentiel du développement régional et de la construction de la puissance américaine.

Comment s’est construite cette puissance ? D’abord par l’industrie manufacturière, puis par le fordisme, et enfin dans la globalisation.

Chronologie

  • 1897 : Premier excédent commercial de produits manufacturés
  • 1914 : Première chaîne de montage pour la Ford T
  • 1926 : General Motors rachète Opel
  • 1933 : Les «cent jours» (première phase du New Deal)
  • 1935 : Social Security Act
  • 1955 : Création de Shockley Semiconductor Laboratory
  • 1971 : Premier déficit commercial du siècle
  • 1973 : Fin des accords de Bretton Woods
  • 1985 et 1987 : Accords du Plaza puis Accords du Louvre (interventions entre ces dates des banques centrales des États-Unis, Japon, RFA, Royaume-Uni, France pour mettre fin aux spéculations sur le dollar)
  • 2008 : Crise du système financier, début d’une crise économique générale
I

L'émergence d'une grande puissance économique

A

Un essort industriel relativement autocentré

1

Une grande puissance industrielle, grâce à des conditions favorables

Un élément clé de la guerre d’indépendance (1776-1783) est l’émancipation de la tutelle britannique qui impose aux colonies une vocation à exporter des matières premières, une taxation, et une interdiction de créer des manufactures.

Après l’indépendance, l’établissement du télégraphe en 1861 et le premier train transcontinental en 1869 relie les deux côtes du pays. Cela s’est réalisé avec des capitaux venant d’Europe (du Royaume-Uni surtout). Le Homestead Act encadre la colonisation et l’accueil de quantité d’immigrants venant d’Europe.

Le développement industriel rapide, puissant et relativement autocentré (fin XIX ème, le marché absorbe 97 % de la production nationale) repose sur la richesse du sous-sol et sur l’apport migratoire considérable.

La Guerre de Sécession (1861-1865) oppose un Sud libre-échangiste à un Nord qui veut protéger ses industries. S’en suit donc une instauration de tarifs (tarif McKinley en 1890, puis tarif Dingley en 1897) qui sont ensuite assouplis quand les entreprises sont assez compétitives.

Les États-Unis sont déjà la première puissance agricole et deviennent la première puissance industrielle. En 1913, les États-Unis réalisent un tiers de la production industrielle mondiale et connaisse une croissance de 4 % contre une croissance entre 1 et 2 % en Europe.

2

Innovation industrielle

Les états-Unis ont développé une forte capacité d’innovation en matière de produits : on peut citer à ce titre l’invention de la moissonneuse par McCormick en 1834, les inventions d’Edison (Fondation de General Electric en 1892), et en matière de procédés, l’exploitation du procédé Bessemer pour la production d’acier.

L’innovation est aussi stimulée par la relative pénurie de main-d’oeuvre et donc la nécessité de substituer le capital au travail. Enfin, leur productivité est très importante : en 1913, la productivité est deux fois plus importante aux États-Unis qu’en Allemagne.

3

Concentration capitalistique

La dépression de 1870-1880 provoque une concentration capitalistique et l’essor des grandes entreprises (textile, armement, sidérurgie...). Cela favorise la mécanisation, une plus grande division technique du travail, et la dispersion géographique des différents établissements.

Certaines entreprises naissantes deviendront les symboles du capitalisme : SO (1882), Carnegie à Pittsburgh (sidérurgie), Pullman à Chicago (matériel ferroviaire). Toutefois, ce sont des quasi-monopoles industriels. Sera voté à cet effet le Sherman Act, qui s’appliquera autant aux cartels qu’aux syndicats.

4

Conflictualité

Cette période de capitalisme concurrentiel peu régulé est caractérisée par des rapports sociaux conflictuels. Les salariés sont peu insérés dans la sphère de consommation. Ainsi, on assiste à une multiplication des conflits tels que la première grève à Chicago le 1er mai 1886, à Pittsburgh en 1892 (Carnegie Steel), et à Chicago en 1894 (Pullman Strike).

