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Chapitre 26 :
Progrès et limites de l'institutionnalisation régionale

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Progrès et limites de l'institutionnalisation régionale
Introduction

La coopération régionale est l’un des corollaires de la mondialisation. Même si l’on est encore loin d’un marché commun asiatique, une construction institutionnelle régionale s’y met en place qui passe surtout par des coopérations économiques et pas seulement par des formes institutionnelles. Elle dessine une «aire asiatique de croissance» qui déborde de la supposée «Méditerranée asiatique» (F. Gipouloux).

Chronologie

  • 1947 : Mise en place par l’ONU de la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP)
  • 1966 : Création de la Banque asiatique de développement (BAD)
  • Août 1967 : Création de l’Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN) lors de la Conférence de Bangkok
  • Décembre 1985 : Création de l’Association pour la coopération régionale en Asie du Sud (SAARC)
  • 1989 : Première rencontre de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC)
  • 1991 : Instauration de la Commission du «Grand Mékong»
  • 1997 : Rétrocession de Hong Kong
  • 2005 : Entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange asiatique (AFTA) entre 6 pays de l’ASEAN
  • 2010 : Entrée en vigueur de l’AFTA entre les pays de l’ASEAN et la Chine
I

Accords régionaux et coopérations de proximité

A

Les accords entre États : une régionalisation souple

1

Le rôle historique des instances régionales de l'ONU

Basée à Bangkok, la CESAP est l’une des 5 commissions régionales de l’ONU. Elle regroupe en 2011 plus de 50 membres associés (dont la France, les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie). Objectifs : promouvoir la coopération régionale, coordonner l’action internationale dans la lutte contre la pauvreté, développement des infrastructures, protection de l’environnement.

La Banque asiatique de développement (BAD) siège à Manille, et compte en 2012 67 membres. Les États-Unis et le Japon détiennent la part la plus importante de son capital. Sa vocation première est de financer des projets d’infrastructures, mais elle peut intervenir en temps de crise comme ce fut le cas en 1997.

2

L’Association pour la coopération régionale en Asie du Sud (SAARC)

L’ACRAS (SAARC) instaure des comités technique pour des programmes d’action et de coopération dans l’agriculture et le développement rural, la population et la santé, les sciences et la technologie, les transports et l’environnement.

Dans les années 1990, les pays membres décident d’une mise en place d’une zone de libre-échange en Asie du Sud (SAFTA) pour le 1er janvier 2006. D’autres projets de coopération existent entre l’Inde et ses voisins, mais tardent à se concrétiser. Par exemple, le projet BIMSTEC (Bangladesh, India, Myanmar, Sri Lanka, Thailand Economic Cooperation).

3

L’Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN)

Si les pays fondateurs de l’ASEAN prônent un neutralisme (Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande), ils s’opposent en fait au communisme.

Jusqu’au milieu des années 1970, la coopération économique et pour le développement agricole et industriel reste limitée. Les relations entre membres d’intensifient dès 1976 avec le sommet de Djakarta. Ils adoptent une stratégie commune d’industrialisation par la promotion des exportations

Dès 1979, l’ASEAN s’ouvre à la coopération avec le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. L'élargissement des années 1980 et 1990 se fait au profit du Brunei, Vietnam, Laos, Birmanie et Cambodge. Elle lance un projet de zone de libre-échange (AFTA) mais traverse ensuite des périodes de crises (1997, crise des industries de pointe en 2000, 2007) pendant lesquelles elle n’est qu’un cadre de discussion et se révèle impuissante.

Il résulte de ce manque d'efficacité l'absence d’une orientation commune et compétition féroce entre les pays pour attirer les IDE. L’ASEAN paraît aujourd’hui victime d’une double crise : la crise du modèle de développement qu’elle défendait et une crise institutionnelle interne. Même si elle a fait passer la part des échanges intrarégionaux de 15% à 30% des échanges totaux entre 1970 et 2012.

B

Aires et triangles de croissance

1

Les aires de coopération

La Chine du Sud

L’ouverture en 1978 de la Chine aux investisseurs étrangers et la création de 4 zones économiques spéciales (ZES) stimulent une coopération transfrontalière, en particulier avec Hong Kong.

Ces investissements massifs préparent une première série de délocalisation d’activités industrielles à faible valeur ajoutée (textile) vers les ZES et le delta de la rivière des Perles, et une seconde vague de délocalisations concernant des activités industrielles à plus forte valeur ajoutée (construction électronique).

La commission du «Grand Mékong» (1957)

C’est une instance de coopération économique entre la Birmanie, le Cambodge, la Chine (province du Yunnan), le Laos, la Thaïlande et le Vietnam.

