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Chapitre 19 :
Occupation de l'espace et colonisations en Asie

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Occupation de l'espace et colonisations en Asie
Introduction
  • XIIIème avant JC : Apparition des pictogrammes en Chine
  • VIème avant JC : Naissance du futur Bouddha et traité de Sun Tzu sur l’Art de la guerre
  • VIIIème : Premier texte imprimé en Chine
  • XIIème : Propagation de l’islam en Chine
  • 1602 : Planisphère de Matteo Ricci
  • 1939 : Le royaume de Siam devient la Thaïlande
  • 1950 : la Constitution indienne abolit le système de castes
  • 1954 : Définition du statut des minorités en Chine
  • 1959 : Le Dalaï Lama se réfugie en Inde
  • 1986 : Une importante délégation de la «diaspora» chinoise se rend à Pékin
  • 1986 : Premier ministre japonais déclare que le Japon est peuplé d’une ethnie unique
I

L'occupation de l'espace

A

L'éventail asiatique

1

Un vaste continent

Les distances et surfaces sont considérables en Asie, avec plus de 6000 kilomètres qui séparent Tokyo et Djakarta. Avec près de 9,6 millions de kilomètres carrés, la Chine est le 4ème Etat du monde en superficie. C'est trois fois plus que la superficie de l’Union Européenne. L’Inde est 7ème avec 3,3 millions de kilomètres carrés.

L'Asie est surnommée le toit du monde car elle est physiquement structurée de façon centrifuge à partir de montagnes centrales très élevées. Le plateau tibétain, qui touche les 4500 mètres d’altitude, est entouré des plus hautes montagnes du monde, dont l’Himalaya qui culmine à 9000 mètres.

Ce «toit du monde» est un château d’eau d’où s’écoule un vaste réseau de grands fleuves. Vers l’Est et la Chine, on trouve le Yangzijiang qui est le 3ème fleuve du monde en longueur et le Huang He qui est lent et non navigable. Vers le Sud et le quasi-continent indien s'étendent l’Indus, le Gange et le Brahmapoutre. Enfin, le Mékong, peu navigable, et l'Irrawady occupent le Sud-Est et la péninsule Indochinoise.

2

Les violences du continent asiatique

L'Asie est dotée d'une tectonique très active, étant à la convergence de 4 plaques (eurasatique, indienne, philippine, pacifique). Les mouvements tectoniques s’effectuent dans plusieurs directions, d’où une sismicité élevée.
Les volcans sont nombreux sur la façade orientale du continent qui s’intègre à la «ceinture de feu du Pacifique». Il y a 480 volcans en Chine, tous éteints, et 80 actifs au Japon. Les terres volcaniques sont souvent très fertiles, d’où l’ancienneté et la densité de leur peuplement malgré les risques (Japon, Philippines, Java)

La façade pacifique de l’Asie est par ailleurs la zone du monde la plus affectée par les typhons. Redoutés pour les inondations qu'ils provoquent, les typhons sont néanmoins attendus pour les pluies qui permettent la maturation du riz en Corée et au Japon. Outre les zones steppiques et désertiques, il y a des zones à tendance sèche, ce qui perturbe l’agriculture et explique le recours aux étangs réservoirs, au Nord du Sri Lanka par exemple. Enfin, tous les 3 à 7 ans, il y a des sécheresses pouvant atténuer la mousson en Inde.

B

La «tétralogie asiatique» : plaines, montagnes, steppes et mers

L'Asie est composée de 4 milieux anthropogéographiques :

  • Les nomades-éleveurs (comme les Mongols).
  • Les essarteurs (comme les Polynésiens).
  • Les céréaliculteurs, avec notamment les riziculteurs qui sont présents presque partout.
  • Les marins-pêcheurs, qui sont de plus en plus sédentaires.
1

Un continent ouvert vers le Sud et l'Est

L'Asie a ses particularités :

  • Pas de façade occidentale.
  • Une colossale barrière montagneuse orientée ouest-est.
  • Une façade océanique au niveau de l’équateur

L'hiver asiatique est plutôt chaud ou tempéré, sauf au Nord. En hiver, l’air polaire reste ainsi bloqué au nord de l’axe himalayen. L’air tropical reste sur le quasi-continent indien et l’ensemble indochinois, mais l’air froid polaire touche la Chine du Nord, la Mandchourie, la Corée et le Japon. Au début de l'été, les vents provoquent de fortes précipitations : c’est la mousson estivale.

L'Asie est également marquée par une richesse floristique et faunistique. La prédominance d’une longue saison chaude et humide favorise une végétation abondante. On trouve une très grande biodiversité dans les étages montagnards. Les forêts peuvent couvrir une grande partie du territoire (70 % en Birmanie, en Corée et au Japon et 65 % en Indonésie).

2

Les plaines asiatiques sont densément occupées

Les plaines asiatiques sont avant tout caractérisées par la prédominance d'une riziculture irriguée. Grâce à l’irrigation, la culture du riz atteint de très hauts rendements, notamment au Japon. L'Asie était caractérisée par ses rendements exceptionnels face aux champs occidentaux, avant la modernisation de ces derniers (un ratio de 1 à 6 était atteint sur le blé par exemple).

