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Chapitre 21 :
Guerre froide et guerres chaudes en Asie

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Guerre froide et guerres chaudes en Asie
Introduction

Après la deuxième guerre mondiale, le colonialisme des Européens s’efface devant l’interventionnisme de l’État américain qui préfère les dominations économiques, culturelles ou militaires à la domination politique directe.

La décolonisation en Asie est parasitée par la guerre froide et le schisme entre Chine et Union soviétique dès les années 1960. La géopolitique actuelle hérite de ces tensions.

Chronologie

  • 1898 : Les États-Unis occupent les Philippines
  • 1933 : La Condition humaine de Malraux, prix Goncourt
  • 7 décembre 1941 : Raid militaire japonais sur Pearl Harbor (à Hawaï)
  • 6 et 9 août 1945 : Hiroshima et Nagasaki
  • Février 1946 : Doctrine américaine du containment (ou «endiguement» du communisme)
  • 1947 : Partition de l’Inde et du Pakistan
  • 1er octobre 1949 : Proclamation de la République populaire de Chine (RPC)
  • 8 septembre 1951 : Traité de San Francisco
  • 27 juillet 1953 : Armistice de Panmunjon
  • 1954 : élaboration de la doctrine états-unienne des «dominos» (le basculement d’un pays dans le communisme entraîne celui de son voisin)
  • 1960 : Schisme sino-soviétique
  • 1962 : Guerre sino-indienne
  • 1967 : ASEAN
  • 1971 : Début du rapprochement sino-américain
  • Janvier 1973 : Accords de Paris, fin de la guerre du Vietnam (1964-1973)
  • 1979 : le Vietnam renverse le régime des Khmers rouges
  • 1980 : début de l’ouverture chinoise
  • 1989 : décomposition du bloc soviétique
  • 2001 : Entrée de la RPC à l’OMC
  • 2001 : La joueuse de go de Shan Sa, prix Goncourt des lycéens
I

La géopolitique locale surdéterminée par l'antagonisme

A

L'installation des États-Unis

1

Les États-Unis ré-ouvrent le Japon

Après avoir longtemps refusé toute aventure coloniale, les États-Unis, avec l’expédition du Commodore Perry (1853) provoque la réouverture du Japon et le Traité de Kanagawa (1854), sous la pression du lobby baleinier des États-Unis.

Le Traité de Harris (1858) sert de modèles aux 4 autres traités passés avec la Russie, les Pays-Bas, le Royaume-Unis et la France. Il s'agit des traités inégaux dits d’Ansei (1858) que le régime japonais ne réussira à supprimer qu’en 1911.

2

L’opportunité philippine

À l’issue de la guerre hispano-américaine, les États-Unis récupèrent en 1898 les Philippines. Ils se lancent dans une guerre coloniale jusqu’en 1902.

Au début du XX ème, il n’est pas encore question de doter ces possessions américaines en Asie de puissantes bases navales et aériennes

3

Le États-Unis face à la Chine et au Japon

Au cours de la première moitié du XXème, les États-Unis accordent plus d’importance à la Chine qu’au Japon en raison entre autres des grandes perspectives du marché chinois, de la volonté de rivaliser avec les puissances coloniales européennes et de la perception du Japon comme un adversaire redoutable (victoires en 1895 et 1905, annexion de la Corée, de la Micronésie)

Mais dès la fin du XX ème, le Japon supplante la Chine dans les produits échangés avec les États-Unis (soie, thé). Le Japon devient premier partenaire commercial des États-Unis en Asie- Pacifique, jusqu’en 2007, où il est supplanté par la Chine.

4

La «guerre du Pacifique» (1941-1945) s’insère dans la «guerre de Quinze an» (1931-1945)

La vision d’une «guerre du Pacifique» est très américano-centrée. Il faut faire remonter le conflit à 1931, date de l’intervention délibérée de l’armée japonaise en Mandchourie.

