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Chapitre 27 :
L'Asie : tensions continentales et tensions maritimes.

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L'Asie : tensions continentales et tensions maritimes.
I

Tensions continentales

A

Les litiges frontaliers terrestres

1

Les enjeux des frontières

Les difficultés d’un consensus

Les empires coloniaux, voulant éviter tout contact, ont créé des États tampons comme l'Afghanistan en 1895 et la Thaïlande en 1910.

La décolonisation et la guerre froide provoquent des modifications : partitions (Pakistan et Inde ; Corée ; RPC et Taiwan). Les lignes de tension représentent 20 % des frontières asiatiques (orientale et méridionale) en comptant les frontières grillagées ou minées.

C’est en Asie que le processus de délimitation est le plus fragile au monde. Pas de concertation continentale sur l’intangibilité des frontières, contrairement à l’Afrique.

Plusieurs États asiatiques refusent le principe juridique de l’uti possidetis : Inde, Chine, Vietnam, Cambodge. La Chine en particulier a voulu renégocier les traités inégaux (conflits avec l’Inde, le Vietnam, occupation du Tibet).

Surtout, le but des revendications territoriales est d'instaurer une relation de puissance avec ses voisins, renforçant le patriotisme, et de se doter d’espaces fonctionnels.

Les fleuves enjeux

Les frontières internationales qui suivent un cours d’eau sont peu nombreuses, et les enjeux hydrauliques sont surtout internes : Barrage des Trois Gorges sur le Yangzijiang, aménagement de la Narmada en Inde...

Il y a cependant 4 exceptions :

  • Le fleuve Amour : utilisé pour la frontière entre Russie et Chine au XIXème. Il n’est pas source directe de tensions.

  • Le fleuve Tumen : à la frontière entre la Chine et la Corée du Nord, et entre la
    Russie et la Corée du Nord. Ses ressources en eau ne sont pas objet de litiges.

  • Le Gange : son delta est partagé entre l’Inde et le Bangladesh. Il a été l'objet de dispute lorsque que l’Inde a construit le barrage de Farakka en 1961 en amont du détroit du Bengale. Le Bangladesh, s’estimant lésé pour son agriculture, son industrie et son écologie, a porté l’affaire devant l’ONU en 1976. L’Inde a minimisé le problème, et a proposé de réaménager le Brahmapoutre.

  • Le Mékong : 8 ème fleuve du monde par son débit. Il recoupe la Chine, le
    Laos, la Thaïlande, la Cambodge et le Vietnam. Néanmoins, le tracé des frontières qu’il recoupe n’est pas objet de litige. Ici, c’est l’esprit de coopération qui l’emporte.

Les montagnes refuges et enjeux

Les montagnes ont été des refuges pour les ethnies et communautés minoritaires. Moins coupées historiquement que les plaines, moins contrôlées et moins quadrillées, les montagnes étaient considérées comme des marches et des zones tampons.

L’État-nation moderne qui homogénéise sont territoire, veut les mettre en valeur, les contrôler, les sécuriser

Depuis toujours, les propos officiels considèrent que les pratiques agricoles des minorités montagnardes provoquent la déforestation. En fait, elles ne détruisent que modérément le milieu.

La thématique des «civilisés» apportant des lumières aux «sauvages» est aujourd’hui relayée par des prétentions écologiques, qui peuvent cacher d’autres politiques. L’avancée d’un front pionnier avec des migrants du centre (comme les Javanais au Sud de Bornéo) au profit de cultures commerciales (caféier, palmiers à huile...) est à l’origine de tensions fortes avec les tribus.

Exemple

La complexité géopolitique de l’Himalaya

C’est la plus haute chaîne du monde. Elle forme une barrière considérable mais non hermétique :

  • Tensions entre les peuples himalayens (religions, langues différentes). Par exemple, les bouddhistes qui s’inquiètent de l’immigration dans la montagne de musulmans cachemiris, ou de népalais hindous

  • Ou avec les États centraux. Par exemple : les Gorkha du district de Darjeeling (Inde) qui sont d’origine népalaise et réclament la création d’un Gorkhaland

La volonté des royaumes himalayens de garder des relations équilibrées avec l’Inde et la Chine leur vaut des rétorsions épisodiques de la part du gouvernement indien.

Les minorités ethniques en frontière

Dans de très nombreux cas ce sont des minorités ethniques qui occupent les régions frontalières : en Chine, Vietnam, Thaïlande, Inde...

En Chine, 107 districts sur 138 sont majoritairement peuplés par l’une des 55 nationalités minoritaires officiellement reconnues. Le gouvernement accorde des avantages aux plus faibles (respect culturel et souci géopolitique), mais se méfie des Tibétains et des Ouïgours.