Ces succès s'expliquent par le grand développement de la rizière, en monoculture ou en association. La riziculture irriguée s’est maintenue durablement en Asie orientale aussi bien dans les pays d’économie libérale comme le Japon qu’en Chine populaire. Elle est relayée par une agriculture maraîchère et horticole dans les espaces urbains.

La géopolitique rizicole structure le continent asiatique. La riziculture est culturellement intégrative : une dynastie mongole participa ainsi à l’élaboration en Chine de grands travaux hydrauliques qui seront les supports d’une civilisation rizicole, terrienne, agraire et sédentaire. Le phénomène de progression rizicole comme front pionnier se retrouve chez différentes ethnies : les Viêts, les Thaïs, les Birmans ou encore les Japonais. Enfin, le développement de la riziculture irriguée a été étroitement lié aux fortes densités démographiques .

Les plaines asiatiques ont participé au développement d'une civilisation pluri-céréalière. Certains ont parlé de «civilisation du riz» à propos de l’Asie, mais il y a d’autres céréales comme le blé, le sorgho ou le mil, ainsi que d'autres cultures de légumes ou de fruits. C’est donc une polyculture intensive qui se développe sur le continent asiatique. La Chine était ainsi dans les années 1950 la troisième productrice de blé. C’est la combinaison de la riziculture et de la culture du blé qui caractérise l’unité agraire de l’Asie du Sud et de l’Est.

L’élevage reste lui plus marginal, à l'exception de l'Inde. En Chine, au Japon et en Corée le travail relève de l’homme et de la machine et non de l’animal. Car homme et animal se font concurrence pour la nourriture : les terres sont prises par les rizières, et non par le pâturage.

Les plaines et deltas sont les lieux privilégiés de la riziculture irriguée. Le delta du Bengale est ainsi le plus vaste du monde. La densité démographique peut y dépasser les 1000 habitants au kilomètre carré en milieu rural.

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Le moindre peuplement des montagnes

Les montagnes occupent souvent plus de la moitié du pays asiatique. Ainsi, les montagnes occupent 60 % du territoire japonais et 75 % du Vietnam. Contrairement aux plaines rizicoles, ce sont des espaces faiblement occupés avec moins de 50 et plus ou moins marginalisés. Les montagnes asiatiques ont historiquement été des refuges pour les minorités ethniques chassées des plaines.

Exemple

La densité du Laos, pays montagnard, est de 20 habitants au kilomètre carré.

En Asie, la montagne a souvent été constitué de périphéries géopolitiquement sensibles :

  • Guérillas communistes et maoïstes (Népal et Assam)
  • Refuge de minorités ethniques rebelles
  • Lieux de culture du pavot et trafic de drogue (Triangle d’or)
Remarque

La forêt en Asie du SE : difficultés statistiques et problèmes géopolitiques

La forêt est devenue un sujet sensible en Asie. L’opinion internationale est sensibilisé à la déforestation en Insulinde avec les incendies importants de 1982 et 1997. 2 millions d’hectares sont défrichés chaque année en Indonésie :

  • 15% dus à la colonisation officielle
  • 30% de défrichements spontanés
  • 30% dus à la foresterie

En Asie du Sud-Est, les Etats et organismes internationaux accusent les tribus autochtones itinérantes d’abuser de l’essartage (le défrichement de terrains).

Les montagnes asiatiques sont aussi le monde des steppes et des déserts. Dans ces zones, l'élevage extensif domine avec des ovins, des chameaux, des yaks ou des chevaux). Ces zones jouent aussi un rôle stratégique. Ainsi, le désert de Taklamakan offre aujourd’hui des ressources pétrolières et son étendue pour les équipements stratégiques chinois.

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Une géohistoire urbaine ancienne

En Asie, un réseau de villes s’est constitué précocement notamment grâce aux surplus d’une riziculture productive, sur le modèle d'une capitale politique entourée de cités marchandes. Historiquement, la cité agraire est une ville de fondation politico-religieuse. Symbole du pouvoir, la cité agraire est choisie en capitale, souvent terrienne et intérieure. Au contraire, la cité marchande est souvent littorale et portuaire. Dans cette cité se juxtaposent des quartiers très contrastés, souvent «ethniques» ou «communautaires». Les ports sont souvent situés au débouché des grandes plaines rizicoles et des deltas.

La dynamique urbaine contemporaine a donné un plus grand rôle aux villes marchandes, qui furent les pivots des pays jusqu’au développement de la révolution industrielle. La cité industrielle asiatique remonte à la fin du XIXème et était alors caractérisée par sa mono-fonctionnalité et son moindre poids démographique.

C

La diversité des peuples

Les systèmes d’écriture sont la forme la plus immédiatement visible d’une culture commune. Leur multiplicité en Asie est le symbole d'une diversité des peuples. Le Japon se présente comme un ensemble très homogène, la Chine comme un Etat multinational dominé par une civilisation et l’Inde comme un kaléidoscope de cultures.

