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Chapitre 6 :
Immigration, questions identitaires et communautarisme aux États-Unis

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Immigration, questions identitaires et communautarisme aux États-Unis
Introduction
  • 1865 : 13ème amendement, abolition de l’esclavage
  • 1882 : Chinese Exclusion Act
  • 1907 et 1917 : Lois d’exclusion des Japonais puis des Asiatiques
  • 1921 et 1924 : Politique des quotas nationaux
  • 1942 : Programme Bracero
  • 1954 : Arrêt Brown mettant fin à la ségrégation scolaire
  • 1963 : Marche de la Liberté
  • 1964 : Civil Rights Act; Martin Luther King est prix Nobel de la paix • 1965: affirmative action
  • 1965 : Fin de la politique des quotas, décret présidentiel instaurant l’affirmative action
  • 1968 : Bilingual Education Act
  • 1974 : Equal Education Opportunity Act
  • 1982 : Voting Rights Act et fondation de l’organisation US English
  • 1986 : Immigration Reform and Control Act (IRCA)
  • 1995 : Million Men March
  • 1986 : Immigration Reform and Control Act (IRCA)
  • 1996 : Immigration Reform and Immigrant Responsibility Act (IIRIRA)
  • 2006 : Echec de la «réforme Bush» (immigration clandestine)
I

Immigration et questions identitaires aux États-Unis

A

Des flux migratoires considérables, strictement encadrés

1

Immigration et déportation dans la période coloniale (XVIIème et XVIIIème siècle)

L’immigration et les premiers pas des États-Unis

Les premières colonies sont fondées par des immigrants venant d’Europe. Les Treize Colonies sont fortement liées à la Grande-Bretagne. La période de création des Treize Colonies correspond à la première vague d’immigrants, celle des «fondateurs».

Cette vague d'immigration est constitués d’Anglais, Irlandais, Ecossais, Allemands, Français, Suédois, Néerlandais, Canada français, Asiatiques, esclaves noirs. La proportion de Noirs est faible dans les États du Nord (0,5 % dans New Hampshire) mais importante au Sud (55 % en Caroline du Sud).

Les motivations de la création des colonies

La motivation essentielle est le rêve, l’espoir d’un monde meilleur (liberté religieuse...). Il n'y a aucun désir de retour chez les migrants. Mais une seconde motivation est la recherche d’un enrichissement perçu comme facile et rapide, à l’instar des Espagnols qui ont troué l’El Dorado en Amérique latine.

Exemple

Fondation de la Virginie en 1607 par des capitaux privés : groupes d’hommes d’affaires réunis pour faire fortune en Amérique (tabac et maïs).

2

L'attractivité des États-Unis depuis le XIXème

Une immigration numériquement fluctuante dans le temps

L'attractivité des États-Unis a été fluctuante. On constate ainsi une différence de 1 à 10 entre le nombre d’immigrants dans les années 1840 (0,5 million) et dans les années 1880 (5 millions).

Immigration et expansion des États-Unis (1820-1860)

Ouverture d’une deuxième vague d'immigration en 1820. Sur cette période, les États-Unis accueillent 5 millions d’immigrants en provenance d’Europe du Nord et de l’Ouest. Ces migrants sont Anglais, Ecossais, Irlandais (crise de la pomme de terre de 1845), Allemands et Scandinaves.

Par ailleurs, les besoins importants en main-d’oeuvre amènent également un autre type d'immigration. L’importation d’esclaves africains, bien qu’illégale depuis 1807, se prolonge jusqu’à la Guerre de Sécession (agriculture cotonnière américaine). L'expansion du pays (Louisiane, Texas, Oregon...) et le peuplement de ces nouveaux territoires agricoles devient enjeu stratégique.

L’immigration européenne massive, mais régulée (1870-1930)

  • Une vague migratoire énorme

Entre 1870 et 1930, la main d’oeuvre européenne afflue en masse pour répondre à la croissance économie liée à l’expansion industrielle. On assiste à une troisième vague migratoire et l'accueil d’environ 25 millions d’immigrants.

