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Chapitre 13 :
Les relations géopolitiques et économiques entre États-Unis et Amérique Latine

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Les relations géopolitiques et économiques entre États-Unis et Amérique Latine
Introduction

Les principes sur lesquels reposent la relation géopolitique entre les États-Unis et l’Amérique latine sont ambigus. La coopération interaméricaine anti-coloniale cède la place à une relation hégémonique souvent violente imposée par les États-Unis.

En dépit des efforts pour s’émanciper et du rôle que continue à jouer l’Europe les États-Unis y maintiennent une influence considérable.

Elle passe notamment par une domination économique longtemps marquée. Pour combattre les problèmes économiques, les pays ont adopté des solutions d’influence libérale. Les Chicago Boys au Chili dans la période de l’après-Pinochet en sont emblématiques.

Dans plusieurs pays, cependant, Venezuela en tête, la fin des années 2000 est marquée par le retour de l’État sur la scène économique.

Chronologie

  • 1823 : Doctrine Monroe
  • 1898 : Guerre hispano-américaine
  • 1903 : Indépendance de Panama
  • 1904 : Big stick policy de T.Roosevelt
  • 1933 : Politique du «bon voisinage» de F.Roosevelt
  • 1947/1948 : Signature du TIAR/ création de l’OEA
  • 1973 : Renversement d’Allende par Pinochet
  • 1994 : Création de l’Alena
  • 1996 : Loi Helms-Burton renforçant l’embargo contre Cuba
I

Les relations géopolitiques entre États-Unis et Amérique Latine

A

Les fondements de la politiques latino-américaine de Washington

1

La doctrine Monroe : une doctrine fondatrice de l'action américaine

1823: «l’Amérique aux Américains»

Monroe affirme en 1823 dans sa doctrine que toute intervention européenne en Amérique latine sera jugée inamicale et que les États-Unis ne comptent pas intervenir en Europe.

Cette doctrine veut protéger l’Amérique des influences européennes et montre la solidarité des États-Unis à l’égard des colonies en cours d’émancipation. Cette déclaration marque le début d’une prise de conscience panaméricaine.

Pourtant ils ne sont pas en mesure d’appliquer cette doctrine du moins au début malgré quelques interventions contre l’Espagne au Pérou et les Français au Mexique car la priorité c’est la construction de la nation et la conquête de leur territoire.

Pourtant cette doctrine demeure encore aujourd’hui le fil conducteur des relations interaméricaines mais elle connait de nombreuses entorses comme lors de la guerre des Malouines (les États-Unis se rangent derrière la Grande-Bretagne).

Une irrésistible poussée expansionniste

Dès le milieu du XIXème apparaît aux États-Unis un courant expansionniste. La «destinée manifeste» avance que la providence a donné aux États-Unis la mission de s’étendre dans le monde car ils sont un modèle. Cette doctrine justifie l’expansionnisme américain et explique son nationalisme et son impérialisme.

Avec la ruée vers l’or en 1848, les États-Unis atteignent leurs limites territoriales et s’intéressent à de nouvelles acquisitions. A partir de 1880 les États-Unis se dotent d’une marine puissante.

L’idéal panaméricain et les États-Unis

Dès leur indépendance, sous l’égide de Bolivar, les nations latino-américaines aspirent au panaméricanisme. Dans cette perspective sont organisées des conférences internationales.

La première a lieu à Washington en 1889 et permet aux États-Unis d’amorcer leurs desseins en Amérique latine. Elles débouchent sur la signature de traités commerciaux qui instituent une division du travail et la création en 1890 d’une Union des Républiques Américaines.

2

La mise en oeuvre de la doctrine Monroe : la guerre hispano-américaine (1896)

Dans le dernier tiers du XIXème la tension sociale s’accroît à Cuba et alimente les indépendantismes.

Suite à l’explosion du cuirassé Maine dans le port de la Havane le 15 Février 1898, les États-Unis instaurent un blocus de l’île le 21 Avril et Madrid déclare la guerre à Washington le 24. L’Espagne capitule dès le 17 Juillet. Les États-Unis s’imposent aussitôt à Cuba.

1898 est une date clé de l’histoire des Européens. Elle constitue l’acte de naissance de l’ «empire américain». Les États-Unis donnent enfin corps à la doctrine Monroe. Libérés du joug espagnol, Cuba et Porto Rico mais aussi l’île de Guam, les Philippines passent sous la coupe des États-Unis.

Dès lors, les puissances européennes sont évacuées de l’hémisphère en tant que puissances coloniales.

