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Chapitre 25 :
La régionalisation par les flux et les communications

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La régionalisation par les flux et les communications
Introduction

La mondialisation, en intensifiant le trafic sur les routes maritimes asiatiques, la circulation des personnes (flux de travail, flux touristiques...) construit, parallèlement aux collaborations institutionnelles, une régionalisation de fait.

  • 1947 : Signature du GATT
  • 1973 : Tokyo Round, cycle de négociations du GATT qui s’achève en 1979
  • 1985 : Accords du Plaza, hausse du yen
  • 1997 : Éclatement de la bulle financière asiatique
  • 2001 : Adhésion de la Chine à l’OMC
  • 2002 : Le Japon devient 1 er fournisseur de la Chine
  • 2003 : Épidémie de SRAS en Asie du SE et en Chine
  • 2008 : Jeux-Olympique à Pékin
  • 2009 : Le Japon devient le 1 er client de la Chine
I

Le développement des transports et des communications : un puissant facteur d'intégration en Asie orientale et méridionale

A

L'Asie orientale se construit par la mer

1

Les progrès décisifs des transports maritimes

La spécialisation des navires a permis un gain substantiel de temps dans les opérations de chargement et de déchargement. Chaque jour, 400 navires empruntent le détroit de Malacca. Leur gigantisme procure des économies d’échelles considérables.

Les armateurs asiatiques comptent parmi les plus importants : le taïwanais Evergreen (5 ème mondial en 2010), le chinois Cosco, le coréen Hanjin...

La régularité du trafic et la productivité sont assurées par une gestion efficace des déplacements des navires (GPS...).

2

La formation de puissants complexes portuaires

En 2010, 14 ports asiatiques figurent parmi les 20 premiers mondiaux. Shanghai, premier port mondial depuis 2005, a supplanté Singapour et Rotterdam dans la hiérarchie mondiale. Une suprématie qui devrait encore se renforcer aux vues de la croissance exponentielle de leurs trafics, surtout le trafic chinois. Les ports indiens (Calcutta, Bombay) sont aussi actifs, même s’ils le sont moins.

La plupart de ces ports ont été récemment modernisés. En Chine, cette modernisation a été effectuée dans les années 1990. Singapour est typique d’un nouvel emporium (comptoir commercial établi par un pays à l’étranger) transnational. Aux fonctions habituelles (stockage, approvisionnement) améliorées par le conteneur, s’ajoutent des services en gestion, courtage, logistique, assurance, réglementation et change.

De nombreuses lignes régionales sont liées à ces équipements, suivant le schéma de hub and spokes.

3

Un corridor maritime très fréquenté

L’alignement de ces «plates-formes logistiques globales» forme un corridor de croissance et d’échanges. Qui s’organise en sous-ensembles :

  • Les ports japonais (baie de Tokyo), qui se distinguent par leur antériorité, leur puissance, la qualité de leurs aménagements et l’efficacité de leur gestion

  • Les ports du littoral méridional coréen (Uslan, Pusan, Kwangyang)

  • Les ports chinois, qui ont une croissance sans égal (Ningbo a par exemple doublé son trafic entre 2005 et 2010)

  • Taiwan avec Keelung (nord) et Kaohsiung (sud) spécialisés dans la manutention des conteneurs

  • Singapour qui s'affirme comme le pivot de l’Asie

  • Les ports indiens, qui paraissent un peu marginalisés

B

La structure de l'espace aérien en Asie orientale et méridionale

1

Le développement spectaculaire des infrastructures

Le transport aérien a connu un essor important en Asie orientale et méridionale. L’Asie orientale compte aujourd’hui plusieurs centaines d’aéroports.

Les autorités ont agrandi et rénové les anciennes infrastructures (Bangkok, Séoul) et souvent aussi construit de nouveaux aéroports (Narita à Tokyo en 1978, Baiyun à Canton en 2006). À Pékin, un nouveau terminal a été inauguré lors des Jeux-Olympiques. Une cinquantaine d’aéroports sont en construction en Chine.

Dans la plupart des pays d’Asie orientale et méridionale (pas en Chine où la Civil Aviation Administration of China a été démantelée) le transport aérien reste dominé par une compagnie nationale soutenue par l’État. C'est par exemple le cas de Air India.

Seuls deux groupes aériens asiatiques sont dans les 10 plus grands en 2010 : Cathay Pacific et Singapore Airlines.