Ces migrants viennent davantage d’Europe centrale, orientale et méridionale (Italiens, Polonais, Ukrainiens, Russes...)

  • Une xénophobie croissante

Un mouvement xénophobe représenté par l’American Party (surnommé le Know-Nothing Party) est latent depuis début XIX ème. Les nativistes disent que les nouveaux immigrants ne peuvent pas s’intégrer dans la société.

La première loi de contrôle catégoriel est votée en 1875 (contre criminels et prostituées), mais de véritables mesures restrictives sont prises envers les Asiatiques. Les Chinois sont les premiers visés car les travailleurs blancs accusent les coolies chinois de leurs difficultés.

Voté en 1882 le Chinese Exclusion Act est suivi d'autres mesures contre les immigrants Asiatiques. Les Asiatiques non naturalisés ont interdiction de posséder des terres en Californie dès 1913. En 1921 et 1924, des imposent des quotas par nationalités, mais ne fixe aucune limitation pour l’Amérique latine.

3

Une immigration massive à la fin du XXème siècle

Peu à peu, des lois plus libérales

Une série de lois favorise l'immigration. Plus précisément, on passe d'une politique restrictive à une politique sélective.

  • 1942-1964 : Programme Bracero qui amorce l’immigration mexicaine
  • 1952 : Immigration and Nationality Act confirme la politique préférentielle alors que le vote de l’*Immigration and Refugee Act permet l’accueil de réfugiés politiques des pays communistes.
  • 1965 : Immigration and Nationality Act Amendment qui aboli désormais toute discrimination sur critère de race, nationalité ou sexe. Libéralisation qui ouvre la voie à une quatrième vague d’immigrants aux origines très différentes (Amérique latine, puis Asie représentent chacun 40 % du total dans les années 1970)
  • 1990 : Une nouvelle loi augmente le nombre d’entrée autorisées, et les nouveaux critères de sélection sont qualitatifs (formation et compétences professionnelles), quota fixé accordé aux investisseurs

Une immigration record dans la décennie 1990

Immigration soutenue s’expliquant par croissance économique après la deuxième guerre mondiale. On connaît des pics spectaculaires en 1989 (1,1 million d'immigrants), 1990 (1,5 million d'immigrants), 1991 (1,8 million d'immigrants) et 1992.

La lutte contre l’immigration clandestine : réglementation et contrôle frontalier

Pour lutter contre immigration clandestine croissante, l'Immigration Reform and Control Act (IRCA «Simpson-Rodino») en 1986 instaure des sanctions contre les employeurs de main d’oeuvre irrégulière. Cette loi régularise aussi la situation de 2,5 millions d’immigrés illégaux et redéfinit programme d’échange de travailleurs saisonniers dans l’agriculture. Mais il y a toujours 10 millions d'immigrants clandestins aux États-Unis dans les années 1990.

L'Immigration Reform and Immigrant Responsibility Act (IIRIRA) en 1996, durcit le droit d’asile et les procédures de rétention et d’expulsion, envenimant
les relations entre Washington et Mexico. Cela marque le début des opérations de surveillance à la frontière. Mais l’immigration clandestine serait toujours de 12 millions d’individus en 2006.

4

L'immigration : un enjeu politique contemporain majeur

Les termes du débat

Dans un contexte marqué par le 11 septembre, la question sécuritaire est très importante. Les défenseurs d’une politique plus restrictive pour l’immigration avancent les arguments suivants : sécurité nationale, préservation de la culture américaine, effets néfastes de croissance démographique sur l’environnement, pression à la baisse des salaires et conditions de travail.

Les défenseurs d’une politique plus souple ont à coeur : les droits de l’homme, le droit au regroupement familial, les intérêts des entreprises qui profitent de bas salaires, les communautés ethniques américaines

L’échec de la «réforme Bush» (2006)

En décembre 2005 l'adoption d’un projet de loi prévoit plsueiurs mesures controversées :

  • Criminalisation du «statut» de clandestin et durcissement des conditions d’accueil

  • Érection d’une clôture sur le tiers de la frontière EU / Mexique

  • Instauration du statut de travailleur «invité» avec création d’un nouveau visa destiné
    aux clandestins, autorisés à rester 2 ans s’ils se déclarent

  • Renforcement des sanctions contre employeurs de travailleurs clandestins

Cela provoque en 2006 des manifestation qui mobilisent entre 500 000 et 1 million de personnes à Los-Angles, puis dans d’autres villes. Cela provoque l'échec du projet.

