Menu
  1. Toutes les matières
  2. Histoire-Géo
  3. Prépa HEC

Chapitre 11 :
Agriculture et mondes ruraux des Amériques

< Chapitre précédent : Les périphéries américaines : des espaces marginalisés aux espaces stratégiques
Agriculture et mondes ruraux des Amériques
Introduction

Le monde rural américain est contrasté entre la grande agriculture mécanisée au Nord et la petite agriculture de survie au Sud. Cette image traditionnelle doit être changée.

Les États-Unis restent les leaders incontestés sur le marché agricole mais l’Amérique latine apparait être une puissance émergente et ses résultats ne sont plus seulement liés à la politique "coloniale" des Firmes-Multinationales (FMN) du Nord.

Chronologie

  • 1862: Homestead Act (les pionniers reçoivent gratuitement la propriété de 64 Ha à condition de les cultiver).
  • 1961: Création de Food stamps
  • 1965: Food and Agricultural Act
  • 1984: Création du Mouvement des sans-terre (MST) au Brésil
  • 1996: Fair Act
  • 2003: Échec du sommet de l’OMC à Cancun
  • 2005: Loi sur la biosécurité de mars dite «loi Monsanto» (Brésil)
  • 2007: Accord États-Unis-Mexique sur les biocarburants
I

L'agriculture américaine une et plurielle

A

Spécificité

1

Des agricultures de pays neufs

La mise en valeur par les Européens a complètement modifié les structures agraires et l’organisation du monde rural d’avant leur arrivée.

Trois types de mise en valeur

Ces derniers sont les plantations coloniales, les grands domaines d’élevage extensif et les exploitations en savoir-faire direct.

La colonisation a suscité la création de plantations pour fournir à l’Europe de nouveaux produits donc elles se situent sur les littoraux.

De la pampa au Norte mexicain se créent aussi des grands domaines d’élevage de bovins. Ce modèle est imité aux États-Unis au Texas et gagne tout l’Ouest du pays.

Au XIXème siècle, l’arrivée massive de colons européens entraîne le développement d’une agriculture familiale en faire-valoir direct.

De vastes espaces peu peuplés

Abondance des terres et rareté des hommes sont les points communs à l’ensemble du continent américain. Cette abondance des terres débouche sur une logique extensive mais peut aussi provoquer un gaspillage des ressources naturelles.

L'abandon des terres ravagées par le dust bowl aux États-Unis dans les années 1930 en est un exemple. De même, le Brésil n’utilise que 62/340 M d’Ha de sa surface agricole utile (SAU).

Les faibles densités expliquent la vocation exportatrice de ces agricultures : le Canada exporte les 2/3 de sa production de blé. La spécialisation régionale est claire aux États-Unis.

2

Des agricultures puissantes

L’importance de la production

On distingue deux géants agricoles : le Brésil et les États-Unis. À côté, on compte plusieurs producteurs importants : Argentine, Canada et Mexique.

L’importance des exportations

Le continent est un gros exportateur de produits agricoles. 6 pays sont dans les 15 plus gros exportateurs mondiaux de produits agricoles selon le classement de l'OMC :

  • 1er: UE
  • 2ème: EU
  • 3ème: Brésil
    - 4ème: Canada
  • 6ème: Argentine
  • 13ème Chili

Les produits agricoles représentent 11% des exportations de marchandises de l’Amérique du Nord et 45% de ses exportations primaires, 30 et 45% pour l’Amérique latine.

L’importance des marchés intérieurs

L’ampleur des exportations ne doit pas entraîner une sous-estimation des marchés intérieurs. La prospérité des États-Unis repose sur un marché domestique qui absorbe les 3/4 de sa production.

En Amérique latine, en rupture avec le passé colonial, une part de plus en plus importante alimente les marchés nationaux. L’évolution de la consommation urbaine crée de nouveaux marchés, d’autant plus que le local est privilégié.

Mais cette évolution est fragile : l’Argentine a vu sa consommation de viande s’effondrer au début des années 2000.

B

Diversité

1

Le développement de l’agrobusiness

L’agrobusiness présent aux États-Unis se répand sur tout le continent américain.

Une agriculture commerciale, intégrée et de haute technologie

L’agriculture dans une logique commerciale a pour but de produire un maximum de denrées au prix le plus bas possible. Il faut s’adapter en permanence.

L’augmentation récente des cultures destinées à la fabrication des biocarburants illustre bien cette logique commerciale. Les usines d’éthanol consomment 40% de la production de maïs aux États-Unis. Le Brésil a donc relancé sa production d’éthanol à partir de canne à sucre (lancement du programme Proalcool pour promouvoir l’utilisation de l’alcool de canne à la place de l’essence). 55% de la récolte de la canne est utilisée pour la production de l’éthanol.

