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Chapitre 28 :
Le Japon, la construction et la mutation d'un modèle

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Le Japon, la construction et la mutation d'un modèle
Introduction
  • 1932 : Théorie du «développement en vol d’oies sauvages»
  • 26 février 1936: échec d’un d’Etat militaire, victoire de la tendance technocratique
  • 1942 : Nomination et élection de la «Chambre du Pacifique»
  • 1945 : Défaite du Japon à l’issue de la Guerre de Quinze Ans
  • 1946 : Première élection démocratique après la défaite
  • 1947 : Nouvelle Constitution, réforme agraire
  • 1950 : Maximum de la population agricole totale (40 millions)
  • 1952 : Traité de paix de San Francisco
  • 1954 : Lancement du programme nucléaire civil
  • 1955 : création du PLD
  • 1956 : la part de la population urbaine dépasse celle de la population rurale
  • 1960 : Pic de la SAU (6 millions d’habitants)
  • 1967 : début de la construction de la centrale nucléaire de Fukushima dai-ichi
  • 1972 : Restitution d’Okinawa par les États-Unis
  • 1978 : Les noms des criminels de guerre inscrits à Yasukuni
  • 1977 : Le secrétariat d’Etat pour la science et la technologie combine la science régionale et l’activité technologique
  • 1983 : le MITI lance le plan Technopolis (1983-1998)
  • 1985 : Accords du Plaza, le Premier ministre Nakasone en visite officielle à Yasukuni
  • 1986 : Politique des «100 000 visas»
  • 1987 : Démantèlement de la Japan National Railways
  • 1990 : Fin de la bulle spéculative, choc Mahathir
  • 1993 : Hosokawa, premier ministre démocrate
  • 1994 : Murayama, premier ministre socialiste
  • 1995 : Dérégulation du marché rizicole
  • 1996 : La part des personnes âgées (> 65 ans) dépasse celle des jeunes (<14 ans), retour du PLD à la tête du gouvernement
  • 1997 : Première rencontre informelle de l’ASAN + 3
  • 1999 : Renault participe au capital de Nissan
  • 1999 : loi accélérant la fusion des communes
  • 2005 : Privatisation de la Poste
  • 2009 : Arrivée du PDJ à la tête du gouvernement
  • 2011 : Kan Naoto, premier ministre démocrate, veut sortir du nucléaire mais démissionne, séisme, tsunami et fusion de 3 réacteurs nucléaires à Fukushima dai-ichi
I

Le Japon : construction d'un modèle politique et économique original.

A

Le modèle politique du Japon

Au cours de l’ère moderne, le Japon est confronté à 3 évènements majeurs :
- À l’issu du «long XVI ème siècle», prise de conscience de la menace coloniale donc rejet des Européens et du christianisme et repli sur l’archipel
- 1853 : réouverture forcée du Japon par les Occidentaux
- Défaite militaire de 1945 puis occupation américaine jusqu’en 1952

Le peuple japonais (pas seulement les élites) a toujours considéré ces situations comme des défis. Le philosophe Takeuchi Yoshimi (XX ème) pointe après-guerre le Japon et «sa morale des premiers de la classe», il dit encore «Rattrapons-les ! Dépassons-les ! Voilà la devise des champions de la culture».

1

La construction de l'État-nation

Le sort fait à la Chine lors des guerres de l’opium inquiète l’élite japonaise. Après la réouverture et la signature des traités inégaux (1858), la seule préoccupation des dirigeants et de l’intelligentsia japonaises est à nouveau d’éviter que le Japon soit conquis par l’Occident.

Le bon élève meijien

La réponse du Japon est d’adopter ce qui fait la force de l’Occident sans perdre son âme. Les slogans de l'ère Meiji sont : «Pays riche, armée forte» et «esprit japonais, technique occidentale» (wakon yosai).

Pour cela le Japon se dote d’une armée, d’une administration et d’un État modernes. L’État meijien bâtit des entreprises industrielles (1870-1880) et les privatise ensuite (1880-1900). Il construit ports et chemins de fer.

Les premières élections démocratiques sont réduites et censitaires (1890). Le suffrage universel n’est accordé aux citoyens masculins qu’en 1925 et aux femmes qu’en 1946. En 1925, la Loi pour la préservation de la paix restreint les droits d’association, de publication et de manifestation publique.

La puissance meijienne

S’en suit une série de guerres avec la Chine (escarmouche en 1874, guerre en 1894) et la Corée, historiquement le vassal de la Chine. Les experts occidentaux sont d’abord chaleureusement accueillis, mais, ayant déçu, la guerre avec l’Occident finit par éclater

Cette époque marque aussi l'abolition de la caste guerrière samurai avec la création en 1872 d’une armée moderne de circonscrits.

Bellicisme outremer et colonisation expriment un projet politique (construire un nouvel ordre asiatique où le Japon aurait une meilleure place) auquel s’ajoute un projet économique.

Le Japon colonialiste

Le colonialisme japonais suit un schéma de «centre-périphérie», de l’intérieur vers l’extérieur de l’archipel : Hokkaido est constitué en département à part à partir de Meiji, le département d’Okinawa est créé en 1870’s. Sont aussi conquis la moitié de Sakhaline, la Corée, le Manchukuo (1932)...

La coupure temporelle et territoriale de la colonisation

Il semble y avoir une coupure dans la forme de la colonisation japonaise en 1895. Avant cette date, l’expansion est considérée simplement comme une réaction nationale au sein d’un processus de modernisation face à la menace de colonisation occidentale.

Néanmoins, le colonialisme japonais se caractérise par sa dimension régionale : toutes les colonies sont en Asie.

2

L'empereur, clef de voûte du système japonais

La question de l’empereur japonais et de la "tennocratie" (de tenno, empereur en japonais) est, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, géopolitiquement centrale.

Au début du XVII ème, le shôgunat Tokugawa, ayant acquis un pouvoir quasi- absolu, choisit de conserver la monarchie. Sous Meiji, l’empereur incarne la modernisation face à la Chine et l’Occident. L’idéologie nationaliste japonaise repose sur l’affirmation de l’ancienneté et de la continuité dynastique impériale.

Une Constitution simplement ratifiée

Le tenno («souverain du ciel») est quelque part entre le roi et le pape. Son registre religieux est composite (shintô, bouddhiste, taoïste...). Le principe impérial est écrit dans l’Article 1 de la nouvelle Constitution japonaise de 1947 : «L’empereur est le symbole de l’État et de l’unité du Peuple».

Cette Constitution n’a jamais été votée par le peuple lui-même. Elle a seulement été ratifiée en 1946 par les députés d’une Chambre élue seulement 4 mois plus tôt.

L’importance des élections de 1946

Les élections d’avril 1946 sont cruciales car elles jettent les bases politiques sinon idéologiques du Japon actuel. Scrutin voulu est voulu «libre» par l’occupant américain qui tente d’expurger les dirigeants sortants par le décret de janvier 1946.

Mais d’anciens partis se reconstituent sous de nouveaux noms (par exemple, le Parti progressiste du Japon qui réunit les fractions impérialistes et fascisantes). Cela explique pourquoi de nombreux députés élus proviennent de la Chambre de 1942. De plus, les États-Unis étant effrayé de la prise communiste du pouvoir en Chine de 1949, ils libèrent certains criminels de guerre japonais et stoppent l’épuration anti-fasciste.

