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Chapitre 9 :
Métropolisation et espaces urbains en Amérique Latine

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Métropolisation et espaces urbains en Amérique Latine
Introduction

Aux oppositions traditionnelles (centre-ville/banlieue, quartiers riches/quartiers pauvres) il faut ajouter de nouvelles tendances : habitat informel, étalement urbain, émergence de villes lisières, ségrégation, auto-enfermement des populations urbaines (gated-communities).

Chronologie

  • 1933 : Le gouvernement fédéral américain accorde des prêts à taux réduits pour l’achat d’une maison individuelle

  • 1953 : Création de Metro Toronto (Canada) pour coordonner l’action des municipalités de l’agglomération

  • 1972 : Naissance informelle de Villa El Salvador (Pérou). La ville devient municipalité autonome en 1984.

  • 1976 : Le centre historique de Quito est classé patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco

  • 1984 : Urban Jobs and Enterprises Zones Act.

  • 1995 : protestations des habitants du centre historique de Puebla (Mexique) contre le programme de réhabilitation du gouvernement

  • 2010 : La population urbaine du continent est de 758 millions d’habitants

I

Un continent très urbanisé

A

La croissance de la population urbaine

1

Des taux d’urbanisation élevés

Le continent américain est très urbanisé. En Amérique latine, les taux d’urbanisations masquent une assez grande diversité de situations.

En 2010, la population urbaine américaine était de 758 millions de personnes, 288 millions pour l'Amérique du Nord, 469 millions pour l'Amérique latine.

2

Des rythmes de croissance différents au nord et au sud

La croissance urbaine de l’Amérique du Nord élevée jusque dans les années 1960 a fortement ralenti dans les années 1970 puis a redémarré depuis les années 1990.

Les différences régionales sont importantes notamment aux États-unis (écarts entre Sun Belt dynamique et les villes en déclin de la Frost Belt à partir des années 1970) ou au Canada où la croissance urbaine se concentre dans les régions de Toronto, Montréal, Vancouver, et le corridor Edmonton-Calgary.

Depuis les années 1940, l’Amérique latine connait une croissance urbaine forte, il accélère dans les années 1950 et 1960 puis décline depuis tout en restant forte. Dès 1960, 10 villes dépassent le million d'habitants. Les grandes villes ont des taux de plus de 5% dans les années 1960. Maintenant ce sont les villes moyennes les plus dynamiques.

Au Nord comme au Sud, les villes frontalières connaissent un fort développement: villes de la frontière américano-mexicaine ou entre Brésil et Paraguay.

3

Les facteurs de la croissance urbaine

Le Nord

L’urbanisation est d’abord liée au développement des échanges et de l’industrie. Le fordisme favorise le développement des grandes villes. Dans les années 1970, les difficultés des industries manufacturières les rendent répulsives.

Les déplacements internes de la population jouent un rôle important dans la croissance urbaine : exode rural des noirs des campagnes dans les 1950’s, départ des retraités vers la Sun Belt, abandon par les blancs des villes cosmopolites...

Les migrations internationales ont un rôle important pour certaines villes: New-York et Los-Angeles attirent à elles seules 40% des migrants étrangers.

Le Sud

L’exode rural a été le moteur de la croissance urbaine. Aujourd’hui ce sont les migrations interurbaines et l’accroissement naturel qui sont responsables de la croissance urbaine.

La baisse de fécondité est compensée par les structures d’âge et l’allongement de la durée de vie. La ville a attiré des populations des campagnes fuyant la misère et l’insécurité: on parle d’ "urbanisation refuge".

Entre 1970 et 2000, le nombre de pauvres vivant dans les villes passe de 45 à 200 millions. Le tiers de la population de São Paulo ou de Mexico vit sous le seuil de pauvreté.

B

L'extension des villes

Avec l’urbanisation du continent américain s’accompagne d’un phénomène d’étalement urbain qu’on désigne comme une périurbanisation.

Les limites de la ville sont imprécises. Aujourd’hui la majorité des citadins du continent sont des périurbains.

1

L’urban sprawl

C’est ainsi qu’on désigne aux États-Unis cette extension des villes : la superficie de Tampa a augmenté de 400%! L’augmentation de la surface peut s’accompagner (Atlanta) ou non (New-York) d’une augmentation de population.

Aux États-Unis en 1970 le recensement montre que pour la première fois dans les aires métropolitaines la population suburbaine a dépassé celle de la ville centre. En 1990, la majorité de la population vit en banlieue.

On observe le même phénomène au Canada: la population du noyau de Montréal augmente de 2% alors que celle de sa banlieue de 30% entre 2001 et 2006.