La politique migratoire de l’administration Obama

Durant sa campagne, Obama a promis d’étudier la possibilité de régulariser les 12 millions d’immigrés clandestins. Mais la crise économique et l'attention portée à la réforme de la santé entrave ce projet.

À côté de cela, le projet de loi DREAM Act pour les étudiants étrangers n'aboutit pas.

Par ailleurs, on assiste au développement d’un processus de «défédéralisation» de l’enjeu migratoire. Les États multiplient les lois pour empêcher l'accès des sans-papiers au permis de conduire, logement...

Néanmoins, le gouvernement fédéral se tourne vers la justice pour rappeler aux États fédérés que certaines lois locales anti-immigration empiètent sur ses prérogatives. Par exemple, l'État fédéral poursuit l’Utah en 2011.

Exemple
  • A day without a Mexican de Sergio ARAU, 2004.
    Ce film décrit une situation imaginaire. À la suite d’un brouillard rose, tous les Mexicains ont disparu de la Californie. Toutes communications avec l’extérieur ont été coupées. Faute de cuisiniers mexicains, les plats brûlent et faute de salariés agricoles, les récoltes menacent de pourrir. Les Blancs, comme la femme du gouverneur, doivent assurer tâches ménagères...

  • 2004 : Qu’est-ce qu’être Américain ?, Samuel HUNTINGTON
    Ce livre fustige les latinos-américains, vus comme des ennemis intérieurs. Estime que l’identité nationale américaine est en danger à cause de l'internationalisation des élites, le multiculturalisme, les aspirations séparatistes de certaines communautés... Il accuse les élites libérales («cosmocrates») et les latinos-américains de cette décomposition. Ils sont même soupçonnés de vouloir reconquérir les territoires perdus par le Mexique en 1848.

B

Des flux migratoires nécessaires à l'économie américaine

1

Mutation dans l'origine géographique des migrants

Contrairement à l’Europe qui a émis des migrants jusqu’en 1950 avant de devenir un pôle récepteur, les États-Unis ont toujours été récepteurs. Cette attractivité nourrit la puissance et le dynamisme de l’économie américaine

Basculement de l’attractivité

On assiste à un mutation radicale de l’origine des migrants : déclin de l’Europe tandis que l’Amérique latine et l’Asie augmentent. Depuis les années 1980, 90% des immigrés viennent du tiers-monde.

L’attractivité des États-Unis s’exerce désormais surtout envers pays proches et pays asiatiques.

Déclin de l’immigration en provenance de l’Europe

Majoritaire jusque dans les années 1950, l'immigration en provenance d'Europe devient ensuite marginale. L’Europe devient elle-même un pôle attractif. Entre 1900 et 1990, la part des Européens dans les immigrants aux États-Unis passe de 85 % à 11 %.

Montée en puissance de l’immigration latino-américaine et asiatique

La part de l'immigration en provenance d'États situés sur le continent américain augmente sensiblement depuis entre les années 1920. Mais si entre 1920 et 1940, le Canada compte pour 20 % de l'immigration et le Mexique 10 %, cela s’inverse entre 1960 et 1980.

Plus généralement, on constate un basculement vers une immigration d'Amérique Latine. Entre 1960 et 2000, le nombre d’immigrants en provenance de l’Amérique latine quadruple pour atteindre 2,2 millions.

À côté, quelques pays d'Asie compte pour une part importante de l'immigration aux États-Unis : Philippines, Vietnam, Corée du Sud et Chine.

On remarque par ailleurs une certaine croissance de l’immigration venue d’Afrique, Proche et Moyen-Orient, surtout Egypte, Nigeria et Afrique du Sud.