Une caste politique héritée de la guerre

Ainsi, les mêmes personnalités se retrouvent aux commandes. Par exemple :

  • Hatoyama Ichiro, qui rejoint le Parti démocrate dans les années 1950, et dont les deux petit- fils deviendront Premier ministre et ministre dans les années 2000

  • Kishi Nobusuke, qui avait été emprisonné comme prisonnier de guerre de rang A (le plus haut) et libéré en 1948, qui deviendra ensuite premier ministre. Son petit-fils, Abe Shinzo, a été Premier ministre de 2006 à 2007.

3

Le pin vert sous la neige

Si tous les dirigeants japonais ont voulu réformer l’article 9 pacifique de la Constitution, ça n’a pas été le cas de l’article 1.

Rester immuable

Il est frappant de remarquer la volonté obsessionnelle de touts les anciens dirigeants du tenno-militarisme qui ont été mis en prison d’épargner l’empereur et de sauver la monarchie à tout prix.

Le poème de l’empereur Hiro-Hito écrit immédiatement après la défaite est révélateur : «Vaillant, le pin droit / qui reste vert sous le poids / de la neige, or toi / mon peuple, sois, de même / tout pareil à son emblème»

La dette envers les États-Unis

Le maintien du système impérial explique la force de l’alliance entre Japon et États-Unis. Le Japon est profondément reconnaissant envers l’occupant américain du sauvetage de la peau d’Hiro-Hito (réclamée en 1945 par d’autres pays comme l’URSS et la Chine). Le général Mac Arthur, responsable de ce sauvetage, est vénéré comme un dieu par la droite japonaise.

Les conservateurs japonais pris au piège

Le gouvernement japonais ayant accepté les accords de Yalta dans le cadre de la Guerre Froide, se trouve coincé lors de la disparition de l’URSS : l’épouvantail communiste chinois disparait et les 3 litiges frontaliers «surinsulaires» restent irrésolus. Contrairement à la Chine qui vient de régler ses différends territoriaux avec la Russie, l’Asie du Sud-Est, l’Inde...

Notons cependant que l’ambassadeur américain a reconnu la revendication japonaise sur les Kouriles en février 2011.

B

Du toyotisme à la flexibilité

Le toyotisme désigne initialement un mode manufacturier, plus largement, c’est un système socio-économique et spatial qui résulte d’un consensus entre Etat, patronat et syndicat et qui est une déclinaison japonaise du keynésianisme.

1

Un capitalisme de guerre chaude puis froide

Le Japon avant 1990’s se repose sur 2 systèmes : celui des années 1940 et celui de 1955. La défaite militaire de 1945 est plutôt une transition car beaucoup de personnalités évitent l’épuration dont l’empereur, et la démocratisation politique est plombée par un parti hégémonique, le clientélisme, le népotisme, la corruption...

Le «système des années 1940»

Dans les années 1940, le capitalisme japonais s’organise en économie de guerre. Dirigisme qui s’effectue sur la base d’un «national-développementalisme» face à la menace impérialiste occidentale et dans un complexe de «rattrapage». L’idéologie officielle promeut le consensus national sous l’égide de l’empereur.

Le mouvement ouvrier est encadré par des organisations verticales et corporatistes. Sa domestication est acquise par la répression, le contrôle des salaires et des mesures sociales : caisses de retraites (1937) et assurance-maladie nationale (1938).

L’adaptation du «système des années 1940»

Diverses structures d’encadrement économique sont réadaptées après 1945 : de puissants instruments de régulation économique et de contrôle social sont amplifiés.

L’économie est planifiée, le système financier accorde à la Banque du Japon un rôle éminent. L’État garde le monopole des télécommunications. Compagnie nationale ferroviaire qui gère les grandes lignes. L’exception à ce dirigisme est le secteur de l’électronique, où triomphent les ! idées libérales de Yasuzaemon (XX ème). Surnommé le «roi de l’industrie» dans les années 1920, il s’était vainement opposé à la nationalisation de la production électrique. Ce choix pèse lourd dans les modes de gestion qui conduisent à la catastrophe nucléaire de 2011.

Le «village nucléaire»

L’État japonais garde cependant la main sur la stratégie du nucléaire civil. Encouragé par les États-Unis et leur politique de l’atom for peace exprimée par Eisenhower en 1953, l’État lance en 1954 un programme de recherche nucléaire, encadré par une loi sur l’énergie atomique votée en 1955.

La première centrale nucléaire voit ses travaux débuter en 1967 et s’achever en 1971 : c’est le premier des 6 réacteurs de Fukushima construit par General Electric.

Le «Village nucléaire» désigne le cercle d’entités gouvernementales, de fabricants et de personnes impliquées dans la promotion de l’énergie nucléaire.

Le «système de 1955»

En 1955, le courant conservateur fusionne ses ailes libérales et démocrates pour former le PLD pour contrer la fusion du courant socialiste la même année en le PSJ (Pari socialiste japonais). Le PLD est régulièrement reconduit au pouvoir...

Le monde politique, l’administration et le monde des affaires s’imbriquent alors étroitement. Le système aussi appelé «triangle d’airain», ou même «losange de fer» si on ajoute la mafia yakuza.

Le compromis toyotiste

La liberté syndicale et le droit de grève sont rétablis par 3 lois successives (1945,1946 et 1947). L’idéologie du syndicalisme d’entreprise est maintenue.

L’État japonais parvient à une forme d’égalité économique comparable au type scandinave grâce à une politique de compression des salaires réduisant les écarts ! Le compromis toyotiste est alors consacré : il repose sur le «triangle des trois trésors» : l’emploi à vie, l’avancement à l’ancienneté et la domestication syndicale. L’épargne importante des ménages, qui atteint son record dans les années 1970, permet à l’État de se passer de capitaux étrangers.

C'est pourquoi, contrairement aux autres pays asiatiques émergents qui ont dû s’endetter massivement et ont donc été beaucoup plus sensibles à la crise de 1997.

2

L'économie du Japon après la "haute-croissance"

Pendant la Haute Croissance (1955-1973) l’économie japonaise se tourne vers l’extraversion. Elle connaît 3 spatialisations depuis les années 1980w : la globalisation (via la relocalisation outremer de ses industries), son redéploiement à l’intérieur de l’archipel, et sa reconcentration dans les mégalopoles surtout à Tokyo.

La priorité donnée à la R&D après la Haute Croissance

Si l’intérêt pour la haute technologie et son application industrielle et commerciale est précoce au Japon, la R&D fut relativement déconnectée entre les entreprises et les universités menant les recherches à leur guise. Ainsi, l’innovation fut moins tirée par la «découverte» que par le marché. Cela signifie la compétition entre firmes pour l’application améliorée des technologies importées.

À la fin de la Haute Croissance, les dirigeants japonais veulent s’affranchir de l’importation technologique et lancent donc une véritable R&D.

Ainsi, le rattrapage technologique est achevé fin des années 1970, notamment vis-à-vis de leur principal fournisseur : les États-Unis.

Dès les années 1980, le Japon fournit 1/2 de la production mondiale de semi-conducteurs. En 2005 : 3 % du PIB est investit dans la R&D.

La bulle spéculative (1985-1990) et ses suites

En 1970’s-1980’s, le capitalisme japonais délocalise sa production en Asie orientale, Asie du SE et Amérique du Nord. Ses buts sont :

  • Réduire les excédents considérables de la balance commerciale qui créent des tensions avec plusieurs pays, surtout les États-Unis

  • Contourner les quotas de plus en plus nombreux (américains, européens)
  • Diminuer les coûts de production
  • Conquérir des marchés locaux grâce à une installation sur place

Ce processus est accéléré par les Accords du Plaza de septembre 1985 pris par le G5 : dévaluation du dollar et réévaluation du yen.

