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Chapitre 8 :
Les espaces du pouvoir en Amérique Latine

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Les espaces du pouvoir en Amérique Latine
Introduction

Le pouvoir (politique, économique, culturel...) a un caractère hiérarchisé et polycentrique (éclatement en plusieurs centres).

Quelques pôles forts se dégagent à l’échelle continentale, de grands ensembles urbains (dont le pouvoir se renforce à l’échelle nationale avec la mondialisation) dont le poids est démographique, économique et lié à la capacité directionnelle.

Ils sont essentiellement situés sur la façade atlantique et leur pouvoir se renforce en dépit de l’émergence d’autres espaces dynamiques comme la façade Pacifique.

Chronologie

  • 1325 : Fondation de Tenochtitlán
  • 1521 : Chute de Tenochtitlán. Fondation de Mexico par Cortés
  • 1535 : Fondation de Lima par Pizarro
  • 1763 : Rio de Janeiro, capitale du Brésil à la place de Bahia
  • 1800 : Fondation de Washington DC
  • 1960 : Inauguration de Brasilia
  • 1961 : Concept de Megalopolis proposé par Jean Gottmann
  • 11 septembre 2001 : Attentats à New-York (World Trade Center) et Washington DC (Pentagone)
I

Les centres directionnels continentaux : les régions dominantes

A

Les périodes coloniale et post-coloniale : pérennité et rupture dans la géographie du pouvoir

1

L’Espagne et l’héritage précolombien

Les conquêtes espagnoles se heurtent à des civilisations urbaines sophistiquées. Le réseau urbain espagnol s’inscrit dans une logique de maillage du territoire pour mieux le contrôler et se surimpose sur un réseau urbain précolombien hérité.

Les centres de commandement peuvent s’établir dans des villes du littoral comme à l’intérieur des terres. La littoralisation du pouvoir espagnol n’est pas aussi affirmée que dans le reste du continent.

2

La littoralisation du pouvoir

Mais la découverte des Amériques et sa colonisation passe en priorité par la façade Atlantique. Exploiter les ressources implique une certaine extraversion économique favorable au développement des ports atlantiques de Boston à Buenos Aires.

Dans l’Amérique anglo-saxonne, les pôles de pouvoir s’ancrent sur les littoraux. La conquête enclenche un développement urbain qui favorise forcément la façade atlantique.

Les grands centres de pouvoir actuel sont de grandes métropoles dotées des attributs de la puissance (la puissance se mesure plus par la nature de ses fonctions que par son poids numérique).

B

Les littoraux atlantiques

Définition : Centralité, métropolisation et ville globale
  • Centralité

Notion renvoyant à la concentration du pouvoir dans un espace donné. métropole: notion qui désigne le fait que les grandes villes aient des capacités directionnelles importantes et entretiennent des relations intenses avec d’autres villes centres.

  • Métropolisation

Processus de concentration des capacités directionnelles dans certaines grandes villes, les métropoles, associé à un processus d’internationalisation de celles-ci Mégalopole: désigne les grandes unités urbaines de plus de 10M d’habitants.

  • Ville globale

Terme popularisé par Sassen en 1991 qui considère New-York, Tokyo et Londres comme les trois centres majeurs d’impulsion et de coordination de l’économie mondiale.

1

La Mégalopolis nord-américaine : les tables gigognes de la centralité

À l’échelle du continent, le principal pôle du pouvoir est à cheval sur la frontière des États-Unis et du Canada. Il est composé par le cadran nord-est des États-Unis et la «grande rue» canadienne.

On y trouve concentrés des institutions internationales, les autorités politiques nationales, des activités industrielles, financières, des centres directionnels de grandes Firmes-Multinationales (FMN), des grands médias, des activités de recherche, des universités prestigieuses, des grandes infrastructures de transport, dans des métropoles comme New-York, Chicago, Boston, Washington, Detroit, ou Toronto.

