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Chapitre 12 :
Les Amériques et l'énergie

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Les Amériques et l'énergie
Introduction

Les enjeux de l’énergie en Amérique latine sont régionaux, nationaux et continentaux. Les États-Unis seulement dépassés en 2010 par la Chine occupent une place considérable. Ils doivent cependant compter avec une bonne partie du continent dont les besoins énergétiques progressent et l’arrivée de nouveaux opérateurs voulant se diversifier comme la Chine.

Chronologie

  • 1859 : Première exploitation commerciale du pétrole en Pennsylvanie
  • 1885 : La production de charbon dépasse celle du bois énergie aux États-Unis
  • 1911 : Début des exportations mexicaines de pétrole vers les États-Unis
  • 1917 : Découverte du pétrole au Venezuela
  • Début des années 1960 : Fin de l’équilibre entre production et consommation d’énergie aux États-Unis
  • 1960 : Le Venezuela co-fonde l’OPEP
  • 1984: Mise en service de la centrale hydroélectrique d’Itaipu entre Brésil et Paraguay
  • 2003-2008 : La Chine sécurise l’augmentation de ses approvisionnements pétroliers avec le Venezuela, l’Equateur et le Pérou
  • 2006 : Début d’exploitation des gisements d’hydrocarbures offshore du Brésil
  • 2009 : États-Unis, Obama et le plan «Nouvelle Energie pour l’Amérique»
  • 2010 : L’accident de la plateforme Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique
  • 2011 : Découverte d’un gisement prometteur d’hydrocarbures au large de la Guyane
I

Le renouvellement des enjeux et défis énergétiques

Les questions énergétiques concernent seulement les États-Unis, le Canada et les quelques régions en voie de développement jusqu’au tournant du XIXème siècle. On y répond souvent de manière endogène en mobilisant les ressources locales ou régionales.

Ce n’est qu’à la fin du XIXème que les ressources énergétiques commencent à circuler mais il faut attendre 1900-1920 pour que des flux significatifs s’installent.

Tout au long du XXème siècle et encore aujourd’hui, la demande en énergie augmente considérablement car les États-Unis et quelques pays sud-américains croissent incroyablement.

Les ressources à mobiliser permettent de réduire la dépendance, et de dégager des excédents exportables. Tous les pays du continent sont impliqués aujourd’hui.

A

Les États-Unis et le Canada furent aux sources de la mobilisation d'énergie

Le développement de la Manufacturing Belt a entrainé une mobilisation plus importante des ressources. Les entrepreneurs valorisent d’abord les chutes d’eau des fleuves et des rivières pour créer des milltowns puis exploitent le charbon des Appalaches.

Ensuite c’est le pétrole dès 1865 en Californie, dans l’Oklahoma et le Texas puis le gaz et l'hydroélectricité.

Cet élargissement ne rend pas obsolète les anciennes ressources comme le bois et le charbon. Aux États-Unis, c’est seulement en 1885 que le bois énergie est dépassé par le charbon.

B

Avec le XXeme siècle, les hydrocarbures deviennent un enjeu majeur

Trois nouveaux gisements sont découverts aux États-Unis, au Mexique et au Venezuela au début du XXème. Ils attisent l’intérêt pour cette source d’énergie bon marché. Les compagnies se multiplient et les investissements vont croissants jusqu’à la Grande Dépression.

Au profit des États-Unis se dessine un véritable arc d’approvisionnement embrassant les régions riveraines du golfe du Mexique et de la mer des Caraïbes.

Cette mobilisation des ressources au profit des États-Unis va être perturbée par la volonté de certains pays de contrôler leurs ressources. L’Argentine est le premier pays à créer une compagnie nationale pour reprendre les actifs des compagnies étrangères pour être souveraine sur ses ressources et assurer un développement national. On note aussi la décision du Mexique de nationaliser ses ressources pétrolières en 1938.

C

Le développement contemporain (même inégal) nécessite la mondialisation de nouvelles ressources

Le développement formidable de l’après-guerre va encore plus mobiliser les ressources. Ce sont les ménages qui ont fait augmenter la demande. On assiste à une croissance démographique et une croissance des besoins.

Ceci explique les difficultés à répondre à la demande nationale à la fin des années 1950 et le décrochage à partir des années 1970 et donc le recours croissant aux importations en particulier les hydrocarbures, qu’impose surtout la dépendance automobile.

