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Chapitre 15 :
Les modèles de développement autocentré en Amérique Latine

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Les modèles de développement autocentré en Amérique Latine
Introduction

Durant la première moitié du XXème siècle, le danger d’une économie extravertie productrice de produits bruts se ressent. Tous modifient alors leur stratégie économique.

Le marché intérieur devient primordial: développement autocentré et industrialisation prioritaire. La voie latino-américaine suit la stratégie de substitution aux importations dans les années 1950 et 1960.

I

Le choix de l'industrialisation par substitution aux importations (ISI)

A

Des évolutions spontanées : l'ISI, une réaction de défense

1

Le rôle des deux guerres mondiales

La première guerre mondiale perturbe les flux commerciaux et financiers. Leurs exportations cessent et l’Amérique latine doit produire elle-même ce qu’elle achetait.

Tous ne s’industrialisent pas au même rythme : l’impact le plus important concerne les pays qui étaient les plus liés à l’Europe (Argentine, Chili, Brésil), plus faible pour le Pérou et la Colombie où les États-Unis remplacent l’Europe comme fournisseur. Il est nul en Amérique centrale.

La seconde guerre mondiale a les mêmes effets. Des industries de base sont créées. Le Brésil profite de la guerre pour construire sa 1ère aciérie à Volta Redonda.

2

La rôle des crises

Insérée dans l’économie mondiale, l’Amérique latine subit tous les retournements de conjoncture. Dans les années 1920, l’Europe demande moins de produits agricoles, de nouveaux concurrents apparaissent. La surproduction menace l’économie de pays dépendants d’un très petit nombre de produits: en 1929, le café représente presque les 3/4 des exportations brésiliennes.

Les États se sont bien souvent endettés imprudemment auprès des banques américaines, bien souvent au-delà de leurs besoins et de leurs moyens, dès 1928, la hausse des taux d’intérêts à New-York provoque des difficultés.

La crise de 1929 frappe des économies fragiles. La chute de la demande mondiale provoque un effondrement des exportations et des prix. Les IDE se retirent. Les exportateurs sont ruinés, le chômage augmente, les salaires baissent.

Paradoxalement, la crise provoque une industrialisation par substitution aux importations qui rompt l’insertion dans les échanges internationaux et nuit à la capacité d’importation des économies. Il lui faut donc développer ses productions nationales.

La plupart des pays ont abandonné l’étalon or et dévalué leur monnaie en 1931, leur marché intérieur se trouve protégé par la faiblesse des monnaies et le protectionnisme légitime la protection des droits de douane et des contingentements.

3

Les nationalismes

La crise de 1929 provoque un vrai séisme politique, la plupart de pays changent de régime politique. La remise en cause du modèle exportateur sape le pouvoir des oligarchies hostiles à l’industrialisation et au protectionnisme, l’ancien modèle est renversé.

Nationalisme et populisme sont les deux réponses politiques à la crise : présidence de Vargas au Brésil, Ibarra en Equateur, Cárdenas au Mexique et Perón en Argentine.

Le nationalisme latent est réactivé par l’étranger. Le populisme est un mélange de démagogie, de paternalisme et de nationalisme. Il veut la modernité en intégrant dans le processus classes populaires et classes moyennes.

Le contrôle se fait avec des leaders charismatiques et à l’aide d’outils politiques (partis) ou sociaux (syndicats). Ils interviennent énormément dans l’économie pour créer des emplois à leur clientèle politique. Ils renforcent le processus d’industrialisation.

Les régimes qualifiés de populistes présentent en fait une assez grande diversité :

  • Au Brésil Vargas met en place une dictature (l’Estado novo où il a les pleins pouvoirs), l’originalité du gétulisme tient à l’absence de mobilisation des classes populaires, on se contente de les encadrer. Une législation sociale est imposée par l’Etat mais il n’y a pas de droit de grève.

  • Au Mexique Cárdenas cherche ses modèles du côté de l’URSS. L’État est
    redistributeur (répartition des terres, sécurité sociale) et encadrement politique et social de la population.

B

Un modèle théorisé dans les années 1950 : l'ISI, une stratégie délibérée de croissance et de développement

1

Le rôle actif de la CEPAL

Le principal lieu de réflexion sur les économies latino-américaines est la CEPAL (Commission Economique pour l’Amérique latine), créée en 1948 par l’ONU à Santiago. Il influence les économistes sur tout le continent.