3

T. Roosevelt : président de l'impérialisme ?

La politique du «gros bâton»

Roosevelt (1901-1909) s’attache à renforcer le statut de puissance du pays. En 1904, il définit un discours définissant sa politique extérieure complément de celle de Monroe: l’armement préventif est la meilleure garantie de paix et de sécurité, les États-Unis ont le devoir d’intervenir en cas de mauvais gouvernement dans un pays latino-américain.

Cette doctrine suscite des critiques: mouvement anti-américain qui renforce l’identité latino-américaine en construction.

Le canal de Panama

L’action majeure de T.Roosevelt est la réalisation du canal de Panama (1904-1914) qui consacre l’avénement des États-Unis comme puissance dominante en Amérique latine et parallèlement le recul de l’Europe ( le projet français de Ferdinand de Lesseps n’aboutit pas et les États-Unis s’assurent la neutralité britannique et reprennent le projet et versent une indemnité à la Colombie en échange du permis d’exploiter le canal).

Les États-Unis soutiennent alors l’indépendance du Panama acquise en 1903 et un traité rend les États-Unis souverains sur 10 miles autours du canal.

Cette zone demeure une enclave américaine tout le XXème siècle, il est contesté par le Panama en 1977, un accord signé par Carter rétrocède le canal au Panama. Les États-Unis gardent le droit d’intervenir pour défendre la zone, ils ne la quittent qu’en 1999.

Les paradoxes d’une puissance anti-coloniale

L’acquisition d’un empire colonial pose problème aux États-Unis. Un courant anti- impérialiste se développe. Même s’ils ne sont pas hostiles à l’ouverture de nouveaux marchés, ils soulignent le caractère anticonstitutionnel de toute annexion coloniale et rappellent qu’une politique coloniale est contraire au principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes dont les États-Unis se font les chantres.

En dépit de débat interne les États-Unis affirment une autorité sans partage surtout dans le golfe du Mexique. L’expansion américaine dans les Caraïbes, en Amérique centrale et au Mexique s’accélère, les interventions dans ces pays se multiplient pour protéger les intérêts américains.

Tirant les leçons de l’opposition anti-impériale et des difficultés des États-Unis dans les territoires conquis, le gouvernement adopte une nouvelle approche, «néo-impériale» souple et pragmatique, qui privilégie le contrôle indirect à la présence permanente d’une armée et d’une administration: Cuba concède la base de Guantanamo et se voit imposer une dictature favorable aux États-Unis.

La « diplomatie du dollar »en Amérique latine

Le gouvernement et les milieux d’affaires comprennent que l’expansion commerciale peut se dispenser de conquêtes coloniales. L’administration Taft privilégie ainsi la «diplomatie du dollar»: investissements massifs, incorporation de petits Etats dans la zone dollar, contrôle des douanes, gestion de la dette.

Dès 1873, ils dégagent un excédent commercial. L’économie américaine se lance dans un processus d’expansion pour trouver des débouchés et d’assurer son approvisionnement. Jusqu’au début XXème, le solde reste négatif car l’Europe investit énormément aux États-Unis mais en 1914 les États-Unis sont 3ème émetteur d’investissements.

Le Mexique et le Canada s’affirment comme des partenaires de premier ordre pour les États-Unis: 1/4 des investissements américains est réalisé dans les mines, chemins de fer et le pétrole mexicain. D’autres pays drainent les capitaux américains (Coca-cola dans les cannes à sucre de Cuba, extraction de métaux précieux au Pérou ou au Chili).

65% des IDE sont dirigés vers les Amériques au tournant du XXème siècle. Dans ce contexte, l’Amérique latine occupe une place prépondérante dans la
structure géographique des IDE des États-Unis.

4

1933 : la politique du "bon voisinage" (good neighbour policy)

Face à l’anti-américanisme, Washington assouplit sa politique à la fin des années 1920 et les relations s'apaisent : Hoover renonce au corollaire de Roosevelt. Washington veut s’assurer l’alignement de l’Amérique latine sur sa position lors du conflit à venir.

C’est dans ce contexte que Roosevelt engage en 1933 la politique du «bon voisinage» qui met provisoirement un terme aux interventions directes même s’ils ne renoncent pas à dominer le continent. Les États-Unis encouragent la prise de pouvoir par Batista en 1933 à Cuba).

Dans un contexte marqué par la promotion des stratégies de développement autocentré en Amérique latine, les relations entre les États-Unis et Amérique latine restent parfois quelque peu tendues (Argentine, Brésil notamment).

La nationalisation du pétrole mexicain lèse directement les États-Unis. Ils font pression sur le Mexique pour que ce dernier ne livre pas de pétrole à l’axe. Un compromis est trouvé en 1942, les États-Unis acceptent la souveraineté du Mexique contre indemnisation des sociétés américaines. Un accord envoie des travailleurs mexicains remplacer les Américains au front : programme Bracero contre un engagement du Mexique de ne pas fournir de pétrole à l’Axe.