1

Les peuples majoritaires

Le peuple Han, immense bloc quantitatif en Chine, est en fait une invention idéologique qui permet aux dirigeants chinois d’ostraciser les peuples des marges et de glorifier les bienfaits de la «sinisation». Les peuples minoritaires en Chine ne représentent que 9 % de la population, sur lesquels les Han ont une supériorité. Mullaney, anthropologue américain, résumait les rapports entre les 56 nationalités reconnues par son expression "en Chine, 55 + 1 = 1". Il entendait montrer ainsi que le peuple Han assimile les 55 autres peuples chinois.

En Inde, il s'agit d'un véritable kaléidoscope de peuples. En Inde, la naissance détermine toujours l’appartenance à un groupe héréditaire. Tout enfant est tout d’abord membre de sa caste. Les castes n'ont pas disparu des moeurs, même si elles furent abolies par la Constitution de 1950. C'est surtout dans les campagnes que leur poids reste le plus fort, alors qu'elles sont de plus en plus battues en brèche dans les zones urbanisées et modernisées.

En Asie du Sud-Est, le schéma d'une population majoritaire par pays se retrouve souvent. Chaque pays est aujourd’hui dominé par un peuple plus ou moins majoritaire. En Indonésie, ce sont les Javanais, qui représentent 50 % de la population. Les Lao constituent 50 % de la population du Laos et les Khmers, 70 % de celle du Cambodge. Le Vietnam, avec 90 % de Viets, est l’Etat le moins pluri-ethnique de l’Asie du Sud-Est.

Enfin, le Japon penche lui vers l'ethnie unique. Les mythes de "nation monoethnique" et d'"Etat-famille" ont fortement contribué à unifier la société japonaise.

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Les peuples minoritaires et l'isolement

Il existe plus de 500 ethnies en Asie. Tous les pays d’Asie comportent des peuples dits minoritaires, surtout dans le monde rural et les montagnes. 22 des 56 ethnies en Chine ont ainsi une population inférieure à 100 000 individus comme les Derung.

En Indonésie, on compte entre 90 et 300 groupes ethno-linguistiques sur le territoire, regroupés en régions culturelles à forte cohésion. Aux Philippines, sur les 150 îles habitées (sur les 7000 que compte le pays), on dénombre 90 groupes ethniques officiels distingués par leurs langues comme le tagalog et le b-cebuano. En Malaisie, on distingue les Malais, des groupes aborigènes (peuples premiers) comme les Sarawak qui restent majoritairement confinés à l’intérieur des terres. En Birmanie, il y a uniquement 70 % de Birmans et une vingtaine de peuples comme les Chan. Le Laos compte à lui seul 70 groupes ethniques.

Les minorités sont majoritairement actives en Asie. On compte 3 types d’organisation des minorités :

  • Les populations regroupées uniquement sur les hautes terres, dans lesquelles subsistent des sociétés non stratifiées et mobiles. Chaque groupe vit ici à l’écart des autres.
  • Les populations sur les pentes, collines, plateaux, vallées avec une altitude inférieure. Il s'agit de sociétés stratifiées avec une hiérarchie entre les communautés fondatrices et les communautés dérivées.
  • Sur les basses terres, le peuplement qui domine dans les minorités actives s'organise autour des principautés et royaumes, fédérées le plus souvent par un homme riche et puissant.

Les peuples minoritaires en Asie sont aussi marquées par des différences socioculturelles durables. Les différences de potentiel qui existent entre des communautés qui occupent de vastes régions et les citadins des grandes villes ne se réduisent pas. Les riziculteurs du Bangladesh ou les pêcheurs du Kerala restent à l’écart de la mondialisation. Les transformations rapides des aires métropolitaines n’intègre pas ces populations dans le monde moderne. Sauf au Japon, les secteurs modernes ne concernent pas l'ensemble de la nation en Asie.

Les Etats semblent plus concernés par leur volonté d’effacer les différences entre peuples, même si en Chine la "nationalité" minoritaire est désormais affichée sur la carte d'identité. L'éternelle question de l'arbitrage entre dialogue et changement se pose. Les sociétés fragiles que sont les minorités en Asie ne tiennent encore que parce qu’elles sont solidaires. On pense aujourd'hui au changement de stratégie du Dalaï-Lama, qui quémande une autonomie aux autorités chinoises après 50 ans de résistance, et à la pénétration du chemin de fer jusqu’à Lhassa.

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L'intégration des diasporas

Toute émigration n’est pas une émigration forcée, ce qui est le sens premier de diaspora. Ce terme implique un exil collectif forcé d’un groupe hors de son territoire, le maintien au loin d’une identité collective ou d’un héritage culturel et la perpétuation d’un désir de retour.

Aujourd’hui, presque toutes les communautés asiatiques possèdent des émigrants à travers le monde. À cet égard, la diversité des Chinois outre-mer est exemplaire. La "diaspora" chinoise est puissante, présente dans plus de 130 pays au monde et peuple par exemple 80% de Singapour. Forts d’une expérience migratoire ancienne fondée sur le commerce, les Chinois d’Outre-mer ont bâti de véritables empires.