2

Les frontières de la Chine

Un territoire ancien

La Chine oppose la théorie des frontières historiques au règlement par un organe arbitral ou juridictionnel, communément admis sur le plan international. En 1954, le gouvernement publie une carte montrant que les frontières véritables de la Chine sont celles de l’Empire avant la guerre de l’opium. Néanmoins, le traité frontalier signé en 1960 avec la Birmanie révèle qu’elle sait se montrer accommodante.

La frontière septentrionale avec la Russie et la Mongolie

La frontière sino-soviétique est longue de 6 600 km. C’est avec la Russie tsariste que l’empire chinois a dû passer des traités frontaliers entre les années 1680 et 1890. Le nouveau régime soviétique annule tous les traité conclus par l’ancien régime, et ils ne sont pas non-plus renégociés après l’établissement de la RPC

En 1969 se déroulent quelques affrontements armés sur les rives des fleuves Oussouri et Amour. Un tournant se produit avec la disparition de l’URSS et l’ouverture chinoise. Le 16 mai 1991, les accords avec la Russie reconnaissent les frontières actuelles.

En 2001 est signé un traité d’amitié et de coopération entre Russie et Chine. Le dernier problème frontalier (île de l’Amour) est réglé en octobre 2004, bien que la RPC lorgne sur le pétrole sibérien et les possibilités commerciales transfrontalières.

Les migrations pendulaires entre villes jumelles deux deux côtés de l’Amour et de l’Oussouri se multiplient. Des accords de libre passage frontalier, sans visa, sont signés depuis 1985.

À noter que depuis milieu des années 1990, la Chine remplace la Russie comme principal partenaire commercial de la Mongolie, riche en minerais rares.

La frontière en Asie centrale

La RPC reconnaît dès 1992 les nouveaux États d’Asie centrale issus de l’Unions soviétique (Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan).

Par ces rapprochements, la RPC veut s’assurer l’approvisionnement et l’acheminement du pétrole des pays voisins ainsi que la maîtrise des populatinos turcophones et musulmanes de sa province extrême-orientale du Xinjiang.

En 2001 est créé la création de l’Organisation se Coopération de Shanghai (Chine, Russie, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan, et Ouzbékistan). Le statut d’observateurs a été accordé à la Mongolie, l’Inde et au Pakistan, mais refusé aux États-Unis et au Japon.

Les frontières terrestres chinoises sont globalement fixées

L’établissement de frontières reconnues résulte aussi pour la Chine d’un besoin de reconnaissance conditionnant les bonnes relations et les échanges de tous ordres.

Dès 1982, Deng Xiaoping déclare que l’absence de guerre, donc la stabilisation des frontières, garantit son projet de réformes et d’ouvertures.

Aujourd’hui, à l’exception de portions controversées avec l’Inde, le Bhoutan ou la Corée du Nord (le mont Paektu), les frontières chinoises (22 000 km) sont bien définies.

3

Les frontières dans le monde indien

La frontière sino-indienne

Il existe plusieurs litiges territoriaux portant sur le secteur occidental (Karakoram), central (Entre le Karakoram et le Népal) et oriental (Est du Bhoutan).

La ligne MacMahon du colonisateur britannique a tracé unilatéralement la frontière entre l'Inde et la Chine en retirant un territoire important à la Chine. Ce que la RPC a voulu réparer. La Chine n’accepte pas le refus de Nehru de modifier la frontière.

En Octobre 1962, la Chine entre en guerre contre l’Inde. Elle proclame unilatéralement le cessez-le-feu. L’Inde est humiliée.

Il faut attendre 2003 pour que la situation s’améliore. La Chine reconnaît l’annexion du Sikkim par l’Inde, tandis que l’Inde reconnaît la souveraineté de la Chine sur le Tibet.

Piémont himalayen et enclaves

Lors de son indépendance en 1947, l’Union indienne intègre à son territoire les annexions progressives du British Raj sur le piémont himalayen. Elle reconnaît peu à peu l’indépendance du Népal (1955), du Bhoutan...

Plus d’une centaine d’enclaves confettis résultent de la partition entre l’Inde et le Pakistan oriental. C'est autant de sources de tensions entre l'Inde et le Pakistan oriental : présence au Bangladesh de groupes séparatistes du Nord-Est Indien, immigration massive et illégale de Bangladais en Inde, criminalisation de la frontière...

À l’Ouest, l’ancienne principauté de Junagadh est revendiquée par le Pakistan.

B

Les conflits internes à répercussions internationales

1

Les religions déchirent surtout l'Asie méridionale

Des situations socioculturelles multiples

Les conflits religieux sont presque inexistants en Asie du Nord-Est. C’est en Asie du Sud et du Sud-Est que se rencontrent les principaux monothéismes (islam, christianisme, sikhisme), leurs schismes (chiites duodécimains, ismaéliens), et les les polythéismes rivaux (hindouisme). Les monothéismes sont très prosélytes.