B

L'Amérique latine dans l'étau de la guerre froide

1

Un nouveau contexte, une nouvelle doctriner

La doctrine Truman

La guerre froide durcit la politique latino-américaine de Washington. Truman veut «aider les peuples libres à préserver leurs institutions». La stratégie de l’endiguement (containment) se met en place.

C’est sur cette base doctrinale que s’organise la lutte contre le communisme en Amérique latine à l’aide de la CIA fondée en 1947. La présence soviétique en Amérique latine viole à la fois la doctrine Truman mais aussi la doctrine Monroe et réclame donc une réaction énergique.

La mise en œuvre du "containment"

  • La réactivation des alliances

La doctrine Truman se traduit par la structuration stratégique, politique et militaire du continent. Le TIAR (Traité Interaméricain d’Assistance Réciproque) est signé en 1947 et institue une solidarité en cas d’attaque extérieure. En 1948, la charte de Bogotá crée l’OEA (Organisation des États Américains) qui remplace l’Union panaméricaine. Elle signe en 1954 une résolution condamnant le communisme en Amérique latine.

  • Un interventionnisme direct accru

Cette doctrine se traduit en outre par un regain de l’interventionnisme américain au nom de l’endiguement et des intérêts économiques américains. C’est le cas avec l’exemple du Guatemala. Guzman président de gauche lance une réforme agraire en 1952 qui exproprie la puissante United Fruit. La CIA arme une rébellion qui prend le pouvoir en 1954 et restaure les droits fonciers de la compagnie. Un sentiment anti-américain se développe alors.

Exemple

L’école des Amériques

Localisée dans la zone du canal de Panama avant d’être rapatriée en Géorgie en 1984, elle forme sous l’égide des États-Unis techniquement et technologiquement de nombreux militaires latino-américains.

Ils sont formés aux aux techniques contre-révolutionnaires et de répression dans un cadre idéologique commun, servant de relai aux États-Unis dans la lutte contre le communisme.

2

Cuba et la montée de la tension Est-Ouest

En 1959, Castro prend le pouvoir à Cuba. Le nouveau régime est perçu par Washington comme une menace pour les intérêts américains. Dès lors les événements s’enchainent pour conduire au paroxysme de la guerre froide. Face à l’embargo imposé par les États-Unis, Cuba se tourne vers l’URSS. Cette domination soviétique sur Cuba est inacceptable car ce régime est communiste et européen.

Eisenhower prend l’initiative de renverser le régime mais c’est Kennedy qui va la mettre en œuvre avec l’épisode de la baie des cochons en 1961. L’apogée de la guerre froide a lieu en Octobre 1962.

3

Une politique contre «l'effet domino»

L’ «alliance pour le progrès»

La révolution à Cuba provoque une rupture brutale. Il faut éviter l’effet domino et donc Kennedy propose en 1961 un programme d’aide au développement économique, social et culturel : l’Alliance pour le progrès. Il s’agit d’accorder des prêts à l’Amérique latine pour lutter contre la contagion révolutionnaire.

La politique du «gros bâton» réactualisée

À mesure que les guérillas se développent les principes démocratiques sont relégués au second plan à Washington. Les interventions directes sont rares (République dominicaine, Grenade) mais les interventions directes via la CIA se multiplient.

Les militaires latino-américains sont encouragés par Washington à traquer le communisme et les coups d’État se multiplient. L’Amérique latine est un violent terrain d’affrontement entre les deux blocs.

Les gouvernements pas assez fermes vis à vis du communisme sont renversés (comme Allende par Pinochet, l’artisan du plan Condor qui va faire des dizaines de milliers de victimes en Argentine, au Chili, Au Pérou, En Uruguay, au Paraguay, au Brésil, en Bolivie et en Equateur). Les États-Unis le soutiennent discrètement.

4

Reprise en main économique et géopolitique

Virage néolibéral

Au cours des années 1970 le modèle de développement latino-américain s'essouffle et aggrave la dette envers les institutions financières du Nord.

Dans ce contexte, les États-Unis définissent de nouvelles priorités : restructurer le capitalisme dans la zone, rembourser la dette, restaurer leur hégémonie. Ils cherchent à influencer les politiques économiques nationales, soit directement, soit par le biais des institutions financières internationales qui encadrent les pays d'Amérique du sud.

Sont favorisés l’initiative privée, le recul de l’État, les exportations. Ce néolibéralisme désigné comme étant le «consensus de Washington» s’étend à l’ensemble de la région sauf Cuba dans les années 1980.