Dans cet espace, la Mégalopolis est le cœur directionnel de l’économie américaine, mais aussi de l’économie mondiale malgré le développement d’autres centres directionnels tout comme le centre d’impulsion politique majeur sur la scène géopolitique mondiale.

Vaste région urbaine relativement dense, polycentrique, Boswash résulte de la coalescence des métropoles de Boston (industries de hautes-technologie, sièges d’universités prestigieuses comme Harvard ou MIT), New-York (pôle directionnel ou financier, sièges sociaux de FMN, ONU), Philadelphie (ville historique), Baltimore (centre industrialo-portuaire), et Washington (capitale, institutions comme FMI, Banque mondiale...). Elle compte 45 millions d’habitants.

A l’intérieur de la Mégalopolis, New-York se distingue. Articulée avec Tokyo et Londres, elle est à la tête des villes globales et est devenue le centre de coordination de l’économie mondiale. Manhattan symbolise la centralité du pouvoir économique surtout à Downtown et Midtown.

2

Sud brésilien et Rio de la Plata: un nouvel ensemble mégalopolitain

On peut faire une même analyse scalaire pour décrire la structure géographique du pouvoir dans le second pôle directionnel du continent, dans le cône sud de l’Amérique latine. Il est structuré par les métropoles phares des pays du Mercosur : Rio, São Paulo, Montevideo et Buenos Aires. Cet ensemble de 2000 km compte 65M d’habitants.

Au sein de cet ensemble, au Brésil, un sud élargi occupe une position de force. La région Sudeste, premier pôle industriel sud-américain où sont présents la plupart des secteurs de l’aéronautique à l’automobile. Dans cet ensemble se dégage un centre formé par le triangle urbain associant São Paulo, Rio de Janeiro, et Belo Horizonte.

Rio, pôle industriel et culturel, touristique, connait un déclin relatif. La grande exposition de 1908 consacre sa grandeur mais la crise de 1929 marque le début de la concurrence de São Paulo. Puis en 1960 la perte de statut de capitale fédérale diminue son influence politique.

São Paulo assume désormais le rôle de pôle économique majeur du continent latino-américain.

C

Les centres "intérieurs"

Les centres intérieurs sont nombreux mais se placent moins haut dans la hiérarchie des métropoles

1

Les métropoles intérieures en Amérique latine

On les trouve davantage en Amérique latine où elles se situent souvent en hauteur (La Paz à 3800m, Mexico à 2200m).

Mexico, grand centre industriel et directionnel, est la plus grande métropole continentale. Elle compte 19 millions d’habitants en 2010. Elle est confrontée à de nombreux problèmes : l’eau, la pollution, les séismes...

2

Le relatif vide intérieur nord-américain

L’Amérique du Nord compte relativement peu de mégalopoles intérieures (on rattache les grands lacs à la mégalopole nord-américaine) même si des villes importantes en termes démographiques se sont développées pour des raisons économiques : Denver, Dallas, Austin, Phoenix, Edmonton dans l’Alberta.

D

Sur le long terme, quelles dynamiques des espaces de la centralité ?

1

Permanence : polarisation des centres initiaux

Les centres connaissent une certaine inertie. Les pôles initiaux ont renforcé au cours du temps leur prééminence par un processus cumulatif de polarisation économique, politique et démographique.

2

Mutations : l’émergence de nouveaux espaces du pouvoir

Mais les mutations de la géographie sont réelles. Elles concourent à l’émergence de nouveaux pôles urbains dotés d’un certain pouvoir et d’une capacité d’influence dans des domaines précis.

L’émergence de l’Ouest des Amériques est en cela marquant en particulier la façade Pacifique: Vancouver, Seattle et Portland, la région urbaine de San Francisco et Sacramento en Californie, Los Angeles, San Diego et Tijuana.

En Amérique latine le schéma est plus complexe mais des pôles comme Caracas ou Santiago s’affirment.