2

Les facteurs de l'immigration

Des pays «répulsifs»

L'Europe connait un excédent de population au XIX ème et début XX ème, ce qui explique le départs de nombreux migrants. On connaît des processus semblable depuis les années 1960 pour certaines régions du tiers-monde qui sont confrontées au sous-développement, à la violences, à la misère, et au chômage.

Pour les États-Unis, un impératif stratégique, économique et social

Pour les États-Unis, l’apport d’immigrés au XIX ème constitue un élément clé de l’affirmation de la souveraineté nationale sur territoires nouvellement conquis. Depuis les années 1960, l’immigration est devenue un impératif pour les États-Unis sur plusieurs enjeux:

  • La question des retraites

L'immigration permet de limiter la dégradation du rapport entre actifs et inactifs.

  • L’enjeu technologique

La pratique du Brain drain permet de maintenir compétitivité américaine «par le haut». Relativement peu de jeunes Américains s’orientent vers études scientifiques ou techniques. L'immigration permet de faire venir sur le territoire américain une main d’oeuvre qualifiée qui achève sa formation dans un laboratoire ou université.

Cela concerne de plus en plus étudiants asiatiques : entre 1990 et 1996, on constate le triplement du nombre de doctorats soutenus par des étudiants chinois dans des universités américaines, et doublement pour étudiants indiens.

En 2000, les États-Unis ont relevé à 195 000 le nombre de visas pour professionnels hautement qualifiés.

  • Les coûts de production

L’apport de main d’oeuvre bon marché permet de maintenir la compétitivité américaine «par le bas». Notamment dans l’agriculture, l’électronique, le textile. L’immigration clandestine est liée à cette forme d’immigration légale.

Passage du brain drain au brain gain

Si le brain drain a longtemps été considéré comme une forme de néocolonialisme, il est aujourd’hui interprété comme une opportunité pour les pays du tiers-monde. En 1990, 1/3 des ingénieurs de la Silicon Valley sont étrangers, dont les 2/3 sont asiatiques.

Ces expatriés peuvent contribuer au développement de leur pays d’origine (argent, idées, savoir-faire...). Les transferts financiers de ces travailleurs vers leurs pays représenteraient 65 milliards de dollars.

Ces immigrés permettent aussi de faire le lien entre leur pays et les États)Unis. Taïwan devient source de capital pour les entreprises start-up de la Silicon Valley. Passage d’une «fuite des cerveaux» à une «circulation des cerveaux»

Exemple

Dans le parc techno-industriel de Hsinchu à Taïwan, la moitié des entreprises ont été créées par des expatriés de retour des États-Unis.

C

Conséquences et enjeux de l'immigration

1

L'avènement du multiculturalisme ?

La montée en puissance des minorités

La modification des structures ethniques et culturelles amène la notion de salad bowl. Mais la réalité est plus complexe. Les catégories statistiques du recensement sont ambiguës et portent tantôt couleur de peau (blancs ou noirs), tantôt sur le pays d’origine (pour les pays Asiatiques), ou sur la langue (pour les Hispaniques). À l'inverse, le premier recensement de 1790 ne proposait que 3 catégories : Blancs, affranchis, esclaves. La structuration ethnique et culturelle des États-Unis s'est largement complexifiée.

En 2010, la proportion de la population noire est de 13 % et celle de la population asiatique est de 5 %. Plus marquant, on assiste à la montée en puissance de la communauté hispanique et latino (16 % en 2010), et le déclin relatif de la population blanche (passe de 75 à 72 % entre 2000 et 2010). Les WASP devraient devenir minoritaires d’ici 2040.

L'importance croissante du métissage dans la société américaine se traduit par la création de la nouvelle catégorie «multiraciale» en 2000 et le succès de la notion de browning.

L’impact territorial

  • Polarisation territoriale des immigrants

Les flux de population sont surtout drainés par quelques grandes métropoles de la Sun Belt ou de la Megalopolis. En 1990, la Californie du Sud accueille un tiers de l’immigration totale à elle seule.