2

L’essor des trafics

Le Japon a été supplanté : c’est désormais Pékin, qui avec 75 millions de passagers qui est le premier aéroport asiatique et le deuxième aéroport mondial derrière Atlanta.

Hong Kong, Jakarta, Bangkok, Singapour, Canton et Shanghai suivent (50 millions). D’autres plateformes sont secondaires (Taipei, Manille, Delhi)

Il faut également souligner le rôle régional important de certains hubs intercontinentaux : Singapour, Bangkok, Hong-Kong.

Le fret aérien a cru de manière spectaculaire. Les marchandises transportées par avion ont une forte valeur ajoutée. Néanmoins, l’importance des flux aériens domestiques l’emporte de loin sur les flux internationaux.

Les routes les plus empruntées lient souvent deux métropoles d’un pays (Jakarta-Sarubaya : 800 vols hebdomadaires). La route Singapour-Kuala Lumpur est par exemple à peine plus fréquentée que Toulouse-Paris

C

Les liaisons terrestres

1

L’intégration des façades nationales

En Asie, les liaisons terrestres permettent surtout de renforcer la cohésion des façades littorales. Les autorités japonaises multiplient par exemple les investissements depuis les années 1960 pour fluidifier les échanges (Shinkansen, autoroutes, ponts, tunnels...).

En 2004, le Korea Train Express (KTX) est mis en service entre Séoul et Pusan.

2

La desserte des hinterlands

À part le Yangzi, navigable en amont du barrage des Trois Gorges, les grands fleuves ne constituent pas des voies de transport car la plupart sont peu accessibles aux navires d’un tonnage important : fleuve Rouge, Mékong, l’accès de Canton et de Shanghai...

Le chemin de fer supplée la faible navigabilité des grands fleuves. En Inde, le maillage ferroviaire est hérité en partie de la colonisation. Il y a des investissements importants du gouvernement indien pour desservir les régions les plus peuplées et désenclaver certaines. Le réseau est également modernisé en Chine.

3

Transports terrestres et coopérations transfrontalières

Les transports terrestres doivent assurer la sécurité d’approvisionnements toujours plus nombreux. La Chine importe par exemple de plus en plus de pétrole et d'où le projet de «pont pétrolier panasiatique» avec un oléoduc allant du lac Baïkal à Dalian.

Le développement des coopérations transfrontalières impose la remise à niveau des liaisons routières et ferroviaires. Un bon exemple est le plan de liaison ferroviaire électrifiée entre la Russie et la Corée.

D

Les télécommunications

1

Téléphone : malgré de rapides progrès, le retard demeure

Les statistiques montrent un certain retard de l’Asie par rapport aux pays développés. Si le Japon ou Singapour sont au niveau de l’Europe en téléphonie fixe (une liaison pour deux habitants), la Chine, la Malaisie ou le Vietnam sont à moins d’une liaison pour 4 habitants.

Mais les progrès sont spectaculaires : en Chine, le nombre de lignes fixes a été multiplié par 50 entre 1990 et 2012.

L’avantage du développement tardif est que les différents opérateurs ont directement investi dans les technologies les plus modernes, en choisissant par exemple la fibre optique au lieu des câbles métalliques

L’usage du téléphone mobile est généralisé (70 % de la population chinoise ou indienne en 2011). Mais la couverture en télécommunications reste incomplète et la qualité des services variable. La rupture d’un câble sous-marin en 2008 prive ainsi des milliers d’usagers de téléphonie pendant plusieurs semaines.

2

Internet : vers une réduction de la fracture ?

L’écart entre Asie et le reste du monde semble s’être réduit plus vite que celui de la téléphonie. Plus de 40 % du milliard d’internautes mondiaux sont asiatiques. Partout se développent les investissements et Singapour achève ainsi son plan de câblage en fibres optiques de tous les immeubles.

Mais de fortes inégalités demeurent, l’essentiel des progrès touche surtout la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, Taiwan et Singapour. Un pays comme le Japon atteint un taux de couverture égal aux taux occidentaux (entre 55 et 75%), alors qu’un pays comme l’Inde ou la Birmanie est à moins de 30 %

Excepté le Japon, sur le plan technique, la subordination de l’Asie demeure entière. Les hôtes (ordinateurs permettant l’accès à Internet) sont contrôlés à plus de 90 % par des firmes occidentales. L’usage de ces technologies dépend aussi du taux d’alphabétisation et de la pauvreté qui ne sont pas encore surmontés dans les pays d’Asie.