Grâce à leurs réseaux peuplant les universités britanniques ou américaines, les émigrés indiens construisent eux une société transnationale tout en gardant des attaches en Inde.Le réseau Pravasi Bharatiya Divas créé en 2003 par le ministère des Affaires étrangères regroupe 20 millions d’Indiens vivant à l’étranger. La diaspora indienne est représentée en Inde par le ministère des Non-Résidents. Un exemple de succès de l'intégration de la diaspora indienne se trouve dans les relations indo-américaines : la diaspora indienne a poussé pour la création de l’India US Business Council et possède un lobby pro-indien au Congrès des Etats-Unis

D

Une civilisation composite

1

Un berceau de civilisations

Un attachement sélectif à la nature

À la différence de l’Occident, la pensée asiatique ne postule pas de discontinuité entre l’homme et la nature. Elle insiste sur l’idée d’un processus infini de transformations. L’ordre humain se réaliserait en conformité à la nature. La nature n’est ni bonne ni mauvaise : elle peut donc être utilisée avec pragmatisme. En Chine, déforestation et défrichement ont ainsi été menés avec grande vigueur. Ainsi , la coutume des bonsai née en Chine et développée au Japon est un symbole de la maîtrise de la nature, plutôt que de l’harmonie avec celle-ci. Le maintien de bosquets sacrés en Inde, Indochine, Chine et en Corée rappelle la puissance du village-défricheur.

L’anthropologue André-Georges Haudricourt distingue ainsi deux types de sociétés dans le monde : les sociétés pastorales (Europe, Asie Centrale) dont l'action directe positive s'exerce sur le troupeau et où le rapport de domination avec la nature n'empêche pas la protection; les sociétés agricoles en Asie Centrale où l'action indirecte négative et collectionneuse s'exerce mais en petite unité et dans un cadre très domestique.

Une tradition scientifique harmonique

La peinture chinoise paysagère traditionnelle (shansui) rechigne à définir un point de référence fixe et général, et se passe de la perspective. Dans la tradition indienne ou chinoise, le sujet et l’objet ne sont pas détachés même s’ils se différencient. En Chine, le pragmatisme devance la théorisation scientifique. L’abstraction n’était pas prédominante, devant la logique associative, le concret, l’inductif ou le rite. La science traditionnelle stagnera en Asie et se fera bousculer par la révolution scientifique venue d’Occident.

Une philosophie de l’immanence

Les religions asiatiques (hindouisme, jaïnisme, bouddhisme, taoïsme) relève plus du type mystique que prophétique. Le confucianisme s’attache lui à l’organisation morale et sociale des hommes et ne se préoccupe pas de l’éternité. La religion en Asie part d'abord de l’être humain. Le divin est immanent alors que le monde harmonieux oscille entre équilibre et déséquilibre.

Les religions en Asie

L’hindouisme remonte au moins au XVème siècle avant JC alors que le jaïnisme, le bouddhisme et le confucianisme sont nés autour du VIème siècle avant JC. Ni l’hindouisme, ni le confucianisme, ni le taoïsme ne se sont diffusés en dehors de leur monde respectif, ni à fortiori les religions encore plus locales comme le shintô au Japon ou le jaïnisme en Inde. Seul le bouddhisme s’est étendu, mais uniquement en Asie orientale. Ainsi, en majorité, les religions se sont diffusées sur un mode "régional".

Il n'y a pourtant pas eu d’exclusivisme spirituel ou national en Asie. Les religions asiatiques s’accompagnent d’un prosélytisme moins belliqueux et d’une tolérance plus grande. Les religions asiatiques ne rechignent pas au syncrétisme, comme le montre l'exemple du sikhisme né au début du XVIème dans le Penjab, et qui mélange les tendances musulmanes et hindouistes. La coexistence avec d’autres religions est possible. L'Islam est présent depuis le XIème en Inde, a gagné la Chine au XIIIème alors que le christianisme à partir du XVIème touche les Philippines et le Timor oriental.

La tolérance spirituelle
Les philosophies asiatiques privilégient un pragmatisme attaché à l’harmonie et à l’efficacité du fonctionnement, d'où une tolérance spirituelle certaine. Le Traité de Sun Tzu sur L’Art de la guerre rédigé au VIème avant JC ne cherche pas l’anéantissement de l’adversaire, mais son cantonnement.

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Modèle sinisé, modèles du Sud-Est asiatique et modèle indien

Langues et alphabets foisonnent en Asie. Sur les 3000 langues dans le monde, l’Asie en totalise 1000. La Constitution indienne de 1999 établit 18 langues officielles. L’Asie connait deux grands systèmes d’écriture :

  • Alphabétique (monde indien, insulindien, tibétain)
  • Idéophonographique (monde sinisé).

L'apprentissage des langues asiatiques est souvent difficile pour les Occidentaux. Il faut connaître environ 2000 idéophonogrammes pour lire un journal japonais. L’idéophonographie a été confrontée à la modernisation. Si son abandon a été évoqué (comme au Japon à partir de Meiji), elle est toujours là, avec une version simpliifée.