Le recoupement de l’origine et de la destination montre qu’il y a une géographie spécifique de la migration : Européens vers l’Etat de New-York et Californie, Asiatiques ou Mexicains vers la Californie. Les Colombiens choisissent eux le New-Jersey, la Californie ou la Floride.

  • Des territoires cosmopolites

Certains États sont particulièrement concernés par montée de minorités, comme la Californie où on voit augmentation relative des asiatiques et hispanique-latinos.

Au Sud Ouest des États-Unis, la part croissance de population hispanique conduit à parler de la «Mexamérique». Des métropoles deviennent particulièrement cosmopolites : Los-Angeles ou New-York.

Définition : Melting pot, salad bowl et browning
  • Melting pot

Utilisé en référence à la pièce de Israël Zangwill, ce terme se traduirait par "creuset" en français et désigne un phénomène d’assimilation de populations
immigrées de diverses origines en une société homogène. Ainsi, toutes les différences de culture, de langue ou de religion s’effaceraient pour ne plus former qu’un seul et même ensemble.

  • Salad bowl

Signifiant littéralement "saladier", il faudrait plutôt traduire ce terme par "mosaïque ethnique" ou "grande fresque américaine".Cette formule soutient l'idée que la plupart des groupes ethniques des États-Unis conservent leur identité culturelle et participent à la constitution de la nation américaine sans pour autant s’assimiler à une norme anglo-saxonne.

Au contraire du melting-pot, les États-Unis serait ainsi formés de communautés vivant selon leur culture, mais adhérant à des valeurs communes formant ainsi une même nation.

Cette notion n'est cependant pas à confondre avec le communautarisme, qui met la communauté sur le même plan, voire au dessus, de la Nation.

  • Browning

À traduire par "métissage", ce terme va dans le sens d'une vision des États-Unis qui ne serait bientôt plus un pays de Blancs, d’Hispaniques ou d’Afro-Américains, mais de métis.

À noter dans cette perspective que les projections du Bureau du recensement américain estiment que 21 % de la population américaine en 2050 seront métissés au delà de toute « traçabilité ».

2

Crispations et conflits

Une politique favorable aux minorités

  • 1954 : L’arrêt Brown de la Cour suprême ouvre voie à la déségrégation scolaire

  • 1964 et 1965 : Vote des Civil Rights Act et Voting Rights Act contre les inégalités en défaveurs des Noirs

  • Été 1965 : Émeutes de Watts (ghetto noir de Los-Angeles) provoque la mort de 34 personnes et inaugure une série d’émeutes violentes qui feront 300 morts

  • Dans ce contexte, Johnson instaure l’affirmative action (quotas pour Noirs dans les Universités, entreprises et fonction publique)

  • 1968 : Bilingual Education Act autorisant enseignement bilingue pour préserver culture originelle des immigrants (premier acte en faveur du multiculturalisme)

  • 1972 : Ethnic Heritage Act pour préserver cultures

Les réactions de la communauté blanche

Au sein de communauté blanche, on voit le développement d’un mouvement qui craint la «tyrannie des minorités» et une fracture de la société américaine en raison de l’immigration. Cela explique la création de groupes de pression néonativistes prônant usage de l’anglais comme langue officielle (English first, US English...)

De nombreux Blancs quittent la Californie (white flight) ou se murent dans gated communities.

Exemple

Le cas de la Californie

  • La coexistence d’attitudes d’ouverture et de rejet persistent. La proposition 187 en 1994 suite à la campagne Save Our State (SOS), visait à interdire aux immigrés clandestins l’accès aux services de santé et d’éducation en Californie. Mais elle fut déclarée anticonstitutionnelle par la justice fédérale.

  • 1996 : Californie adopte proposition 209, limitant l’affirmative action

  • 1998 : Californie vote en faveur d’une proposition limitant l’immersion linguistique des enfants d’immigrés à un an en milieu scolaire.

II

Les communautarismes aux États-Unis

Les États-Unis forme une nation métissée mais certains groupes revendiquent une identité propre. Quel est leur poids dans une éventuelle crise de l’identité américaine ? Sont-ils encore une entité unie ou un ensemble de communautés juxtaposées ?