3

Développement des grandes concentrations urbaines

Il y a donc concentration de la population dans les grandes agglomérations urbaines : 8/30 plus grandes villes du monde sont américaines. Cependant, le poids économique de ces agglomérations n’est pas lié à leur poids démographique. Les métropoles du Nord industrialisé trustent les premières places, les métropoles latines sont en retrait.

Leur capacité à peser dépend aussi de facteurs politiques : Caracas pèse beaucoup car elle est liée un enjeu pétrolier et idéologique. Brasilia joue un rôle plus grand que sa population ne le laisserait penser.

II

Construction et reconstruction de la centralité à l'échelle nationale

A

Construction d'une centralité politique et symbolique : Washington et Brasilia

1

Washington DC et Brasilia : des spécificités, mais surtout des points communs

Les États-Unis et le Brésil sont les deux États forts : l’un puissance globale avérée qui veut consolider son pouvoir remis en question, l’autre puissance en devenir qui veut s’affirmer comme un contre-pouvoir et dominer le sud du continent.

2

Washington DC : un centre intégré dans la Mégalopolis

Créée au lendemain de l’indépendance, elle est le fruit d’un compromis entre Philadelphie et New-York. Elle favorise l’extension territoriale du cœur urbain de la jeune nation.

Son décollage est lent mais elle est aujourd’hui le vrai centre politique du pays,
pleinement intégrée à la Mégalopolis, son influence est globale.

La création de Brasilia vise à symboliser la puissance et la modernité de la nation brésilienne et à affirmer sa puissance dans le Nord. La capitale se trouve relativement isolée des centres nationaux alors qu’elle voulait accompagner l’expansion du Brésil actif vers l’intérieur.

B

Structures géographiques nationales du pouvoir

1

Concentration économique et démographique dans les capitales nationales

Tout au long du XXème, les pays du continent ont connu dans les grandes villes un processus de polarisation de la population, du pouvoir politique et économique.

Ce dernier repose sur l’essor démographique national, et sur les dynamiques du marché du travail urbain.

2

Les systèmes urbains nationaux et la question de la macrocéphalie urbaine

La primauté urbaine des métro-capitales se renforcent en Amérique latine puisqu’au Nord, plusieurs villes occupent des niveaux supérieurs et sont équilibrées. En Uruguay, la première ville du pays concentre alors la quasi-totalité des fonctions directionnelles et une part importante de la population : Montevideo (45% de la population).

Les systèmes urbains nationaux sont donc considérés comme centralisés voire déséquilibrés car il y a parfois hypertrophie de la ville principale. On qualifie parfois à tort ce phénomène de macrocéphalie.

À tort car ce terme désigne une pathologie alors que l’urbanisation est une clé du développement. D’autre part, ce terme déforme la réalité latino-américaine faite de systèmes urbains certes hiérarchisés voire dominés par une capitale hégémonique, mais pas pour autant systématiquement déséquilibrés.

Exemple

Métropolisation : le cas colombien

Le cas colombien illustre bien dans quelle mesure les réseaux urbains nationaux peuvent évoluer à cause des évolutions démographiques, de la mondialisation, de la volonté de répartir la centralité et d’aménager le territoire.

La concentration du pouvoir dans les grandes villes se renforce depuis deux décennies : Bogotá croît au détriment de Medellín et de Cali en concentrant 16% de la population et plus de 20% du PIB.

Le pays connait des transformations de son réseau urbain en raison de la croissance démographique et de l’ouverture internationale du pays. Capitale politique et économique, Bogotá coordonne le système productif colombien et joue le rôle d’interface entre la Colombie et le reste du monde.

C

Déplacement géographique de la centralité dans un contexte de mondialisation

1

Basculement géographique de la centralité

Les espaces de centralité sont susceptibles d’évolutions, comme la progressive dévitalisation de Rio au profit de São Paulo et Brasilia.

Exemple

Toronto devient le premier centre directionnel du Canada

La rivalité entre Montréal (4 millions d’habitants en 2010) et Toronto (5 millions) symbolise l’opposition entre Québec francophone et Canada anglophone. Toronto, métropole ambitieuse, a dépassé Montréal dans les années 1980 et devient le premier pôle directionnel du pays.