L'Asie a aussi bénéficié de 3000 ans d’inventions chinoises. C'est en Chine que sont nées des découvertes fondamentales en astronomie, médecine, physique, mathématiques, musique ou en technologie industrielle. Entre le Ier et le XIIIème, le niveau de savoir scientifique du monde sinisé est largement supérieur à celui de l’Occident avec de multiples avancées :

  • Socle de charrue en fer
  • Boussole
  • Brouette
  • Papier-monnaie
  • Horlogerie
  • Les fusées
  • Le papier
  • L’imprimerie
  • L'invention du zéro en Inde ou en Chine

Ainsi, le papier est connu en Chine depuis le Ier siècle avant JC, et mettra 7 siècles à parvenir à l’Ouest.

L'Asie a enfin bénéficié de la mise en place d'un empire des rites et des mérites. Un système de rites très sophistiqué a facilité les rencontres entre ordres sociaux ou culturels opposés en Asie. L’hindouisme offre par exemple une conception ritualiste de l’homme. Bien que caractérisée par la hiérarchie, la civilisation sinisée eut elle un trait égalitaire qui la distingue de son homologue européenne : si la monarchie était héréditaire, la techno-bureaucratie des lettrés et des cadres administratifs recourait aux concours, favorisant ainsi la mobilité sociale.

II

La griffe des colonisations

1405-1433 : Expéditions de Zheng He (grand amiral musulman chinois) dans l’océan indien
1498 : Vasco de Gama à Goa
1511 : Portugais à Malacca
1571 : les Espagnols fondent Manille
1616 : les Néerlandais fondent Batavia
1819 : East Indian Commpany à Singapour
1842 : Traité de Nankin
1853 : Réouverture du Japon
1877 : Empire des Indes
1895 : Taiwan devient colonie du Japon
1910 : Corée, colonie du Japon
1911 : République chinoise
1945 : Défaite militaire du Japon
1947 : Indépendance de l’Inde et création du Pakistan
1949 : Instauration de la République populaire de Chine

A

L'Asie maritime avant l'Europe

1

La mer n'est pas au centre

On distingue 3 "mers-mondes" en Asie :

  • L’océan Indien
  • L’Insulinde
  • Les mers de Chine.

Les liens commerciaux à l’intérieur de ces mers sont, jusqu’à l’arrivée des Européens, plus importants que ceux les reliant à l’extérieur. Les blocages sur les Routes de la soie et du jade au Nord entraînaient des reports de trafic vers les routes maritimes.

Textiles, épices et coquillages

L’existence de la Route de la soie est attestée dès le IIème siècle avant JC. Du Moyen-Âge à l’époque moderne, les Chinois exportent de la soie, des céramiques, du papier, du cuivre, de l’ivoire et des épices. L’Inde exporte des cotonnades (les "indiennes"), des cauris (coquillages servant de monnaie) ainsi que des épices. Ces différents biens sont produits par un artisanat qui soutient la vie économique des villes et sert de base à une proto-industrie. La moitié des métaux précieux repart vers l’Asie.

Ni bourgeois, ni esclaves

Marchands et artisans asiatiques n’exercent un pouvoir que sur les cités-Etats portuaires comme les sultanats ou les villes chinoises le long du détroit de Malacca. C’est la dissociation des cités marchandes avec les capitales politiques terriennes qui aurait freiné la structuration de ces pays en Etats-nations. Les monarques préfèrent en effet rechercher des alliances avec les Européens. L’empire chinois pratique lui le tribut avec ses voisins avec un système de reconnaissance diplomatique mutuelle qui s’accompagne d’un échange économique globalement égalitaire.

L’esclavage n’entre lui pas dans le circuit économique et culturel de l’Asie, il n’existe qu’au niveau de la domesticité à faible échelle.

2

La tentation maritime asiatique

La "flotte aux trésors" chinoise

Du XIIIème au XVIème, un commerce maritime asiatique "international" prend un véritable essor sur les "méditerranées" asiatiques. La Chine prend une place importance. Sa flotte, surnommée "flotte aux trésors", est considérable, et équipée de techniques de navigation avancées comme le compas ou le gouvernail d’étambot.

Le retrait brutal de la Chine

La Chine décide un arrêt de ses expéditions maritimes en 1433. Les causes de ce repli continental brutal sont multiples :

  • Des rivalités internes : le confucianisme terrien s’oppose à l’aventure outre-mer et la bureaucratie s’oppose à l’essor d’une bourgeoisie marchande.
  • Des surcoûts économiques
  • La crainte de l’extérieur (piraterie).

En quelques années, les Chinois renoncent à l’Asie du Sud-Est, l’Inde et à l’Afrique orientale, perdant aussi leur avance technologique sur l’Occident.

L’indépendance japonaise moderne

La relève du commerce asiatique oriental est assuré par les Ryûkyu puis par le Japon, qui installe des comptoirs en Asie du Sud-Est. On voit des "cités japonaises" apparaître aux Philippines et en Thaïlande. Cependant entre 1643 et 1853, le Japon des Tokugawa se referme, en réaction à la menace de la colonisation européenne, ce qu’il peut se permettre étant devenu le principal producteur et utilisateur d’armes à feu dans le monde.