A

L'Amérique, république communautaire ?

1

La crise de l'identité américaine

Du melting pot au multiculturalisme

La situation des minorités dans les années 1960 débouche sur l’affirmation et la valorisation de leur différence et la dénonciation de l’assimilation.

L’Amérique n’est plus perçue comme un ensemble d’individus mais comme un ensemble de communautés caractérisées par une histoire, une culture d’où la défense du multiculturalisme popularisé dans les années 1980.

La diversité des communautés

  • Les communautés ethniques, religieuses ou sexuelles

Les fondements communautaires sont extrêmement variés : religieux, sexuels, ethniques. On peut citer les Mormons qui composent 70% de l’Utah et qui ont un mode de vie dicté par la religion. De même les Amish vivent dans des communautés rurales fermées, parlent un dialecte allemand, refusent la technique moderne.

D’autres groupes revendiquent une identité différente liée au genre ou l’orientation sexuelle : femmes, homosexuels (création en 1969 du Gay and Lesbian Front qui organise en 1970 la première Gay pride).

Mais, les principales communautés ont un fondement ethnique.

  • Une reconnaissance officielle

Le recensement officialise l’existence des communautés : 5 origines ethniques sont proposées en 2000. Les minorités comptent en 2010 pour 35% de la population américaine.

Depuis 1970, l'origine ethnique est présentée comme une catégorie subjective relevant d’un sentiment d’appartenance. Depuis 2000, revendiquer le métissage en cochant plusieurs catégories est possible.

L’acceptation du multiculturalisme

  • La discrimination positive

La vision d’une Amérique formée de communauté avance et favorise l’affirmative action énoncée en 1965 par Johnson. Il s’agit de mettre fin aux discriminations. Une discrimination positive se met en place dans l’éducation, les entreprises.

Leur reconnaissance se marque aussi par une volonté de leur assurer une représentation politique propre : le Voting Rights Act en 1982 permet aux communautés d’être représentées au conseil municipal ou au Congrès par un redécoupage électoral.

  • La diversité culturelle

Le multiculturalisme a eu des répercussions dans l’enseignement. L’affirmative action a permis l’entrée à l’universalité d’un plus grand nombre de membres des minorités.

  • La diversité linguistique

Le multiculturalisme suppose la protection de la diversité linguistique des États-Unis. Plus de 300 langues y sont parlées. L’espagnol est la seconde langue après l’anglais. Le Bilingual Act autorise l’enseignement bilingue. De nombreux formulaires sont proposés dans plusieurs langues, comme les bulletins de vote (1975).

La contestation du multiculturalisme

De nombreuses voix critiquent ses excès qui établissent une concurrence entre les communautés.

Une partie de la classe moyenne se dit victime de l’affirmative action. La Californie commence à adopter cette politique en 1996. En 1997, l’arrêt Potter a mis fin au busing en Caroline du Nord.

Au centre du débat, la question est de savoir si l’existence des communautés menace l’identité américaine.

2

Des noirs aux afro-américains

L’exclusion des Noirs

En 1945, les Noirs sont la principale minorité (10% de la population). Leur nombre augmente rapidement et la question dépasse les États du sud. Le problème est à la fois politique et social. Leur situation économique se définit par un chômage élevé, le cantonnement dans certains métiers et la pauvreté. La ségrégation est visible.

L’opinion blanche défend la ségrégation ou au mieux est indifférente. Chez les Noirs, une minorité cherche à changer ce rapport, notamment une certaine bourgeoisie noire voulant effacer la barrière de la race par l’instruction ou l’enrichissement, revendique des droits.

Les combats des Noirs

  • Le combat pour les droits civiques

Dans les années 1950, les Noirs se battent pour l’égalité politique, principalement le droit de vote. Le combat est mené par des organisations modérées comme la NAACP (National Association for the Advancement of Coloured People créé en 1909) ou le CORE (Congress of Racial Equality créé en 1942) promeuvent les activités de non-violence comme les sit-in.