Dans les années 1950, il s’agit de remédier aux carences du secteur industriel grâce à une intervention volontariste de l’État. Les idées de la CEPAL concordent avec le "développementisme" du Brésil et de l’Argentine (l’industrialisation résout tous les problèmes).

Dans les années 1960, les experts de la CEPAL réalisent que l’industrialisation laisse la majorité de la population à l’écart de la modernisation et qu’elle n’a pas supprimé la vulnérabilité extérieure et la dépendance. On a donc une croissance sans développement.

La CEPAL préconise alors une intégration régionale: marché commun continental pour une spécialisation industrielle de chaque pays, donc un renforcement de l’industrialisation par substitution aux importations (ISI), élargissement des marchés, une meilleure coordination des politiques économiques...

La crise de 1973 et l’endettement change la politique de la CEPAL : il faut un autre type d’industrialisation, tournée vers le marché intérieur mais aussi le marché extérieur. Elle met en garde contre une ouverture financière et commerciale excessive.

Définition : Industrialisation par substitution aux importations (ISI)

La politique de la substitution à l'importation se fonde sur des barrières tarifaires ou non tarifaires permettant au pays de produire lui-même ce qu'il importe à l'origine créant un développement autocentré.

Le pays en question va donc produire de lui-même ce qu'il importait se mettant en situation d'indépendance par rapport aux autres pays d'où il importait.

2

L’influence d’un socialisme étatique: Cuba

Cuba est l’antithèse de la CEPAL. Le renversement de Batista par Castro est un choc mais le programme et l’idéologie de ce dernier est floue. Par opposition aux États-Unis, il se convertit au Marxisme-léninisme et affirme le caractère socialiste de la révolution en 1961.

L’économie cubaine est planifiée et collectivisée sur le modèle soviétique. Entreprises, terres, télécommunications, transports sont nationalisés. La stratégie de développement est la diversification agricole et l’ISI. Les deux échouent. L’économie urbaine est donc réorientée vers le sucre (débouchés garantis à prix élevé avec l’URSS) car l’agriculture ne parvient pas à nourrir la population et l’industrialisation stagne.

Cuba a mis en place un modèle de socialisme agraire original. L’agriculture est la base de l’économie et l’industrie développée y est toujours liée (industrie alimentaire). L’île exporte des produits bruts agricoles et des matières premières (nickel, fer).

Très dépendante envers le bloc socialiste, Cuba adhère au CAEM (Conseil d'assistance économique mutuelle) en 1972. Moscou l’aide et réalise une grande partie des investissements.

Après avoir tenté de créer des foyers révolutionnaires sur le continent, Castro renonce à exporter la révolution en 1967. Cuba ne peut plus compter sur l’URSS après sa chute ne 1991 et doit trouver d’autres partenaires (Europe, Mexique).

II

Les politiques menées

A

La priorité à l'industrialisation

1

Le rôle de l’Etat

Le secteur public

L’État pour mener l’industrialisation doit contrôler la formation de capital et principalement les apports du capitalisme étranger. Ceci entraîne la nationalisation des secteurs clés de l’économie comme le transport, l’énergie ou les matières premières (Le Mexique nationalise son pétrole en 1938 en créant la Pemex qui exerce un monopole comme Petrobras au Brésil).

Les banques d’investissement

L’État intervient aussi par le biais du crédit car les capitaux privés sont insuffisants.Les gouvernements mettent donc en place des systèmes de crédit public.

La NAFINSA (Nacional Financiera SA) créée en 1935 au Mexique sert de modèle à la BIRA (Banque industrielle de la République d’Argentine créée en 1944, à la BNDE (Banque national du développement économique du Brésil) en 1951.

Elles aident les entreprises en leur fournissant des crédits, en participant dans leur capital, en soutenant leurs émissions d’actions. Elles peuvent aussi faciliter l'obtention de crédits des organismes financiers internationaux.

Elles sont souvent efficaces mais pas suffisantes : il y a donc un besoin de capitaux étrangers qu’il s’agit donc d’orienter et de surveiller. Le Brésil exige ainsi que 51% du capital des SA soit brésilien en 1952.

La planification

L’action de l’État s’inscrit dans le cadre d’une planification plus ou moins développée selon les pays : Vargas lance en 1945 le plan SALTE (Santé, Education, Alimentation, Transports et Energie). L’Argentine met en place deux plans quinquennaux ambitieux.

Ailleurs la planification est plus épisodique.