Pour le Japon, à l’option de vaincre la Russie (pacte anti-Komintern avec l’Allemagne nazie le 35 novembre 1936) succède celle de la neutralisation (pacte de neutralité nippo-soviétique le 13 avril 1941)

  • 23 août 1939 : Pacte germano-soviétique
  • 22 juin 1941 : Entrée en guerre de l’Allemagne en Union soviétique
  • Fin juillet 1941, les troupes japonaises s’avancent au sud de l’Indochine et le Japon s’allie avec la Thaïlande.
  • Août 1941 : Double embargo sur l’essence et la ferraille américaines par les États-Unis sur le Japon, soutenus par le Commonwealth et les Indes néerlandaises. Mais ça ne fait qu’encourager l’expansionnisme en Asie du Sud-Est pour ses matières premières. D’où aussi l’attaque japonaise de Pearl Harbor.
B

La présence russe puis soviétique

1

La Sibérie, du nord vers le sud

La Russie s’étend en Asie à partir du milieu du XVIIème. Profitant de la faiblesse de la Chine, elle s’empare de vastes territoires qui vont jusqu’à la mer du Japon avec par exemple le traité de Pékin en 1860.

Elle peuple ces territoires et fonde par exemple la ville de Vladivostok en 1860. C'est dans cette perspective que la construction du Transsibérien est décidée en 1891 puis celle du Transmandchourien en 1896.

2

Le voisin japonais

Les intérêts russes et japonais s’affrontent en Corée et en Mandchourie. La guerre de 1904-1905, qui se conclue avec le Traité de Portsmouth par la victoire du Japon et la recherche d’un compromis (le Japon obtient l’île de Sakhaline).

Les relations se refroidissent avec le pacte anti-Komintern signé par le Japon et l’invasion de la Chine du Nord par le Japon en 1937. Mais, elles s’améliorent avec le pacte de neutralité nippo-soviétique de 1941.

L'URSS envahit ensuite la Mandchourie et des Kouriles (possessions japonaises) en août 1945, alors même que le Japon capitule le 15 août 1945 suite aux bombardements.

Si les relations diplomatiques ont été rétablies en 1956, il n’y a toujours pas de traité de paix entre Japon et Russie. Problème aussi de l’occupation russe des Kouriles.

C

La «guerre chaude» d'abord au Nord-Est

1

Le face-à-face américano-soviétique en Asie du Nord-Est

L’URSS occupe la Mandchourie dès août 1945, où elle démonte les usines et récupère le matériel qu’elle envoie en Russie. C'est le lieu d’éclatement de la guerre civile chinoise en mai 1946 (URSS soutient les communistes)

En Septembre 1945, on assiste à l'entrée des États-Unis et de l’URSS en Corée :
- Au Nord : Kim Il-sung proclame la République populaire de Corée en février 1948
- Au Sud : Syngman Rhee proclame la République de Corée en août 1948

Le retrait des troupes américaines et soviétiques se fait en 1948. Il est encouragées par les succès communistes (essai de bombe atomique en août 1949, victoire sur la Chine en octobre 1949) et la Corée du Nord envahit le Sud le 25 juin 1950. L’armistice du 27 juillet 1953 signé à Panmunjon rétablit le statu quo ante. La guerre a fait entre un et deux millions de mots civils.

2

L’intégration du Japon dans le giron américano-occidental

Le Japon devient le point d’appui stratégique des États-Unis en Asie orientale. Ils épargnent l’empereur et remilitarisent le pays.

Le 3 mai 1947, la nouvelle Constitution consacre dans son article 9 la démilitarisation du Japon : «Le peuple japonais renonce pour toujours à la guerre en tant que droit souverain de l’État.»

Le Traité de San Francisco de 1951 est le traité de paix des États-Unis avec le Japon, il rétablit la souveraineté japonaise. Il reconnaît le doit du Japon à l’autodéfense (Forces d’autodéfense, ou FAD). En 1951, le traité de sécurité nippo-américain est suivi d’accords de défense en 1999 et février 2005.

3

L’organisation américaine de la région

Le territoire japonais est ramené à ce qu’il était en 1868. Les États-Unis signent des traités pour apaiser les craintes causées par la renaissance potentielle du militarisme nippon, comme :

  • Traité tripartite de sécurité avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande (ANZUS) en septembre 1951
  • Traité de défense mutuelle avec la Corée en octobre 1953
  • Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE) en septembre 1954, mais pas doté d’un commandement intégré
  • Traité de défense mutuelle avec Taiwan en décembre 1954
Exemple

** La «défascisation» du Japon tourne court**

Du 10 octobre 1945 au 23 décembre 1948, les Procès de Tokyo ont pour objet de juger la responsabilité des cadres du régime tennô-militariste au Japon au pouvoir avant 1945.

