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Chapitre 17 :
Les mouvements d'intégration régionale et continentale en Amérique Latine

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Les mouvements d'intégration régionale et continentale en Amérique Latine
Introduction
  • 1947 : Pacte de Rio
  • 1948 : Création de l’Organisation des Etats américains (OEA)
  • 1959 : Création de la Banque interaméricaine de développement (BID)
  • 1960 : Association latino-américaine de libre commerce (ALALC) transformée en ALADI en 1980
  • 1960 : Marché commun centraméricain (MCCA)
  • 1969 : Pacte andin ou Communauté andine des nations (CAN)
  • 1973 : Création de la Caribbean Community
  • 1986 : Création du groupe de Rio
  • 1991 : Création du Mercosur
  • 1992 : traité de Sans Antonio, naissance de l’Alena
  • 1994 : Association des Etats de la Caraïbe (AEC)
  • 1994 : Premier sommet des Amériques à Québec. Lancement du projet de ZLEA
  • 2004 : Lancement par H. Chavez de l’Alternative bolivarienne pour les Amériques
  • 2008 : Création de l’UNASUR
  • 2009 : Création de la Banque du Sud
  • 2010 : Création de la CELAC (Communauté des États latino-américains et Caribéens (ts pays américains sauf États-Unis et Canada))
I

Organisations panaméricaines ou transaméricaines ?

Le panaméricanisme a souvent été présenté comme l’expression de l’impérialisme nord-américain, donc on parle davantage de transaméricanisme.

A

L'échelle continentale

1

Le domaine politique : Union panaméricaine, OEA et Sommets des Amériques

En 1889, les États-Unis invitent les États latino-américains à une conférence destinée à mettre en place une union douanière. Cela manifeste la volonté pour les États-Unis de s’affirmer, d’éviter relations commerciales entre Europe et Amérique latine. Cela n’aboutit néanmoins pas.

L'année 1948 marque la création de l’OEA (Organisation des Etats américains), qui a son siège à Washington et qui regroupe tous les pays sauf Cuba. On retrouve également, dans ce cadre, plusieurs organismes spécialisés qui jouissent d'une autonomie considérable. L’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) à Washington, l’Institut interaméricain de l’enfance (IIN) en Uruguay...

Mise en place ensuite des Sommets des Amériques. Le premier est organisé à Miami en 1994. Le 6ème sommet a été organisé en 2012 en Colombie et a pour objet de «Connecter les Amériques : partenaires pour la prospérité».

Exemple

Le Canada et l’intégration américaine

Les pays d’Amérique latine ont vite voulu que le Canada intègre les organismes de coopération continentale pour contrebalancer l’hégémonie des États-Unis.

Alors que les États-Unis évoquaient son lien privilégié avec le Royaume-Uni pour justifier son exclusion des processus en cours, ce n’est qu’en 1990 que le Canada devient membre de l’OEA. Jusqu’en 1931 (Westminster), le Canada n’avait pas sa propre politique étrangère.

2

Le développement économique : la CEPAL et la BID

En 1948, Création de la CEPAL (Commission économique pour l’Amérique latine) sous l’égide de l’ONU. Elle devient la CEPALC dans les années 1980 avec l'intégration des Caraïbes. Elle réunit tous les pays d’Amérique et certains pays européens (France, Angleterre, Espagne...) ainsi que quelques asiatiques (Japon depuis 2006, Corée du Sud en 2007)

Le rôle de la CEPAL est essentiel dans politiques économiques dans les années 1960 et 1970.

En 1959, les États-Unis créent la banque interaméricaine de développement (BID). La BID crée en 1965 un Institut pour l’intégration de l’Amérique latine et de la Caraïbe (INTAL) chargé d’aider les gouvernements à développer des projets de coopération régionale.

Désormais ce sont les projets liés au secteur infrastructure et environnement qui reçoivent le plus de subventions : 60 % des prêts de la BID en 2011. Ce sont principalement les transports, l’eau et l’assainissement, l’énergie et la réforme ou modernisation de l’État qui bénéficient des ces financements.

3

La coopération militaire : le Traité interaméricain d’assistance réciproque (TIAR)

En 1945, la signature du TIAR concrétise le processus d’intégration militaire. Ce traité prévoit l'assistance réciproque et l'alliance défensive des nations américaines.

Elle est mise en place à travers l'Inter-American Defense Board (Washington). Mais si pendant la guerre froide, le but principal était l’éradication du communisme, il se tourne vers des activités plus "humanitaire" après 1991 (guerres civiles, drogue...).

Aux yeux des États latino-américains, le fait de devoir suivre la stratégie de Washington est cependant souvent perçue désormais comme une menace.

B

Les organisations régionales

Le Brésil entend désormais jouer le rôle de moteur dans les processus d’intégration régionale.

1

L’échelle latino-américaine

En 1960, l'Association latino-américaine de libre commerce (ALALC) est la première organisation ayant pour but l’intégration des États d'Amérique-latine.