La bourse de Tokyo est promue comme place financière mondiale. Les capitaux affluent et sont massivement placés dans le foncier, provoquant une spéculation sur les terrains urbains. Les prix des terrains commerciaux augmentent de 290 % entre 1985 et 1990.

Le dégonflement de la bulle spéculative (1990-2000)

La bulle spéculative foncière et financière se dégonfle à partir de 1989. Le gouvernement augmente la disponibilité en terrains par une «Loi d’orientation foncière» en 1989.

Par plusieurs plans successifs à la fin des années 1990, l’État fait payer l’ardoise de déconfiture bancaire aux contribuables. On note par exemple l'instauration de la TVA en 1987 puis élévation de son taux.

Un intense processus de concentration et de restructuration s’opère. La fusion des banques Mitsubishi et Tokyo crée la première banque mondiale en février 2005.

3

Le démembrement du système

Le démembrement du «système des années 1940» (cycle Nakasone)

Une première vague de dérégulations et de privatisations est menée par les gouvernements Nakasone (1982-1987). La déréglementation financière dans le Japon dans les années 1980 est externe (ouverture aux marchés extérieurs) et interne (fin du contrôle étatique du crédit, des obstacles aux nouvelles techniques financières...).

La Régie japonaise du logement qui date des années 1950, qui a contribué à construire massivement des logements et à industrialiser le bâtiment, est transformée dans les années 1980 pour laisser une plus grande place au secteur privé.

L’entreprise ferroviaire nationale est démembrée. On assiste à la privatisation de l’entreprise NTT (Nippon Telegraph & Telecommunication) et de la compagnie nationale aérienne Japan Air Lines (JAL). L’instauration de la TVA clôt les dérégulations.

Le démembrement du «système des années 1940» (cycle des années 1990)

Après la bulle, le système financier japonais évolue vers le modèle américain : Banque centrale indépendante, assouplissement des règles...

En 1997, l’interdiction des holdings est assouplie et en 2001, les restrictions séparant banques d’affaires, de dépôts et assurances sont levées. La loi agroalimentaire de février 1942 (bénéficiait aux consommateurs citadins tout en confiant aux coopératives l’achat du riz) est dérégulée en 1995.

Les lois proposées par le Conseil de la concurrence industrielle (1999) qui rassemble ministres et quelques grands patrons (Sony, Toyota...) comme l’assouplissement du travail temporaire et intérimaire sont décidées. On note également le changement du MITI en METI.

La modification du «système de 1955»

Le système s’effrite au début des années 1990, le PLD perd la tête du gouvernement en 1993. Le PSJ qui devient le Parti social démocrate (PSD) accède au pouvoir de 1994 à 1996, puis retour du PLD. L’abstention électorale progresse pour atteindre plus de 40 % en 2010.

Les démantèlements sous les gouvernements Koizumi (2001-2006)

Le Premier ministre Koizumi accomplit deux démantèlements structurels importants : celui de la Société des autoroutes du Japon (juin 2004) et de la Poste (octobre 2005).

Malgré les privatisations mais l’État reste dans le capital. Les sommes colossales mobilisées par la Poste sont convoitées par le secteur bancaire privé, tandis que l’État cherche désespérément des fonds pour renflouer celui-ci.

La dette publique a démesurément augmenté. En1995, la dette passe de 60% du PIB à 210 % en 2010. Mais l’État japonais la gère en empruntant presque exclusivement au secteur financier japonais, ce qui le protège de la crise de 1997. Seule une banque japonaise, la Shinsei, est sous contrôle étranger.

L’État japonais est, derrière la Chine, le 2ème détenteur des bons du Trésor américain.

4

La mutation du système

L’État constructeur et bétonneur en transition

De nombreuses dépenses publiques relèvent des bâtiments et travaux publics. 80 % des investissements publics vont aux travaux de génie civil. Le secteur des BTP emploie 7 millions de personnes, soit 10 % de la main d’oeuvre japonaise. Il dépense 8 % du PIB, soit 3 fois plus que dans les autres pays de l’OCDE.

Depuis Meiji, l’État privilégie la construction des infrastructures (ex du Shinkansen). Souci qui s’explique par la nécessité récurrente d’aménager le milieu physique, notamment face aux risques naturels et de relier un archipel montagneux.

Un système clientéliste

Les travaux publics dirigent des fonds occultes vers les caisses électorales et corrompent les personnes. Les liens entre PLD et secteur du BTP sont très forts, notamment au sein de la faction Tanaka-Takeshita-Hashimoto.

D'anciens fonctionnaires du ministère de la Construction sont parachutés dans les sphères dirigeantes du BTP et vice versa.

La construction est déficitaire au Japon. Le PDJ a diminué le budget des travaux publics. La reconstruction du Tohoku endommagé par le tsunami de 2011 pourrait relancer le rôle de l’Etat-travaux publics.

La victoire des démocrates n’est pas une «troisième révolution»

Les dirigeants japonais maintiennent leur priorité dans le développement de l’appareil productif, en soutenant les entreprises domestiques dans leur part importante donnée à la R&D, leur acquisition outremer de firmes high-tech, et la délocalisation industrielle en Asie

Mais dans un contexte de déflation, de faible croissance économique et d’un taux de chômage s’élevant régulièrement, quoiqu’avec une ampleur moindre qu’aux États-Unis et en Europe, un mécontentement émerge parmi les citoyens.

Le PDJ remporte les élections législatives de 2009 : programme axé sur la relance de la consommation, la protection sociale, le soutien aux agriculteurs, femmes et personnes âgées...

Une large partie du PDJ provient d’une classe politique déjà en place depuis longtemps, comme des personnalités du PLD (Ozawa, Okada...). La valse des Premiers ministres démocrates : 3 en 2 ans (2009-2011) confirme ces contradictions entre des tendances au sein des partis dominants. Le pouvoir reste aux mains d’une techno-bureaucratie.

La victoire du PDJ a un arrière goût de «tout changer pour ne rien changer». En août 2011, la démission du Premier ministre Kan Naoto est due à sa position pour la sortie du nucléaire, mais aussi le mécontentement populaire.

II

Mutations géo-démographiques et sociales du Japon

A

Les mutations géo-démographiques

1

Un contraste entre la mégalopole et les périphéries

La progression de la population urbaine et de l’exode démographique des départements périphériques sont les deux phénomènes géographiques majeurs au Japon depuis un demi siècle.

L’évidement de la périphérie

Le solde migratoires est négatif pour les 36 départements (sur 47) considérés comme «non-métropolitains». Ce chiffre augmente, pour atteindre une perte de plus de 75 000 personnes en 2010. Il s’agit des régions classiques de l’exode rural comme le Tohoku, Shikoku ou Kyushu.

Les communes dont la population régresse de plus de 10 % tous les 5 ans occupent la moitiée du territoire et abritent moins de 7 % de la population. Elles sont classées en kaso («sur-dépeuplement»). Un exemple, en est les montagnes du Kyushu.

Le vieillissement de la périphérie

Le Japon est le pays où l’espérance de vie à la naissance est la plus longue au monde. En 2010, elle est de 86 ans pour les femmes et de 80 pour les hommes. En 2010, la part des personnes âgées atteint 23 %, contre 9 % en 1980.