Les tensions viennent aussi de revendications territoriales qui ne sont pas toujours liées au religieux (Asie du Nord-Est), ou dans lesquelles le religieux n’est pas central.

C’est avec l’hindouisme que les frictions liées à l’islam sont les plus importantes. L’exemple du Cachemire disputé par l’Inde et le Pakistan montre bien l’enchevêtrement complexe des facteurs socio-culturels : populations de langues tibétaines, et de langues cachemiries, auxquelles s’ajoutent des groupes indo-aryens ou iraniens... Le Nord-Cachemire comprend 75 % de chiites, répartis en 70 % d’ismaéliens et 30% de duodécimains, et 25 % de sunnites.

Les sécessions alimentées par le religieux

Certaines tensions recouvrent une défiance séparatiste envers le pouvoir central :

  • Sud de la Thaïlande : Certains Malais musulmans s’opposent au gouvernement thaïlandais qui a fait du bouddhisme la religion d’Etat

  • Indonésie : 87 % de la population est musulmane. Si l’islam n’y est pas
    religion d’Etat, «la croyance en un Dieu unique» est inscrite dans la constitution. Cela crée des tensions avec les hindouistes (2 %), les bouddhistes (1 %) et les chrétiens (10 %)

  • Java : Syncrétisme de l’islam assez important pour qu’on puisse parler d’une «religion javanaise» qui l’emporte sur l’islam orthodoxe. Action d’Al Qaida dans la région pour radicaliser l’islam (Attentat de Bali en 2002)

  • Philippines : Moros musulmans

  • Xinjiang : turcophones hostiles à la politique de colonisation intérieure du
    gouvernement chinois. Mais l’islam n’a pas un rôle moteur dans les hostilités, les Hans musulmans sont bien intégrés.

2

Dissidences et séparatismes

Les tribus des «Hommes libres»

Les dissidences autonomistes ou séparatistes sont autant liées à une situation
géographique qu’à une spécificité ethnique et socioculturelle minoritaire. Elles concernent principalement les espaces situés en périphérie d’un Etat central.

Les ethnies concernées sont souvent transfrontalières comme les Karens (Birmanie - Thaïlande) ou émiettées sur de vastes espaces comme les Hmongs («Hommes libres») des montagnes indochinoises.

Elles sont souvent dépourvues de titres fonciers ce qui les démuni devant les pionniers. Plusieurs minorités ont été, dans le cadre de la guerre froide, instrumentalisées par les États-Unis et par la RPC, qui soutient des guérillas communistes. Par exemple, en Thaïlande et en Birmanie jusqu’en 1979. La culture du pavot a souvent constitué le principal financement de ces groupes armés. Par exemple, l'État indien du Nagaland (2 millions d’habitants, 80 % de chrétiens).

Les Tigres tamouls au Sri Lanka (1983-2009)

À l'indépendance de l’Inde en 1966, le nouvel État accentue le nationalisme cinghalais sur fond d’identité bouddhiste Par exemple, en 1956, il abandonne l’anglais comme langue officielle au profit du cinghalais, ce qui affaiblit les Tamouls (administration, école...).

Le Nord de Ceylan voit des aménagements hydrauliques et un contrôle politique marqué. Cette zone à majorité tamoule et la situation mal acceptée par ceux-ci, qui sont dépossédés de leurs terres

En 1983, une guérilla démarre, elle souhaite un état tamoul indépendant. Elle est dominée par le LTTE (Tigres de Libération de l’Eelam Tamoul). Tous les Tamouls (25 % de la population) ne partagent pas ces revendications

L’État indien soutient les rebelles tamouls puis signe un accord de paix avec l’État sri-lankais (1987). En 2005, l'arrivée au pouvoir d’un régime nationaliste cinghalais du président Mahinda Rajapakse lance une offensive qui finit par aboutir à la fin du conflit en 2009. Le conflit aura fait 70 000 morts depuis 1972.

Exemple

Le Triangle d’or

Cela désigne les confins montagneux au contact de la Birmanie, de la Thaïlande et du Laos. Plusieurs ethnies sont réfugiées dans ces montagnes : thaïes (Chan), tibéto-birmanes (Lissu), môn-khmeres (Wa) et hmong-yaos.

La fraîcheur relative du climat est favorable à la culture du pavot. Le trafic commence véritablement dans les années 1950. Il est encouragé par les autorités françaises ou américaines, il profite aux guérillas anti-communistes ou ethniques.

Après la guerre du Vietnam, les trafiquants peuvent s’attaquer au marché mondial. Des barons de la drogue apparaissent comme Kuhn Sa.