B

La colonisation européenne (XVIème - XXème siècle)

1

Les spécificités de la colonisation en Asie

Précocité mais progression discontinue et hétérogène

La colonisation européenne en Asie fut précoce mais progressa de manière discontinue et hétérogène. Les Portugais s’installent à Goa dès 1498, mais l’implantation coloniale est lente et peu intense. Elle ne s’étend qu’après 1875 pour s’achever en 1950. L’Europe vient en Orient quérir d’abord des produits rares et chers comme les épices des Moluques, les soieries et porcelaine de Chine ou le santal du Timor. Mais l’énormité des distances, des coûts et des risques atténue logiquement le degré des investissements.

Une domination maritime, mais de faible ampleur

Contrairement à l’Amérique ou l’Afrique, la supériorité militaro-navale de l’Europe est très relative en Asie au début. Avant le XIXème, les Européens concentrent leurs fores sur les places les plus stratégiques et les plus faciles à contrôler. Ils prennent ainsi le contrôle de :

  • Différentes bases d'opérations : Goa par les Portugais), Singapour par les Britanniques dès 1819.
  • Comptoirs commerciaux comme Malacca ou Nagasaki
  • D'Îles avec Ceylan ou les Moluques

La domination européenne ne devient continentale qu’avec la conquête de toute l’Inde par les Britanniques à la fin du XVIIIème siècle.

Une domination surtout commerciale

Le statut des territoires dominés est très diversifié, contrairement à l’Afrique. Les protectorats sont plus nombreux que les vraies colonies et la domination est inégale : alors que l'Inde et l'Asie du Sud-Est sont totalement colonisées, l'Asie du Nord-Est résiste et ne se voit imposer qu'un impérialisme informel avec pour seules acquisitions européennes Macao et Hong-Kong (1842-1997). La domination impériale passe surtout par des sociétés commerciales :

  • East Indian Company (1600-1858) pour le Royaume-Uni
  • Verenigde Oostindische Compagnie pour les Pays-Bas
  • Compagnie des Indes orientales (1664-1769) pour la France

Les textiles indiens, très demandés (indiennes, calicot, satin), sont accaparés par les Britanniques et les Néerlandais. Ce commerce stimule en amont la production agricole (coton, indigo) et artisanale (teinture, tissage). Mais l’industrie textile indienne meurt lorsque le Royaume-Uni importe le coton américain pour faire ses propres cotonnades à la fin du XVIIIème.

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Première vague : la conquête des Indes

La dichotomie sinisée entre civilisation et barbarie se confronte à la dichotomie occidentale entre guerre et paix, qui s'est développée depuis les Croisades jusqu’au traité de Westphalie (1648) instaurant le premier droit international.

Les Portugais au XVIème siècle

L'arrivée des Portugais en Inde se fait avec Vasco de Gama. Ceux-ci font preuve d'une attitude impitoyable envers les indigènes : là où les Chinois, qui visaient également une expansion en Inde, usaient de diplomatie et, au pire, s’attaquaient aux seuls souverains, les Européens adoptent une politique de terreur et massacrent les populations pour les mettre en esclavage.

Les Ibériques puis les Néerlandais au XVIIème siècle

La réunion des couronnes d’Espagne et du Portugal du début du VIIème donne l’avantage aux Ibériques. Les marchands et marins néerlandais prennent ensuite le dessus après des batailles en Inde et Insulinde. Ces colonisations privilégient un réseau de comptoirs et de forteresses. Les Pays-Bas cherchent à dépasser ce système à Java, en pratiquant une colonisation de défrichement.

Les Britanniques aux XVIIIème et XIXème siècles

Trois empires européens du XVIIIème se rapprochent de la Chine : le Royaume-Uni, la France et la Russie. Les Russes ont obtenu le droit de commercer avec la Chine dès 1616, et s’assurent l’hégémonie commerciale en Asie orientale dès 1750. Mais ils sont ensuite écartés par les Européens. Les Britanniques expulsent les Français d’Inde avec le Traité de Paris en 1763, ne conservant que ses cinq comptoirs de Pondichéry, Kârikâl, Mahé, Yanaon et Chandernagor. Le Royaume-Uni contrôle l’Inde avec son Honorable Company.

3

La deuxième vague : la ronde des impéralismes

Du comptoir à la plantation

Entre le milieu du XVIIIème et le milieu du XIXème, le commerce européen se diversifie. Il table désormais sur la quantité et non seulement la rareté. Les métropoles européennes émettent une demande croissante pour le sucre, le café, le tabac et le thé et non les épices. Cette réorientation provoque une colonisation plus en profondeur : c’est le début de l’économie de plantation sur de grandes surfaces avec les caféiers à Luzon, la canne à sucre à Java ou le thé en Inde. Cependant, l’implantation européenne demeure globalement faible.