Les derniers conflits majeurs

À l’international, la situation connaît un certain apaisement lors de la présidence de Carter. L’administration Reagan est plus virulente : il soutient à partir de 1981 les contras, mercenaires et anciens membres de la garde nationale de Somoza basés au Honduras et au Costa Rica, opposés au régime sandiniste (extrême-gauche) en place au Nicaragua depuis 1979 puis instaure un embargo en 1985.

C

L'après guerre-froide : repositionnement de Washington

1

À la détente des années 1980 : la vague démocratique

Au cours des années 1980, la démocratie est de retour en Amérique latine car l’échec économique, la contestation sociale renvoient les miliaires dans leurs casernes selon des modalités différentes: échec électoral lors d’un plébiscite (Chili, Uruguay), retraits volontaires des juntes (Bolivie, Brésil, Pérou, Equateur), coup d’Etat (Paraguay).

Les États-Unis soutiennent ce retour de la démocratie : intervention militaire au Panama, pression sur les pays menacés par la guerre civile.

Cette pression exercée concerne surtout les pays considérés comme pro- soviétique (Cuba, Nicaragua). Les Sandinistes finissent par organiser des élections en 1990. La tension se maintient avec Cuba en raison de la pérennité du régime mais même si les États-Unis ont durci le blocus (loi Helms-Burton en 1996) la situation évolue néanmoins : Obama lève les restrictions aux voyages et aux transferts d’argent des États-Unis vers Cuba

Exemple

Guantanamo

Terrain militaire loué par le gouvernement des États-Unis au gouvernement de Cuba depuis 1903.

Le centre de rétention héberge les terroristes soupçonnés depuis le 11 septembre. La pratique de la torture fait que le centre est dénoncé par de
nombreuses organisations comme Amnesty international.

Obama signe en 2009 un ordre de fermeture du centre resté sans effet en
raison de la résistance de l’administration judiciaire militaire américaine.

2

Du panaméricanisme à l'intégration économique

L’antagonisme fondamental du panaméricanisme

Washington réactualise et réoriente le projet panaméricain avec la fin de la guerre froide. Les relations liant les États-Unis à l’Amérique latine sont entre les reproches mutuels et la fascination réciproque. Cela est très prégnant avec le Mexique. Ainsi il est difficile de promouvoir le panaméricanisme.

L’intégration économique

Bush propose en 1990 son «Initiative pour les Amériques» projet d’intégration économique et commerciale à l’échelle du continent. L’Alena est mise en place en 1994. L’objectif à terme est de créer une zone de libre-échange continentale: ZLEA (Zone de Libre Echange des Amériques).

Les alliances régionales fondées dans les 1960’s comme le Pacte Andin sont ranimées tandis que de nouvelles alliances sont créées.

Les États-Unis sont en passe de créer une véritable zone dollar: devenue monnaie d’échange dans de nombreux pays (notamment de Cuba!), certains allant jusqu’à dollariser leurs économies, renonçant à leurs monnaies nationales (Equateur, Guatemala, Salvador).

Le Brésil qui veut jouer un rôle de puissance régionale résiste à cette dollarisation des économies et veut l’enrayer.

Crise du modèle néolibéral et résistance à l’intégration économique

Les problèmes sociaux ne sont toujours pas résolus à la fin des années 1990, cela remet en cause le modèle libéral et donc le projet de libre-échange soutenu par les États-Unis.

Cette attitude se traduit par l’élection de partisans d’un autre modèle comme Chavez en 1998 qui crée une république «bolivarienne». On note d’autres changements qui témoignent de ce renversement de tendance. Au Brésil Luis Inacio da Silva dit Lula chef du Parti des travailleurs puis Dilma Rousseff, en Argentine Néstor Kirchner avec le Parti justicialiste, en Bolivie Evo Morales, en Uruguay avec Vazquez et au Chili avec Michel Bachelet (Parti socialiste du Chili).

Les gauches latino-américaines ne suivent pas toutes le même chemin, notamment en ce qui concerne les discours nationalistes et anti-américains. A part l’axe La Havane-Caracas-La Paz, les autres leaders ne veulent pas rompre leur lien avec Washington.

Certains n’ont pas connu d’alternances de gauche entre 2000 et 2010 : la Colombie d’Alvaro Uribe 2002-2010 puis de Manuel Santos. le Mexique avec V.Fox et et F.Calderon. Certains voient le retour de partis de droite comme le Chili avec l’élection de S.Pinera en 2010.

Le continent latino-américain est traversé par une tension entre la volonté de créer des ensembles régionaux indépendants des États-Unis tel le Mercosur depuis 1995 et une volonté de s’associer à l’Alena comme le Chili (2003) et l’Uruguay (2005), Panama , le Pérou et la Colombie.