1957 marque la création d’un Comité international du Mékong. Commission est ensuite mise en place dans les années 1990. La zone du Grand Mékong fait plus de 2 millions de km2, où vivent 250 millions d’habitants. Territoire doté de vastes ressources naturelles (bois, hydrocarbures...) et d’un potentiel hydroélectrique important.

La coopération et les investissements sont soutenus par la BAD : réseau de transport et liaisons internationales, en piètre état, et sur l’énergie. En particulier le potentiel hydroélectrique laotien est exploité.

Les autres aires de coopération sont plus informelles

La zone de coopération de la mer du Japon (350 millions d’habitants) tente de rapprocher des départements japonais, russes, coréens et des provinces chinoises. Lancée en 1988, après les visites de Gorbatchev au Japon et en Chine, cette coopération est restée très limitée.

Le partenariat de la mer Jaune (250 millions d’habitants) lie le Japon, la Corée et al Chine. Il a accéléré la délocalisation vers le littoral chinois de la construction de navires ou l’industrie chimique.

La zone de croissance de l’Est de l’ASEAN ou BIMP (Brunei-Indonésie-Malaisie- Philippines) (30 millions d’habitants) est de création récente. Les études de la BAD soulignent l’importance des ressources présentes.

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Les «triangles» de croissance

Le triangle SIJORI (Singapour - Johore (Malaisie) - Riau (Indonésie))

Ces trois entités ne sont liées que depuis 1989 par des accords formels. Singapour est incontestablement le moteur si ce n’est le maître d’oeuvre : elle fournit l’essentiel des capitaux et met à disposition des infrastructures portuaires et services de haut niveau.

Johore offre de vastes zones industrielles, une main d’oeuvre formée et encadrée et des espaces récréatifs de qualité. Riau a des parcs industriels qui depuis les années 1990 accueillent de nombreux travailleurs dans les entreprises créées sur place ou délocalisées de Singapour (textile, matières plastiques, chimie...).

Singapour est dépendant de ses voisins pour l’alimentation en eau et son fonctionnement quotidien, sans parler de la main d’oeuvre

Le triangle de Medan (début des années 1990)

Ce triangle qui porte le nom de la ville indonésienne qui en est le centre actif, est parfois appelé triangle IMT (Indonésie-Malaisie-Thaïlande)

Des accords prévoient la mise en valeur des ressources, et l’appel aux investisseurs étrangers pour développer l’industrie. Mais à part pour le textile et la sous-traitance électronique, les projets de développement n’ont pas abouti en raison de mauvaises infrastructures de transport. C’est aussi une zone instable comme le montre l'agitation musulmane dans le sud thaïlandais.

Le triangle de Tumen (1995)

Il concerne trois États : il rapproche les villes de Tumen et Hunchun en Chine, de Chong- jin en Corée du Nord et de l’oblast de Vladivostok en Russie. Créé en 1995 par initiative du PNUD, répondant à une volonté chinoise d’apaiser les relations politiques entre voisins.

Le but est de promouvoir un développement industriel et commercial à partir de l’exploitation et la transformation des ressources sibériennes sur place. Mais, cette coopération se révèle décevante

La construction régionale ne se fait pas en Asie selon un modèle unique. Elle reste fondamentalement pragmatique, ce qui est un trait majeur de la gouvernance des territoires en Asie.

C

De l'Asie au monde : l'élargissement des coopérations

1

Vers une zone de libre-échange en Asie

Les accords de coopération de l’ASEAN : EAEC et ASEAN + 3

Sous l’appellation de East Asia Economic Caucus (EAEC), Mohammad Mahathir, Premier ministre de Malaisie, a tenté au début des années 1990 de mettre en place un accord de coopération entre les pays de l’ASEAN (6 pays) et la Chine, le Japon et la Corée.

Mais, ce projet rencontre l'hostilité des États-Unis et l'hésitation des pays. Dix ans plus tard, cette coopération est tentée à partir de l’ASEAN, seule construction institutionnelle avancée en Asie : ASEAN + 3.

La zone asiatique de libre-échange (AFTA)

L’idée d’une zone asiatique de libre-échange s’impose lorsque l’ASEAN cesse d’être simplement une alliance anti-communiste.

Mise en place en 2005 entre 6 pays. Suppression progressive des barrières tarifaires, et alignement des normes et procédures douanières à celles stipulées par l’OMC . L’objectif est d’éliminer tous les droits d’importation entre les 6 membres actuels de l’AFTA en 2010 et en 2015 pour les nouveaux adhérents.