Ils mènent à l'exécution de 7 criminels de guerre dont l’ancien Premier ministre, mais une vingtaine d’inculpés son libérés dès le lendemain, parmi lesquels certains comme Kodama Yoshio entretiennent des relations avec la mafia yakuza et jouent ensuite un rôle important dans la vie politique japonaise.

En Octobre 1950 : Annulation de la purge au Japon concernant 10 000 personnes

D

La «guerre chaude» ensuite au Sud-Est

1

De la guerre d’Indochine (1946-1954) à la guerre du Vietnam (1964-1973)

En août 1945, Ho Chi Minh, chef des forces communistes du Vietminh, proclame l’indépendance de la République démocratique du Vietnam. Le 21 juillet 1954, la conférence de Genève met fin à la guerre d’Indochine après la défaite de Dien Bien Phu.

Ensuite, en Janvier 1973, les accords de Paris mettent fin à la guerre du Vietnam et préparent la voie à la réunification sous l’égide de la République démocratique du Vietnam, réalisée en avril 1975. Elle prend ensuite le nom de République socialiste du Vietnam (RSV) en 1976.

La guerre a provoqué 3 millions de morts vietnamiens, et moins de 60 000 morts américains. L'exode est ensuite de 1,3 millions de personnes entre 1975 et 1989, dont 700 000 dans des conditions dramatiques (boat people).

2

Une déstabilisation régionale (1970-1992)

Le conflit vietnamien déstabilise les pays voisins :

  • Laos : prise du pouvoir par les communistes en décembre 1975

  • Cambodge : mise en place de la dictature pro-américaine du général Lon Nol (1970-1975) qui fait 600 000 morts. Puis les Khmers rouges prennent le pouvoir et mettent en place un régime de terreur entre 1975 et 1979. Ils tuent 1,7 millions de personnes, soit 20 % de la population. En 1979, les Khmers rouges sont renversés par la République Socialiste du Vietnam mais conservent la représentation cambodgienne à l’ONU jusqu’en 1991 (soutenus par la Chine). Le procès pour les massacres ne s’ouvrira qu’en 2009 et reprendra en novembre 2011.

  • Thaïlande : elle s’ancre dans le camp américain. Régime qui évolue vers une démocratie parlementaire dès 1992

3

L’Union soviétique en retrait

Le schisme avec la Chine de 1960 fait éclater le bloc communiste et limite les possibilités de l’URSS en Asie. Le rapprochement de l’Inde et de l’URSS est confirmé en 1971, ce qui entraîne la Chine et la Pakistan l’un vers l’autre.

Au début des années 1970, la RPC et les États-Unis renouent. Un réchauffement renforcé par la normalisation sino-japonaise de 1978. On voit l'apparition d’une ligne Washington-Pékin-Tokyo.

4

Les États-Unis toujours présents

Le massacre des communistes en Indonésie (1 million de morts en 1965) et le remplacement de Sukarno par Suharto (1965-1998) font basculer l’Insulinde du camp neutraliste, favorable à l’URSS, vers le bloc occidental

Les États-Unis assurent la maîtrise des mers avec l’OTASE, le soutien de l’ANZUS, la possession des archipels micronésiens et l’alliance avec le Japon. Le rapprochement sino-américain atténue le versant anticommuniste des organisations régionales constituées par les Américains, comme l’ASEAN

La disparition de l’OTASE a ensuite lieu en 1977. Les États-Unis renoncent en 1991 à leurs bases militaires aux Philippines comme Subic Bay, sous la pression du nationalisme philippin et de l’éruption volcanique de 1991. Ils redéploient leurs forces à Singapour en 1992.

II

L'Asie polarisée

A

Les tribulations du Japon

1

Le Japon renoue avec l’Asie

Après 1945, les dirigeants japonais s’efforcent de renouer les relations avec les pays voisins :

  • Juin 1965 : Traité avec la Corée du Sud
  • Milieu des années 1960 : le Plan Miki tente d’effacer le souvenir de la «sphère de coprospérité de la Grande Asie orientale» par une nouvelle coopération économique et la création du concept de «zone Asie-Pacifique» est créé pour faire face aux Occidentaux

Après la normalisation en février 1972 des relations sino-américaines, le Japon
établit en septembre 1972 des relations avec la RPC. À partir de 1977, conformément à la doctrine Fukuda (premier ministre), le Japon tisse des liens avec les pays d’Asie du Sud-Est, communistes compris.