Le vieillissement pose un problème social : la population en âge d’activité représente 60 % de la population en 2010, et devrait représenter 53 % de la population en 2050 ! Les dirigeants japonais ont lentement ouvert la voie à l’immigration étrangère pour pallier ce manque

Le vieillissement pose aussi un problème géographique : ce sont principalement les communes reculées, celles de l’exode rural et du kaso qui sont les plus âgées.

Les villes japonaises regroupent une masse considérable d’habitants sur un espace relativement réduit par rapport à l’ensemble du territoire.

Les départements qui ont une croissance déomgraphique et un solde migratoire positifs sont ceux de la Mégalopole. La Mégalopole poursuit donc son extension à partir de l’artère centrale : l’axe du Tokaido.

Ses 3 mégapoles (Tokyo, Nagoya, Osaka) rassemblent 57 millions d’habitants, soit près de la moitié de la population, concentrée sur 6 % de la surface du pays. La densité de 2500 habitants par km2, et qui atteint même 4000 hab dans le cas du Grand Tokyo. La Mégalopole rassemble 90 millions d’habitants sur 1 300 km.

2

Une mégalopole industrielle et tertiaire

Les recompositions spatiales de l’industrie

Le système toyotiste du juste-à-temps entraîne une démultiplication des lieux de production et donc un essor considérable du trafic de marchandises. Le réseau de communications urbaines et intra-urbaines est rapidement saturé. Les délais sont allongée, et la rigueur du juste-à-temps est érodée. Par exemple : les catastrophes qui ont affecté les usines du Tohoku

Les industries légères de machines électriques ont essaimé dans l’archipel. Les grandes entreprises de semi-conducteurs orientent leur production de base vers la province japonaise. Les industries légères se regroupent dans des «districts industriels».

Les logiques spatiales de l’aménagement technopolitain

Le lancement du plan Technopolis par le MITI amène la construction de 26 technopolis. Les technopolis se situent dans les arrière-pays collinéens. Mais elles restent dans ou à proximité de la Mégalopole : 18 technopolis sont sur la façade Pacifique, et 9 sont sur les axes du shinkansen.

Le renforcement économique des mégapoles

Contrairement à l’essaimage des usines et parallèlement à la concentration capitalistique s’effectue un regroupement dans l’industrie lourde et l’industrie semi-lourde. La production est rassemblée dans quelques sites centraux et plus modernes. Ainsi, la sidérurgie est concentrée sur le littoral de la baie de Tokyo. La fabrication des ordinateurs et composants est concentrée à Tokyo et dans le Kanto. D’où une recomposition urbaine des centres et l’apparition de nouveaux noyaux.

L’agriculture sacrifiée

La réforme agraire a donné la terre aux paysans. Mais avec la micro-exploitation, la mécanisation, l’utilisation massive d’engrais... cela encourage l’exode, et la plupart des agriculteurs adoptent un emploi partiel non-agricole : 80 % en 2003 !

L’agriculture régresse en hommes et en surface. Le nombre d’exploitations agricoles diminue de 3/4 entre 1950 et 2010 et la population agricole diminue encore plus, sans compter qu’elle est vieillissante (plus d’1/3 ont plus de 65 ans).

L’agriculture représente moins de 1 % du PIB en 2010 contre 10 % en 1960. L’autosuffisance alimentaire s’effondre sauf pour le riz : elle est de 40 % aujourd’hui.

La réforme rizicole de 1995

En novembre 1995, la nouvelle loi alimentaire instaure un retrait étatique du contrôle de la production et des prix rizicoles. Cette ouverture du marché rizicole entraîne une restructuration intense de la géographie rizicole. Si le grenier à riz reste le NE (Tohoku), la riziculture du Sud-Ouest est en crise.

3

La restructuration de la mégalopole

Les nouveaux flux migratoire internes à la Mégalopole

L’aire métropolitaine d’Osaka perd des habitants, et ce mouvement s’effectue au profit de Tokyo : elle lui envoie 20 000 personnes en 2010. Ce n’est pas le cas de Nagoya en raison de son dynamisme industriel.

Une nouvelle tendance à Tokyo fait que les arrondissements hypercentraux (Ex : Minato) qui ont beaucoup perdu d’habitant en gagnent depuis le milieu des années 1990. Cela qui s’accompagne d’un léger recul des migrants pendulaires.

La recomposition socio-démographique de Tokyo

Il faut noter que les arrondissements hypercentraux sont très fréquentés de jour et quasiment vides la nuit ! Il y a 7 fois plus de personnes le jour.

Le nombre de navettes quotidiennes entre domicile et lieu de travail ou d’études est considérable. Mais sa légère baisse depuis 10 ans montre une recomposition des logiques de l’habitat.

La reconquête démographique du centre de Tokyo, permise par une baisse des prix fonciers et un encouragement par des politiques publiques, correspond globalement à une gentrification (phénomène urbain d'embourgeoisement par lequel des arrivants plus aisés s'approprient un espace initialement occupé par des habitants ou usagers moins favorisés) ainsi qu’à l’arrivée de jeunes ménages de classe moyenne.

À Tokyo, la dichotomie entre Ville Haute (Yamanote) (plus aisée, verdoyante et aérée) et Ville Basse (Shitamachi) (plébéienne, plus dense) s’estompe.

Des poches de grande vieillesse de la population et du bâti se forment dans des quartiers péricentraux ainsi que dans des cités-dortoirs périphériques

D’autres quartiers péricentraux qui accueillent des immigrés notamment asiatiques rajeunissent : 430 000 étrangers résident à Tokyo

B

Les mutations sociales

Après la défaite de 1945 : «compromis toyotiste». Aujourd’hui : Remise en cause des mesures de protection sociales de 1945, la politique déflationniste de 1990’s et 2000’s a affaiblit les revenus des ménages et réduit leur épargne, d’autant que le vieillissement de la population alourdit leurs dépenses...

1

L'érosion du compromis social

Licenciements massifs

1987 marque le démantèlement de la JNR qui permet de réduire l’un des plus anciens syndicats d’entreprise. C’est le signal d’une double offensive patronale contre la combativité ouvrière et les acquis structurels du compromis social toyotiste.

Le «triangle des trois trésors» est alors ébranlé : le syndicalisme se recompose en s’affaiblissant, la précarité de l’emploi augmente avec la multiplication des CDD (35 % de la population en âge de travailler en 2008 contre 20 % en 1990) et des temps partiels. Enfin, l’avancement au mérite remplace l’avancement à l’ancienneté

De plus, 12 % de la population est touchée par le revenu d’assistance minimale. Les licenciements massifs apparaissent dans les années 1990 et troublent profondément les salariés. Ils commencent lorsque Nissan est racheté par Renault. On a ainsi une montée dramatique du chômage qui atteint 4 % de la population active en 2008.

À côté, on voit l'apparition d’une nouvelle catégorie croissante de nouveaux pauvres visibles dans les rues et l'on compte 30 000 SDF. Cela va dans le sens d'un accroissement important des inégalités.

La remise en cause du système des retraites

Entre 1994 et 1999, l’État réforme les systèmes étatiques de retraite, jusque là principalement fondés sur le principe de la répartition : il recule l’âge de départ de 60 à 65 ans, augmente les cotisations (30 % du salaire d’ici 2018), introduit la prise de risque et diminue les prestations.