À la fin de la période, on note certaines améliorations avec la planification urbain et la législation sur les droits des travailleurs entre autres.

B

Dynamiques spatiales de l'économie

1

Urbanisation dans le nord-est du pays

L’industrialisation est associée à une période de rapide urbanisation au Nord-Est. Les dynamiques spatiales de l’industrie provoquent une croissance urbaine rapide (le taux d’urbanisation passe de 20 % en 1845 à 46 % en 1910) et l’essor de régions entières.

C’est ainsi qu’apparaissent des villes comme New York, Chicago, Philadelphie, Boston, Cleveland, Detroit, Saint-Louis, Los Angeles, Baltimore, Pittsburgh et sont dans les premières en 1920. Leurs effectifs ont été multipliés par 10 en moyenne entre 1840 et 1920.

Les villes américaines proposent un nouveau modèle urbain, fondé sur la dichotomie entre un centre dense et construit en hauteur (avec des technologies maîtrisées telles que l’ascenseur), autour duquel s’organise une banlieue basse et diffuse drainée par les transports en commun.

2

Manufactures et complexes ateliers

Dans la première moitié du XIX ème, la hiérarchie urbaine américaine est dominée par les villes portuaires et les villes marchandes du Nord-Est.

L’industrie s’y développe sous forme de districts industriels C’est notamment le cas dans l’industrie du cuir et de la chaussure dans le Massachusetts, vers Boston par exemple, dans les industries d’armement dans le Connecticut, dans le textile en Nouvelle-Angleterre, ou encore dans l’habillement et joaillerie à New-York.

Dans la seconde moitié du XIX ème, se développent en parallèle des villes industrielles (sidérurgie, métallurgie, matériel de transport, agroalimentaire) vers les Grands Lacs, la vallée de l’Ohio ou dans le Midwest (Chicago, Saint-Louis, Pittsburgh...). Elles donneront naissance à l’Industrial Belt autour des Grands Lacs.

Au début XX ème, ces évolutions se confirment avec le développement de centres très spécialisés : on a Detroit pour l’automobile, Pittsburgh pour la sidérurgie, Chicago pour les abattoirs et le conditionnement agroalimentaire.

3

L’internationalisation

La stratégie d’internationalisation dans cette période vise à garantir l’accès au ressources primaires de pays périphériques et à ouvrir les marchés pour ses productions nationales.

Cela traduit une volonté manifeste d’étendre le libre-échange, visible avec l’augmentation des Investissements Directs Étrangers (IDE), notamment dans le continent latino-américain (45 % du total des IDE américains).

II

Les États-Unis, leader du monde industriel (1920-1970)

A

La mise en place du fordisme

1

Un nouveau mode de production

Dans les années 1920, on assiste à un accroissement spectaculaire des économies d’échelle du fait d’une adoption de méthodes de production fondées sur l’organisation scientifique du travail (OST) de Taylor, la chaîne d’assemblage, et la diffusion de l’électricité.

Cela fut très efficace surtout dans l’automobile où Ford systématise la chaîne d’assemblage et aboutit à la fabrication de la Ford T dès 1908. Les économies d’échelle sont facilités par le vaste marché intérieur américain unifié.

Après des difficultés connues avec la première guerre mondiale entraînant une poussée protectionniste (hausse du tarif douanier McCumber en 1921), les États-Unis ont connu une nouvelle phase de prospérité, encouragée par une formidable augmentation de la productivité (4 % / an en 1922-1929) et de la production (47 % d’augmentation sur la période). C’est la naissance d’un nouveau modèle de société (american way of life) symbolisé par la consommation de nombreux objets banalisés et standardisés.

2

La crise de 1929

Le Jeudi noir voit s‘effondrer les valeurs boursières. Les causes structurelles de cette crise sont l’inadéquation entre l’offre et la demande sur le marché américain. En dépit d’accroissement du pouvoir d’achat, la masse salariale n’augmente pas assez vite. Entre 1921 et 1929, les dividendes versés aux actionnaires augmentent de 65 % alors que le pouvoir d’achat des salariés augmente de 11 %.