Le triomphe des impérialismes économiques et militaires

Le commerce européen, jusque-là déficitaire, parvient à financer ses achats. Les Britanniques vendent à la Chine du riz siamois ou de l’opium du Bengale. Les impérialisme occidentaux sont tirés dès 1850 par de nouveaux besoins en matières premières, essentiellement industrielles (étain, oléagineux, pétrole). Des investissements considérables à long terme sont effectués pour mettre en valeur de vastes étendues. De nouveaux moyens permettant contrôle et exploitation apparaissent comme :

  • Le steamer.
  • Le canal de Suez en 1869 qui permet l’aller-retour en moins d’un trimestre. - Le télégraphe

Pax britannica

L’époque est favorable aux Britanniques qui convertissent leur double triomphe métropolitain (victoire sur Napoléon et construction de la première société industrielle) en une position hégémonique durable en Asie. En1877, la Reine Victoria est proclamée impératrice des Indes. Les Britanniques assurent leur présence des deux côtés du détroit de Malacca avec Penang et Singapour. La conquête de la Birmanie par le Royaume-Uni en 1885 et la mainmise sur les sultanats malais permettent la jonction des deux océans.

L’arme de l’opium

Au début du XIXème, le Royaume-Uni se lance dans la production massive d’opium fabriqué à partir du pavot cultivé au Bengale en Inde, pour financer l’administration des nouveaux territoires et se doter d’une arme nouvelle pour conquérir la Chine. La première guerre de l’opium a lieu entre 1839 et 1842 lors de la tentative du gouvernement chinois d’en interdire le commerce et se conclue par la cession de Hong-Kong au Royaume-Uni et l’ouverture de 5, puis 11 ports aux marchands étrangers.

Le report du commerce de Canton vers Shanghai ruine les provinces méridionales de la Chine. La consommation d’opium se généralise et touche 10 % de la population chinoise en 1910.

Remarque

La Chine est rongée par l’opium entre 1810 et 1949

La consommation de l’opium en Chine était auparavant marginale, la culture du pavot et sa consommation étant interdite dès le XVIIIème. Le Royaume-Uni décide d’en cultiver pour dégager du profit et annihiler le peuple chinois.

Shanghai est alors la plaque tournante du trafic. Plus de 6 millions de tonnes sont exportées en Chine en 1873. Les Qing relancent leur politique d’interdiction, mais la culture du pavot s’est développée en Chine. En 1920, il y a environ 20 millions d’opiomanes en Chine, le commerce de l'opium générant alors des sommes colossales. L’opposition des communistes chinois sur ce trafic a participé à leur victoire en 1949.

L’opium est aujourd’hui considéré par les Chinois comme un symbole d’humiliation de leur pays. L’actuel «Triangle d’or» entre la Birmanie, le Laos et la Thaïlande résulte de cette histoire.

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Le partage impérial du XIXème siècle

La nouvelle donne

La primauté britannique est relativement amoindrie durant la seconde moitié du XIXème siècle, sans jamais être vraiment remise en cause, par l’irruption de nouveaux intervenants. Les Français conquièrent l’Indochine (1858-1893), les Américains conquièrent Hawaï en 1894 puis s’emparent des Philippines (1898) aux dépens des Espagnols, prétendant secourir les nationalistes indigènes.

Deux exceptions : le Siam et le Japon

À la veille de la première guerre mondiale, toute l’Asie du Sud-Est est sous administration occidentale sauf le Siam, même s’il a dû céder de son territoire à la France et au Royaume-Uni. Le Japon s’affirme comme une puissance régionale par sa victoire sur la Chine en 1895 et la conclusion en 1902 d’une alliance avec l’Etat britannique

Siam et Japon échappent à la colonisation européenne et élaborent un Etat moderniste et nationaliste, combinant tradition locale et techniques importées d’Occident. Ce nationalisme reste modéré. Au Siam (qui devient la Thaïlande en 1939), le nationalisme n’empêche pas l’intégration des immigrés chinois. Au Japon, avant 1945, le discours officiel met l’accent sur une dimension asiatique commune avec les peuples voisins.

L’Asie du Nord-Est rognée

L’Asie du Nord-Est échappe à la colonisation totale, du moins européenne.
La Chine, certes partagée en «zones d’influence» commerciales et privée de ses Etats vassaux, demeure trop vaste et trop peuplée pour être contrôlée.
Le Japon, avec Meiji, se sent capable dès 1880 de revenir sur les "traités inégaux" qu’il avait dû signer avec les Occidentaux à la fin du shôgunat. En 1905, la victoire du Japon sur la Russie est vue comme la première victoire militaire d’un peuple non blanc sur un peuple blanc

Asia nostra, l’empire asiatique du Japon

L’Etat japonais parachève son succès en commençant à son tour à coloniser des pays :

  • Taiwan en 1895
  • La Corée et la Micronésie en 1918

Cet empire japonais repose sur une ambiguïté : prétendant libérer les peuples asiatiques du joug européen, il les soumet au sien ; prônant l’identité asiatique, il mène une politique d’assimilation. L’Etat militaro-impérial japonais gagne une certaine puissance grâce au prestige de ses victoires sur l’Occident en 1905 et 1941-1942. Dans les années 1940, l’empire japonais couvre 35 millions de kilomètres carrés composé aux deux tiers de mers et compte 400 millions de personnes.