L’augmentation des besoins en énergie ne concerne pas que la partie la plus développée du continent. Les politiques de développement menées au Brésil, au Mexique, Au Chili... augmentent les besoins de la production et des ménages.

Ainsi le Mexique bien qu’augmentant sa production est obligé d’en importer à partir de 1971. Le Brésil voit sa consommation progresser de 150% dans les 3 dernières décennies du XXème siècle : donc favorise les investissements dans l’hydroélectricité, l’éthanol, et des importations d’hydrocarbures. En Argentine, la consommation double entre 1971 et 2000, elle est multipliée par 2,5 au Chili entre 1985 et 2000 grâce à un recours massif aux importations. Le Venezuela satisfait sa demande sans peine grâce à ses ressources pétrolières.

Exemple

Comment le Brésil relève-t-il les défis énergétiques de son émergence ?

•Le développement contemporain du pays le pousse à mobiliser ses ressources nationales, l’hydraulique pour l’électricité et la biomasse d’origine agricole et forestière. Ceci est insuffisant jusqu’à présent, les importations de combustibles fossiles comptent pour 30% de sa consommation.

Le Brésil possède le plus important potentiel hydraulique du monde. Engagé précocement dans cette exploitation, le pays est aujourd’hui second pour la production d’hydroélectricité derrière la Chine. Les projets sont nombreux pour renforcer cela (Belo Monte dans l’Etat de Para pourrait être le 3ème du monde).

Cette politique suscite aujourd’hui des oppositions vigoureuses des communautés indiennes ou des ONG.

L’autre voie nationale originale repose sur la valorisation de sous-produits agricoles et forestiers pour produire du biogaz et la canne à sucre pour l’éthanol comme biocarburant. Mais, ils ne représentent que 3% de la consommation malgré des réels efforts des industriels de l’automobile. Ceci pose également des problèmes dans la sphère agricole.

Le pays n’échappe pas à la consommation d’hydrocarbures dont la part ne cesse d’augmenter. Longtemps déficitaire, Petrobras n’a cessé les investissements d’exploration avec le début d’exploitation des gisements offshore du bassin de Campos à l’est de Rio.

Le pays est devenu autosuffisant en 2006 et son avenir est prometteur. Le pétrole représente déjà 10% du PNB du Brésil et pourrait compter pour 25% d’ici 2020. Son poids pourrait être aussi important que les Émirats arabes unis, le Koweit ou le Venezuela

II

Les États-Unis démeurent au coeur des questions énergétiques

A

Un acteur mondial majeur dans la production et de la consommation d'énergie

Les États-Unis avec 16% de l’énergie produite et plus de 22% de l’énergie consommée restent incontournables dans la problématique énergétique mondiale et continentale.

Un tiers de sa consommation ne peut être satisfaite que par les importations. Rien n’indique que cette dépendance extérieure pourrait diminuer dans un avenir proche. Tout cela dans un contexte tendu pour le marché pétrolier (perspective de tarissement des ressources fossiles, la fameuse «déplétion» suite au «pic pétrolier» s’approchant de nous).

Jusqu’au milieu du XXème siècle, les États-Unis sont autosuffisants. Le changement s’amorce dans les années 1960 et 1970, désormais la consommation dépasse la production et l’écart ne cesse de s’accentuer.

Malgré les importantes productions offshore dans le golfe du Mexique et sur la façade Nord de l’Alaska, les besoins sont trop importants désormais. Les importations n’ont cessé de progresser. En 2010, les importations atteignent 10 millions de barils par jour alors que la production culmine à 5,5 millions de barils. Ce déséquilibre concerne maintenant le gaz naturel.

Seul le charbon dont la production a plus que doublé depuis 30 ans a permis d’atténuer cette dépendance. Consacré pour moitié à l’électricité, le charbon représente encore un atout incontestable des États-Unis qui détiennent 1/4 des réserves mondiales.

B

Dépendance et sécurisation des approvisionnements

La structure des flux d’énergie aux États-Unis montre une couverture des besoins de consommation légèrement supérieure à 70%. Le déficit vient du pétrole (transport) mais aussi secondairement du gaz.