Les négociations pour mettre en place la ZLEA piétinent essentiellement en raison des contradictions et oppositions que celle-ci soulève en Amérique latine.

Néanmoins, pour l’administration Bush, l’Amérique latine n’apparaît pas comme une priorité absolue. Avec l’administration Obama les relations entre États-Unis et Amérique latine prennent une nouvelle dimension, économiquement et stratégiquement.

La poignée de main entre Obama et Chavez montre le souhait évoqué d’apaiser les relations interaméricaines. Il y a un réel souhait de solidarité de la part des États-Unis : accord bilatéral de coopération militaire avec le Brésil, Obama: «we are all Americans» pour la concertation dans les domaines de la sécurité et de la drogue, l’énergie, le commerce, l’immigration, la démocratie.

En décembre 2011 est créée la CELAC (Communautés des Etats Latinos Américains et Caribéens) qui peut paraître être une alternative car elle réunit tous les États latino-américains, sans États-Unis ni Canada, elle peut donc concurrencer l’OEA dominée par les États-Unis.

3

Vers un nouvel interventionnisme ?

La guerre contre la drogue

Dans certains territoires, les paysans trouvent dans la production de drogue une alternative à la détérioration de leur condition de vie, surtout dans les pays andins (Colombie, Pérou, Bolivie et Equateur).

Pour les États-Unis, cette situation appelle un renforcement de leur présence militaire dans le sud du continent. En 1999, à l’initiative du président colombien Pastrana, les États-Unis engagent donc la «guerre contre la drogue» via le plan Colombie.

Activisme militaire

Du point de vue des relations interaméricaines la lutte contre la drogue n’est finalement qu’une facette et un prétexte permettant à Washington de déployer une stratégie de coopération destinée à renforcer sa présence militaire en Amérique latine.

Une hypothèse est que ce déploiement américain est une précaution au cas où la libéralisation marchande entraînait des réactions sociales incontrôlables comme des migrations, contestations...

Néanmoins, quand on voit la montée en puissance de nouveaux acteurs économiques et politiques majeurs sur la scène latino-américaine (Brésil, Venezuela, mais aussi Chine...) on devine que cette réaffirmation contemporaine est la construction d’une nouvelle forme de contrôle stratégique et protéger la main d’œuvre, les ressources et les marchés.

4

Une interdépendance hiérarchisée ?

Consolidation du rapport entre centre et périphérie ?

Traditionnellement, le continent américain est marqué par un rapport entre centre et périphérie dans lequel le poids des États-Unis est considérable économiquement (80% du PIB continental), mais l’hégémonie exercée est politique, militaire et stratégique.

Cette relation entre centre et périphérie est plus subtile aujourd’hui car il y a une volonté d’émancipation latino-américaine, de l’influence traditionnelle de l’Europe et de l’avénement de nouvelles puissances comme la Chine qui investit massivement en Amérique latine.

À l’échelle continentale, quatre types de périphéries peuvent être distinguées :

  • Une périphérie intégrée (par des flux économiques et démographiques, par la proximité culturelle ) comme par exemple le Canada

  • Une périphérie en cours d’intégration (par voie contractuelle comme l’Alena mais aussi par des flux de populations ou économiques) comme par exemple le Mexique, le Costa Rica, Le Chili

  • Une périphérie en position de résistance ou de rupture (pays du Mercosur ou
    pays andins producteurs de drogue)

  • Une périphérie en situation d’opposition pour des raisons stratégiques ou idéologiques (Cuba de Castro, Chiapas du sous-commandant Marcos, les Amérindiens, le Venezuela, la Bolivie).

Relation asymétrique

Pour les États-Unis, le bilan économique de cette relation est très positif: le faible coût de production favorisent la compétitivité de l’économie américaine.

L’Amérique latine et le Canada sont une source de bénéfices confortables qui compensent les déficits contractés envers le Japon, la Chine, Europe à travers quatre formes de revenus:

  • Redevances sur les droits d’exploitation, les brevets, les marques
  • Versement des dividendes (paiement des profits des filiales à l’étranger)
  • Excédents commerciaux, à nouveau positifs depuis 2009.
  • Intérêts de la dette (plus de 10 milliards de dollars entre 1972 et 1992).

Cette situation apparaît comme étant particulièrement difficile à renverser par les pays de la périphérie, en particulier du fait des redevances, les dividendes, voire les intérêts de la dette reflètent la position rentière des États-Unis.

II

Les nouvelles formes de la dépendance et de l'extraversion économique

A

L'Amérique latine et le «Consensus de Washington»

L'expression date de 1989 et est utilisée par John Williamson pour désigner la discipline fiscale, les taux de change compétitifs, la libéralisation, l'ouverture aux IDE étrangers, les privatisations et les déréglementations dans les pays d'Amérique latine.