Certains pays d’Asie du Sud-Est, poussés par les États-Unis, Thaïlande en tête ont développé une lutte contre la drogue. Donc elle passe désormais par Hong Kong. Plus de 3 000 tonnes d’opium seraient fabriquées dans le Triangle d’or

La province rebelle de Banda Aceh (Indonésie)

Se situe à la pointe Nord-Est du Sumatra. Riche en forêts et surtout en hydrocarbures, dont la production représente 1/3 des exportations indonésiennes dans ce secteur. Mais le gouvernement ne reverse localement qu’une infime part des revenus qu’il en tire.

En 1953 une République islamique indépendante y est proclamée. L'année1976 voit la fondation du GAM (Mouvement de libération d’Aceh). Le conflit qui a fait 15 000 morts se poursuit malgré la démocratisation indonésienne. En août 2005, un accord est trouvé après le tsunami (2004) qui a fait 170 000 morts dans la région.

Les tensions au Xinjiang (Chine)

Presque 50 % de sa population est ouigour (turcophones musulmans). Région Indépendant sous le nom de Turkestan oriental (1944-1949), elle est intégrée par la RPC et transformée en «région autonome» en 1955.

La Chine y pratique une colonisation de peuplement, une exploitation des richesses du sous-sol (réserves considérables de pétrole, gaz naturel, charbon), et une ouverture aux capitaux étrangers... C’est une zone stratégique : polygone nucléaire du Lob Nor, surveillance des frontières...

Le différentiel de développement entre Chinois han et minorités provoque une renaissance du nationalisme ouïgour dans les années 1990. L’État chinois multiplie les investissements pour désenclaver le Xinjiang et mieux le contrôler. Par exemple, la construction d’oléoducs à destination de Shanghai, le programme d’encouragement à l’émigration intérieure de la main-d’oeuvre ouïgoure (2002) et d’instruction en mandarin.

La question tibétaine

Avec la proclamation de la République chinoise en 1911, le Tibet se révolte, et devient indépendant de fait jusqu’en 1950 lorsque la Chine l’envahit. Les tensions liées à l’occupation tibétaine conduisent à une révolte des Tibétains qui échoue tandis que le Dalaï-lama se réfugie au Cachemire Chinois et les Tibétains font valoir des arguments historiques qui tendent à s’annuler.

Le pouvoir chinois souligne sa présence ancestrale et sa volonté de moderniser et d’aménager ce pays arriéré. Les partisans de l’indépendance tibétaine dénoncent une politique de colonisation et de sinisation, les répressions de masse (en 1989)... Ainsi, la construction du chemin de fer Golmud-Lhassa (2007) est vue comme un désenclavement ou un progrès de la colonisation.

La RPC ne renoncera pas au Tibet : pour son intérêt stratégique mais aussi pour l’intégrité territoriale et le pouvoir politique chinois.

Le Dalaï-lama accepte désormais le principe d’une suzeraineté chinoise et engage le dialogue avec la RPC dès 2004. En 2012, une vague d’immolation par le feu de protestataires tibétains se délanche.

Les maobadi du Népal

La rébellion du Parti communiste népalais-maoïste (PCN-M) commence en 1996. Elle s’étend à la grande majorité du pays et instaure des «gouvernements populaires» dans 7 districts (sur 75).

Les causes sont la pseudo-démocratisation promise par le roi, la corruption, la question agraire, la répression...

Depuis 2001, les cessez-le-feu alternent avec la reprise des combats et les états d’urgence décrétés par le gouvernement. En 2008, l'Assemblée constituante élue dans laquelle le PCN-M est majoritaire, mais ils se déchirent entre eux. La monarchie est abolie et remplacée par une république démocratique fédérale.

Les raisons du néo-maoïsme indien (naxalistes indiens)

Les mouvements néo-maoïstes d’Asie se sont regroupés dans une organisation commune, de faible envergure cependant.

La vigueur du néo-maoïsme indien s’explique par :

  • permanence d’une idéologie communiste au sein d’une couche de lettrés
    urbains, et plus généralement au sein d’un mouvement communiste important

  • attraction pour un maoïsme aux couleur s paysannes et asiatiques

  • refus de castes, du communautarisme ethnique ou religieux, de la discrimination entre hommes et femmes, de l’inégalité économique et
    sociale

Les méthodes utilisées sont guérillas rurales, l'impôt révolutionnaire... tout en se montrant pragmatiques. Par exemple, l'’impact est très faible sur le tourisme et le "pactole du trekking" pour l’économie montagnarde du Népal est préservée.

En 2009, le gouvernement lance un «Plan d’action intégrée» (quadrillage policier et mesures sociales) qui permet de réduire le territoire sur lequel les naxalistes sont présents.