En 2004, le sommet de Vientiane amène les pays de l’ASEAN à engager des discussions avec la Chine, le Japon et la Corée pour créer entre 2010 et 2015 une Communauté de l’Asie de l’Est. Cet ensemble sera alors la zone de libre-échange la plus peuplée du monde (1,8 milliards de personnes). Et ses échanges internes devraient dépasser ceux réalisés avec les États-Unis.

2

L’Asie et le Pacifique

Les extensions de l’ASEAN

Des conférences post-ministérielles de l’ASEAN comprennent parfois des représentants des pays non-membres.

En 1994 se tient un forum régional lors duquel l’ASEAN convie pour la première fois ses «partenaires» : États-Unis, Japon, Canada, Australie, Nouvelle-Zélance, Corée du Sud, Union européenne et plus tard Chine et Russie pour instaurer des mécanismes d’accord en cas de conflit (ressources naturelles, territoires...). Un sommet Europe-Asie est également régulièrement organisé.

La Coopération économique Asie-Pacifique (CEAP ou APEC), 1989

Ce n’est qu’en 1994, par la déclaration de Bogor (Indonésie), que sont fixés les objectifs de l’APES, à savoir «la libération des échanges et des investissements dans la région Asie-Pacifique». Depuis le 11/09, lutte antiterroriste.

Sa création est une réponse aux craintes suscitées par la création du marché unique européen. En 2012, l’APEC comprend 21 pays membres, elle représente plus d‘un tiers de la population mondiale, 1/2 des échanges et 60 % du PIB mondial.

Elle fonctionne sur une base de discussions volontaires visant à obtenir un consensus, ce qui est gage de démocratie, mais limite son efficacité. En dehors de l’APEC les relations de l’Asie avec le monde se nouent essentiellement au sein des institutions multilatérales (ONU, FMI, OMC...).

II

La régionalisation économique de l'Asie orientale

A

Progrès et limites d'une intégration financière

1

Les stratégies financières asiatiques

Le temps du «yen fort» (endaka)

Forts de leurs succès commerciaux, le Japon et les nouveaux pays industriels d'Asie (NPIA) disposent au début des années 1980 d’excédents de leurs paiements courants si importants que des réalignements monétaires deviennent nécessaires.

En 1985, à l'issue des Accords du Plaza, on passe de250 yens équivalent à un dollar à 125 yens équivalent à un dollar. Comme la monnaie japonaise, celles des NPIA s’apprécient aussi (dollars de ! HK, de Singapour et de Taiwan et won coréen)

Ajoutés à l’augmentation des salaires réels au Japon et aux menaces de protectionnisme des États-Unis, ces réajustements modifient la compétitivité.

On assiste donc à la délocalisation des entreprises ou à la création d’entreprises à l’étranger dans les secteurs du textile, de l’électronique, de l’acier ou de l’automobile dans lesquels disparaissent les avantages comparatifs.

Les bénéficiaires sont d’abord l’Indonésie et la Thaïlande (bas salaires, infrastructures satisfaisantes, stabilité politique), puis c’est la Chine du Sud et progressivement toute la Chine qui devient principal bénéficiaire.

La remise en cause de 1997-1998

La crise de 1997 trouve son origine dans les conditions de circulation des capitaux en Asie. Elle souligne les défaut des systèmes financiers, notamment le poids excessif des crédits bancaires dans le financement des économies (50 % en Corée, plus de 75 % en Malaisie et Thaïlande), l'interventionnisme de l’État ainsi que le fonctionnement biaisé des marchés financiers et boursiers.

Ainsi, le poids des créances douteuses et l’endettement augmentent, tout comme la dépendance des banques à l’égard des flux de capitaux internationaux, qui sont par nature volatiles. Par exemple, à la fin de l'année 1997, la baisse de flux de capitaux en quelques semaines correspond à 10 % du PIB pour la Corée.

Le redressement des années 2000

Une réforme approfondie des institutions financières et du mode de gouvernance des entreprises s’impose dans la plupart des pays. Lancée dès 1997, elle passe par une restructuration des banques. En Corée, la réforme est drastique. Les dirigeants de chaebols sont mis en causes parfois devant des tribunaux (gestion approximative, trucage des comptes...).

Dès 2000, les flux financiers retrouvent leur niveau antérieur, avant de décliner à nouveau à cause de la crise des NTIC.

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Les flux intra-asiatiques d'IDE

Les pays émetteurs

Alors que les IDE sont surtout américains ou japonais dans les années 1980, ils proviennent majoritairement dès le milieu des années 1990 d’Asie orientale. Le Japon conserve son rôle de 1er investisseur régional, suivi des 4 Dragons.