L’argument évoqué est le vieillissement de la population. Mais les problèmes qui y sont liés n’apparaîtrons que dans 30 ans. Ces réformes permettent de mettre la main sur l’importante épargne populaire et de la ré-injecter dans un système financier en difficulté.

En Septembre 2007 : on apprend que les employés de l’Agence de Sécurité Sociale (ASS) sont impliqués dans plus de 150 cas de détournement des cotisations, ce qui marque un problème de confiance.

2

Les mutations sociologiques

L’évolution de la fécondité

Le Japon réalise sa transition démographique dans les années 1920. La baisse de la natalité était pourtant en contradiction avec le tenno-militarisme qui encourageait la natalité pour avoir plus de soldats. Cette tendance se poursuit malgré deux légers baby-booms : après la deuxième guerre mondiale et dans les années 1970.

En 1948, la loi eugénique légalise l’avortement, encourage le planning familial, prône une réduction de la natalité et s’inquiète de la surpopulation. Le taux de natalité chute de 28 pour 1000 en 1950 à 8,5 pour 1000 en 2010 (remontée par rapport à 2008). L’indice de fécondité atteint son record plancher en 2005 avec 1,3 et remonte à 1,4 en 2010. Le taux de mortalité est comparable à celui de1950.

Les métropoles sont fécondes mais les périphéries rurales sont vieillissantes. Les mesures prises par les gouvernements pour relever la fécondité comme les
plans Ange de 1994, 1999 et 2005 semble inopérantes.

Les femmes entre 35 et 39 ans travaillent plus en province qu’en ville (80 % contre 50 %) et ont une fécondité plus élevée (ISF de 1,5 contre 1,2)

L’évolution des moeurs

Les moeurs évoluent lentement. L'idéologie de la maisonnée des années 1930 se maintient. Mariage et procréation sont liés. Le Japon a le record mondial de nuptialité (95 %).

Le nombre de célibataires augmente cependant. En 2000 : la proportion des
femmes de 25-29 ans célibataires dépasse (55 %) pour la première fois celle des femmes mariées. L’âge moyen du mariage recule : 28 pour les femmes et 30 pour les hommes contre 23 et 26 ans en 1950, mais l’âge de la première maternité reste stable.

Le divorce est encore faible, mais avec de fortes variations régionales (élevé à Tokyo). L’idéal des familles est celui de la maisonnée (3 enfants), mais la réalité est plus proche de l’enfant unique (coûts élevés, notamment les frais de scolarité)

Vers l’individualisme sociologique et affinitaire

Une mutation sociologique s’accélère à partir du milieu des années 1980 :

  • Augmentation des divorces : 20 sur 10 000 en 2010 contre 12 en 1980, de plus
    en plus demandés par les femmes

  • Carriérisme affiché des femmes

  • Apparition d’une nouvelle jeunesse hédoniste et consumériste

  • Émergence d’une bourgeoisie de nouveaux riches ostentatoire et égoïste

  • Dégoût croissance des jeunes vis-à-vis du système scolaire, augmentation de
    l’absentéisme et des violences scolaires

  • Refus de la société chez certains jeunes : enfermement autiste autour des
    consoles de jeu ou «réfugiés du net» qui passent la nuit dans les cybercafés

  • Recrudescence des sectes délirantes, comme la secte «Aum de la Vérité
    Suprême» qui comment un attentat au gaz dans le métro de Tokyo en 1995 - Hausse de la criminalité, diffusion plus grande de stupéfiants

  • Avec le vieillissement, nouveau regard sur les personnes âgées

Simultanément, de nouvelles formes de sociabilité apparaissent. Par exemple les SEL (Systèmes d’échange local) font une percée significative : basés sur l’échange non monnayé de services-biens ou sous forme de monnaie originale. Certains sociologues japonais y voient l’émergence d’une «société de liens affinitaires», différente de l’ancienne «société verticale».

Une société urbaine

La banlieue est devenue l’espace essentiel de la ville car les quartiers centraux sont inaccessibles aux jeunes ménages.

Contrairement à la plupart des métropoles occidentales, la banlieue n’est pas au Japon le lieu où se cristallisent les antagonismes sociaux. Au contraire, elle représente l’espace social ou se concrétise une certaine idée de prospérité sur la base du consumérisme et du my-homisme

Les nyûkâmazu

L’arrivée des immigrants asiatiques nyûkâmazu (new-comers) chamboule les
conceptions culturalo-ethnicistes de l’identité japonaise. En 2008, le Japon compte 2 millions de résidents étrangers, dont les 3/4 sont asiatiques. S’y ajoute l’immigration occidentale, surtout à Tokyo, en majorité américaine.

Les métropoles comme Tokyo connaissent depuis 15 ans un important phénomène d’immigration de main d’oeuvre. Surtout depuis la déclaration en 1986 du Premier ministre Nakasone en faveur des «100 000 visas».
Mais, les immigrés sont souvent engagées dans des emplois souvent pénibles : «3 K»(kitsui - pénible, kiken - dangereux, kitanai - salissant)

On compte 250 000 immigrés clandestins au Japon, surtout présents au Japon,
majoritairement asiatiques.

Les Nikkeijin

Au sein de cette immigration, les Nikkeijin (personne de lignée japonaise) ont une place particulière. Ils viennent surtout du Brésil et du Pérou, ils descendent des anciens émigrés japonais. Ils sont 650 000 au Japon.

Ils reviennent en raison de la crise en Amérique latine et de la politique japonaise qui a officiellement décidé de faire venir les «Japonais de souche» (1990)

Ils gardent leur comportement expansif latino inhabituel au Japon et s’expriment difficilement (barrière de la langue). Souvent embauchés en CDD, ils ont du mal à tisser des liens au travail. Cette situation perturbe l’ancienne adéquation entre identité ethnique et identité socioculturelle aux yeux des japonais.

Une remise en cause de «l’unicité ethnique»

On constate l'apparition d’une nouvelle dualité entre les «sociologiquement Japonais», qui sont étrangers du point de vue de la nationalité (comme les résidents Coréens au Japon) et les «ethniquement Japonais» qui relèvent de l’ethnicité familiale voire culturelle mais sont mal intégrés dans la société japonaise (comme les Nikkeijin).

L’idée d’un peuple ethniquement homogène s’effrite. L'idée était surtout défendue après la défaite de 1945. Elle se heurte aussi à une société tokyote et mégalopolitaine de plus en plus cosmopolite. De plus, l’élite japonaise adopte dans les années 1980 une stratégie d’internationalisation. Le football a été encouragé dans cette perspective.

3

L'enjeu des collectivités locales

a géopolitique interne du Japon constitue un rapport de force à plusieurs échelles : entre le gouvernement et les collectivités locales, entre Tokyo et la province, entre le centre et la périphérie...
1. Les difficultés des collectivités locales
• Malgré des apparences quasi fédéralistes de la Constitution de 1947, les CL japonaises ne disposent que d’une autonomie relative vis-à-vis du pouvoir central.
• Les CL s’endettent considérablement. Ex : Loi de 1990 qui accroît leur charge dans le domaine social, sans transfert équivalent de ressources
! Dette passée de 15 % du PNB japonais à 35 % en 1990’s
• Mouvement de fusion des CL qui passent de 10 000 à 2 000 entre 1950 et 2006.
2. Le gouverneur à l’interface du local et du national
• Interdiction absolue du cumul des mandats ! Cela implique 2 types de carrières politiques hermétiques entre eux : au niveau national ou au niveau local.
• Seul le gouverneur (ou préfet élu) est à l’interface du local et du national : chef d’un département, il est aussi chargé par l’Etat d’exécuter les tâches prévues par la loi.
• Il dispose d’une réelle stabilité. Est intouchable à moins d’être poursuivi en justice.
• Elu au suffrage universel direct, cela lui donne une légitimité supérieure à celle du
député
• Aux élections préfectorales de 2011, Ishihara Shintaro, le gouverneur xénophobe et ultradroitier de Tokyo, est réélu pour la 4 ème fois consécutive !