L’industrie entre en récession (automobile, textile). L’agriculture est en situation de surproduction chronique dans les années 1920, et la situation devient dramatique (baisse de 60 % des prix entre 1929 et 1933) après le Dust Bowl (dans l’Oklahoma et l’Arkansas).

Le chômage (affectant un quart de la population active) et la misère se répandent. Les mesures du gouvernement Hoover sont inefficaces voire contre-productives (relèvement des tarifs douaniers Hawley-Smoot) et le rapatriement des capitaux précipite l’Europe dans la récession.

B

Régulation et expansion du fordisme

1

La gestion politique de la crise

Roosevelt arrive au pouvoir en 1932 et adopte une politique pragmatique. Il met en place :

  • La TVA en 1933 (Tennessee Valley Authority, consistant en la construction de
    barrages hydroélectrique, et cela attire des entreprises (aluminium) cherchant
    électricité bon marché...).

  • L’Agricultural Adjustment Act (AAA) établissant un système de jachère pour faire baisser la production en échange d’un soutien fédéral des prix agricoles

  • La National Industrial Recovery Act (NIRA) fixe des horaires maximums de travail et un salaire minimum, renforce les syndicats, et assouplit la réglementation antitrust.

En 1935, la loi Wagner réaffirme les capacités de négociation des syndicats, le Social Security Act met en place des assurances vieillesse, chômage et le programme Medicaid pour soutenir les enfants de familles pauvres et les handicapés.

Pour sortir de la crise, les États-Unis posent les bases du Welfare State avec le développement du crédit et de l’épargne, l’élargissement du rôle de l’État avec la mise en place d’une couverture sociale, le partage plus équitable des gains de productivité entre travail et capital.

Néanmoins, la production industrielle en 1939 demeure inférieure à
celle de 1929 et le chômage reste élevé. Les États-Unis se referment sur eux-même.

2

La solution suburbaine

La résolution de la crise de 1929 compte aussi le développement des banlieues suburbaines, strictement encadrées par les pouvoirs publics.

En 1933, se crée une société d‘aide à l’accession à la propriété : Home Owner’s Loan Corporation. Elle permet de soutenir l’industrie du bâtiment et favorise donc l’étalement de la classe moyenne blanche dans les banlieues, laissant les minorités ethniques dans le centre-ville.

La suburbanisation prend un vrai essor après la seconde guerre mondiale avec le développement de l’automobile. Cela s’inscrit dans le modèle de logement individuel avec la voiture et les appareils électro-ménagers et participe ainsi au soutient de l’industrie !

3

La croissance d’après-guerre

Après la seconde guerre mondiale, les États-Unis connaissant leur véritable sortie de la crise. Ils ont servi d’arsenal pour la démocratie et cette implication a participé au développement technologique dans les secteurs électroniques, nucléaires, aéronautiques...

C’est notable statistiquement avec un doublement de la production industrielle nationale et un triplement de l’emploi industriel à Los Angeles dans l’aéronautique entre 1940 et 1946. Et, fin 1945, les États-Unis représente la moitié de la richesse mondiale produite.

En 1944, les accords de Bretton Woods instaurent un nouvel ordre monétaire ; en 1947, le Plan Marshall est attribué aux européens de la part des Américains et la reconstruction du Japon se fait sous le consulat du général MacArthur.

En 1954, le vote de la Public Law 480, dans le domaine agricole, définit un programme d’aide aux pays en voie de développement alliés des États-Unis, permettant d’éviter une situation de surproduction de l’agriculture américaine. L’agriculture devient alors un outil géopolitique (un moyen de pression).

En 1957, l’envoi de Spoutnik entraîne une augmentation des dépenses dans l’industrie de défense et pour la conquête de l’espace.

Toutes ces mesures participent à l’emploi et à la croissance américaine. Entre 1950 et 1975, la croissance annuelle atteint les 3,5 %. Néanmoins, cela est faible par rapport aux 6% allemands, 9 % japonais et 5 % français.