Le protectionnisme

L’industrialisation nécessite la protection des industries dans l’enfance. Les États instaurent des tarifs douaniers élevés, mettent en place des systèmes de licence pour surveiller les importations: le Mexique fait chuter de 30% ses importations entre 1947 et 1949 et établit en 1961 une liste de produits interdits car pouvant être remplacés par des produits nationaux.

La protection est sélective et évolutive, le Brésil protège seulement les secteurs qu’il veut développer comme l’industrie électronique dans les années 1970.

2

La diversification industrielle

L’ISI repose d’abord sur la production de biens de consommation non durables : tous développent donc le textile et l’alimentaire.

Dans un second temps certains pays s’efforcent de développer en amont une industrie lourde (dans la sidérurgie par exemple, l’Argentine lance son premier complexe sidérurgique en 1960 à San Nicolás, le Brésil et le Mexique sont les deux autres grands du secteur).

D’autres États ont un unique centre de production : Chili, Pérou (aciéries de Chimbote), Venezuela. La métallurgie ouvre la voie aux constructions mécaniques. L’automobile connaît une forte extension dans les années 1950.

B

Quelle place pour l'agriculture ?

1

Un faible intérêt porté à l’agriculture

L’assimilation industrialisation/développement explique ce désintérêt.

La situation sociale des campagnes s’aggrave. La grande propriété se maintient : en 1960, 10% des propriétaires possèdent 90% des terres mais les latifundias sont en déclin. La mécanisation libère de la main d’œuvre agricole.

Si le progrès agricole ne semble pas devoir accompagner le progrès industriel. L’agriculture fournit pourtant les devises nécessaires grâce aux exportations.

Pour tenter de répondre aux besoins des ruraux, le thème de réforme agraire ressurgit souvent depuis la révolution mexicaine.

2

Une vague de réformes agraires dans les années 1960

Le choc cubain

Les États-Unis tentent de susciter des réformes agraires en 1961 pour éviter la contagion révolutionnaire avec le programme «Alliance pour le progrès».

L’Amérique latine, laboratoire de la réforme agraire

Pratiquement tous les États promulguent une loi de réforme agraire ou sur le statut agraire mais les démarches sont très différentes selon le contexte politique :

  • À Cuba, lutte contre les minifundias et les latifundias, limitation de la surface maximale, constitution des terres non réparties en un secteur d’État, nationalisation des entreprises étrangères, restriction des terrains, et constitution de fermes d’État ou coopératives.

  • Au Pérou, elle est menée par des militaires suite au coup d’État qui organisent l'expropriation des grandes exploitations du littoral confiées à des coopératives agricoles. Dans les montagnes, elles vont à des sociétés agricoles d’intérêt social.

  • Au Chili la réforme agraire est conduite dans un cadre réformiste par la démocratie chrétienne. La loi de 1964 prévoit d’installer en 5 ans 5000 familles sur des terres confisquées ou abandonnées.

Des résultats limités

Les grands propriétaires parviennent dans certains pays à empêcher la réforme. Au Brésil, les projets de réforme accélèrent le coup d’Etat de 1964, Paraguay, Uruguay et Amérique central sauf le Nicaragua avec la victoire des Sandinistes, ou la République dominicaine.

Certains pays ont misé sur la mise en valeur de nouvelles terres ou l’amélioration de terres sous exploitées. (Honduras, Brésil)

Les réformes sont aussi limitées pour des préoccupations économiques. Le démantèlement des domaines modernes et productifs est évité pour ne pas affaiblir l’agriculture comme au Pérou.

Ces politiques souhaitées par le gouvernement de Kennedy suscitent des critiques aux États-Unis : menaces pour les propriétés nord-américaines, encouragement au communisme.

L’Alliance pour le progrès se préoccupe davantage de stabilité politique ou militaire que de développement, la démocratie est oubliée. Les États-Unis soutiennent des dictatures en Argentine, au Brésil, au Guatemala et en Equateur. La question agraire n’est pas résolue.

C

Les politiques sociales

1

Une faible implication des régimes populistes

Les politiques sociales sont peu développées. Le code du travail et la législation sociale sont mis en place mais les gouvernements se préoccupent plus du contrôle des ouvriers que d’améliorer leur situation sociale.

La réduction des inégalités sociales n’est pas une priorité.

2

Les acquis sociaux du régime cubain

Le régime castriste a été efficace dans l’éducation et la santé. En 1961, l’enseignement est nationalisé. Le nombre des étudiants dans l’université a été multiplié par 10.

La gratuité de la médecine, la multiplication des hôpitaux, ont amélioré la situation sanitaire.