II

La reconfiguration régionale des circulations humaines

L’augmentation de la circulation de personnes est un aspect essentiel de la construction régionale. On voit ainsi l'apparition de nouvelles migrations doublées de flux touristiques en plein essor, qui participent au développement des liens entre les peuples.

A

Les anciennes migrations

1

L’histoire géographique de la «diaspora chinoise»

L’émigration massive de Chinois remonte pour l’essentiel au XIX ème, lors du «dépeçage» de la Chine par les impérialismes.

Dans une proportion écrasante (plus de 90 %), les émigrants proviennent de 4 régions seulement de la Chine méridionale : le Zhejiang, le Fujian, le Guangdong et l’île de Hainan. Les dialectes de ces migrants sont souvent distincts du mandarin, comme le cantonais.

La grande majorité des Chinois émigrés ou leurs descendants se trouvent en Asie du Sud-Est, aujourd’hui cela représente 30 millions de personnes

2

L’intégration régionale de la «diaspora» chinoise

Interdits d’accès à la terre, les Chinois émigrés se sont souvent lancés dans le commerce dès le début du XIX ème, et ont parfois fondé des empires industriels et commerciaux. Robin LOH à Singapour en est un exemple emblématique d'une ascension sociale rapide.

À Singapour, ils représentent 80 % de la population, ils contrôlent le pouvoir. Leur importance numérique et leur tendance à s’organiser en réseau a fait qu’ils ont souvent été les boucs émissaires en temps de crise. Par exemple, le gouvernement malais dans les années 1980 prend contre eux des mesures de «protection». En 1997-1998, ils sont aussi victimes d’affrontements interethniques en Indonésie. En revanche, les sino-thaïlandais sont très bien assimilés (intermariages...)

Certains Chinois d’outre-mer (Overseas Chinese), surtout ceux qui sont à le tête de grands groupes industriels, ont joué et jouent un rôle clé dans l’ouverture économique de la Chine populaire en réinvestissant dans leurs régions d’origine.

3

La «diaspora» indienne

L’émigration indienne regroupe environ 20 millions de personnes, donc numériquement moins importante que la chinoise. Seuls 5 millions d’Indiens sont présents en Asie orientale, principalement en Birmanie et en Malaisie.

La majorité des émigrés indiens vivent dans les pays du Golfe (3 millions en Arabie Saoudite) et dans les pays industrialisés (Royaume-Uni, États-Unis, Canada), et en Afrique du Sud.

Néanmoins, cette émigration joue un rôle important en Asie orientale : elle est surtout activé à travers ses membres les mieux instruits. À Singapour, elle est en grande partie constituée de cadres.

Le gouvernement indien s’appuie sur ce réseau des «Indiens non-résidents» (ministère) pour en faire un relais de sa politique régionale.

B

Les nouvelles migrations

1

L’émigration de travail

Dans le contexte de vive croissance et de libéralisation des échanges apparaît une nouvelle émigration de travail. La part des principaux pays d’accueil est restée globalement stable :

  • Singapour : politique d’immigration sélective, pas de main d’oeuvre non qualifiée

  • Léger renforcement des flux en Thaïlande et Malaisie

On voit également le développement des migrations vers la Birmanie, les Phillipines ou le Vietnam, alors qu’elles étaient moins importantes en raison de l’intensification des relations avec les deux grandes puissances régionales.

2

Les nouvelles filières migratoires

De nouveaux pays de départ et de nouvelles destinations se superposent aux flux traditionnels. Par exemple, la main d’oeuvre philippines, longtemps exclusivement dirigée vers les pays du Golfe se tourne désormais vers le Japon, Singapour ou le Brunei.

Le nombre de Chinois en Corée, Japon et Russie augmente rapidement. Dans certains pays de départ, l’émigration constitue une ponction démographique, mais elle apporte des revenus conséquents (remises-. Aux Philippines, par exemple, 20% de la population active travaille à l’étranger, mais les remises représentent 10 % du PIB en 2008.

L’émigration est de plus en plus féminisée et qualifiée. Elle est perçue de façon ambivalente dans les pays d’accueil, qui pour la plupart ne sauraient s’en passer :

  • Taiwan comme Singapour dépendent de leurs travailleurs étrangers.