III

Géopolitique du Japon

Le mythe du «miracle japonais» se répand dans les années 1960. Dans les années 1980, le déséquilibre entre un Japon qui produit plus qu’il ne consomme et atteint des records d’excédents de la balance commerciale, et des États-Unis qui consomment plus qu’ils ne produisent grandit.

Dans les années 1970 et 1980, les essayistes américains s’adonnent au Japan bashing, afin de discréditer un concurrent menaçant. Face à une concurrence accrue des pays émergents, les années 1990 est vue comme une décennie perdue pour le Japon. Mais il faut relativiser, tout n’est pas perdu pour tout le monde...!

A

L'asiatisation de l'économie japonaise

1

Le «développement en vols d'oies sauvages»

Un schéma appliqué des années 1930 à nos jours

Ce mode de développement est théorisé par l’économiste Akamatsu Kaname, avant 1945, et après, sous le nom de «développement en vol d’oies sauvages».

Les trois phases

Pour qu’un pays deviennent «avancé», il doit d’abord importer de nouveaux biens en provenance des pays avancés (industrialisés). Se faisant, il doit bien détruire par la concurrence une partie de sa production locale. Dès fin XIX ème, le Japon importe du coton indien et chinois, ruinant son coton local dont la production était pourtant importante. Le Japon développe une industrie textile.

À la fin du XIXème siècle, le Japon supplante la Chine dans les produits commercés avec les États-Unis et devient premier partenaire des et en Asie-Pacifique, jusque dans les années 2000.

Le pays crée ensuite de nouveaux biens qui se substituent aux importations.
Cela est permis par une main d’oeuvre moins chère, des matières premières produites localement et des ventes sur le marché local (courtes distances). Au cours de l’économie de guerre (1921-1945), le Japon développe une industrie lourde, qui exporte dans les pays voisins (acier, chimie...) : des transferts de technologie entre secteurs et des mesures protectionnismes sont mis en place.

Aux côtés de l’industrie lourde et chimique des années 1950 et 1970 se développe une industrie de l’automobile, des machines-outils puis de l’électronique grand public. La balance commerciale japonaise devient nettement positive à partir de 1965 et le protectionnisme se réduit. Le Japon a l’Amérique et l’Europe comme principaux partenaires commerciaux jusque dans les années 1980.

Les oies sauvages se posent en Asie orientale

On peut voir une quatrième phase reposant sur l’importation de biens en provenance des pays en voie de développement qui se traduit par une expansion industrielle en Asie orientale.

Les industries japonaises lourdes (construction navale, sidérurgie) et en partie automobile sont relocalisées dans les pays voisins (Corée du Sud, Taiwan) dès les années 1970, puis en Asie du Sud-Est dès les années 1980 et enfin en Chine dès 1985. L’électronique haut de gamme, les biotechnologies et les nanotechnologies suivent.

La théorie d’Akamatsu a aussi un versant social : elle postule une volonté nationale forte, une certaine redistribution sociale de la richesse acquise, et une liberté d’entreprendre.

L’économie japonaise est tournée vers l’Asie orientale (régionalisation importante de l’économie japonaise). Déjà marqué avant la crise de 2008 (l'Asie orientale représente 45 % des exportations et 40 % des importations alors que les États-Unis représente 20 % et 10 %), cela est encore plus marqué après la crise (la Chine, Hong-Kong, Taiwan et la Corée du Sud représente à eux seul 40% et 30 % pour 15 % et 9 % en ce qui concernent les États-Unis).

Les oies sauvages se posent en Chine

La Chine est le premier fournisseur du Japon depuis 2002 et son premier client depuis 2009. En 2007, elle supplante les États-Unis comme premier partenaire commercial du Japon. Entre 1980 et 2010, la part chinoise des exportations japonaises passe de 5 à 20% et celle des importations de 3% à 22%.

La balance commerciale nippo-chinoise est déficitaire pour le Japon depuis 1990 mais c’est en raison des nombreuses délocalisations japonaises en Chine.

La montée en puissance économique de la Chine, qui ravit au Japon la place de 2ème puissance économique mondiale en 2010, ne signifie donc pas un recul du Japon, dont le PIB par habitant est 10 fois supérieur. La Chine est pour lui un nouveau marché et son atelier.

Les IDE japonais dans le monde

Leur essor est entraîné par l’économie de Bulle (1985-1990). Les IDE japonais se dirigent d’abord vers les grands pays industrialisés. Entre 2000 et 2004, leur destination première a été les États-Unis. Ils le restent en 2010. Suivis du
Royaume-Unis et des Pays-Bas.

À partir de 2006, les IDE japonais s’orientent prioritairement vers l’Australie, le
Brésil et l’Inde, pourvoyeurs de matières premières et marchés.

Les IDE japonais vers la Chine

Le Japon est le premier investisseur en Chine, qui arrive aux 2ème rang de la destination des IDE japonais en 2010. Il est suivi de loin par la France, l’Australie. Les industries automobiles et électroniques représentent plus de 50% de ces IDE.

Depuis les années 1980, la quasi-totalité des IDE japonais se dirigent vers les provinces côtières chinoises. 60 % vers 5 provinces (Guangdong, Fujian, Shanghai, Jiangsu et Zhejiang). Les investisseurs japonais ne prennent pas le risque d’aller plus à l’intérieur des terres.

2

Quitter l'occident, rejoindre l'Asie ?

Le «choc Mahathir»

En 1990, le Premier ministre de Malaisie Mahathir bin Mohamad propose de créer un «Groupe économique de l’Asie orientale» incluant le Japon comme leader et excluant délibérément les «nations occidentales» de la bordures de l’océan Pacifique (tant asiatiques (Australie, NZ) qu’américaines). Le projet échoue sous l’hostilité ouverte des États-Unis et celle, plus discrète, de la Chine.

Ce projet est relancé en 1997 et réapparait par exemple avec l’ASEAN + 3 ou le projet d’un ASEAN + 6 (avec Inde, Australie et la Nouvelle-Zélande).

Le néo-asiatisme

Cette proposition bouscule le Japon, ressuscitant le souvenir de la «sphère de coprospérité» (1940-1945).

L’ensemble s’insère dans une idéologie : l’asiatisme, qui réapparait sous des formes nouvelles (néo-asiatisme). Dans le cadre de l’ASEAN, et au-delà, notamment les dirigeants singapouriens et malaisiens participent à la construction d’un discours valorisant les «valeurs asiatiques» et l’ «héritage confucéen»

L’élite japonaise reste cependant divisée.

Des rapports économiques nippo-américains tumultueux

Dès les années 1970, le Japon devient un concurrent des États-Unis. Le déficit commercial es États-Unis avec le Japon se dégrade pour atteindre 60 % du déficit commercial américain total en 1994. Aujourd’hui, la part n’est plus que de 10 % (la Chine représente 40 %)

Le solde du commerce japonais avec les États-Unis représente environ 70 % des excédents japonais en 2010.