Elle associe États d’Amérique du Sud et le Mexique. En 1980, elle devient l’Aladi (Association latino-américaine d’intégration). Elle envisage la création d’un marché commun et a été rejoint récemment par Cuba, le Nicaragua et le Panama.

1986 marque la création du groupe de Rio, outil de concertation politique. 2010 de la CELAC, organisme successeur du groupe de Rio et de la CLAC.

Il y a aussi les réunions annuelles du Sommet ibérico-américain (chefs d’Etat latino- américains, espagnols et portugais).

2

Les sous-ensembles régionaux

Certains ensembles privilégient l’échelle régionale et contribuent donc à la fragmentation géopolitique du continent. Par exemple, la création de l’AEC (Association des Etats de la Caraïbe) en 1994, veut approfondir relations entre riverains de la «Méditerranée américaine».

Dans la même région, à une échelle plus fine, on trouve l’Organisation des États de la Caraïbe occidentale (OECO) créée en 1981.

En 1923, on voit la signature d’un traité de paix et d’amitié entre les États-Unis et l'Amérique Centrale, puis en 1951 l'institution de l’Organisation des États d’Amérique centrale (Odeca). Mais ces efforts ne parvient pas à empêcher les guerres civiles.

En 1978, le Traité de coopération amazonienne (TCA) est signé à Brasilia, où le Brésil a joué un rôle fédérateur en regroupant les pays concernés par les problèmes de développement en Amazonie. Cela permet ensuite la création de l’Organisation du traité de coopération amazoniennne.

3

L’Union des nations d’Amérique du Sud (UNASUR)

En décembre 2004, la signature de la Déclaration de Cuzco donne naissance à la Communauté sud-américaine des nations (CSAN). Celle-ci réunit le Mercosur, la Communauté andine, la Guyana et le Surinam.

Il y a une volonté de dépasser le niveau économique, et - suivant le modèle de l’Union Européenne - d'aboutir à une intégration politique. Il s'agit peut être vu comme une stratégie du Brésil qui veut se rapprocher de ses pays limitrophes.

En Mai 2008, les présidents sud-américains ont voulu renforcer le processus d’intégration en donnant à leur alliance le nom d’Union des nations d’Amérique du Sud (UNASUR). En 2011, elle rassemble 70% de la population latino-américaine, 30% des réserves d’eau mondiales, et riche en ressources minières, gaz, pétrole...

II

L'intégration régionale à l'épreuve des faits

Est souvent apparu comme modèle. Le Mexique est pionnier, étant le premier à avoir signé un traité de ce type avec les EU.

A

L'ALENA, un modèle à suivre ?

1

Les termes du traité

L’Alena a été conçu pour faire face à la menace européenne du grand marché
unique. Entré en vigueur en 1994, le traité stipule que les produits doivent être fabriqués dans la région (éviter importation massive de produits manufacturés asiatiques).

L'Alena a favorisé la circulation des capitaux entre les pays membres. Ainsi, le Mexique s’ouvre aux investisseurs nord-américains et canadiens dans le secteur de l’énergie, alors même que la nationalisation des pétroles en 1938 avait symbolisé l’indépendance nationale.

2

Puissance et fragilité de l’Alena

Avec 21 millions de km2, plus de 455 millions d’habitants et un PIB dépassant 17000 milliards de dollars en 2010, l’Alena constitue aujourd’hui la plus grande zone de libre commerce du monde.

Le Mexique et le Canada sont, après l’Asie, les deuxièmes fournisseurs des États-Unis. Néanmoins, les pays émergents asiatiques se sont emparés d’une part croissante du marché intérieur mexicain. En 2010, la part des importations chinoises est de 15 %, soit plus que celles venant de l’Union-Européenne.

L'Alena est cependant la cible des syndicats américains pour perte d’emplois, des écologistes mexicains craignant l’installation d’entreprises peu soucieuses de l’environnement. Elle est aussi perçue comme responsable de la fragilisation de la petite paysannerie mexicaine (2 millions d’emplois agricoles auraient été perdus). La question de l’immigration clandestine reste également un sujet de discorde entre le Mexique et les États-Unis.

B

Le Mercosur : un alternative économique et politique ?

1

Les structures du Mercosur

En 1988 voit le jour un traité d’intégration de coopération et de développement entre Brésil et Argentine. En 1991 le Traité d’Asuncion crée un marché commun entre l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay.

Avec le protocole d’Ouro Preto en 1995, les États établissent un tarif extérieur commun. Puis le Chili, la Bolivie, le Pérou, la Colombie et l’Équateur se joignent au Mercosur. Et plus récemment le Venezuela.

2

Une puissance régionale encore fragile

Le Mercosur a favorisé l’émergence d’une vaste zone de libre-échange dont l’influence s’étend sur l’ensemble de l’Amérique du Sud. Néanmoins, en 2011, le commerce avec le Mercosur ne représente que 10 % des importations et exportations du Brésil contre 30 % pour l’Argentine.

La crise financière que connaît l’Argentine en 2001-2002 montre les limites du système.