Luther King crée la SCLC (Southern Christian Conference) et organise des marches pour la liberté et les droits civiques. La marche de Washington en 1963 réunit 250 000 personnes.

La désségrégation progresse : Truman met fin à la ségrégation dans l’armée en 1948, en 1954 la Cour Suprême interdit la ségrégation scolaire par l’arrêt Brown. Le Civil Rights Act de 1962 reprend toutes ces avancées et malgré des résistances dans le sud.

La plupart des Blancs acceptent ces changements mais maintiennent une ségrégation dans la vie quotidienne. La pratique du busing se développe dans les années 1970 pour accélérer la mixité scolaire.

  • Les nouveaux combats

Les inégalités sociales demeurent. La lenteur des évolutions déçoit et provoque des violences : émeutes à Los Angeles en 1965.

Des mouvements extrémistes surgissent réclament un Black power, c'est-à-dire le partage du pouvoir immédiat avec les Blancs. Le SNCC (Student Non Violent Coordinating Comittee) oublie la non-violence. Les Black panters (1968) préconisent la lutte armée. Les Black muslims dans les années 1960 réclament une ségrégation volontaire dans l’enseignement et l’économie. Leur leader, Malcom X, réclame 3 États pour créer une République noire.

Les autorités adoptent deux réponses : une réponse policière et une réponse politique. Deux agences sont créées pour mettre les avancées en œuvre : l’Equal Employment Opportunity Commission et l’Office of Federal Contract Compliance. Le développement du Welfare State profite également aux Noirs.

  • Un bilan contrasté

La situation des Afro-américains s’est diversifiée: une élite remporte des succès individuels (Colin Powell, Condoleeza Rice, Obama), une majorité voit son sort s’améliorer et accède à la classe moyenne mais une minorité concentre tous les problèmes: chômage, pauvreté, criminalité.

Autre changement majeur : les Afro-Américains (42 millions en 2010) ne sont plus aujourd'hui la principale minorité.

3

Les hispaniques

La première minorité

Au recensement de 2010, on compte 50 millions d’Hispaniques, sans compter les clandestins. Leur nombre augmente très vite: 9 millions en 1970, 22 millions en 1990, 35 millions en 2000... On l’explique par l’immigration et des forts taux de fécondité. Leur taux de croissance est de 40% dans la dernière décennie contre 10% pour l’ensemble de la population.

Leur unité repose sur la langue et la religion catholique mais leur origine est hétérogène.

Ils sont globalement en bas de l’échelle sociale: salaires bas, working poor mais une élite de Cubains et de Sud-Américains réussit.

** Les combats des Hispaniques**

  • Des combats en ordre dispersé

Ils ont souffert aussi de la ségrégation. Mais la revendications sont moins audibles à cause de leur division.

Une 1ère fracture oppose les Hispaniques citoyens américains (Portoricains, une partie des Mexicains) et les non-citoyens. Les citoyens américains ont lutté pour le respect des droits civiques comme la déségration scolaire (1948 au Texas).

Dans les années 1960, le mouvement chicano veut rassembler tous les Mexicains. Il revendique l’identité indigène. Les portoricains ont des revendications économiques proches des noirs. En tout cas, les citoyens américains voient d’un mauvais œil les nouvelles arrivées de migrants : concurrence pour l’emploi, dégradation de leur image...

Le fort pourcentage de non-citoyens parmi les Hispaniques réduit également leur poids électoral. Peu nombreux au Congrès, leurs représentants sont divisés.

  • Un combat partagé : la langue

Les Hispaniques sont très attachés au bilinguisme, atout culturel mais aussi économique et politique. La question de l’enseignement bilingue les divise car l’anglais semble vecteur de réussite sociale.

Ils veulent préserver leur langue et leur culture mais surtout s’intégrer dans la société américaine. Ils adhèrent à un culturalisme modéré. Bien qu’ils soient les 1ers en nombre, leur division limite leur rôle dans la société.