Les États-Unis et les pays occidentaux ne sont donc plus les principaux moteurs financiers de l’Asie-Pacifique. Les entreprises japonaises sont solidement implantées partout en Asie. Les flux de capitaux japonais vers la Chine l’emportent désormais sur les NPIA.

Le taux d’investissement à l’étranger de Corée, Singapour et Taiwan est bien supérieur à ceux des pays de l’OCDE. Surtout le cas de la Région Administrative Spéciale de Hong Kong qui exporte l’équivalent des 2/3 des IDE japonais.

La nouveauté est l’apparition de la Chine dans la liste des pays dont les entreprises et les institutions financières peuvent investir à l’étranger, grâce à une réserve de change importante. Mais il ne faut pas exagérer le rôle financier de la Chine en Asie.

Les récepteurs : la Chine d’abord

L’Asie orientale et méridionale a reçu ces dernières années des flux d’IDE considérables. Selon la CNUCED, l’entrée d’IDE représente 170 milliards de dollars en 2007.

Mais; ils sont géographiquement distribués de façon inégale et la Chine est le plus important pays d’accueil. Cette polarisation s’explique par la croissance industrielle rapide de la Chine, son poids démographique, la hausse du niveau de vie (marché intérieur), l’assouplissement des règles d’investissement...

Les progrès de la construction régionale ont facilité les investissements croisés.

L’Inde, au fonctionnement plus autocentré, reste encore à l’écart de cette intégration financière asiatique. Néanmoins, de grands groupes s’intéressent à l’Asie. Mittal Steel construit par exemple une usine à Yingkou en 2005 (Nord-Est de la Chine)

Si l’intégration financière en Asie est présentée comme réduisant la vulnérabilité économique, les marchés asiatiques de capitaux restent fragmentés et fragiles. La plupart des bourses cotent peu de société étrangères.

Néanmoins, la proximité géographique et culturelle joue pleinement, et de plus en plus d’entrepreneurs asiatiques investissent en Asie.

B

La division régionale du travail

1

De l’Occident à l’Asie orientale

Les flux d’IDE préparent souvent un glissement des activités industrielles des pays industrialisés vers des pays à faible coût de main-d’oeuvre.

Cette stratégie a été utilisée par le Japon dès le milieu des années 1980, un nouvel effort de compétitivité étant nécessaire (hausse du yen, saturation du marché national, concurrence externe et interne...).

Si les industriels japonais s’implantent d’abord en Amérique du Nord et en Europe, ils occupent ensuite les marchés asiatiques. L’objectif étant de s’appuyer sur de nouvelles bases industrielles pour promouvoir les exportations et profiter de la croissance de ces marchés intérieurs. À la fin des années 1990 par exemple, les Japonais s’ouvrent aux capitaux occidentaux comme le montre Nissan-Renault.

2

Le «circuit intégré asiatique» de l’industrie

Tous les pays asiatiques sont concernés par ce processus. La Thaïlande est par exemple utilisée comme base d’assemblage.

Un système régional de sous-traitance, d’assemblage et de commercialisation se met vite en place. Par exemple les usines de Toyota installées aux Philippines, en Indonésie, en Malaisie et en Thaïlande s’échangent des boîtes de vitesse ou autres composants.

Ainsi, 3/4 des téléviseurs et appareils électro-ménagers «japonais» ne sont pas fabriqués au Japon. Une firme comme SONY est présent dans tous les pays d’Asie : le télévisions couleurs sont produites en Inde, les téléphones portables en Thaïlande...

Autre exemple, un ordinateur assemblé à Canton utilise un écran venant d’Indonésie, des microprocesseurs de Singapour, un clavier monté aux Philippines...

3

De l’industrie vers les services ?

Les investissements de l’industrie vers les services se dirigent vers les activités bancaires, l’assurance, les transports et la grande distribution. Cette évolution qui s’explique par :

  • le poids croissance des services qui représentent entre 50 et 70% du PIB
    dans les pays les plus avancés d’Asie orientale

  • la privatisation totale ou partielle des entreprises.