Cette ambition se traduit par une politique d’aménagement urbain pour faciliter l’identification du pouvoir de la ville. La CN Tower, relais pour les télécoms, symbolise la volonté de puissance de Toronto.

2

Des frontières polarisantes?

Longtemps périphériques et assez fermées, les frontières voient leur statut évoluer. Leur attractivité se renforce, à mesure que les flux internationaux se développent.

La frontière États-Unis-Mexique, attractive pour les deux pays, est clé pour les dynamiques économiques nord-américaines. De même, la frontière Brésil-Paraguay offre un autre exemple de l’intégration de ces marges par le centre.

Exemple

La frontière Brésil-Paraguay

Un nouveau front pionnier a été ouvert par les Brésiliens dans la région orientale du Paraguay depuis surtout la fin des années 1980. L’accueil des pionniers fut encouragé par la dictature (ils possèdent les savoir-faire pour valoriser les terres) mais cette vague de colons est massive. Ils seraient 500 000 à la fin des années 1990.

Ils imposent une culture du soja moderne, le Paraguay devient un producteur important, et le soja important dans l’économie du pays. A l’Est, le pays est sous-influence brésilienne.

3

Des frontières polarisantes?

La souveraineté nationale est mise en péril par les processus d’intégration politique régionale, au moins pour les États les plus faibles.

Le risque que le pouvoir se concentre aux mains du partenaire le plus fort (Washington pour l’ALENA et Brasilia pour le Mercosur) est réel.

III

Polycentralité et centres hiérarchisés

A

L'hégémonie contestée des États-Unis

1

Certes, les États-Unis dominent l’Amérique latine

Les États-Unis sont la seule puissance dont l’aire d’influence couvre l’ensemble du continent. Cette hégémonie se voit surtout dans les espaces situés à proximité : Mexique, Canada, Amérique centrale, Caraïbes.

Cette influence se lit dans les domaines politiques et militaires, économiques, et culturels.

Celle-ci est néanmoins de plus en plus contestée par les puissances latino-
américaines : Brésil, Venezuela, Mexique, mais aussi Argentine et Chili.

2

Y a-t-il un "pilote" en Amérique latine?

Ces quelques puissances latino-américaines son elles aussi dotées d’une aire d’influence régionale ce qui entraine des rivalités.

Le continent sud-américain recherche un leadership autre que celui de Washington. Cependant, aucun pays n’est en mesure de s’affirmer comme chef de file incontestable.

3

Le pouvoir en réseau

Le pouvoir est donc réparti entre plusieurs acteurs. Certes, il est réparti de manière inégale et hiérarchisée mais même les petits peuvent revendiquer une parcelle de ce pouvoir.

C’est donc un réseau polycentrique mais hiérarchisé qui structure le pouvoir dans les Amériques. Des partenaires extérieurs peuvent exercer une certaine influence.

B

Les armatures urbaines hiérarchisées

1

Deux pôles continentaux majeurs...

Les grandes concentrations du pouvoir reflètent les rapports de forces géopolitiques entre Nations qui se structurent progressivement au sein du compliment.

En conséquence, ces espaces centraux sont enracinés dans les deux grands pays dominant les réseaux du pouvoir du continent : la Mégalopolis des États-Unis, le Sudeste du Brésil.

2

.. et des pôles secondaires!

Cependant, des pôles urbains, dont la capacité directionnelle est moindre, mais importants en termes de population, émergent dans l’ensemble du continent.

Ces pôles secondaires sont connectés aux 2 espaces centraux majeurs du continent par des liens divers: mobilité de la population, flux financiers, échanges de biens primaires ou industriels, mais aussi relations diplomatiques.

Au final, ces relations dessinent là aussi un réseau polycentrique et hiérarchisé articulant les différents espaces urbains des Amériques entre eux.

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