B

Les territoires des communautés

Les revendications communautaires se sont développées aux États-Unis dans le champs du politique. Elles ont très rarement une dimension territoriale, sauf dans le cas des Amérindiens privés de leurs territoires.

Pourtant, la répartition des différents groupes dans l’espace américain et plus particulièrement les villes permet de parler des territoires des communautés.

1

Le quartier

Dans la tradition américaine, la structure de la ville doit refléter le libre choix des individus. La petite communauté locale reflète les affinités et est homogène, par ses revenus, ses comportements, et sa composition ethnique.

Les banlieues sont d’abord exclusivement blanches : Aujourd’hui la mixité est plus fréquente même si on note la création de banlieues noires.

Exemple

Le chanteur Nat King Cole devient à la fin des années 1950 le premier propriétaire noir à Hancok park, quartier chic de Los-Angeles

2

Le quartier ethnique

À toutes les époques les migrants s’installent dans des quartiers ethniques où ils bénéficient de l’aide communautaire et où on les aide à s’intégrer. En témoignent les Petites Italie, Chinatowns ou barrios latinos aujourd’hui.

Ce sas d’acclimatation est ensuite souvent quitté car les individus se dispersent en fonction d’autres critères.

3

Le ghetto noir

Les ghettos noirs qui se créent dans les villes américaines fin XIXème sont un produit de la ségrégation. Ils présentent une homogénéité ethnique mais diversité sociale et constituent une ville dans la ville.

Mais ces quartiers ont évolué et l’espace des communautés s’est transformé.

Exemple

Harlem à New-York a été le lieu d'émeutes en 1935 ou 1943.

4

Les nouveaux territoires

L’hyperghetto

Les nouveaux ghettos ont perdu leur homogénéité raciale. South Central à Los-Angeles comptait 90% de noirs en 1960 et fait cohabiter 45% de noirs avec des Hispaniques, Asiatiques en 2000.

La coexistance n’est pas facile car la concurrence est forte pour l’emploi. Ce sont devenus des zones de détressse sociale. En 1990, 8 millions de personnes vivaient dans ces quartiers. Le nouveau ghetto, l’hyperghetto, n’est plus un espace de protection mais de relégations pour une underclass sans espoir.

La dégradation de la situation de la situation des ghettos résulte de la conjonction de plusieurs processus: disparition des emplois industriels, départ des classes moyennes vers les banlieues et recul de l’État-providence.

Pour survivre, ces populations s’inscrivent dans l’économie informelle. L’illégalité entraîne la violence, l’insécurité, et la répression. La population carcérale atteint 2,3 millions d’individus dont 46% de Noirs.

Le territoire des gangs

En 2002, on compte 730 000 jeunes affiliés à 22 000 gangs. Les modèles sont les gangs Crips et Bloods fondés dans les années 1960.

Chaque membre doit défendre son turf, son domaine. Le recrutement se fait souvent sur des critères ethniques ce qui renforce leur caractère communautaire. Les deux familles criminelles de Los-Angeles (Salvatrucha et 18th Street) sont formés de Latinos-américains et leur influence s’étend au pays d’origine sous forme de bandes violentes : les maras.

Les gated communities

20 000 quartiers se sont entourés de barrières. Ils veulent se soustraire à la
promiscuité et à l’insécurité. Les densités sont faibles, le niveau de vie élevé, la population majoritairement blanche, diplômée, âgée, comme Leisure World (âge minimum pour les propriétaires de 55 ans).

Ce phénomène restreint considérablement l’espace public où les différentes
populations peuvent se rencontrer. La multiplication des territoires communautaires est à la fois le reflet et la cause de la fragmentation de la société américaine et a pu faire parler de balkanisation.

Pourtant la majorité des Américains sont partisans d’un multiculturalisme modéré qui n’exclut pas le métissage. La force du patriotisme se manifeste dans toutes les crises : 11 septembre ou Irak.

La communauté est une composante de la Nation. Obama affirmait en 2004 : «Il n’y a pas une Amérique noire, une Amérique blanche, une Amérique hispanique, il y a les États-Unis d’Amérique.»

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