La production agricole est intégrée dans un système industriel et commercial qui souvent la domine. Les firmes nord-américaines comme Cargill ou Monsanto sont omniprésentes.

Des entreprises nationales existent aussi et concurrencent les Firmes Multinationales (FMN) : les coopératives du Parana pour le marché du soja. mais aussi les coopératives du Matto Grosso, des entreprises comme la Cobec ou des groupes comme la Ceval les concurrencent fortement.

Ces grandes entreprises peuvent posséder des terres et produire tel le groupe A.Maggi au Brésil. Plus souvent elles encadrent le producteur indépendant comme le groupe Doux au Brésil ou elles prennent seulement part aux activités commerciales.

L’agrobusiness est une agriculture modèle utilisant les matériels et les méthodes de production les plus perfectionnées. C’est en Amérique que sont le plus développées les biotechnologies et notamment les OGM, les firmes américaines sont précurseur dans ce domaine (Monsanto et Dupont).

Des formes variées

  • L’agriculture de plantation

La plantation vouée à l’exportation pratique le plus souvent la monoculture. Le sucre est la première culture de plantation à avoir été introduite aux Antilles par les Français et les Anglais. Elle s’est ensuite étendue à toute l’Amérique latine.

Au Nord, tabac et coton sont les 2 cultures de plantation. La monoculture marque fortement le paysage des régions pratiquant l’agriculture de plantation. Tout s’organise autours de la culture.

L’agriculture de plantation peut être pratiquée par de grandes exploitations, héritières de domaines coloniaux, des entreprises capitalistes modernes aussi bien que par de petites exploitations.

L’ancien système des latifundias est en voie de disparition: transformé en exploitations modernes. Les nouvelles entreprises appartiennent à des capitalistes locaux ou étrangers. Le modèle a longtemps été la United Fruit Company devenue symbole de la présence des États-Unis en Amérique centrale.

Cette agriculture peut être produite par des petites exploitations: le café est majoritairement produit par des petits planteurs. Ces petits planteurs sont dépendants car ils passent des contrats avec les grandes firmes qui achètent une partie ou la totalité de leur production. D’autres comme Interfrutas achètent sans contrat toute la production de la région.

  • Les greniers américains

Les Amériques comptent de nombreuses régions spécialisées dans la production de grains, céréales ou oléagineux.

Parmi les greniers qui se transforment on peut compter la Prairie canadienne, les grandes plaines des États-Unis avec de vastes exploitations familiales qui profitent des conditions naturelles favorables et d’un haut niveau technologique : blé dans la Wheat Belt, l’ancienne Corn Belt s’est transformée en Soybean Corn Belt.

La pampa argentine est une des zones les plus douées pour la production de grains. Longtemps inexploité, ce "grenier en sommeil" a montré de grandes capacités d’adaptation : élevage, production de blé (dans les années 1970) puis soja (dans les années 1990). Les exploitations sont plus grandes, modernes.

Les nouveaux greniers à grains sont liés à des fronts pionniers agricoles notamment dans le Centre-ouest brésilien au cœur de l’Amazonie. Les défrichements sont intenses.

Le bas prix de la terre et la modernité des méthodes de production assurent un prix de revient très bas qui compense le coût de transport et le mauvais état des infrastructures.

2

L’agriculture vivrière

La persistance d’une agriculture d’autosubsistance

Sur les hautes terres du Mexique, de l’Amérique centrale, des Andes et dans certaines régions antillaises ou amazoniennes la grande masse pratique une agriculture de subsistance.

Les exploitations sont des minfundias (moins de 5 Ha) et les techniques de production sont archaïques.

Les défrichements ont des conséquences comme l’érosion des terres (elle disparaît à Haïti) qui abaissent les rendements.

Les cultures de subsistance sont souvent présentes comme le café en Colombie.

Les exploitations vivrières des fronts pionniers

Ces dernières se développent spontanément ou volontairement. Au Brésil, au début de la mise en valeur de l’Amazonie à partir de 1970 l’institut national de colonisation et de réforme agraire distribue des lots de terre de 100 Ha à des colons qui doivent les défricher pour planter des cultures vivrières.

Par ailleurs se développe une colonisation spontanée mais au bout d’un certain temps ils sont souvent chassés par les grands propriétaires.

Ces petites exploitations peu productives sont d’un faible intérêt économique et social. Malgré un encadrement financier et technique plus important, les exploitations créées au Honduras dans la zone pionnière du Nord ne se portent pas mieux.

Le vivrier marchand

Les petits agriculteurs ont toujours vendu leurs surplus sur les marchés locaux. Le développement des villes a suscité la croissance d’un secteur vivrier marchand moderne. Les grandes agglomérations s’entourent de ceintures laitières ou maraichères, à l'instar des immigrants japonais qui produisent intensivement des légumes autour de São Paulo.