2

La quatrième armée du monde

En 1976, le compromis fixe à 1 % du PIB le seuil à ne pas dépasser pour le budget militaire. Mais, en 1987, le seuil est franchit. La Forces d’auto-défense (FAD) sont équivalentes à l’armée française, le nucléaire en moins.

Les FAD participent à 12 «opérations du maintien de la paix» dans des pays touchés par la guerre, dont le Mozambique en 1993 et l’Irak. Elle intervient en Asie du Sud-Est lors du tsunami de décembre 2004, et ont failli intervenir en Chine lors du séisme de Yunnan en 2008.

Cette volonté de ne plus être un géant économique et un nain politique, mais de devenir aussi un géant politique nécessite une révision de la Constitution japonaise et une révision du consensus adopté en 1968 sur les «trois non» (pas de fabrication, de possession ni d’introduction d’armes nucléaires).

Les «Nouvelles orientations de défense» publiées par l’État japonais en décembre 2010 prônent une armée plus dissuasive et ouverte à la coopération internationale, confirment le partenariat avec les États-Unis et la méfiance envers la Chine.

3

L’inquiétude des pays voisins

La Chine, Taiwan et l’ensemble de la Corée s’inquiètent de la tendance néonationaliste japonaise, incarnée par ce qu’on appelle depuis 1982 la «ligne Nakasone» :

  • Visites officielles répétées depuis 1985 au sanctuaire de Yasukuni (soldats japonais)

  • Depuis 1982, imprimatur donné à des manuels scolaires édulcorant de plus en plus l’intervention de l’armée japonaise en Asie (1931-1945)

  • Depuis 1999 : hymne japonais pro-impérial et salut du drapeau dans les écoles

  • Refus de reconnaître les «femmes de réconfort» (généralement coréennes, enrôlées de force comme prostituées dans les maisons closes accompagnant l’armée japonaise)

  • 1999 : élection (puis réélection en 2003, 2007 et 2011) d’un néonationaliste comme gouverneur de Tokyo (Shintarô).

MAIS l’arrivée au pouvoir du Parti démocrate en 2009 qui met fin aux visites à Yasukuni a calmé ces inquiétudes.

B

La Chine de retour au centre

1

Le schisme sino-soviétique

La rupture a lieu en juin 1960 (renvoi des conseillers soviétiques) pour plusieurs raisons : l’attitude des presque 14 000 conseillers soviétiques jugés paternalistes et hégémoniques, la déstalinisation, le fait que l’URSS qualifie d’aventuriste le conflit frontalier entre l’Inde et la Chine (1959-1962), le contentieux territoriale sur les frontières du Nord de la Chine ou encore la coopération atomique.

2

La chimère auto-centrée (1960-1976)

La Chine met en place la stratégie du troisième front en construisant des moyens de résistance à une éventuelle invasion et aux menaces nucléaires. Le pays se renferme et conçoit la double chimère d’un développement auto-centré et extrêmement décentralisé.

Cette stratégie de Mao commence avec le «Grand Bond en avant» (1958-1959) qui entraîne une famine faisant près de 30 millions de morts. «La Grande Révolution culturelle prolétarienne» (1966-1969) a suivi avec les destructions des vestiges du passé.

Quelques ouvertures sur le monde sont tout de même réalisées comme le Transsibérien, Canton ou Hong Kong.

3

Le tournant ou l’asphyxie (1976-1980)

Au début des années 1970, la Chine va mal. L'économie est en panne, la société est assommée, les élites sont en crise et elle a connu des humiliations militaires face aux Vietnamiens en 1979 au Cambodge.

Après la mort de Mao (1976), Deng Xiaoping expose sa politique (1979) :

  • «Quatre Modernisations» : industrie, agriculture, défense, science et
    technologie. Déjà formulées en 1965 par Zhou Enlai.

  • «Quatre Principes» : fidélité au socialisme, dictature du prolétariat, direction du
    parti communiste, fidélité à la pensée de Mao.

4

La Chine de «l’économie socialiste de marché»

Au XIVème congrès du PCC en 1992, cette stratégie est appelée «économie socialiste de marché». La contestation de 1989 ne permet pas «la cinquième modernisation», la démocratie que les opposants réclament. La répression étatique des manifestations de la place Tiananmen à Pékin en juin 1989 provoque plus de 1000 morts.