La disparition du chômage qui touchait en 1958 près de la moitié de la population des campagnes ou la généralisation de la sécurité sociale (retraites en 1963) peuvent être inscrites à son crédit.

Quant au logement, la situation s’est sensiblement améliorée.

III

Des résultats mitigés

A

Une réussite fragile

1

La réalité de l’industrialisation

La production industrielle passe de 1940 à 1970 à un rythme moyen de 5% par an avec des résultats très inégaux d’un pays à l’autre. Brésil, Argentine, et Mexique sont en tête et sont qualifiés à partir des années 1960 de pays "semi-industrialisés".

Ils disposent d’une industrie diversifiée associant trois secteurs : un secteur produisant des biens de consommation non durables, dominé par les entreprises privées nationales, un secteur produisant des biens de consommation durables, dominé par les Firmes, un secteur produisant de l’énergie, des produits intermédiaires, et des biens d’équipement dominé par les entreprises publiques.

Chili et Colombie ne sont pas loin derrière.

2

De réelles faiblesses

Les débouchés insuffisants freinent le développement de l’industrie

Les débouchés nationaux sont trop étroits. La majeur partie de la population n’est pas intégrée au marché national. L’ISI reproduit des produits surtout pour les plus aisés mais pas des produits de consommation de masse. Cela pénalise l’industrie, le manque de biens intermédiaires et d’équipement empêchent une croissance autonomne.

Le jeu économique est faussé par d’énormes oligopoles non compétitifs.

Sur le plan social, cette industrialisation a eu des effets contestés

Elle n’a pas permis d’absorber la croissance démographique et l’exode rural. Le développement d’industries de bien de consommation durable a profité à des travailleurs qualifiés, peu nombreux. Cette logique a favorisé le sous-emploi et le secteur informel.

La croissance profite surtout aux classes moyennes et travailleurs qualifiés. Ainsi, la croissance des années 1960 comme le miracle brésilien n’a pas entrainé de développement.

B

Vers de nouvelles dépendances

Le modèle autocentré conduit à un nouvel assujettissement dénoncé dès les années 1960 par Cardoso dans la «théorie de la dépendance».

1

Les investissements directs étrangers (IDE)

Les marchés protégés poussent à la multiplication des IDE : passant entre 1950 et 1965 de 780 millions à 2,75 milliards de dollars.

En 1970, plus de 50% du capital des 300 plus grandes entreprises mexicaines et brésiliennes est étranger (participations à des entreprises locales ou implantations de filiales).

L’attitude des pays récepteurs change : le Brésil dès 1964 s’ouvre largement aux IDE ce qui crée une dépendance financière et technologique.

2

La dépendance commerciale

Pour payer les importations de biens d’équipement et de combustibles, l’Amérique latine doit exporter. L’industrie n’est pas compétitive et se destine au marché intérieur, c’est donc le secteur agricole et minier qui doit fournir les devises. La vulnérabilité est toujours présente.

Seul le Brésil s’apprête à devenir exportateur industriel à la fin des années 1960. Les Firmes-Multinationales exportent, les zones franches se développent.

3

La spirale de l’endettement

La croissance de la dette

Pour faire face aux dépenses courantes et pour investir, l’État emprunte et forcément à l’extérieur,notamment aux organismes internationaux comme le FMI. En 1971, l’Amérique latine concentre 38% de la dette du Tiers-monde.

En 1973, le Brésil érige en doctrine le «choix de l’endettement» : entre 1968 et 1972 elle passe de 6,5 à 12,6 milliards.

Après 1973, ce sont les banques commerciales qui prètent à l’Amérique latine, sans condition, dans gagés dans le contexte de hausse du prix des matières premières. Les 4 pays les plus endettés au monde en 1982 sont le Mexique, le Brésil, l’Argentine et le Vénézuela. La situation est complexe, les nouveaux prêts financent la dette.

La crise de la dette (1982)

Le changement de la politique monétaire des États-Unis, l’augmentation de leur déficit budgétaire, et la raréfaction des pétrodollars provoquent une hausse des taux d’intérêts. En Aout 1982, le Mexique est en cessation de paiement, cela déclenche la crise : paniquées, les banques cessent de prêter à l’Amérique latine.

Ce choc extérieur provoque une décennie de difficultés économiques qui entraîne l’amorce d’une modification radicale des stratégies économiques.

C

De l'abandon au retour du modèle autocentré ?

1

La conversion libérale (années 1980-1990)

Les politiques de stabilisation

La situation impose de dégager des bénéfices commerciaux pour assurer le service de la dette et convaincre les créanciers d’obtenir de nouveaux prêts.