L’Amérique entre désaffection et renforcement

Depuis le sauvetage de l’empereur, le Japon, notamment l’aile libérale ou conservatrice, entretient des liens complexes avec l’ancien ennemi et la première puissance mondiale que sont les États-Unis.

Le Japon a soutenu le déficit commercial américain en achetant des bons du Trésor. Ils bénéficient du parapluie nucléaire américain.

Les États-Unis comptent toujours sur le soutien effectif du Japon et sabotent toute tentative qui voudrait affaiblir les organismes internationaux qui pilotent la zone (comme l’APEC) au profit d’un régionalisme asiatique.

Les dirigeants japonais oscillent entre un maintien de l’alliance américaine, un recentrage vers le Japon ou une ouverture sur l’Asie. L’Amérique et le camp occidental ne sont plus aussi attractifs.

L’épouvantail communiste s’effiloche

Une exception existe néanmoins : la Corée du Nord, dotée de missiles à longue portée et cherchant à s’équiper de l’arme nucléaire. Cependant, malgré ses essais balistiques réguliers (1993, 1998, 2006, 2009) et ses gesticulations, le régime nord-coréen, exsangue, n’est pas en capacité de menacer réellement les grandes puissances.

Le régime nord-coréen sert d’épouvantail et permet, en exagérant sa puissance, d’entretenir une rhétorique anticommuniste

C’est aussi le seul domaine où le Japon fait preuve d’autonomie politique et diplomatique vis-à-vis des États-Unis : le rapatriement en Corée du Nord de sommes d’argent importantes tirées du jeu au Japon, du trafic d’armes et d’amphétamines. Tout cela est contrôlé par les yakuza d’origine coréenne ou d’allégeance nord-coréenne. Par ailleurs, les voyages en 2002 et 2004 en Corée du Nord du Premier ministre Koizumi montrent aussi cette autonomie politique.

B

Un géant économique et bientôt politique

Le Japon ne peut plus être vu comme un «nain politique». L’État japonais fait de plus en plus entendre sa voix dans les instances internationales. Il prend ainsi la tête d’opérations de paix de l’ONU (Cambodge, Yougoslavie) du Haut Secrétariat aux réfugiés des Nations Unies, de l’OMS (1988) ou de l’UNESCO (1999).

Le Japon revendique son entrée au Conseil de sécurité de l’ONU depuis 1994. Il entretient la 4ème armée mondiale. En Juin 1992, les forces japonaises d'autodéfense sont autorisées à participer aux «opérations de paix» de l’ONU (PKO, Peace Keeping Operations). Une grande partie de l’élite nippone estime juste que le Japon devienne un «pays normal», ayant une véritable armée et une Constitution adaptée.

1

Un néonationalisme culturel et politique

On constate un renouveau du nationalisme au Japon, sous forme d’idées, de pulsions, de comportements. C'est une sorte de «nationalisme culturel» qui relève d’un processus postérieur à la construction de l’État-nation.

¨¨Des signes multiples**

Le néonationalisme japonais s’attache surtout aux frontières symboliques des différences culturelles sur le registre du «nous» et du «eux».

Ce néonationalisme est aussi jalonné d’actes politiques réguliers provocateurs :

  • 1985 : première visite officielle d’un Premier ministre (Nakasone) à Yasukuni

  • Récurrence de ces visites jusqu’à Koizumi

  • Remise à l’honneur du levé de drapeau et de l’hymne nationale qui glorifie
    l’empereur à l’école en 1999

  • Révision des manuels scolaires, notamment la minimisation voire négation du Massacre de Nakin de septembre 1937 ou de la section 731 (camp d’expérimentations chimiques et physiques sur cobayes humains en 1932-1945)

  • Déclarations, comme celle du premier ministre Yoshiro en 2000 : le Japon est «le pays des dieux dont l’empereur est le centre»

  • Refus de reconnaître les femmes de réconfort coréennes

  • Modification en 2007 de la loi fondamentale de l’éducation de 1947

Cela provoque un malaise chez les peuples voisins et une partie des Japonais. Ce néonationalisme se traduit par la réhabilitation du système impérial. Par exemple, la cérémonie d’inhumation de Hiro-Hito en 1989 est financée par des fonds publics, ne tenant pas compte de la séparation entre culte et État inscrit dans la Constitution.

Un passé qui passe mal

Un courant d’universitaires et de militants a entrepris une relecture néonationaliste de l’histoire japonaise contemporaine. Le «Comité pour l’élaboration des nouveaux manuels scolaires» lancé en 1996 plaide pour une vision «libérale de l’histoire» et contre une «vision masochiste de l’histoire». Néanmoins, seul une infime poignée d’établissements adoptent ce manuel.

Au contraire, le vétéran Saburô s’efforce de dénoncer les crimes de guerres japonais et de favoriser une réconciliation entre les peuples. À chaque rentrée scolaire, il y a des incidents lors des cérémonies de levé de drapeau.

La question des «excuses du Japon»

Une partie du pays estime que le Japon s’est suffisamment excusé. La déclaration de Koizumi en 2005, lors du 60 ème anniversaire de la fin de la deuxième guerre mondiale va dans ce sens.

Mais, non seulement cette déclaration se limite à 3 Premiers ministres (Hosokawa, Murayama), mais elle comporte aussi des failles :

  • Regrets adresses à «toutes les victimes de la guerre», donc aussi aux criminels de guerre japonais

  • Des «souffrances» sont évoquées à propose des «pays voisins d’Asie», bien que les Chinois ou les Coréens attendent des excuses qui s’adressent explicitement à eux.

Surtout, les principaux responsables n’ont pas été condamnés par les «Procès de Tokyo» de 1946-1948, voire sont devenus des dirigeants importants. Le «Travail de mémoire» a été radicalement différent de celui de l’Allemagne.

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L'enjeu du sanctuaire Yasukuni

Le début de la question

Situé au centre de Tokyo, près du palais impérial, Yasukuni est un sanctuaire où sont célébrées les mânes des personnes mortes en l’honneur de l’empereur.

En octobre 1978, le nouveau desservant principal du sanctuaire ajoute à la liste des personnes vénérées 14 personnes, parmi lesquelles se trouvent des criminels de guerre condamnés à mort au Procès de Tokyo (Ex : Tojo Hideki, premier ministre pendant la guerre).

Les visites de Premiers ministres

Si des premiers ministres comme Masayoshi se sont rendus au sanctuaire, c’est Nakasone Yasuhiro qui prend l’initiative de s’y rendre de façon officielle en tant que Premier ministre depuis l’incorporation des nouveaux noms, le 15 août 1985 (jour de l’anniversaire de la fin de la guerre).

Il ne renouvellera pas son geste (protestations externes et internes), mais Koizumi s’y rend 6 fois pendant son mandat (2001-2006). Son successeur, Abe Shinzo (qui est Premier ministre actuel), évite finalement de faire une visite officielle le 15 août 2007.

L’une des premières déclarations de son successeur Fukuda Yasuo est qu’il n’ira pas au sanctuaire. D’où une série de rapprochements entre Chine et Japon

Le sanctuaires Yasukuni étroitement lié à l’empereur

L’empereur Meiji en est à l’origine en 1869, mais depuis 1977 aucun empereur ne s’est rendu à Yasukuni : ils s’opposent à l’insertion des criminels de guerre, et leur opposition est annoncée en juillet 2006.