3

Les divisions nationales

Le Vietnam réunifié

  • 1954 : Accords de Genève qui le coupent le long du 17 ème parallèle
  • 1976 : Réunification (après le retrait des États-Unis en 1973, et l’invasion du Sud par le Nord)

L’instauration brutale d’un régime communiste conduit à l’exode de plus d‘un million de personnes entre 1975 et 1989. En 1986 la libéralisation de l’économie, dite dôi moi, est mise en place.

Le Vietnam normalise ses relations avec la Chine en 1991, rejoint l’ASEAN en 1995 et l’APEC en 1998.

La question coréenne

La Corée est divisée le long du 38 ème parallèle depuis l’armistice du 27 juillet 1953. En 1991 est signé le pacte de «réconciliation, non-agression, échange et coopération».

En Juin 2000, lors du Sommet de Pyongyang, Kim Jong-il répond à la politique
d’ouverture, Sunshine policy, de Kim Dae-jung (Sud). Mais, en 1993, la Corée du Nord refuse l’ «inspection spéciale» demandée par l’Agence internationale de l’énergie atomique. Ainsi, Bush l’inclue dans l’Axe du Mal qu’il stigmatise en 2002.

Ensuite, en 2006 et 2009, la Corée du Nord fait deux essais nucléaires souterrains. Les deux parties alternent dénonciations, menace et apaisement. Réelle ou exagérée, la menace nord-coréenne conforte les États-Unis et le Japon dans leur renforcement.

L’arrivée au pouvoir de Kim Jong-um en Corée du Nord en 2011 s’accompagne d’une volonté de reprendre les pourparlers à 6 ( deux Corées, Chine, États-Unis, Japon et Russie).

La zone industrielle intercoréenne de Kaesong (2004) accueille plus de 120
entreprises sud-coréennes qui emploient 50 000 travailleurs nord-coréens. La Chine, partenaire commerciale principale de la Corée du Nord, est son principal
soutient diplomatique

Taiwan

Dès sa création la RPC a pour obsession de réintégrer Taiwan (36 000 km2 , 25 millions d’hab). Elle considère l’île comme une simple province chinoise. Elle ne concède l’existence internationale de Taiwan que sous le nom de «Chinese Taipei».

Démocratisation à Taiwan dès les années 1990, une majeure partie de la population est favorable à l’indépendance. Les relations économiques, culturelles et humaines avec la Chine se multiplient, les lignes aériennes directes sont autorisées depuis 2005. Néanmoins, les deux régimes alternent démonstrations de force militaires et propos rassurants.

La marge de manoeuvre est étroite pour Taiwan, qui est de plus en plus économiquement dépendant de la RPC. En 2007, le gouvernement Taiwanais pose sa candidature à l’ONU sous le nom de Taiwan. Un référendum taiwanais soutient cette initiative, mais le taux de participation est de moins de 40 %. L’adhésion est refusée au nom du principe d’une seule Chine.

Taiwan n’est reconnu que par un vingtaine d’États, qui sont de moindre importance (pays du Pacifique, d’Afrique, d’Amérique centrale) mais a des relations officieuses avec la plupart des États

À côté, l’élite des émigrés des provinces chinoises présents à Taiwan a imposé le mandarin. Dans les années 1990 : le nouveau président Lee Teng-hui lance l’expression de «nouveau Taiwanais» pour gommer les différences intracommunautaires militaire.

II

Les tensions maritimes

A

Un espace maritime et insulaire vaste et fragmenté

1

Les mers et les îles

Des mers bordières navigables

L’Asie est baignée par l’Océan indien (74 millions km2) et l’Océan Pacifique (165 millions de km2). Elle est située en marge active de la tectonique des plaques, d’où la présence :

  • de fosses océaniques profondes (Mariannes, maximum mondial, 11 000 m) dans des sites de subduction tectonique

  • d’arcs insulaires, fortement volcaniques

  • de mers bordières (ou mers marginales) situés entre ces arcs et le continent.

La mer en Asie est souvent violente (courants, marées, typhons, tsunamis...)

Îles, archipels, isthmes et détroits

Sur la masse continentale asiatique, on trouve des côtes longues, échancrées, de nombreuses baies, de multiples péninsules, presqu’îles et archipels.

L’Asie compte des îles parmi les plus grandes du monde : Nouvelle-Guinée (près de 800 000 km2, première sans compter le Groenland), Bornéo (740 000 km2, 2ème)...

L’insularité n’est pas en soi un facteur de frontière, de même que la mer n’est pas intrinsèquement un obstacle. C’est la présence d’une piraterie qui au cours du Moyen-Âge est la principale barrière entre la Chine, la Corée et le Japon.