2

L’étalement urbain en Amérique latine

Les superficies urbaines ont fortement augmenté. A Bogotá la surface urbanisée a été multipliée par 12 entre entre 1938 et 1973. La périurbanisation est accélérée par le manque d’espace. La verticalisation n’est possible que dans les quartiers aisés. Le coût trop élevé des logements au centre oblige à s’installer en périphérie les personnes modestes.

L’avancée se fait de manière continue le long des axes de circulation et par plaques dans les zones rurales. Cet étalement pose de nombreux problèmes : équipements plus chers car moindre densités de population, insuffisance des équipements, détérioration de l’environnement, zones à risques, allongement des distances...

C

La métropolisation

1

De grandes villes

L’Amérique compte 50 villes de plus de 2 millions d’habitants (limite de la métropole) dont 27 en Amérique latine.

Les États-Unis comptent 275 aires métropolitaines représentant plus de 80% de sa population, un tiers des habitants vivent dans des métropoles de plus de 5M d’habitants.

2

La concentration des activités

La métropole se caractérise par une forte concentration des activités, la production par habitant est supérieure à la moyenne nationale.

Le RSP, ratio de surproductivité, mesure cet écart. New-York, Mexico et São Paulo ont des RSP de plus de 1,25! Les métropoles secondaires comme Recife ont les chiffres les plus faibles inférieurs à 1.

Au Brésil, les écarts varient de 0,36 à 1,56. De 1 à 1,4 aux États-Unis.

II

Les transformations de l'espace urbain

A

Les banlieues

1

Au Nord: de la banlieue résidentielle à la banlieue plurifonctionnelle

Aux États-Unis, la ville de la première moitié du XXème se caractérise par une structure en auréole avec un centre unique (lieu de décision, direction, production et acclimatation des immigrants) entouré de banlieues (résidence des classes moyennes). Ceci a évolué.

La banlieue, lieu de résidence idéal

La ville est perçue comme le lieu de tous les dangers, les communautés rurales sont l’idéal de la démocratie américaine.

Trois courants d’idées convergent pour faire de la banlieue le lieu de résidence idéal : philosophie des essayistes du XIXème (Emerson) qui change la façon de voir la nature, les mouvements religieux voulant concilier valeurs traditionnelles et industrialisation (importance du foyer familial), le féminisme domestique qui donne à la femme du fait de sa supériorité morale la responsabilité du foyer.

Le lieu de vie parfait de la famille américaine est une maison individuelle, proche de la nature donc située en banlieue. Les premières banlieues répondant à ce modèle émergent au milieu du XIXème siècle comme Riverside touchant Chicago. D’abord destinées aux classes très aisées, une part de plus en plus importante de la classe moyenne y accède peu à peu. L’automobile facilite ces nouveaux quartiers.

Depuis une trentaine d’années, ces banlieues résidentielles se transforment.

La banlieue, lieu d’activités économiques de plus en plus diversifiées

Les services destinés aux particuliers sont attirés par la présence de populations et l'on voit des malls apparaîtrent dont la construction attire de nouveaux habitants.

Les industries sont elles aussi attirées par les banlieues qui offrent de vastes espaces, des moyens de circulation et des impôts moins lourds. La mondialisation valorise la proximité de ces industries avec les grands axes routiers, les aéroports...

Les services aux entreprises suivent. Les emplois de bureaux quittent le centre ville pour s’installer dans des parcs de bureaux qui rassemblent à la fin des années 1980 60% des bureaux recensés aux États-Unis.

Les firmes délocalisent en banlieue leurs sièges sociaux : on parle de corporate exodus. Les migrations pendulaires banlieue-centre sont remplacées par des flux banlieue-banlieue. On observe le même phénomène au Canada où le nombre d’emplois augmente 4 fois plus vite en banlieue que dans les centres depuis 1996.

2

En Amérique latine

Diversité des zones périurbaines

Les zones périurbaines ont avant tout une fonction résidentielle et donnent la prédominance à l’habitat individuel. Elles présentent une grande diversité entre-elles.

L’habitat informel

L’habitat informel se développe dans les zones périurbaines. La non-satisfaction du besoin de logement des classes populaires entraîne le développement de pratiques illégales: bidonvilles ou habitats non réglementaires. Ces quartiers sont les ranchos de Caracas, barriadas de Lima, favelas de Rio...

Ce type d’habitat concerne 40% des habitants de São Paulo, 1/3 de ceux de Lima. La paupérisation des classes moyennes depuis les années 1980 augmente leur présence dans ces quartiers.