  • Le vieillissement de sa population fait que le Japon ne peut s’en dispenser,
    même s’il perçoit d’un mauvais oeil ceux dont le séjour se prolonge.

  • En Malaisie, tensions entre Indonésien (majorité des immigrants) et nationaux

Les nouvelles migrations intra-asiatiques dessinent une carte de plus en plus complexe. Dès lors que l’Europe restera fermée et que les contrastes de développement entre pays d’Asie subsisteront, ces flux renforceront l’interdépendance régionale.

C

Échanges touristiques et formation d'un bassin touristique asiatique

1

Les étapes d’une mise en tourisme

Le tourisme n’est pas à proprement parler une activité récente en Asie (pèlerinages hindouistes, stations balnéaires créées par les colons comme à Darjeeling en Inde...).

Historiquement, la Thaïlande fut le premier pays à s’ouvrir au tourisme international de masse, dès les années 1960. Dans son sillage, l’Indonésie, Singapour et la Malaisie s’ouvrent.

Le tourisme est freiné dans les années 1970 par l’instabilité politique, les conflits armés...

L’essor du tourisme n’est cependant que récent : entre 1990 et 2011, le nombre de touristes étrangers est multiplié par 6 en Chine. Selon l’OMT (Organisation mondiale du tourisme), le nombre de visiteurs dans l’ensemble de l’aire Asie-Pacifique est passé de 5 millions en 1970 à 215 millions en 2011. La région accueille désormais 1/4 des déplacements internationaux.

Cependant, cette croissance est très sensible aux aléas intérieurs (attentats en Indonésie, grippe aviaire ou SRAS en 2003...) et à la conjoncture internationale (Guerre du Golfe, d’Irak...).

2

La formation d’un bassin touristique asiatique

À l’origine essentiellement constituée de visiteurs occidentaux, la clientèle touristique est désormais asiatique pour les 2/3. Sur 100 touristes japonais, 50 se dirigent par exemple vers l’Asie.

L’importance des flux touristiques dépend de l’ancienneté et du niveau d’industrialisation des pays concernés. Les Japonais sont de longue date les visiteurs les plus nombreux dans presque tous les pays de la région (15 % de la clientèle en moyenne), alors que l’Asie du Sud-Est ou du Sud (Inde) émet peu de touristes.

La Chine est le pays d’Asie émettant le plus de touristes internationaux : passé de 10 millions en 1990 à plus de 50 millions en 2010. Alors que l’Inde n’est que 10 ème avec 5 millions de touristes.

Le bassin touristique asiatique est désormais de taille mondiale : Il est 3ème derrière la Méditerranée, presque à égalité avec le bassin caraïbe.

  • Le Nord-Est du bassin est alimenté par les échanges de proximité entre le Japon et la Corée, le Japon et la Chine et entre Taiwan et le continent. Les pratiques touristiques y sont peu variées.

  • Le Sud-Est est plus hétérogène. L’offre touristique y est plus diversifiée (séjours balnéaires, circuits de nature, croisière, jeu...).

  • Le pôle touristique de l’Asie du Sud reste marginal.

Les circulations migratoires et échanges touristiques entres pays asiatiques structurent l’espace régional comme celle des échanges commerciaux et des flux d’IDE.

Exemple

Chine : les étapes d’une mise en tourisme

Longtemps restée fermée au tourisme, ce n’est qu’en 1964 qu’un intérêt se manifeste avec la création d’un «Bureau du Voyage et du Tourisme». Le voyage en Chine se limite alors à des déplacements politiques, commerciaux ou professionnels.

En 1978, le gouvernement chinois décide de faire du tourisme un secteur majeur de l’économie nationale. On assiste à l'ouverture en quelques mois d’une centaine de sites aux touristes et de 30 nouveaux hôtels. On note même l'ouverture du Club Med en 1984.

Le tourisme chute avec les incidents de Tiananmen, mais depuis le début des années 1990, la croissance du secteur est de 20 % / an.

Depuis 2000 : l’OMT place la Chine comme 5 ème destination la plus visitée. Elle estime que malgré la sensibilité à la conjoncture politique (SRAS, séisme, émeutes au Tibet) elle sera le pays le plus visité au monde d’ici 2020.

Le secteur du tourisme emploie aujourd’hui directement et indirectement 70 millions de personnes en Chine.

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