L’insularité n’est pas non plus un gage d’unité politique, bien qu’étant porteur de spécificité socioculturelle (Japon, Taiwan)

Le contrôle des détroits (Malacca, Taiwan, Corée-Tsushima...) et des îles-clefs est un souci permanent jusqu’à nos jours.

Des poissons et du pétrole

La présence de courants marins froids et chauds puissants donne des zones poissonneuses parmi les plus riches du monde, favorisant une activité halieutique qui trouve ses débouchés dans l’alimentation traditionnelle de nombreux pays.

Surpêche, concurrence entre flottes nationales, grands projets aquacoles , problèmes de pollution et de stabilisation des prix... rendent les mers de plus en plus disputées. S’y ajoute dans certains cas la présence d’hydrocarbures sous-marins, notamment en mer de Chine orientale et surtout méridionale. Mais les difficultés techniques et financières ne rendent pas leur exploitation si attractive...

2

Ports et routes maritimes

Des ports au débouché des plaines

En Asie, la navigation constitue historiquement un moyen privilégié de communication et d’échanges. Les ports sont généralement situés au débouché des grandes plaines rizicoles et des deltas (Calcutta, Hanoï, Dacca...).

Les trajets maritimes ont guidé les sites portuaires, privilégiant les localisations vers les détroits et les façades littorales (Goa, Colombo, Singapour...).

Les ports les plus dynamiques se sont surimposés (Singapour au lieu de Malacca).

Exemple

L’isthme de Kra

Isthme de 60 km situé entre l’océan indien et la mer de Chine, dans la péninsule malaise.

L’idée d’y creuser un canal est ancienne, la monarchie siamoise y songe déjà à la fin du XVIII ème. Un autre projet est lancé en 1869, mais il est abandonné en raison de la rivalité entre France et Royaume-Uni, car le Royaume-Uni veut protéger Singapour. Puis, après la guerre, on se tourne plutôt vers l’idée d’un couloir de circulation terrestre (oléoduc, rail...).

Rien n’a été réalisé, même si c’est régulièrement relancé par la Chine et le Japon. Enjeux considérables : frontière birmano-thaïlandaise sensible, présence massive du tourisme qui est peu propice aux infrastructures lourdes...

L’essor du transport maritime asiatique

Le commerce maritime constitue la base technique de l’expansion industrielle de l’Asie orientale grâce à une flotte dont la capacité a plus que doublé depuis 1980. 6 des 12 premiers pays maritimes sont asiatiques, totalisant 1/4 de la flotte mondiale.

Cet essor a permis aux pays de privilégier la filière de la conteneurisation plutôt que celle du cargo de vrac (flottes et infrastructures modernisées). L’Asie méridionale est moins bien équipée : le trafic portuaire de l’Inde est inférieur de moitié à celui de l’Indonésie.

Les hubs saturés comme Singapour ou Hong Kong sont dédoublés par des ports voisins comme Port Klang ou Shenzhen. Sur les 30 premiers ports mondiaux de conteneurs, 20 sont situés en Asie orientale et méridionale : le numéro un est Singapour (30 millions EVP), le numéro deux est Shanghai, le numéro trois est Hong Kong...

B

Espaces maritimes, nouvelles frontières

1

Litiges concernant les mers

Des ZEE délicates à tracer

L’actuel droit international sur la mer combine deux principes territoriaux (le plateau continental et l’équidistance) qui ne se chevauchent pas, et qui sont parfois antinomiques. La Chine prône le plateau continental, la Corée et le Japon l’équidistance

L’instauration des ZEE (1982) rend précieuse la possession d’archipels et du moindre îlot habitable : L’Inde (4 millions de km2) a une ZEE de 2,5 millions de km2 alors que le Japon (0,4 million km2) a une ZEE de 4,5 millions de km2. Le Japon multiplie par 12 la surface de son territoire.

1996 : la Convention de Montego Bay est ratifiée par la Corée du Sud, le Japon et la RPC.

L’enjeu des îles et des toponymes

Chaque État trace une «ligne de base droite» à partir de laquelle est projetée la limite de la ZEE. En traçant court, les États gagnent de l’espace. Par exemple, le détroit de Bohai en Chine.

La possession d’une île située au large devenant précieuse, plusieurs litiges frontaliers sont relancés. Même les appellations deviennent un enjeu. Par exemple, le Vietnam parle de «mer de l’Est» pour désigner la mer de Chine méridionale.

Selon la convention «les rochers qui ne se prêtent pas à l’habitation humaine ou à une vie économique propre ne disposent pas de ZEE ni de plateau continental».

2

Les litiges frontaliers insulaires et maritimes

Au nord-est

Territoire du Nord / Kouriles du Sud (entre Japon et Russie). Habités par la Russie depuis 1945, ces territoires bloquent tout traité de paix donc tout approfondissement des échanges entre Russie et Japon. Une reconnaissance diplomatique abouti tout de même en 1956.