1

La libéralisation des échanges

L’ouverture des frontières

L'ouverture commerciale est présentée comme une priorité pour favoriser l’insertion des pays latino-américains dans les circuits économiques mondiaux. On assiste alors à un abaissement spectaculaire des tarifs douaniers qui passent de 45 % avant la réforme à 13 % en 1999. Les restrictions réglementaires ne concernent alors plus que 10 % des produits.

Les États mènent des politiques de promotion des exportations (Argentine, Mexique, Chili en tête). Il faut noter le renversement complet de la position mexicaine (apertura) avec la crise de 1982 et la nouvelle baisse du pétrole en 1985. Ce renversement est symbolisé par l’adhésion du Mexique au GATT en 1986 et par l’accueil de l’OMC à Cancun en 2003, au même endroit où il avait accueilli un sommet tiers-mondiste entre 1981.

Si l’ouverture pose de nombreux problèmes internes (fermeture d’entreprises, perte d’emplois dans agriculture...), les hommes politiques qui préconisent le protectionnisme sont rares. Lula au Brésil ne remet pas en cause le Mercosur, comme le PRD au Mexique ne conteste pas les principes de l’ALENA. Lula s’oppose plutôt au protectionnisme des pays riches, surtout dans l’agriculture.

La "dollarisation" des économies

On assiste également à la libéralisation des systèmes de taux de change (choix d'un taux de change flottant pour la plupart), mais le dollar règne en maître sur les économies régionales.

Pour lutter contre l’inflation et rassurer les investisseurs étrangers, certains pays ont choisi d’introduire l’usage courant du dollar et de le faire cohabiter avec la monnaie nationale.

En 1991, l’Argentine déclare que 1 peso vaut 1 dollar, même si cette parité ne dure pas. Suivie en 2000 par l’Équateur, puis le Salvador et le Guatemala en 2001.

La "dollarisation" devrait favoriser les investissements étrangers, faire baisser des taux d’intérêts et d’inflation et assurer un meilleur accès au marché international de capitaux. En contre partie, elle pose l'obligation de rigueur budgétaire et d’efficacité économique.

2

Le désengagement de l'État et les privatisation

Une nouvelle politique économique

Les secteurs «non productifs» se retrouvent donc dans le collimateur des gouvernements. La privatisation devient symbole de la nouvelle politique, et l’Amérique latine est pionnière parmi les émergents : entre 1990 et 1994 les transferts du privé au public génèrent 60 milliards de $.

Les principaux secteurs touchés sont les télécommunications, l'énergie et le pétrole, les services bancaires, la sidérurgie et la chimie. Le modèle a été initié par Mexique, Argentine, Brésil, puis est adopté par toute l’Amérique latine sauf Cuba.

Les réformes dans le domaine financier ont contribué à redynamiser un secteur bancaire durement touché pas les crises de 1980 et qui en bénéficie dans plusieurs mesures : indépendance de la Banque centrale, ouverture du système au secteur privé et groupes étrangers et réforme des taux d’intérêt.

Au Mexique, Banamex fait partie depuis 2001 du holding Citigroup formé autour de la Citibank de New-York. Ses actionnaires contrôlent 1 500 agences de la banque mexicaine/. En Argentine dans les années 1990, les opérateurs étrangers représentent 40 % des parts de marché du système bancaire.

Exemple

La révolution néolibérale au Mexique

L'administration du président Miguel de la Madrid (1982-1988), applique un programme de rigueur financière sous influence du FMI, touchant surtout les entreprises d’État. Mais, le vrai tournant se produit avec Carlos Salinas de Gortari.

Il mène des vagues de privatisations à l'issue desquelles les entreprises publiques passent de 1160 en 1982 à 215 en 1994. Tous les secteurs sont touchés : transports (Aeromexico), services (Telefonos de Mexico), secteur bancaire, les 60 sucreries du pays ont été vendues (à Coca Cola par exemple)... Mais le krach de 1994 montre les limites du système.

Résistances populaires et rancoeurs nationalistes

Les partis de gauche ont dénoncé une politique du FMI contraire aux intérêts des plus démunis, tandis que les gouvernements ont été accusés de vendre le patrimoine de l’État aux intérêts étrangers.

En 2003, une manifestation violente en Bolivie fait 80 morts et 30 blessés. Elle avait pour objet la protestation contre la privatisation du gaz et était organisée par le MAS (mouvement pour le socialisme). Mais le nouveau chef d’Etat Carlos Mesa a continué la politique de son prédécesseur alors qu’une grande part de la population réclamait la renationalisation des hydrocarbures (privatisés en 1994). Il doit démissionner, remplacé par Evo Morales.