Les espaces de la politique :

  • Chine maritime

  • Chine frontalière dont au Sud Ouest le projet de développement transfrontalier de la «région du Grand Mékong» impulsé en 1992 par la BAD (banque asiatique de développement)

  • Provinces intérieures : aménagement de «la queue du dragon» (Yangzijiang), la réalisation du barrage des Trois Gorges (lancement de la production hydroélectrique en 2006), ouverture en 2006 d’une voie ferrée jusqu’à Lhassa

Exemple

Les retours de Hong Kong (1997) et de Macao (1999)

Le pouvoir chinois élabore la formule d’ «un pays, deux systèmes». À Hong-Kong, le fonctionnement politique est très peu démocratique. Il a un statut de «région administrative spéciale» prévu pour 50 ans.

Hong Kong est devenue quatrième ville de Chine avec le delta de la rivière des Perles (Canton) et les ZES (Shenzhen, Zhuhai).

C

L'Inde en quête de puissance

1

La stabilisation fragile après l’indépendance

L’Inde est née en 1947 sur une victoire (décolonisation) et un traumatisme (partition). La grève de la faim de Gandhi contre les persécutions des musulmans par les hindous après la partition est emblématique. Il est assassiné en 1948 par un nationaliste hindou.

En 1950, l'Inde adopte une Constitution laïque, démocratique et fédérale. L'arrivée au pouvoir du Parti du Congrès (Nehru) marque un tournant vers un capitalisme d’État, l'interventionnisme, la prééminence de l'industrialisation lourde et des réformes agraires. Par ailleurs, sa politique de non-alignement, lui vaut des aides financières et techniques venant des 2 blocs.

2

Les brèches frontalières de la partition

Le conflit entre Inde et Pakistan pour le Cachemire (à majorité musulmane, mais dont le souverain a demandé le rattachement à l’Inde) dure toujours.

L'Inde connait également des conflits frontaliers avec la Chine. Le traité de 1954 instaure une coexistence pacifique, mais qui ne se réalise pas dans les faits. Le traité d’avril 2005 entre l’Inde et la Chine établit ensuite les principes pour régler pacifiquement les litiges, mais est sans suite.

3

La logique des contrepoids

Dès le début des années 1960, on assiste au développement des relations entre l'Inde et l'URSS. En 1971 est ainsi signé un traité d’alliance indo-soviétique au moment de la scission du Bangladesh.

Le Pakistan se rapproche alors de l’Occident : c'est le seul pays d’Asie à faire partie de l’OTASE (1954) et du CENTO, Central Treaty Organisation, (1955).

L’Inde obtient ensuite l’arme nucléaire en 1974 et le Pakistan en 1998
la politique de non-alignement et la Stratégie de contrepoids mise en place par l’Inde font en sorte que les États-Unis veulent faire au moins autant pour l'Inde que ce que fait l’URSS. Ainsi, l’aide communiste qui était d’abord largement supérieure à l’aide américaine, lui devient inférieure dès 1965.

III

Du «non-alignement» à l'émergence

A

Essor et déclin du «non-alignement» (1947-1978)

1

La fondation du «non-alignement»

Dès mars 1947, Nehru organise une conférence sur les relations asiatiques qui réunit 250 délégués de 25 pays d’Asie.

En avril 1955, la conférence «afro-asiatique» de Bandung (Indonésie) l'entrée sur la scène internationale des pays du tiers-monde. La moitié des participants sont des dirigeants d’Asie méridionale et orientale. Derrière une apparence unitaire, la conférence est partagée.

2

L’essor du «non-alignement»

La déclaration de Brioni du 19 juillet 1956, proposée par Gamal Abdel Nasser, Josip Broz Tito, Sukarno et Jawaharlal Nehru marque le début du "non-alignement"

Les pays s'engagent à :

  • Politique indépendante de coexistence pacifique
  • Soutenir les mouvements de libération nationale
  • N’appartenir à aucun pacte militaire collectif
  • Ne pas faire partie d’alliances multilatérales avec une grande puissance

En 1961, la première conférence du mouvement des non-alignés a lieu à Belgrade. Deux courants s’opposent : renforcer les liens avec l’URSS (Soekarno, Cuba) ou de conserver la neutralité (Nasser et Nehru).

En 1962, la guerre sino-indienne porte un premier coup sérieux à ce mouvement. La mort de Nehru en 1964, l’adhésion de nombreux nouveaux États africains le radicalisent ensuite.