C

Les dynamiques territoriales du fordisme

1

Développement régional

La croissance industrielle de la période tire le développement urbain dans la Manufacturing Belt, ceinture des Grands Lacs (automobile, électroménager...), car la production de masse et l’accroissement de l’emploi conduisent à une urbanisation de masse. Exemple : on peut citer Detroit qui passe de un à cinq millions d’habitants entre 1920 et 1970 !

La standardisation de la production permet d’abaisser les coûts et donc de toucher une plus large part de la population. Mais d’autres entreprises comme General Motors, font le choix d’une externalisation de la production pour permettre une baisse des coûts.

D’autres secteurs comme la chimie (Dupont de Nemours) ou la construction navale et le raffinage (Exxon) continuent à se développer. Au début dans années 1930, avec le développement au sud de San Francisco de l’électronique, ou de l’industrie aéronautique à LA, c’est une nouvelle géographie industrielle qui se dessine, favorisant le sud et l’ouest.

2

Internationalisation et diffusion du modèle américain

Au cours des Trente Glorieuses, les États-Unis bénéficient d’une image favorable et exercent une hégémonie économique sur le monde occidental. Ils diffusent leur American way of life, le Welfare State, ou encore le modèle urbain et leurs méthodes de production. Mais la part des États-Unis dans le commerce international passe de 16 % en 1950 à 12 % en 1973 du fait de l’émergence de plusieurs concurrents dont l’Union-Européenne.

La phase de développement fordiste va de pair avec un processus d’internationalisation productive de l’économie américaine, sous forme d’IDE favorisant le transfert de technologie et de méthodes de production fordistes. Ford investit en Europe avant même la première guerre mondiale, General Motors rachète l’allemand Opel, suivi par des firmes comme Procter&Gamble, IBM et Kellog’s dans les années 1960.

En 1960, les IDE américains représente 75 % des IDE mondiaux. L’Europe occidentale devient alors le premier récepteur des IDE américains, dépassant l’Amérique latine (marché en expansion et en cours d’intégration permettant des économies d’échelle).

III

L'économie américaine : des capacités de rebond, mais aussi une fragilité croissante (1970-2000)

A

Un nouveau paradigme industriel

1

Crise du fordisme

Par-delà les aspects conjoncturels et médiatiques de la crise (arrêt de convertibilité du dollar en 1971, choc pétrolier, fin de Bretton Woods en 1973), la crise du fordisme est perceptible dès le milieu des années 1960 (baisse de taux de profits, ralentissement des gains de productivité, augmentation de l’inflation, disparition de l’excédent commercial...) et repose sur des causes profondes.

Causes externes

En 1971, les États-Unis font face à leur premier déficit commercial, traduisant une perte de compétitivité.

La crise est aggravée par les stratégies même des entreprises qui déconcentrent leur production vers des espaces périphériques aux coûts salariaux plus avantageux. On peut citer US Steel (aujourd’hui USX) qui investit dès 1960 dans des usines sidérurgiques à l’étranger, notamment au Brésil. Cela met en place une concurrence directe entre l’acier brésilien et l’acier produit sur le sol nord-américain, ce qui accroît les difficultés déjà existantes du secteur.

On note ainsi un découplement progressif entre le territoire économique national et la sphère du capitalisme américain.

Causes internes

Les concurrents extérieurs apparaissent comme un catalyseur face à 4 causes internes :

  • Baisse des gains de productivité qui entraîne des difficultés pour maintenir
    des augmentations salariales nécessaires pour maintenir la consommation

  • Saturation des marchés avec un taux d’équipement très élevé

  • Luttes sociales contre l’aliénation au travail, cela met en périple l’organisation
    de la société

  • Rigidité des structures productives fordistes qui ne correspond pas à la
    variété des pratiques de consommation

Exemple

Pittsburgh et la crise de la sidérurgie

  • Puissance industrielle reposant au départ sur une situation géographique
    (gisements de charbon faciles, rivières). Pendant les Trente Glorieuses, elle est la capitale de l’industrie sidérurgique américaine.