En 2006, le gouvernement déclare renationalisation des hydrocarbures, au détriment de Total, du britannique British Gas, de l’américain Exxon Mobil, de Petrobras (qui contrôlait 47 % des réserves de gaz naturel en Bolivie). Présenté comme coup de force contre les États-Unis, il a surtout nuit à son voisin brésilien.

Exemple

Les guerres de l’eau en Amérique latine

En Bolivie, secteur qui reste du ressort de la gestion municipale. Mais en 1999, le pays abandonne au privé la gestion du réseau de distribution et de traitement des eaux de Cochabamba. S’ensuit une montée générale des tarifs qui provoque vives réaction de la société civile. Donc la gestion est redonnée à une entreprise publique.

De même Suez-Lyonnaise des eaux a décidé en 2005 de quitter l’Argentine car ne pouvait pas appliquer tarifs suffisant pour l’entreprise.

B

Une économie "hors-sols" et extravertie

1

Le modèle mexicain de la maquiladora

Le Mexique apparaît comme le prototype du pays-atelier qui a profité e la délocalisation vers le sud des entreprises nord-américaines pour développer un important secteur manufacturier. Pourtant, il n’existe pas vraiment de zone franche industrielle au Mexique.

La mise en place du système

Système établi en 1965, quand le gouvernement américain met fin au programme permettant aux ouvriers agricoles (braceros) de travailler comme saisonniers dans les grandes exploitations agricoles de Californie.

L’État mexicain décide de développer ce type d’industries, accord un statut fiscal et douanier privilégié. Il crée ensuite la possibilité dès les années 1970 d’installer une maquiladora sur tout le territoire mexicain (pas seulement à la frontière).

Puissance et fragilité de l’industrie maquiladora

Entre les années 1980 et début 2000, part toujours croissante de l’industrie maquiladora dans l’économie nationale. Passe de 600 usines et 130 000 employés en 1981 à 3300 usines et plus d’un million d’employés en 2003. Les produits manufacturés représentent 85 % de la production.

Depuis les années 1980, le secteur, très hétérogène, s’est diversifié et concentré. Augmentation de la part des effectifs travaillant dans la mécanique et le transport, et baisse du textile et du jouet.

Mais la concurrence des pays ateliers d’Amérique centrale ou d’Asie, et secteur très sensible à la conjoncture nationale et internationale (consommation américaine, incertitudes géopolitiques...). On constate la disparition de 100 unités de production en un mois après le 9/11. Publication de l’IMMEX par les gouvernement pour tenter d’améliorer la compétitivité du secteur.

La nécessaire évolution du système

En 1994, l'Alena représente une menace sur les avantages concédés aux maquiladoras, car la période pendant laquelle les unités pouvaient importer et exporter les marchandises en conservant les règles douanières antérieures au traité était de 7 ans.

Donc le gouvernement a adapté les règlements : désormais, toute entreprise exportant 30 % au moins de sa production peut réclamer le statut de maquiladora.

L’importation des éléments pour la fabrication du produit fini (inputs) est soumise aux règles communes de l’Alena.

2

La diffusion du modèle : l'expansion des zones franches en Amérique latine

On connaît une expansion du modèle, chaque État vante le bas coût de sa main d’oeuvre et la flexibilité de sa législation sociale. On y voit la volonté de remplacer le vieux modèle de l’enclave agro-exportatrice. Cela est encouragé par le gouvernement des États-Unis. En 1983, l'Initiative du Bassin des Caraïbes (CBI) ouvre largement ses frontières aux produits manufacturés des Antilles et Amérique centrale. En a suivi la pénétration accrue depuis les années 1990 des nouveaux pays industrialisés d'Asie puis Chine dans ces pays.

La concurrence entre les États

Pour attirer les investisseurs étrangers, les pays latino-américains ont offert aux entreprises désireuses de s’installer sur leur territoire un régime fiscal et douanier attractif.

Dès 1990, le Costa Rica supprime totalement les taxes douanières à l’importation et à l’exportation pour entreprises industrielles, commerciales et de services installées en zones franches. La création en 1982 du CINDE (Costa Rican Investment Board) chargé d’attirer les investisseurs étrangers va aussi dans ce sens. Mais le système a dû être amendé car dénoncé par l’OMC. Néanmoins, en 2010, 90 % des produits manufacturés du Costa Rica ont été exportés vers les marchés mondiaux.

Dans les Antilles, c’est la République dominicaine qui a le plus profité du CBI car dès 1992, les États-Unis et Porto Rico représentent 94 % des exportations des zones franches.

En 2012 on compte 48 zones franches en République dominicaine, 9 en opération et 15 en cours en Argentine, 11 en Colombie, 2 au Chili (dont celle d’Iquique).