Les changements de mode de consommation suscitent de nouvelles cultures qui complètent les revenus des familles paysannes.

La viabilité de ce secteur vivrier marchand est incertaine. Elle est menacée par l’expansion des villes, la spéculation foncière, et les importations de produits étrangers moins coûteuses.

II

Les exportations agricoles, or vert des amériques

A

Les exportations agricoles, source de richesse et de puissance

1

Les politiques de promotion des exportations

Soucieux des revenus des les exportations agricoles ou de l’entrée des devises, les États soutiennent les exportations agricoles.

En Amérique du Nord

Pour les agricultures commerciales d’Amérique du Nord, le principal problème est celui des débouchés. Les États aident à commercialiser leur production.

Au Canada, on note l’importance attachée au commerce du blé avec l’existence d’un ministère de la Commission canadienne du blé. Le Canadian Wheat Board (CWB) entreprise commerciale d’État a le monopole de la commercialisation et de l’exportation du blé.

Aux États-Unis, l’intervention de l’État dans l’agriculture s’est accrue depuis le New Deal. L’État veut élargir le marché intérieur et promouvoir les exportations agricoles. De 1933 à 1996, l’État mène une politique fondée sur la régulation de l’offre et de la demande et le soutien des prix.

La Commodity Credit Corporation est un système de gel des terres si la production est excédentaire. En cas de difficulté de commercialisation l’État assure un prix garanti : loan price. La régulation de la demande se fait par des programmes d’aide nutritionnelle comme les Food stamps et l’aide alimentaire.

La Public Law 480 en vigueur depuis 1954 promeut les exportations. En 1965, le Food and Agricultural Act relie le prix du soutien au prix du marché mondial, les revenus des agriculteurs sont maintenus par le versement de deficiency payments.

En 1996, le Fair Act a supprimé la nécessité de gel de terres pour bénéficier du soutien gouvernemental. Le Farm bill de 2008 est dans la continuité des politiques précédentes malgré un retournement de conjoncture, il donne satisfaction aux fermiers dans le contexte préélectoral.

En Amérique latine

Dans les années 1970 et 1980, les gouvernements encouragent les exportations. Les privatisations et dérégulations ont un effet sur celles-ci. Selon la demande mondiale les agriculteurs cultivent de nouveaux produits et délaissent parfois les produits traditionnels.

2

La hausse des prix agricoles

À partir de 2006, les prix des produits agricoles ont fortement augmenté avec une accélération en 2008 : le prix du blé augmente de 130%. Le prix des produits alimentaires augmente de 40% globalement.

Cette inversion de tendance résulte de plusieurs phénomènes : des mauvaises récoltes liées aux évolutions climatiques, l’augmentation de la population mondiale et la demande des classes moyennes des pays émergents, de nouveaux usages (biocarburants), une insuffisance d’investissements dans un contexte de baisse des prix, la hausse du prix du pétrole, et le développement de la spéculation. Cette nouvelle conjoncture est favorable aux exportateurs dont les recettes augmentent.

Les experts estiment que les prix devraient rester élevés, le thème du Food Power ressurgit donc.

3

Arme alimentaire, aide alimentaire

Dans un contexte de pénurie les exportations peuvent être une arme : les sympathisants du communisme ne pouvaient prétendre à des aides alimentaires durant la guerre froide ou l'embargo céréalier de Carter lors de l’invasion de l’Afghanistan sont des exemples.

Les États-Unis utilisent aussi l’aide alimentaire pour banaliser la consommation des OGM dans des pays réticents ou pour valoriser leur image. Bush déclare en 2008 : «Nous adressons au monde un message clair: l’Amérique sera à la tête du combat contre la faim dans le monde.»

B

Des gagnants, mais aussi des perdants

1

La crise alimentaire des pays importateurs

Tout le continent ne tire pas profit de la hausse des prix agricoles : les importateurs de produits alimentaires non exportateurs d’énergie ou de matières premières voient leurs dépenses augmenter en l’absence de solidarité continentale.

Le cas d’Haïti est édifiant, la production a beaucoup baissé et couvre moins de 50% des besoins de la population. Cette dépendance explique l’ampleur de la crise de 2008.

2

La concurrence entre production vivrière et production commerciale

La croissance des exportations et la hausse des prix ont relancé le débat sur la concurrence entre ces deux agricultures. Le développement des productions non alimentaires serait une des causes de la hausse du prix de l’alimentation et des pénuries.

La production des biocarburants a été vivement critiquée. J.Ziegler, rapporteur de l’ONU pour le droit à l’alimentation déclare en Avril 2008: «la fabrication des biocarburants est un crime contre l’humanité.» Le Brésil conteste cette opposition car il prétend avoir bien assez de terres.

3

La crise de la tortilla

Cette crise combine tous les ingrédients des crises alimentaires : ouverture des marchés, concurrences des producteurs et des consommateurs.