L’Inde a explicitement décidé de miser sur les services notamment aux entreprises. Le secteur de la grande distribution illustre les limites d’une régionalisation des investissements dans les services. Le développement de la grande distribution en Asie est très récent. Le 1er hypermarché de Hanoi n’a ouvert qu’en 2001

Ce sont les grands groupes japonais et coréens qui ont en premier investit dans les pays ayant un marché urbain émergent et un niveau de vie croissant. Taiwan et Singapour comptent le plus grand nombre d’établissements d’origine étrangère, alors que le Japon ou la Corée restent difficiles à pénétrer. De même, seuls certains groupes industriels japonais (Daiei) ou occidentaux (Walmart, Carrefour) ont réussi à prendre vraiment pied en Chine

C

Le développement des échanges commerciaux intra-asiatiques

1

Les échanges intra-asiatiques : 2 + 3 + 5

Les pays asiatiques font un peu moins de la moitié de leurs échanges avec des partenaires hors d’Asie, essentiellement l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Australie. Mais cette part diminue.

L’Asie est structurée par 3 types de flux :

  • Flux majeur entre Chine et Japon

  • Flux dont la somme est égale au premier entre ces deux pays et les autres pays asiatiques les plus industrialisés

  • Flux moindres qui lient tous ces pays à ceux de l’ASEAN

Cela montre le renforcement récent des liens entre Chine et Japon, la Chine étant premier client et premier fournisseur du Japon

Chine et Japon devraient aussi voir leurs relations avec leurs autres partenaires se restructurer :

  • La balance commerciale entre le Japon et les NPIA reste à l’avantage du premier, mais si le Japon ne recevait presque rien des NPIA, il reçoit aujourd’hui des flux importants (notamment des produits de haute technologie)

  • Dès les années 1980, de nouveaux liens économiques se tissent entre la Chine et les plus avancés de ses voisins. Le rôle de Hong Kong est essentiel. À la délocalisation des industries de main d’oeuvre succède une division plus fine du travail : désormais la Corée (voitures), Taiwan (ordinateurs) et Singapour cherchent à répondre à la demande intérieure chinoise.

D’autre part, le fait que des activités de technologie plus complexes soient délocalisées (production informatique), oblige les pays comme Taiwan à développer d’autres activités à plus fort contenu technologique.

Les flux en provenance ou en direction de l’Asie du Sud-Est sont moins importants. Flux largement composés (40 %) de matériels pour le secteur de l’automobile, de l’informatique... Le Vietnam ou le Cambodge sont confinés à des secteurs à faible valeur ajoutée.

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Quelle intégration commerciale ?

Le Japon est, historiquement, le principal acteur de l’intégration asiatique par les échanges. Il est aussi le pays le moins dépendant de ses échanges avec l’Asie. Il maintient des excédents commerciaux avec presque tous les pays d’Asie, mais ses importations augmentent plus vite que ses exportations.

La dépendance commerciale des autres pays vis-à-vis de leur région asiatique est sensiblement plus forte. Surtout pour l’Asie du Sud-Est dont l’industrialisation est la plus récente : l’Asie absorbe 1/2 de ses exportations et lui fournit 60 % de ses importations.

Les échanges commerciaux au sein de l’ASEAN restent faibles, car les économies ne sont pas complémentaires. Les échanges avec le Japon, les NPIA et la Chines sont plus importants.

Au plan commercial comme au plan politique, l’Asie du Sud (Inde, Pakistan, Bangladesh, Sri Lanka) reste un espace morcelé en marchés nationaux relativement peu perméables. Ses échanges avec le reste de l’Asie restent limités car :

  • ouverture récente de l’Inde

  • liens historiques avec l’Europe et l’Amérique du Nord

3

La clé chinoise et la place de l’Asie orientale dans le monde

Le développement des échanges et l’intégration commerciale de l’Asie dépendront de plus en plus de l’évolution économique chinoise.

La Chine a vu sa part dans le commerce mondial plus que doubler chaque décennie depuis 1990, car elle demeure un atelier d’assemblage

L’Asie est globalement loin d’atteindre le degré d’intégration d’un ensemble tel que l’Union européenne dont 75 % des exportations se font vers les pays membres. Mais la notion d’intégration ne révèle rien des rapports de force, du degré d’autonomie décisionnelle des États, et de la nature de leur insertion dans la DIT.

Ainsi l’intégration ne saurait être un but en soi. Par exemple, la stratégie de «porte-avions» des firmes transnationales en Chine a beaucoup participé à l’essor de la croissance chinoise, sans que les autorités aient un pouvoir dessus. Ainsi, les Japonais et Coréens se concentrent aussi sur leurs marchés intérieurs et maintiennent des liens étroits avec l’Occident.

Néanmoins, l’idée que l’Asie est «autosuffisante» en technologies et qu’elle possède ses propres ressources en capital se répand parmi les dirigeants asiatiques, modifiant le regard qu’ils portent sur leur région. Cela pourrait susciter une envie d’une reconnaissance plus appropriée de l’Asie orientale dans les instances internationales.

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