Ces zones sont très sensibles à la conjoncture mondiale : avant même crise mondiale de 2008, on constate une baisse de 5 % des unités de production en zone franche de République dominicaine.

Ces zones ont également été touchées par l’Accord sur les Subventions et les Mesures Compensatoires des membres de l’OMC (2002).

L’impact sur l’organisation des territoires

Les zones franches sont près des ports, aéroports et principales voies de télécommunication : Colon, Panama, Puerto Cortes, Honduras... en Amérique centrale.

En Colombie, elles sont à coté des ports ouverts sur le bassin caraïbe (Barranquilla, Cartenga...)

Exemple

La zone franche de Colon au Panama

Créée en 1948 pour profiter de sa situation d’interface entre l’Europe et l’Asie. La zone franche s’est étendue, couvre désormais 800 ha, héberge 2 800 entreprises et emploie 30 000 personnes.

La transformation des économies nationales

Au Honduras, l'économie a longtemps été dominée par de grandes compagnies bananières nord-américaines, qui ont préparé le terrain pour les zones franches industrielles comme San Pedro Sula qui se sont développées (connexion aux ports). La première zone franche a été installée à Puerto Cortes en 1977, 10 ans avant tous les autres.

Au Costa Rica en 2010, plus de 70 % des exportations vers les États-Unis viennent du secteur manufacturier. Le secteur a ainsi dépassé les productions traditionnelles (café, agrumes, huile de palme). Au Salvador, la maquila représente 25 % de la valeur des exportations, alors que le café a baissé et est passé a seulement 3 %. En République dominicaine, le secteur textile représente 70 % des entreprises installées dans les zones franches en 2004.

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De nouvelles formes d'extraversion

Le développement touristique

Le tourisme bénéficie de la libéralisation du transport aérien et de l’abaissement rapide des tarifs. Au Pérou, passe de 320 000 touristes en 1990 à plus de 2,2 millions en 2010. Selon l’Organisation mondiale du tourisme (UNWTO), les revenus du tourisme en Amérique du Sud sont passés de 9 à 20 milliards de $ entre 2000 et 2010.

L’État mexicain jour désormais un rôle dans le secteur touristique et favorise la création de stations balnéaires (Cancun, Huatulco sur littoral Pacifique, Loreto en basse Californie...). Le Mexique est désormais le principal centre d’accueil de la région latino-américaine et le 10 ème mondial. Le tourisme représente 9 % de son PIB en 2009.

Le secteur financier offshore et les paradis fiscaux

Le meilleur moyen de faire venir des capitaux est de se lancer dans la domiciliation de compagnies financières ou de proposer des services bancaires garantissant anonymat absolu aux clients. C'est le cas notamment au Bahamas ou aux îles Caïman.

En 2011, plus de 9000 compagnies financières et 250 banques majoritairement européennes et nord-américaines étaient enregistrées aux îles Caïmans, île de 55 000 habitants. Au Bahamas, le dollar bahaméen est à parité avec le dollar américain, et l’État ne perçoit pas de taxes sur le revenu, les sociétés ou le capital.

Mais pendant les années 2000, on assiste à une décrue des implantations et stagnation des profits.

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Trafic de drogue et narco-État

La production et le commerce des produits stupéfiants ont pris une place de plus en plus en importante dans les économies latino-américaines. Notamment en Colombie, devenue principal centre de production de la cocaïne vers les États-Unis et financent entre autres les FARC.

Mais dernièrement, l'augmentation de la production se fait au Pérou et en Bolivie. En 2010, selon Office des Nations-Unies contre la drogue et le crime, la Pérou la Colombie représentent 41 % de la production.

Au Mexique, des indices indiquent une production importante. En 2009, 17 000 ha de marijuana ont été éradiqués contre 8 000 ha en 1990. Les narcodollars ont gangréné presque tous les secteurs économiques et politiques, violences surtout dans les Etats de Colima, Jalisco et Michoacan et à la frontière Nord.

Pour lutter, le gouvernement américain et les pays de la région ont passé des accords de coopération sur les échanges de renseignements, le démantèlement de réseaux... En Colombie, des avions américains ont permis à l’armée de déverser des défoliants sur les plantations de coca.

Mais, paradoxalement les opérations militaires de la Drug Enforcement Administration (DEA) peuvent rendre populaire des barons de la drogue, présentés comme des patriotes et opposants à l’impérialisme américain. En Bolivie où la consommation des feuilles de coca fait partie de la culture indigène, la lutte contre drogue du gouvernement précédent a renforcé l’image d’Evo Morales (élu en 2006 et 2011), qui chasse la DEA du pays et mène une campagne pour légalisation de la mastication de feuilles de coca.

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