Cette dépendance conduit les États-Unis à adopter des démarches de sécurisation : la première consiste à entretenir une réserve stratégique, la seconde à réduire la part du risque d’approvisionnement en s’appuyant sur les ressources de pays considérés comme sûrs. La moitié du pétrole approvisionné est amené de pays occidentaux, seulement 18% du Golfe.

Les apports mexicains et canadiens sont capitaux mais ne doivent pas laisser dans l’ombre d’autres pays partenaires traditionnels ou plus récents. Depuis l’entre-deux guerres le Venezuela est un fournisseur important : premier pays exportateur, il commercialise quasiment la moitié de sa production aux États-Unis. Il y a donc une interdépendance. Bien qu’appartenant à l’OPEP depuis les débuts, le pays n’a jamais failli à honorer ses contrats même lors des périodes de tensions entre Bush et Chavez. Le Venezuela veut néanmoins sortir de cette dépendance en cherchant de nouveaux partenaires extérieurs, solidarité latino-américaine et alliance avec la Chine.

La troisième démarche de sécurisation consiste à vouloir s’appuyer davantage sur la production nationale. Ceci s’est bien vu sous Bush qui a favorisé le offshore et le shale gas mais ces démarches comportent des risques dans l’exploitation des ressources nationales (accident de Deepwater Horizon en 2010 dans le Golfe du Mexique, oppositions contre le gaz de schiste...).

Exemple

La réserve stratégique de pétrole des États-Unis

Cette réserve fédérale de 730 millions de barils de pétrole cumulée aux réserves des entreprises pétrolières installées sur le territoire national assure 115 jours d’importations.

Elle fut instituée en 1975 afin de suppléer aux difficultés engendrées par l’embargo de l’OPEP. Des retraits furent utilisés lors de la 1ère guerre du Golfe ou lors de passages de cyclone interrompant l’exploitation dans le Golfe du Mexique.

Exemple

Le Canada: un partenaire énergétique clé des États-Unis

Le Canada représente 10% de la demande totale des États-Unis.

Il existe cependant un paradoxe : tout en exportant il est contraint d’importer
énormément pour certaines régions: les provinces orientales ne peuvent bénéficier directement des bienfaits pétroliers occidentaux.

Il est également fortement exportateur de gaz en plus du pétrole.

Sa contribution ne s’arrête pas aux hydrocarbures : il est un puisant producteur d’électricité grâce à ses ressources hydrauliques.

C

Faut-il croire en une nouvelle politique énergétique aux États-Unis ?

Aux États-Unis, la double question de la production et de la consommation d’énergie est plus que jamais posée par tous les acteurs. Quelques orientations se dessinent afin que le pays entame une transition vers une société plus économe en énergie et donc plus propre.

Des politiques très coûteuses sont formulées pour promouvoir les énergies renouvelables dont les États-Unis sont aujourd’hui les premiers producteurs et consommateurs : l’éthanol, l’éolien, le solaire photovoltaïque, les biogaz sont devenues de nouvelles ressources mais ne représentent qu’une part très modeste dans les fournitures d’énergie.

Des politiques d’économie d’énergie sont également menées : immeubles verts et besoins domestiques diminués. Ces mesures ont eu pour simple effet de stabiliser la consommation globale.

La «Nouvelle politique énergétique pour l’Amérique» promue en 2008-2009 par l’administration Obama veut rendre vertueux les comportements des producteurs et des consommateurs, développer toutes les voies internes possibles pour atteindre une meilleure part des énergies renouvelables (green energy) dans la production électrique (amenées à 25% d’ici 2025) et mettre en œuvre les innovations pour répondre aux défis autant économiques qu’environnementaux que la question énergétique pose.

Mais ce défi est complexe: les nouvelles énergies ont des défaut et les structures de consommation ne peuvent être rapidement modifiées en profondeur.

Exemple

«The Great Shale Gas Rush» : les «gaz de schistes», une contribution devenue importante mais controversée

Considérés comme le moyen de réduire la dépendance énergétique et les émissions de gaz à effet de serre. Ils ont connu une montée en puissance incroyable: moins de 1% de la production nationale en 1990, 13% en 2013 et pourraient compter pour 35% en 2035.

Ce succès à trois raisons: des ressources géographiquement bien distribuées, des incitations fiscales et une exploitation facilitée par la technique de fragmentation hydraulique.