3

La Chine dans le «non-alignement»

La Chine de Mao ne veut ni ne peut prendre la tête d’un «troisième bloc». Elle n’apporte aucune aide concrète au tiers-monde, à part des geste symboliques comme la construction du chemin de fer tanzanien en 1976.

Elle soutient les Khmers au Cambodge et les guérillas communistes asiatiques (Birmanie, Thaïlande) mais seulement si elles suivent sa ligne.

4

L’Asie dans le «non-alignement»

Le Japon, s’il n’était pas lié à l’Occident par l’alliance avec les États-Unis en 1960 et l’entrée dans l’OCDE en 1964, n’aurait pas non plus pris la tête d’un tel bloc.

Pour l’Inde, le non-alignement signifie être actif pour la paix et créer de nouvelles solidarités (traité non militaire avec l’URSS en 1971). L’Inde est ainsi très active dans la constitution de la CNUCED (1964) et contribue à la création du «groupe 77» qui y fait pression.

5

La Corée du Nord : réelle menace ou épouvantail ?

Au début des années 1990, la Corée du Nord met en place un chantage à l’armement nucléaire envers la Corée du Sud.

En 2000 s’amorce un dégel marqué notamment par la visite du dirigeant sud-coréen Kim Dae-jung à Kim Il-sung à Pyongyang (Sunshine policy). Mais en 2003, la Corée du Nord se retire du traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Le régime nord-coréen a effectué deux essais nucléaires (2006, 2009). Des incidents militaires en 2010 opposent de plus les deux Corées.

La Chine est le principal allié de la Corée du Nord. Le deuxième allié est la communauté coréenne d’obédience nordiste présente au Japon.

Les États-Unis ont annoncé en Mars 2012 que la Corée 
du Nord avait accepté la mise en place d’un moratoire sur les lancements de missiles longue distance et les activités d’enrichissement 
de l’uranium menés à son usine de Yongbyon. La Corée du Nord a également accepté le retour d’inspecteurs 
de l’Agence internationale de l’énergie atomique pour superviser le moratoire sur l’enrichissement de l’uranium à Yongbyon.

B

De l'émergence aux «valeurs asiatiques»

1

Le discours asiatiste

L’industrialisation en Asie orientale crée des liens d’interdépendance économique, qui s’accompagnent de relations économiques plus poussées, mais aussi sociales (migrations, tourisme) et culturelles

À côté de cela, on constate une cassure psychologique avec l’Occident : les États-Unis n’entretiennent plus la «communauté Pacifique» et l’Europe semble se méfier de l'Asie. D'où la réapparition du discours asiatiste dont les principaux pays initiateurs sont Singapour (Lee Kwan-Yew) et la Malaisie (Mahathir).

2

L’asiatisme vu du Sud-Est

Désormais l’asiatisme constate les faiblesses voire la décadence de l’Occident, alors même que son arrogance n’a pas disparue. Il loue les Asian values dont le respect des autres, le sens de la communauté, l’ardeur au travail, l’éducation, l’épargne, la famille... Ces valeurs sont souvent liées au confucianisme, ce qui permet d’y intégrer la Chine et le Japon mais pas l’Inde.

C

L'asiatisme en Asie du Nord-Est

1

L’asiatisme vu du Japon

Le terme d’asiatisme est né au Japon en 1892 dans une revue dénonçant la colonisation occidentale. Ce mouvement évolue ensuite parallèlement à l’expansion japonaise prétendant délivrer les peuples d’Asie (pan-asiatisme). Puis la défaite de 1945 délégitime l’asiatisme japonais.

En 1979, Singapour lance la campagne Learn from Japan. En 1990, le dirigent malais Mahathir propose un groupe économique d’Asie orientale dirigé par le Japon, qui n’est pas prêt. Depuis, plusieurs politiques japonais parlent d’un «nouvel asiatisme».

2

L’asiatisme vu de Corée

Kim Dae-jung, élu démocratiquement en 1997, s’insurge de la dimension antidémocratique de l’asiatisme. Il parle d’un «extrémisme orwellien en matière d’ingénierie sociale».

3

L’asiatisme vu de la Chine

Pour les Chinois, une Asie élargie qui intégrerait par exemple l’Inde est difficilement pensable.

En 1997, le premier sommet de l’ASEAN + 3 ’a pas d’institutions propres mais favorise le rapprochement Chine-Inde depuis 2005.

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