  • Protégées, les entreprises locales conduisent une politique de sous-investissement et de maintien peu rationnel de petites unités de production. Les aciéries deviennent de plus en plus vétustes.

  • La ville est particulièrement touchée en 1978 et 1982. On assiste à des restructurations et des concessions salariales importantes. À cause du chômage, Pittsburgh connaît une forte émigration.

2

Essor des «industries de la connaissance»

Un nouveau cycle de croissance s’amorce alors que d’autres secteurs sont en crise : les industries motrices de ce cycle adoptent des méthodes de production fondées sur flexibilité (dans les relations interentreprises, l’organisation du travail) et l’intégration croissante de Technologie de information et de la Communication (TIC).

Trois type de secteurs :

  • Les industries de haute technologie (aéronautique, nouveaux matériaux, électronique informatique, communication, biotechnologies)

  • Les activités directionnelles (tertiaire supérieur) (expertise, direction d’entreprises...)

  • Les industries culturelles (multimédia, mode, cinéma, télévision, musique, édition)

L'essor de ces industries est permis par la logique de polarisation des activités dans les métropoles drainant les économies d’agglomération, généralement à la suite d’un «accident historique» générateur de «causation cumulative». Californie est bon exemple pour l’aéronautique... (Lockheed, Douglas)

Cet essor repose aussi sur une politique nationale de promotion de ces activités. L'initiative de défense stratégique de Reagan («Guerre des étoiles») de 1983 en est un bon exemple.

Les mesures prises pour lutter contre la crise participe également au développement de cet essor. En 1971-1979, le dollar avait été dévalué pour aider l'industrie mais il est réévalué en 1979-1985 ce qui encourage les réorientations vers des industries à fort contenu technologique.

Enfin, politique de dérégulation initiée par Carter favorise le développement des activités financières et directionnelles.

B

Recomposition territoriales

1

Sun Belt et Gun Belt : le croissant périphérique

On assiste à une croissance importante des métropoles du croissant périphérique dans les années 1980 et 1990 (croissance de 45 % entre 1990 et 2000 pour Phoenix, de 40 % pour Atlanta, de 25 % pour Houston).

Cette croissance repose sur les dépenses historiques du Pentagone (GF) et sur certaines spécificités locales. La croissance de Los-Angeles (industries culturelles) et de San Francisco (biotechnologies avec Genentech), s’appuient ainsi sur le potentiel de recherche local (l’université de Californie à San Francisco, UCSF, devient le leader mondial dans les technologies médicales).

2

Rust Belt et cadran Nord-Est

A contrario, de nombreuses métropoles du cadran Nord-Est ont été sévèrement touchées par la crise des industries fordistes, perdant de la population dans les années 1970. Pittsburgh dont la population baisse depuis les années 1970, ne fait ainsi plus partie des 20 premières métropoles mondiales.

Mais certaines ont réussi leur reconversion dans des activités dynamiques : Minneapolis (pôle de production de gros ordinateurs), Boston (Route 128).

Après difficultés dans les années 1970 avec New-York qui se déclare en faillite financière en 1975, New-York trouve nouveau souffle avec activités financières (1 ère place boursière du monde) et directionnelles (25/100 premières firmes mondiales y ont leur siège social, principal centre directionnel de l’économie mondiale).

Le Nord-Est reste pôle décisionnel pour l’ensemble du pays, compte 5 des 10 plus grandes villes, concentration de pôles de recherches et d’universités.

C

La globalisation de l'économie américaine

1

Internationalisation industrielle : croissance des IDE

Dans les années 1980, Europe et Japon rattrape les États-Unis en terme d’IDE, surtout à travers nombreuses fusions acquisitions : Daimler-Chrysler, Deutsche Bank-Bankers Trust, Vivendi- Universal (industries culturelles).

Étant premières à s’engager dans stratégie de globalisation productive, les firmes américaines occupent la plupart des premiers rangs, mais depuis les années 1980, la logique d’investissement productif est progressivement remplacée par la logique financière. Le global prend le pas sur le national.