Mais des voix s’élèvent pour s’opposer à cette exploitation néfaste pour l’environnement: John Fox, réalisateur du documentaire Gasland sorti en 2010.

Exemple

Énergies renouvelables et énergie nucléaire: des arbitrages encore hésitants

Les États-Unis avec leurs 10 réacteurs sont encore de loin les premiers producteurs mondiaux. Celle-ci ne représente que 2% de l’énergie totale consommée mais 20% de l’électricité.

Mais depuis 1979 on a pas construit de nouveaux réacteurs. On a pensé le nucléaire comme un des leviers de la transition énergétique sous Bush mais les projets qui avaient émergé sont remis en question avec Obama qui privilégie les énergies renouvelables mais les limites de celles-ci pourrait finalement faire aboutir ces projets.

III

L'énergie peut-elle jouer un rôle fédérateur en Amérique méridionale ?

A

Une production énergétique croissante mais inégalement distribuée

Cette partie du continent est devenue un producteur d’énergie important tout au long du XXème siècle. Outre le Venezuela et l’Argentine, d’autres pays comme la Bolivie, le Brésil, l’Équateur... sont devenus eux aussi producteurs de pétrole et/ou de gaz.

Les hydrocarbures ne sont pas les seules ressources mobilisées : charbon (Colombie, Brésil), hydroélectricité (en Argentine, au Venezuela et au Chili et bien sur Brésil), l’énergie nucléaire apparait en Argentine et au Brésil et enfin la production d’éthanol occupe une place remarquée dans le panel énergétique brésilien.

Toutefois les ressources sont très inégalement réparties et certains pays sont très dépendants : le Chili doit importer 80% de sa consommation de gaz, de pétrole.

Finalement seul un petit nombre de pays produisent plus qu’ils ne consomment : Colombie, Argentine, Bolivie, Equateur et Venezuela (80% de sa production de pétrole est exportée).

B

Énergie et leadership : entre postures fédératives et logiques nationales

Cette inégale distribution des ressources énergétiques exploitées a donné lieu à la naissance de réseaux transnationaux d’échanges mais seulement là où la pression économique interne est suffisante.

Ainsi, aujourd’hui le Mercosur apparaît comme le territoire le plus pertinent d’organisation d’échanges de produits énergétiques. Mais les logiques nationales déterminent des tensions parfois fortes même dans les territoires d’intégration régionale : le Paraguay veut par exemple augmenter sa part quand au barrage d’Itaipu. De même depuis 2005, la Bolivie après avoir nationalisé ses ressources du sous-sol a obligé toutes les compagnies même Petrobras à renégocier tous les contrats de fournitures gazières.

En même temps que les logiques nationales continuent de s’affirmer à l’égard des voisins, il apparaît que les postures fédératives continuent de s’affirmer et même de s’approfondir.

En réaction à l’initiative des États-Unis de faire du continent une zone de libre-échange, 12 pays de l’Amérique du Sud ont d’abord formé la Communauté sud-américaine des nations transformée en 2008 lors de la conférence de Brasilia en l’Union des Nations Sud-américaines (UNASUR). On peut remarquer que la 1ère question traitée fut celle de l’énergie (création d’un Conseil énergétique d’Amérique du Sud, projets de construction de raffineries conjointes).

Toutefois l’Union connaît des problèmes de leadership que l’on voit dans la crise bolivienne de 2008. Les gauches sud-américaines sont partagées, le Brésil voulant un apaisement et la négociation (60% du gaz du Sudeste vient de Bolivie) alors que le tandem Chavez-Morales défend une posture radicale contre les opposants boliviens et le soutien des États-Unis.

À travers cette situation se lisent aussi les deux voies de l’actuelle diplomatie énergétique sud-américaine. D’un côté celle développée par le Venezuela de Chavez voulant partager les ressources et construire des projets communs: voie poussant à l’intégration. De l’autre la voie que défendait Lula au Brésil et confortée par la nouvelle administration, favorisant les accords et les interconnexions.

La démarche brésilienne semble mieux engagée car la voie chaviste est dans l’impasse: les projets conclus avec les Chinois ont mobilisé toute son énergie et asséché les capacités d’investissements de la compagnie nationale vénézuélienne et rendues méfiantes compagnies occidentales sur les perspectives de coopération.

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