Ces quartiers sont en perpétuelle évolution. Des favelas se créent en permanence et les pauvres sont repoussés de plus en plus loin.

Dans de nombreux cas, les autorités incapables de régler le problème du logement s’efforcent de développer les services publics et de régulariser la situation des occupants mais il est difficile d’‘équiper certains quartiers : 90% du budget à Quito y est consacré.

Un sous-équipement en services

Globalement ces zones sont sous équipées en service. Le recours aux équipements du centre est donc nécessaire : deux fois plus d’enfants à Buenos Aires que dans le Grand Buenos Aires alors que la population y est deux fois plus nombreuse.

B

Les centres

1

Aux États-Unis : des métropoles polycentriques

La crise des anciens centres

Les centres-villes ont connu depuis les années 1960 une crise qui présente un triple aspect démographique, économique et financier.

  • Perte d’habitants d'abord ou croissance plus faible (New-York perd 10% de ses habitants dans les 1970’s).

  • Perte d’emplois ensuite notamment dans les industries traditionnelles (New-York perd 40% de ses emplois industriels entre 1970 et 1986)

  • La crise est aussi financière : les contribuables aisés partent en banlieue, les pauvres restent ne payent pas d’impôts et demandent des aides sociales. Les déséquilibres budgétaires se creusent.

Concrètement, la crise des centres est sensible dans la dégradation de l’habitat, la mauvaise qualité des services publics et la multiplication des friches industrielles.

Les *edge cities

Le déplacement des hommes et des activités vers la périphérie aboutit à une reconcentration, il fait surgir une multitude de centres et donne naissance à une nouvelle structure spatiale métropolitaine dispersée et polycentrique.

Ils sont plurifonctionnels: rassemblant résidences, emplois, commerces, et activités de loisirs. Ces centres modifient le paysage urbain, faisant apparaître des noyaux verticaux dans les banlieues: on les nomme edge cities ou encore urban village.

Les premières apparaissent autour des grandes métropoles de la Sun Belt et notamment Los Angeles, le phénomène s’est généralisé ensuite à toutes les métropoles.

On distingue différents types d’edge cities : les couloirs autoroutiers suburbains (greffées sur les autoroutes, corridors technologiques, couloirs énergétiques, corridors touristiques ou commerciaux), les technopôles (activités de haute technologie), les centres commerciaux au croisement des autoroutes, des opérations de grande ampleur qualifiées de villes nouvelles (new towns), des petites villes situées à la périphérie des zones métropolitaines

La revitalisation des centres anciens

Les villes ont lutté contre la crise et ont entrepris la reconversion des quartiers centraux. On réhabilite certains bâtiments: des entrepôts du port de Boston reconvertis en boutiques, un processus de gentryfication est amorcé. Les politiques sécuritaires contribuent aussi à cette nouvelle image.

On a pensé qu’une certaine renaissance de la ville s’était enclenchée mais en 2010 on voit que les 50 plus grandes villes ont perdu 1,5% de leur population. Les shrinking cities se multiplient : Flint dans la banlieue de Detroit détruit ses anciens quartiers résidentiels, abandonnés de ses habitants.

Les tentatives de réindustrialisation ont donné peu de résultats comme la loi de 1984 : Urban jobs and enterprises zones Act, incitant à investir dans les zones défavorisées. Mais les centres attirent encore les activités supérieurs et le tertiaire supérieur. le 11 septembre montre que le centre reste le centre de la puissance.

Exemple

Détroit, une ville qui rétrécit

  • Détroit, ville fantôme

La ville a perdu plus de moitié de sa population depuis les années 1950, plus d’un quart de son territoire est abandonné.

  • Détroit, un immense ghetto

80% de la population est noire, le chômage concerne plus d’1/4 de la population. Le Tiers de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

La crise de 2008 intervient après une longue période de déclin. Detroit connait deux crises : la crise des subprimes déclenche une crise immobilière, la crise financière restreint le crédit et la crise de l’industrie automobile n’arrange rien.

  • Quelles solutions?

L’heure pour les autorités de la ville semble être à l’acceptation. La ville doit trouver une "juste taille".

Une autre piste est celle du verdissement, certains veulent faire de la ville un laboratoire de l’écologie urbaine.

Pour améliorer la situation sociale il faudrait améliorer l’éducation mais la ville projette de fermer la moitié de ses écoles.

2

Amérique latine: la dualité des centres

En Amérique latine, l’image du centre est double. Elle évoque à la fois les quartiers anciens du centre historique et un centre moderne.

La modernité du centre historique

Le plan des centres historiques est en damier et s’organise autour d’une place centrale qui regroupe les éléments de la centralité.