L’opposition à Calderon l’accuse de ruiner les agriculteurs et d’affamer les Mexicains : en 2006, le prix du kilo de tortilla augmente de 30% en 3 ans. Les mexicains vont donc protester dans la rue.

Trois responsables sont désignés : l’Alena, les biocarburants et la spéculation.

Tout en profitant du développement des exportations agricoles, les États se préoccupent aussi des marchés intérieurs où la hausse des prix est source d’inflation

III

Des sociétés rurales en difficultés

A

Au nord

1

La crise de l’agriculture familiale

Une crise économique

Sur les 2,1 millions d’exploitations agricoles que comptent les États-Unis, 96% sont des exploitations familiales à statut individuel (86%) ou sociétaires. La superficie moyenne est de 175 Ha.

Les contrastes sont grands car les 3/4 ne produisent que 10% de la production et vivent de la pluriactivité ou des aides gouvernementales qui génèrent plus de la moitié de leur revenus.

Malgré la modernité des méthodes de production, ces exploitations sont de moins en moins compétitives, et souffrent d’un endettement excessif.

Une crise sociale

Le rapport Cyclope 2004 dresse un sombre bilan des agriculteurs américains. Seuls les plus jeunes veulent se diversifier ou de racheter des terres, les plus vieux comptent sur les aides publiques et sur la valeur de leurs terres pour vivre.

Les fermiers souffrent aussi d’un sentiment de perte d’indépendance: simple maillon de la chaîne agroalimentaire. La majorité appartient à des coopératives mais ont donc perdu le contrôle de par leur gigantisme.

La population agricole diminue, vieillit, s’appauvrit et semble en voie de disparition.

2

Un espace rural au service des citadins

Une part importante des ruraux ne sont pas agricoles, moins de 2 des 18% de ruraux en Amérique du Nord.

B

Au sud

1

Une pauvreté persistante

Une hétérogénéité croissante

Les évolutions économiques des années 1980 et 1990 ont eu des conséquences sur les sociétés rurales rendues plus hétérogènes.

Les inégalités ont augmenté entre les régions selon leur adoption ou non de nouvelles cultures. Les bénéficiaires sont les FMN et les fermiers capitalistes, et les quelques agriculteurs qui ont réussi à s’insérer dans le nouveau système.

Les transformations de l’emploi rural

La modernisation de l’agriculture réduit le besoin de travailleurs agricoles. Leurs emplois sont devenus plus précaires (salariés agricoles des grands domaines susceptibles d’être renvoyés). Au Brésil, 1/3 des travailleurs agricoles travaille à temps-plein.

Les femmes employées dans des tâches domestiques ou qui servaient de main d’œuvre complémentaire entrent de plus en plus sur le marché du travail : 85% de la production de fruits et légumes au Mexique, 70% de la production de fleurs en Colombie.

Un nombre négligeable de travailleurs agricoles résident en ville, souvent en périphérie.

La précarité de l’emploi agricole incite les ruraux à se tourner vers des activités non agricoles: la double-activité se développe. En 1999, 40% de la population active des campagnes a un emploi non agricole.

La pauvreté rurale

En Amérique latine la pauvreté n’est plus seulement rurale mais la moitié des ruraux vit sous le seuil de pauvreté. Celle-ci dépend aussi selon les régions. Les indigènes sont très touchés (75% sont pauvres).

La pauvreté tient à l’inégale répartition des terres. La population rurale a été encore marginalisée par les politiques libérales qui ont diminué les aides.

Les échappatoires

L’absence de réformes agraires débouche sur des palliatifs divers: cultures illicites, flux migratoires vers la ville ou vers l’étranger, d’autres tentent leur chance sur les fronts pionniers.

2

Les nouveaux mouvements ruraux

Toutes ces difficultés alimentent les tensions et provoquent des révoltes des populations rurales comme au Chiapas en 1994 ou en Equateur en 2000. De nouveaux mouvements paysans émergent.

De nouveaux acteurs

Les populations indiennes participent davantage à ces luttes (CONAIE) tout comme les femmes.

De nouveaux moyens d’action

Ils utilisent des nouveaux moyens modernes pour s’assurer une audience internationale. Ils tissent des liens avec des ONG qui les aident à s’organiser.

Depuis le retour à la démocratie, le terrain politique peut être un nouveau moyen d’agir.

Des revendications qui évoluent

Les principaux objectifs restent identiques à ceux des mouvements antérieurs : combat pour la terre, meilleures conditions de travail mais incluent de nouvelles dimensions ethniques et environnementales.

Ces mouvements ne sont ni archaïques ni passéistes, ils luttent contre la mondialisation tout en se réclamant de la modernité, militant pour un développement durable.

Chapitre suivant : Les Amériques et l'énergie >