Le Mercosur rend les économies brésiliennes et argentines de plus en plus interdépendantes. Le spectre d’une dévaluation du peso argentin a ainsi fragilisé le real brésilien.

C

Intégration ou fragmentation ?

Les autres traités d’intégration régionale semblent beaucoup moins cohérents et semble fragmenter le sous-continent.

1

La Communauté andine des nations (CAN)

Créée en 1969 sous le nom de Pacte andin, il a permis à tous ses pays membres de profiter des mesures prises pour accroître les échanges intrarégionaux et favoriser l’ouverture des économies.

Mais, les grandes déclarations de principe qui ont accompagné la création de la communauté n’ont pas permis de créer un espace homogène (inégalités économiques, Bolivie est l’un des États les plus pauvres de la région) ni de résorber le lourd passif des sociétés très inégalitaires.

En 2002, l'accord de complémentarité économique entre CAN et Mercosur, peut être considéré comme une assimilation de la CAN par le Mercosur. Puis, en 2005, le Venezuela quitte CAN et intègre pleinement Mercosur.

2

Le Marché commun centraméricain (MCCA)

1960 voit naissance du Marché commun centraméricain à l’initiative de l’Odeca et la création d’une monnaie commune : le peso centraméricain.

Mais au milieu des années 1970, le Secrétariat à l’intégration économique centraméricaine (Sieca) propose des formules qui n’ont aucun succès et qui provoquent montée des guérillas au Salvador, Nicaragua, Guatemala...

Relancé au début des années 1990, son rôle risque néanmoins de se réduire à faciliter l’intégration de l’Amérique centrale au projet de ZLEA. En 2000, les pays du «Triangle du Nord» (Guatemala, Honduras, Salvador) ont signé un accord avec le Mexique pour rentrer progressivement dans l’Alena.

Exemple

La Bolivie au bord de la rupture ?

Traditionnellement, les régions de l’Oriente, surtout la Santa Cruz, s’oposent
au pouvoir central incarné par La Paz.

Il y a une opposition entre deux sociétés : les communautés majoritairement indiennes (les collas), et les populations métisses, tournées vers le Brésil et l’Argentine (les cambas).

En 2006, le référendum sur l’autonomie des régions boliviennes provoque graves tensions.

Exemple

Le plan Puebla-Panama (Proyecto Mesoamerica)

Le Mexique marque sa volonté de jouer un rôle important dans intégration régionale. En 2001, il propose le Plan Puebla-Panama pour favoriser développement conjoint de l’Amérique centrale et des États du sud de la fédération mexicaine.

Le programme est néanmoins assez vague, mais prévoyait la mise en place de zone de libre-échange et des programmes de fourniture et de distribution d’énergie, une intégration des services de télécommunications, la facilitation de la circulation des personnes entre les différents pays et un programme commun de promotion du tourisme dans l’ensemble de la «zone maya».

Les signataires s’engagent aussi en faveur de la défense et de la promotion de la démocratie dans la région. Vocabulaire et objectifs «humanitaire», destinés à désamorcer les critiques des adversaires de la mondialisation et du libéralisme.

L’utilisation du terme de «mésoamérique» cherche à donner une vraie légitimité au territoire qu’ils ont ainsi défini.

3

La Communauté caraïbe (Caribbean Community ou Caricom)

Créée en 1973, la Caricom a pour but l’établissement d’un véritable marché commun et le développement de la coopération régionale dans l’éducation, la culture ou la communication ainsi que la coordination des politiques extérieures.

Elle concerne principalement les îles anglophones. Mais, l'hétérogénéité des territoires, des situations politiques et des niveaux de développement rend la coopération improbable, surtout que chacun est en compétition avec ses voisins sur le marché mondial.

4

L’Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA)

Lancée en 2004 à l’initiative de Fidel Castro et d’Hugo Chavez, l’ALBA veut proposer une autre forme de coopération suivant la formule altermondialiste «un autre monde est possible». Ses héros sont Simon Bolivar, Che Guevara et Jose Marti.

L'ALBA a profité des difficultés internationales et de la montée du pétrole pour attirer de nouveaux membres : la Bolivie d’Evo Morales, le Nicaragua de Daniel Ortega, puis trois États de la Caraïbe et l’Equateur.

En 2012 : l'ALBA rassemble plus de 70 millions d’habitants. Les accords économiques doivent permettre de lutter contre la pauvreté.

En 2006 : le développement des Traités de Commerce des Peuples (TCP) dans le cadre de l’ALBA marque la volonté de créer une zone monétaire commune autour d’une monnaie unique, le Sucre, utilisé pour la première fois en 2010 dans une transaction entre Venezuela et Cuba.

5

La Banque du Sud

Idée née au sein du Mercosur en 2002, conçue comme une institution financière destinée à promouvoir l’intégration latino-américaine.

Des objectifs d’égalité, d’équité et de justice sociale y sont associés et elle se revendique comme alternative au FMI, à la BIRD et à la BID pour les pays de l’UNASUR.

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