Ces centres ont tous subi des maux identiques:

  • La taudification des maisons coloniales
  • L’engorgement: le centre qui garde de nombreuses fonctions est saturé, la circulation est très difficile.

Pourtant, plusieurs facteurs ont favorisé leur renaissance. La réhabilitation est une nécessité politique car la dégradation affaiblit l’image. Cette nécessité est aussi économique: le développement du tourisme culturel nécessite une restauration du patrimoine culturel.

Le centre des affaires

Les grandes villes ont développé au XXème un centre des affaires à qui revient la direction et l’organisation de la vie économique. Ce centre se déplace dans la ville et constitue aujourd’hui un front pionnier qui se fait souvent à partir d’un axe majeur.

À São Paulo, Mexico, Bogotá, on observe des CBD à l’américaine mais ils sont desservis par les transports en commun.

Les deux types de centres se complètent. Plus la ville est importante plus le dédoublement est clair. On commence à voir apparaître autour des centres commerciaux de la périphérie des services diversifiés qui font penser à un début d’évolution vers le modèle polycentré nord-américain.

III

La fragmentation de l'espace urbain

A

La fragmentation sociospatiale

L’augmentation des inégalités sociales dans le contexte de mondialisation renforcé par les difficultés des années 1980 et la libéralisation des économies se traduit dans l’espace urbain.

La dualisation des sociétés aboutit à un dualisme urbain. La ségrégation résidentielle s’accroît en prend une nouvelle forme. L’extension augmente la fragmentation politique et administrative des villes.

Les grandes métropoles sont divisées en entités complémentaires et concurrentes à la fois. Cette diversité pose le problème de la création d’organismes de coopération, du rôle régulateur de l’État et de la solidarité entre les différentes unités de l’ensemble.

Exemple

La nouvelle-Orléans

  • Entre 2000 et 2010, la ville a perdu 30% de sa population. Celle-ci est plus faible, plus
    blanche, un peu plus vieille et plus riche.

  • Katrina en 2005 a dévasté la ville: 1330 personnes ont été tuées et 200 000 déplacées.

B

L'imbrication des populations

Aux États-Unis, la répartition de la population est assez simple : schématiquement les pauvres au centre, les classes moyennes et aisées en périphérie et dans les enclaves rénovées des villes. Les frontières entre groupes sont tranchées.

En Amérique latine, la situation est plus complexe: juxtaposition des quartiers riches et délabrés au centre-ville. Dans les zones périurbaines, les lotissements des classes aisées ou moyennes apparaissent comme des îles au milieu des quartiers pauvres.

Cette proximité peut permettre le développement d’échanges. La population des quartiers pauvres fournit du personnel aux quartiers riches mais elle est vécue par les quartiers aisés comme une menace.

1

L’intégration des populations pauvres

Les plus pauvre sont tenus systématiquement à l’écart, et peuvent s’enfermer dans une sous-culture de la pauvreté. La juxtaposition de la pauvreté et de la richesse suscite le développement de la violence.

La décentralisation et la libéralisation de l’économie entraînent une multiplication des organisations de la société civile pour développer aide sociale er soutien mutuel.

2

Vers une gouvernance métropolitaine?

Les métropoles se préoccupent de créer un échelon administratif qui leur permettrait de gérer les problèmes de leur développement durable ou même un échelon politique qui ferait renaître solidarité et citoyenneté.

Deux exemples : Metro Toronto en 1953, et les MPO (Metropolitan Planning Organisation) qui veulent coordonner l’action des municipalités et planifier l’offre des services publics aux États-Unis.

En Amérique latine, les métropoles rencontrent les mêmes difficultés : le plan de Ordenamiento Territorial de Bogotá prend en compte les limites du district mais pas celles de la métropole.

Faire des métropoles des pôles de la mondialisation et gérer les tensions de la métropolisation sont les 2 enjeux du continent au XXIème siècle.

Exemple

Villa El Salvador Pérou : une expérience de développement communautaire, ou comment un bidonville de 600 personnes est devenu une municipalité modèle de 350 000 habitants

  • A l’origine: une invasion...

Dans les années 1960, une forte migration vers Lima crée une pénurie de mouvements. En 1972, 600 familles sont chassées par Velasco qui veut récupérer des terrains. Installés dans une zone désertique à 30km au Sud de la ville. Leur nombre augmente vite : ils sont 100 000 dès la fin 1973.

  • Une communauté autogérée et une municipalité collaborent dans une commission mixte qui gère la ville.

Les réalisations concrètes : la construction de logements convenables, des cantines collectives, le développement industriel, le développement agroalimentaire (zone d’élevage et d’agriculture)

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