Pour rétablir les équilibres, il faut réduire la demande donc le déficit budgétaire: baisser les dépenses étatiques, les importations.

L’application de cette thérapie de choc a fait baisser la production et dégradé la situation sociale.

Les politiques d’ajustement structurel (PAS)

Les politiques se préoccupent alors de susciter une croissance à long terme. Le plan Baker «programme pour une croissance soutenue» en 1985 marque un tournant. L’idée n’est plus le redressement à court terme de la balance des paiements mais de faire des réformes de structure pour une croissance saine.

Le FMI donne la recette des PAS : réforme de la fiscalité, des marchés financiers, des prix, ouverture, rationalisation des dépenses publiques. Il y a libéralisation et déréglementation.

Il faut engager ces réformes pour avoir de nouveaux prêts. Certains cherchent d’autres solutions : Brésil avec le plan Cruzado en 1986, et Agentine avec le plan Austral en 1985: réforme monétaire, gel des prix et des salaires mais ce sont des échecs.

Les résultats sont peu encourageants : les débiteurs se lassent (moratoires unilatéraux au Brésil en 1987, cartel de débiteurs lancé à Carthagène en 1984), la dégradation du niveau de vie engendrant des troubles, le bilan est mauvais. La croissance est de 1,6% sur la décennie, on constate un recul du PIB par habitant et des exportations, et l'hyperinflation est omniprésente (2940% au Brésil).

Une inflexion est donnée en 1989 vers une politique plus pragmatique. Les PAS se pousuivent avec plus de souplesse. La communauté financière admet qu’une partie des dettes ne sera pas remboursée, qu’il faut du temps pour les réformes.

En 1989, le plan Brady permet à certains Etats de réduire leurs dettes, officialisant une décote de -35% de la dette bancaire, transformant les créances en obligations immobilières.

Il ouvre la voie aux échanges dette contre protection de l’environnement. En 1992, la Banque interaméricaine de développement propose de financer ainsi des reboisements près de Mexico. Une créance sur le Mexique est rachetée par un pays riche ou une ONG, le Mexique rembourse cette créance en monnaie nationale et la somme sert à financer le reboisement.

Il marque surtout l’insertion des pays d’Amérique latine dans les flux financiers internationaux, contraignant les Etats à des politiques libérales et monétaristes. En 1994, la crise mexicaine dite du peso comme la crise argentine sont des krachs boursiers provoqués par la fuite des capitaux et la dévaluation de la monnaie.

Entre la crise des années 1980 et la deuxième moitié des années 1990, l’Amérique a tourné la page du développement autocentré.

2

Les évolutions des années 2000

Un tournant politique et économique

La gauche arrive au pouvoir dans plusieurs pays dans les années 2000.

Certains ont des discours populistes, anti-impérialistes. La nouvelle aisance financière des exportateurs d’énergie les émancipe : Chavez au Venezuela, mais aussi en Bolivie avec le Plan national de développement bolivien pour la période 2006-2011 qui veut créer un État «social-communautaire».

Un nouveau volontarisme économique et social

Les États veulent reprendre le contrôle des richesses nationales. Chavez place dès 2000 la société nationale d’hydrocarbures PDSVA sous contrôle du ministre de l’énergie et nationalise le pétrole en 2006. Mais il nationalise aussi les télécommunications (CNATV), la plus grande aciérie (Sidor), l’industrie du ciment et les banques.

On observe aussi des réformes agraires qui redistribuent les terres. Chavez avait déclaré la guerre aux latifundias. Evo Morales nationalise le gaz bolivien.

Ces politiques veulent agir au niveau social: l’alimentation, la santé, l’éducation, formations., logement... Les résultats sont inégaux.

Le plan national de développement bolivien prévoit l’injection de 12,7 milliards dans l’économie.

Certains restent fidèles à l’orthodoxie libérale : M.Bachelet et L.Lula notamment.

Les incertitudes cubaines

Après 10 ans de réformes économiques (ouverture aux capitaux étrangers, libre-circulation du dollar, initiatives autorisées dans 83 sphères d’activités), le début des années 2000 marque un coup d’arrêt.

Interdiction de la circulation du dollar en 2004, pour limiter l’autonomie des entreprises d’État.

Raul Castro envoie quelques signaux de détente: libération de quelques prisonniers, droits de l’homme, autorisation des téléphones portables. Réformes dans l’agriculture: révolution verte.

Il n’y a pas un modèle latino-américain mais des stratégies diverses.

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