Takeshima / Tok-do dans la mer du Japon ou mer de l’Est (entre le Japon et la Corée). Intégrés par le Japon dans les années 1900, ces îles sont militairement réoccupées par la Corée du Sud depuis 1954. La Corée en fait un symbole nationaliste et un emblème de la non-repentance par le Japon de son passé colonialiste.

En mer Jaune et en mer de Chine orientale

Litiges entre le Japon, la Chine et la Corée :

  • La non-délimitation de la ZEE en mer Jaune (RPC / Corées), qui empêche toute tentative de vraie exploration des réserves d’hydrocarbures

  • Le récif de Socotra Rock (au Sud-ouest de la Corée). Il est occupé par la Corée et revendiqué par la RPC. Son inhabilité résout le problème des ZEE mais pas celui des hydrocarbures éventuels

  • Senkaku-shotô / Diaoyutai (Japon, RPC et Taiwan). Actuellement inhabité, contrôlés par le Japon depuis les années 1880. Appartenant à la zone d’Okinawa, ces îles sont occupées par les États-Unis dès 1945 puis rendues au Japon en 1972. Le litige est relancé dans les années 1970 avec la découverte de gisements pétroliers en mer de Chine orientale et plus tard la ZEE. Par exemple, en 2010, les incidents opposants pêcheurs chinois et garde-côtes japonais.

Depuis 2006, une compagnie chinoise exploite du gaz sur le plateau continental. La tension autour d’un gisement gazier proche de la ligne d’équidistance est résolue en juin 2008 par un accord sino-japonais d’exploitation commune sur la zone

En mer de Chine méridionale

Dans cette mer, on trouve plus de 200 rochers de moins d’km2. Leur souveraineté est contestée :

  • Au nord, les Pratas, occupées par Taiwan

  • Au centre, les Paracels par la RPC

  • Stratégie d’avancée chinoise dans les Spratleys

  • Archipel Natuna que se disputent l’Indonésie et la Malaisie

Un apaisement est observé depuis 2000, et un «accord de bonne conduite en mer de Chine méridionale» est signé entre la Chine et l’ASEAN en 2002.

Les gisements d’hydrocarbures sont importants pour le Vietnam, la Malaisie et Brunei, dans l’absolu et relativement à leur production, mais pas pour la Chine ou les Philippines. Cependant, le conflit territorial a débuté avant la découverte des gisements (1976). En 2005, des compagnies pétrolières chinoises, vietnamiennes et philippines s’engagent à conduire des explorations conjointes autour des Spratleys.

Dans l’océan indien

Le développement des formations récifales assure aux États riverains la propriété de vastes étendues maritimes. Par exemple, l’Inde avec les Laquedives.

L’absence de définition des frontières maritimes de l’Inde avec le Pakistan et la Bangladesh ne pose pas de problèmes de navigation. L’île britannique de Diego Garcia dans l’océan indien constitue une base militaire majeure pour les États-Unis.

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Les routes maritimes

Les villes portuaires sont excellemment placées sur l’axe de circumnavigation mondiale dont elles captent le trafic, qu’elles redistribuent régionalement. Classement des ports pour le trafic de conteneurs :

  • Numéro 1 : Hong Kong
  • Numéro 3 : Pusan
  • Numéro 4 : Kaohsiung
  • Numéro 5 : Shanghai

Le détroit de Malacca, axe névralgique**

Là se confondent la route de circumnavigation mondiale et la route maritime qui correspond à l’ «axe de développement» sur la façade Pacifique de l’Asie orientale.

C’est l’un des détroits les plus fréquentés au monde, avec au moins 200 passages journaliers et près d’1/4 du trafic maritime mondial. La moitié du commerce maritime de pétrole y transite.

Formose, Tsushima, Palk

Les deux entités chinoises n’ont pas ouverts de pourparlers sur la délimitation de leurs eaux territoriales et de leur ZEE dans le détroit de Formose.

Le détroit de Tsushima ou de Corée, se situe entre la Corée et le Japon, deux membres de l’OCDE, autrefois colonisateur et colonisé. Japon et Corée ont délimité leurs eaux territoriales, donc ce détroit est international.

Le détroit de Palk est situé entre l’Inde et le Sri Lanka. La frontière maritime décidée en 1921 n’a pas été contestée depuis.

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La sécurité des mers

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La piraterie

La piraterie a une longue histoire dans les mers de Chine, les îles entre la Chine, la Corée et le Japon. Elle avait presque disparue avec un XX ème siècle marqué par la remilitarisation des mers, mais renaît avec l’émergence économique des pays d’Asie du Sud-Est et des provinces méridionales de Chine.