Les bombardements américains des 6 et 9 août 1945 achèvent cette "guerre de Quinze Ans" (1931-1945)

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La décolonisation

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La réaction nationaliste

Le germe nationaliste

La colonisation plurielle de l’Asie comporte en elle les germes de sa destruction en instillant la question nationale moderne. Par sa propre identité nationale, le colonisateur introduit le principe de nationalité en Asie. En bouclant un territoire, il donne une cohérence spatiale à la société, favorisant le sentiment national.

La cristallisation nationaliste

En Chine, la lecture de planisphères et la signature des traités frontaliers avec la Russie entraînent la conscience que l’Empire a bien des voisins et que sa civilisation n’est pas unique. En Asie, les Etats-nations rencontrent par ailleurs des difficultés à se former en raison de la forte superposition spatio-temporelle des anciens royaumes. En Inde, l’anglicisation des élites les pousse à relire l’histoire de leur pays sous l’angle des dénominateurs communs.

Le nationalisme comme modernisation

La revendication nationaliste se structure autour de la demande de retrait des puissances coloniales, européennes ou japonaises, mais aussi de la modernisation de la société. Les peuples asiatiques veulent s'émanciper. Ce processus d’émancipation est très lié à l’émergence de classes sociales occidentalisées issues de l’aristocratie locale ou de l’administration coloniale, d’une bourgeoisie d’affaires ayant profité de l’industrialisation, ou de lettrés conscientisés.

La structuration des partis nationalistes

Partout en Asie naissent des partis locaux qui sont en faveur de l’indépendance nationale. En1885, c'est la fondation du Congrès national indien qui rassemble hindous et musulmans jusqu’en 1906. D’autres partis nationaux se fondent sur la religion comme la Ligue musulmane fondée en 1906 en Inde et l’Association des jeunes bouddhistes en Birmanie.

Les partis nationalistes apparaissent plus tard en Asie du Nord-Est :

  • En 1912, le Guomindang en Chine est créé.
  • En Corée, la proclamation d’indépendance est signée par un groupe d’intellectuels en mars 1919
  • Au Japon, le nationalisme se développe à travers les élites depuis 1868

La crise des années 1920-1930 qui ruine les économies asiatiques, exportatrices de matières premières, va contribuer fortement à la diffusion populaire de ces idées nationalistes.

L’attraction socialiste

Le socialisme attire en Asie par sa modernité, son internationalisme, sa volonté de lutter contre la misère et l’impérialisme, et car il incarne l’antithèse de la colonisation européenne. Le nationalisme asiatique est influencé par l’idéal socialiste : les thématiques socialistes alimentent la révolution chinoise de 1911. La Chine est ainsi au premier plan de l'arrivée du socialisme en Asie. L'interpénétration entre nationalisme et communisme est visible lors de leur alliance dans les années 1920 en Chine dans le "Premier Front uni" face aux forces conservatrices.

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La conquête de l'indépendance

L’exception indienne

Les Etats nationaux se créent à l’issu de la Seconde Guerre Mondiale. Ce processus se fait dans le cadre territorial hérité des empires, sauf pour l’Inde où la Ligue musulmane revendique dès 1930 la division en deux Etats. Ainsi le 15 août 1947, la déclaration d’indépendance de l’Inde organise une partition entre l'Inde (laïc) et le Pakistan (musulman), provoquant ainsi l’exode de 15 millions de personnes. L’attribution du Cachemire en septembre 1947 provoque le premier conflit entre Inde et Pakistan. En 1971, le Pakistan oriental devient indépendant sous le nom de Bangladesh.

L’Asie du Sud-Est avant l’ASEAN

Les mouvements communistes, après les indépendances, s’affirment comme une alternative convaincante face à la volonté de retour des Européens. Les indépendances s'enchaînent avec en 1943 la Birmanie, puis en 1949 l'Indonésie, en 1946 les Philippines, en 1958 la Malaisie, en 1965 Singapour et enfin en 1983 Brunei.

La victoire des communistes en Chine

Dès la capitulation japonaise à l'issue de la seconde guerre mondiale, les forces nationalistes en Chine (menées par Tchang Kai-shek) et les forces communistes (menées par Mao Zedong) se lancent dans la course au pouvoir. En 1949, la victoire des communistes est acquise pour de multiples raisons :

  • Leur patriotisme est plus crédible pour l'opinion publique
  • Leur expérience militaire est meilleure
  • Le régime du Guomindang est incapable de juguler l’inflation ou de mener une réforme agraire
  • L'opinion publique préfère l'autoritarisme des communistes à la dictature de Tchang

Le triomphe de Mao Zedong

Mao Zedong sort grand vainqueur et conforte son autorité à la tête du parti (acquise en 1935), sa stratégie de privilégier une Chine rurale, et son idéologie de marxisme paysan et nationaliste. Tchang Kai-shek et les débris de son régime se réfugient à Taïwan en 1949, où ils ne sont pas accueillis en libérateurs, ayant écrasé une révolte populaire après le départ des Japonais en mars 1947 qui avait fait 20 000 morts. Chiang Kaï-chek reste à la tête de la "République de Chine" à Taïwan jusqu'à sa mort en 1975

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