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Vers une phase "post-Yasukuni"

La dernière visite d’un Premier ministre date donc de 2006.

L’opinion publique japonaise

Les deux principaux quotidiens japonais : le Yomiuri shimbun et l’Asahi shimbun ont adopté une ligne critique envers ces visites

Deux groupes multinationaux d’historiens japonais, chinois et coréens tentent d’élaborer une histoire la plus objective possible. Le peuple japonais, encore épris de paix et attaché au caractère pacifiste de sa Constitution, ne se satisfait pas des dérives que comportent ces visites.

L’enjeu de l’empereur

C’est bien la question de la responsabilité japonaise dans la guerre qui est posée par l’arrivée des criminels de guerre sur les tablettes de Yasukuni. D’autant que le sanctuaire s’accompagne d’un musée que tend à exonérer la responsabilité japonaise.

Avec la mort d’Hiro-Hito, l’image complètement fabriquée en 1945 d’un empereur épris de paix doit tenir le choc. Même s’il apparaît que l’empereur a plutôt été belliciste, consentant et actif, l’élite japonaise préfère conserver l’ambiguïté. L’enjeu est l’implosion du système socioculturel, idéologique et politique.

Les verrous du Japon

La classe dirigeante japonaise est partagée dans sa géopolitique. La fraction asiatiste est minoritaire. Les néonationalistes récusent tout rapprochement étroit avec la Chine, surtout si elle reste officiellement communiste.

L’alternance des Premiers ministres du PLD prônant une ligne souple (Fukuda Takeo) ou plus dure (Aso Taro) en est la preuve.

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Les nouvelles incertitudes

La Chine bloque l’entrée du Japon au Conseil de sécurité. L’idée que le Japon se dote de l’arme nucléaire est testée auprès de l’opinion, ce qui entraînerait un relâchement de l’alliance avec les États-Unis. Le Japon montre la volonté de devenir un grand pays politique.

Le renforcement militaire

Le renforcement de la puissance militaire du Japon se poursuit. Depuis 1999, l’État japonais estime légitime d’intervenir militairement au-delà des eaux territoriales. En 2006, le Japon s’engage à financer à 60 % un redéploiement des forces militaires américaines hors d’Okinawa, et même du Japon

En 2010, les gouvernements japonais et américains s’accordent pour déplacer la base aérienne de Futenma à Okinawa (coeur d’un espace urbanisé), mais la majorité des habitants d’Okinawa ne le souhaitent pas

Une économie en yo-yo

4 grandes entreprises japonaises sont dans les 10 premières mondiales. La banque Tokyo-Mitsubishi est 4 ème en 2006. Le Japon est le premier détenteur mondial de devises et le deuxième détenteur de bons du Trésor américains.

Son commerce extérieur a baissé en valeur relative (5 % du total mondial en 2007), mais il représente autant que 40 % du commerce extérieur des États-Unis. D’autant que le Japon est le premier fournisseur de géants économiques comme la Chine, Hong-Kong...

Sa balance commerciale est excédentaire depuis le début des années 1970 ainsi que celle des paiements.

Le contexte de la tension économique mondiale

Le géant du commerce mondial (Japon) est touché gravement par une rétraction de la demande mondiale (crise de 2008), en particulier ses principaux clients que sont les États-Unis et la Chine. Son PIB recule dès fin 2008.

À mesure que la consommation américains baisse, la demande chinoise pour les biens essentiels japonais diminue et les exportations japonaises régressent. Le Japon est 14 ème mondial pour l’accueil d’IDE. Ils proviennent des États-Unis, des PB de la France et du Royaume-Uni essentiellement.

Le Japon tient le choc de la crise financière mondiale

Échaudé par la crise des années 1990, le système bancaire japonais s’est moins engagé dans le casino financier mondial et il est moins affecté par la crise financière. L’État japonais a acheté des bons du Trésor dès le déclenchement de la crise.

Il a réagi très rapidement et a injecté 2 % du PIB dans l’économie en 2009. Il est très endetté, mais auprès de ses banques et s’appuie sur l’épargne japonaise importante.

Exemple

Okinawa, entre Tokyo et Hong Kong

Le département d’Okinawa a été crée 8 ans après les autres. Sa revendication par la Chine cesse avec la guerre sino-japonaise de 1895. L’État américain occupe ce département de 1945 à mai 1972, date à laquelle elle est rétrocédée au Japon. Il y a installé de grandes bases militaires aéronavales, encore en activité.

Ces bases sont sources de nuisances (sonores, sociales, psychologiques avec des drames à répétition comme des meurtres et viols) et de revenus. L’État japonais couvre aujourd’hui la moitié des frais de gestion. Deux gouverneurs favorables aux bases ont été élus en 1998 et 2006.

Située à équidistance entre Tokyo et Hong-Kong, elle est un lieu militaire stratégique, comme «porte-avions immobile» du Pentagone, notamment pendant la guerre du Vietnam. Elle a aussi une importance économique car située sur la route de la navigation mondiale et «l’axe de croissance est-asiatique»

Vers Fukushima

Le choix du nucléaire civil relève de décisions économiques et énergétiques, ses risques aussi. L’État japonais lance un programme de nucléaire civil dès 1955.

L'idée est de tirer un profit positif de l’énergie nucléaire dévastatrice (Hiroshima, Nagasaki), et volonté d’inverser le sentiment d’impuissance engendré par la défaite.

L'année 1968 marque l'adoption des «trois non au nucléaire». Il accélère la construction de centrales dès années 1960 et surtout après le premier choc pétrolier par une alliance avec les États-Unis (General Electric).

La question de la pollution ou des déchets nucléaires est reléguée à l’arrière-plan. L’opposition des populations locales est neutralisée à coups de promesses, de subventions, d’intimidations, d’appel à l’intérêt général, «pour le bien de tout le Japon». Les centrales sont localisées dans les régions rurales périphériques, mais pas trop loin des mégapoles.

Fukushima et après

Le 11 mars 2011, un séisme de magnitude 9 provoque un tsunami qui dévaste les côtes du Tohoku. La vague atteint presque 40 mètres à certains endroits.

Le nombre de victimes relativement faible : 20 000 morts et disparus sur une population côtière de 490 000 habitants contre 220 000 morts en 2004 à la suite du tsunami.

La première vague (15 m) touche la centrale de Fukushima bâtie pour résister à une vague de 6 m et un séisme de magnitude 8. Les réacteurs 1,2 et 3 entrent en fusion.

Achevée en 1971, cette centrale était prévue pour une durée de 30 ans, repoussée de 10 ans. Elle devait être fermée en 2010. De plus, le réacteur 3 fonctionne à 30 % avec du combustible Mox (très dangereux) fournit par l’entreprise française Areva. Pour protester contre ces choix, le gouverneur de Fukushima démissionne fin 2010.

Un processus de naturalisation de la catastrophe s’opère donc au plus haut niveau de l’État, mettant l’accent sur l’alea naturel. Dans un discours de mars 2012, l’empereur évoque «l’accident de la centrale nucléaire provoqué par ce séisme».

Au début 2012, la compagnie électrique privée Tepco qui exploite la centrale de Fukushima, négocie avec l’État japonais une clause pour qualifier l’accident de catastrophe naturelle, ce qui rendrait l’État responsable et chargé des indemnisations.

Note : en 2013, la centrale de Fukushima n’est pas encore étanche et beaucoup d’eau hautement radioactive s’est échappée, créant des flaques extrêmement dangereuses.