Regain de la piraterie et des activités illégales

Les actes de piraterie, difficiles à recenser, se sont multipliés depuis le début des années 1990. En 2008, dans le détroit de Malacca : attaque de 140 navires, 45 navires ont été saisis, et 600 marins pris en otage et échangés contre rançons Néanmoins, ils sont plus nombreux dans les mers indonésiennes, pour des opérations de faible envergure.

La piraterie malaise (détroits de Malacca et de Singapour) est moins structurée que celle des côtes méridionales chinoises, très liée au crime organisé (Triades)
En Asie du Sud-Est la piraterie s’insère dans les économies locales et les secteurs pauvres de la société qui en vivent, souvent avec la complicité des autorités. Ainsi, dans l’archipel de Riau (Sud de Singapour, en Indonésie) des Robins de Bois maritimes redistribuent leur butin à des villages entiers.

Coopération internationale contre la piraterie

Depuis 1971, les détroits de Malacca et de Singapour sont rattachés aux eaux intérieures des 3 États riverains. Ils sont tous responsables de la sécurité. 1968 marque la création du Conseil du détroit de Malacca. Il s’occupe des relevés hydrographiques, de l’aide à la navigation et des mesures anti-pollution.

Des mesures de sécurité sont prises depuis 15 ans (modernisation des polices maritimes, renforcement des patrouilles...). On note la participation de pays étrangers concernés par le trafic comme le Japon.

En 1992 est créé un centre régional de lutte contre la piraterie. Désormais on utilise un système d’identification des navires par satellite. En 2004, l'initiative régionale de sécurité maritime proposée par les États-Unis est acceptée par Singapour mais refusée par la Malaisie et l’Indonésie.

La piraterie régresse dans le détroit de Malacca depuis 2000, mais elle est déplacée dans d’autres zones moins surveillées, notamment en mer de Chine méridionale.

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Un éventail de bases militaires

Il y a de nombreuses bases militaires occidentales en Asie héritées de la deuxième Guerre Mondiale ou de la guerre froide. La Russie avec Cam Ranh (Vietnam) et le Royaume-Uni avec Brunei et Diego Garcia ont encore des points d’appui. L’Asie orientale et méridionale est le 1er marché mondial d’armements.

  • Principaux vendeurs : États-Unis, Russie, Union européenne

  • Principaux acheteurs : Japon, Chine, Taiwan, Corée du Sud, Inde

La présence militaire des États-Unis

Les États-Unis, malgré leur retrait des Philippines (bases de Clark Air Field et Subic Bay en 1992), maintiennent un important réseau de bases à partir du Japon et de la Corée du Sud. Ils entretiennent une flotte de 100 000 hommes en Asie orientale. Par exemple, la VII ème Flotte du Pacifique ouest.

Le Commandement américain unifié pour le Pacifique (US-Pacom) recouvrant plus de 40 pays est le plus étendu dans l’armature militaire des États-Unis.

Les États-Unis disposent de 5 alliances militaires en Asie orientale et méridionale : avec le Japon, la Corée du Sud, les Philippines, la Thaïlande et le Pakistan. En 1996, lorsque la RPC lance des missiles au-dessus du détroit de Formose, la VII ème Flotte patrouille dans les eaux taiwanaises.

Le «collier de perles» chinois

La modernisation de son armée notamment de sa marine est une préoccupation majeure pour la RPC, puissance nucléaire depuis 1967. Son budget militaire augmente plus vite que la croissance du budget de l’Etat.

La Chine est le principal client de l’industrie militaire russe (sous-marins, missiles...). Le porte-avions Shi Lang d’origine ukrainienne fait son premier essai en août 2011 et devrait être opérationnel en 2016.

La Chine dispose d’un réseau de bases navales qualifié de «collier de perles» par le Pentagone, qui s’étend de la mer de Chine méridionale à l’Afrique orientale.

L’Inde modernise sa flotte

L’Inde, puissance nucléaire depuis 1998, privilégie pendant longtemps une stratégie et une défense terrestres. Puis, modernisation en 1990’s : l’Inde adopte une stratégie de «contrôle maritime» dans l’océan indien.

Elle y rencontre la Chine, alliée à la Birmanie. La marine indienne multiplie les exercices communs avec la US Navy et s’intéresse à la surveillance du détroit de Malacca.

Le Japon se projette sur les mers

Les dirigeants japonais s’inquiètent des activités illégales dans leurs mers environnantes, et plus loin, de la sécurité du détroit de Malacca. Le nombre de navires surpris en pêche non autorisé dans sa ZEE a été multiplié par 6 en 3 ans. La contrebande et le trafic de passagers clandestins augmente en mer de Chine orientale.

En 1999, la loi élargissant le champ de responsabilité de la FAD et en 2003 l’État japonais décide un programme de défense anti-missile avec des navires
de type Aegis.

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