2

L’économie américaine : quelles limites ?

La globalisation de l’appareil productif est si avancée dans certains domaines que le commerce entre filiales d’une même multinationale représente 42% du commerce extérieur des États-Unis en 2005. Donc, si l’économie nationale inviterait à conclure à un déclin des États-Unis, une vue globale permet plutôt de conclure à la vitalité de l’appareil productif.

D

Les difficultés contemporaines de l'économie américaine

1

L’industrie automobile, symbole de l’industrie américaine

Après le premier choc pétrolier, les firmes automobiles américaines commencent à perdre des parts sur le marché domestique, surtout au profit de constructeurs japonais et un peu européens (dont les modèles sont plus petits et consomment moins de carburant).

Donc dès les années 1980, l'industrie automobile se réorganise :

  • Pression sur l’administration pour des accords d’autolimitation envers Japonais

  • Partenariats commerciaux et industriels (1984 : GM et Toyota créent une filiale commune : NUMMI, «if you can’t beat them, join them !», volonté de GM d’adopter leur méthodes de production)

  • Prises de participation ou rachat de firmes étrangères (prise de participa- tion de GM chez Daewoo, Suzuki, Isuzu (40 %), Ford achète Aston Martin)

Ces transformations rendent opaque l’identité ou la nationalité des entreprises. En contrepartie, on constate un essor des investissement des Japonais et Européens qui veulent s’approprier des parts du marché américain. Honda crée ainsi en 1986 la marque Acura pour le marché américain, Toyota crée Lexus, Nissan crée Infiniti...

Pendant longtemps, les Big Three (GM, Ford, Chrysler) peinent à réviser leur stratégie de gamme et produisent des automobiles de moins en moins adaptées au marché (4x4, pick-up, haut de gamme).

Les constructeurs étrangers proposent produits adaptés à la demande et le lancement en 2000 de la Toyota Prius (véhicule hybride essence-électricité) est à cet égard emblématique.

En 2007, GM perd sa position de premier constructeur mondial, qu’elle détenait depuis 72 ans, au profit de Toyota. En 2008, les Big Three détiennent moins de 50 % de parts de marché aux États-Unis.

La crise de l’économie déclenchée en 2008 par la débâcle financière liée aux subprimes marque aussi la crise du modèle industriel américain. La situation est très difficile pour Ford et GM en 2008. Ces entreprises opèrent un recentrage, mais cela ne suffit pas.

En 2009, ponctuellement, GM et Chrysler bénéficient d’un soutien financier direct de l’administration Obama. Cette aide est conditionnée par une certaine restructuration et remise en question (construction de véhicules «propres»...) ce qui permet la renaissance de GM alors même que Toyota connaît difficultés (2011).

En cela, l'industrie automobile symbolise la capacité de rebond de l’économie américaine.

2

La question commerciale

Les États-Unis mènent une politique ambiguë. D'un côté, ils suivent un mouvement de libéralisation commerciale engagée avec le GATT puis l’OMC

De l'autre, avec montée de concurrents depuis les années 1970, ils ont recours à des procédés protectionnistes tels que la Section 301 du Trade Act (en cas de concurrence «déloyale»). De plus, se multiplient les conflits commerciaux avec Japon et Europe, avec qui les déficits commerciaux se creusent (75 milliards de dollars avec le Japon en 1999).

Quoi qu'il en soit, la demande intérieure est de plus en plus satisfaite par l’importation et le déficit commercial ne cesse de se creuser. Ce déficit commercial peut indiquer la faiblesse concurrentielle de l’industrie américaine, mais il est aussi un indicateur du choix de déplacer à l’échelle globale la ligne de séparation géographique entre lieux de conception et lieux de production.

Le déficit accroît l’interdépendance commerciale, industrielle et financière entre grands acteurs économiques. Ce qui soulève des questions car certains partenaires commerciaux sont aussi des rivaux géopolitiques.

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