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Chapitre 30 :
La Chine : une puissance économique et géopolitique ?

La Chine : une puissance économique et géopolitique ?
Introduction

Le retour de la Chine sur la scène mondiale est l’un des faits marquants de la deuxième moitié du XX ème et du début du XXI ème. Le développement de la puissance chinoise s'est fait sur la plan économique mais aussi géopolitique.

Les autorités chinoises s’appliquent cependant à le minimiser, une apparente modestie qui dissimule mal les ambitions de puissance d’une nation qui a effacé les traumatismes de la domination coloniale et de l’abaissement à l’époques du «break up», de l’occupation japonaise puis de la guerre froide.

Cependant, la croissance de la Chine n’a pas fait reculer la vulnérabilité de son économie comme sa société. Seuls quelques pays en Asie orientale (Japon, Corée du Sud, Taiwan) ont les moyens nécessaires pour des politiques d’étude, de prévention, d’annonce et de gestion des catastrophes. La Chine a jusqu’ici privilégié la croissance au détriment d’un développement durable, mais cette priorité semble désormais perçue comme un pari risqué....

Chronologie

  • 1949 : Proclamation de la RPC
  • 1950 : Huang Wanli, ingénieur hydraulicien, conteste l’aménagement du Huang He
  • 1960 : Ma Yinchu, marxiste néomalthusien, est démis de la présidence de l’Université de Pékin
  • 1964 : Premier essai nucléaire chinois
  • 1972 : Le Huang He n’atteint plus la mer pendant quelques jours pour la première fois
  • 1978 : Réforme de Deng Xiaoping, dite des «4 modernisations»
  • 1982 : Convention des Nations-Unies sur le droit de la mer (de Montego Bay) et décollectivisation puis dissolution des communes populaires
  • 1984 : Ouverture des 4 Zone économiques spéciales (ZES) (Shantou, Shenzhen, Zhuhai, et Xiamen)
  • 1989 : Répression du printemps de Pékin
  • 1992 : Discours de Deng Xiaoping à Shenzhen
  • 1997 : Rétrocession de la colonie britannique de Hong-Kong - Adoption du protocole de Kyoto et réduction des gaz à effet de serre - les Huang He n’atteint plus la mer pendant plus de 200 jours.
  • 1999 : Rétrocession de la colonie portugaise de Macao
  • 2000 : Premier forum de coopération sino-africain
  • 2001 : Adhésion de la Chine à l’OMC
  • 2002 : Abandon officiel de la théorie marxiste de la lutte des classes
  • 2003 : Premier vol habité chinois dans l’espace, et la Chine participe au G8 à Evian - Épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) en Chine et Vietnam
  • 2004 : Tsunami dans l’océan indien (300 000 morts) - Signature d'un accord de libre-échange avec les pays de l’ASEAN, entré en vigueur en 2010
  • 2006 : Entrée en production hydro-électrique du barrage des «Trois Gorges»
  • Mai 2008 : Violent séisme dans le Sichuan (Chine) - scandale du lait contaminé à la mélamine
  • 2008 : Jeux olympiques de Pékin
  • 2010 : Exposition universelle à Shanghai, la Chine devient seconde puissance économique mondiale et première puissance exportatrice
  • Décembre 2011 : Le lac Poyang, sur le cours moyen du Yangzi, est presque complètement asséché pour la première fois depuis 30 ans.
I

La Chine : le retour d'une grande puissance

A

La naissance de la Chine du XXIème siècle

Naissance qui se joue en décembre 1978 lorsque lors du XIème comité central du PCC la ligne réformatrice de Xiaoping l’emporte sur l’aile conservatrice du parti, incarnée par Hua Guofeng. Le programme des «4 modernisations» (agriculture, industrie, défense et technologies) est adopté comme ligne officielle du régime chinois.

1

La pérennité du système politique

Des réformes sans démocratie

Les réformes institutionnelles consistent en un renforcement des instances étatiques, la libération des victimes politiques du maoïsme et la fin des mouvements de masse. Mais le processus de réforme s’arrête vite, le mouvement en faveur de la «5ème modernisation» est réprimé dès 1979 : l'éviction en 1987 du secrétaire général du Parti favorable à une prééminence de l’État sur le parti ains que le massacre sur la place Tiananmen du 4 juin 1989 et la répression politique qui s’ensuit soldent les espoirs de
réforme politique.

Les manifestations étudiantes de 1989 et la chute de l’URSS ancrent dans l’esprit des dirigeants chinois que le développement économique peut engendrer un «libéralisme» soutenu par des forces extérieures, et donc opposées au pouvoir chinois. Le contrôle idéologique ne peut être relâché !

Malgré le semblant de démocratisation au niveau des élections locales, le PCC
cherche toujours l’efficacité et veut jouir d’une meilleure image dans le monde sans passer de compromis sur le fond. Désormais, il ne représente plus uniquement le prolétariat («représentant des intérêts fondamentaux du peuple»). Si l’interdiction de la création de partis d’opposition a été levée, seuls les partis constitués de non communistes mais soutenant le PCC ont droit de cité.

Exemple

Deng Xiaoping (1904-1992), la figure tutélaire de la réforme

Il fut l’un des leaders historiques du mouvement révolutionnaire chinois, compagnon de route de Mao. Membre du PCC dès les années 1920.

Il soutient Mao dans le choix du «Grand bond en avant». Mais la crise économique et démographique qui résulte des politiques maoïstes lui fait soutenir le projet de libéralisation agricole au profit des familles paysannes. Il est évincé du parti lors de la Révolution culturelle, ne revient qu’en 1977.

«Peu importe que le chat soit noir ou blanc, pourvu qu’il attrape des souris» : politique pragmatique et progressive. Mais il refuse toute libéralisation politique. Maintien du Parti unique jusqu’au Printemps de Pékin.

Le Parti de la Nation

En 2002, lors du XVI ème congrès du PCC, le PCC devient «le parti de la nation»et non plus celui de la Révolution. Abandon du concept de «lutte des classes» pour celui de «triple représentativité» (forces vives du peuple chinois réunies dans un Etat dirigé par le Parti de la nation)

Certaines couches sociales, comme les travailleurs, restent à l’écart et sont toujours subordonnés aux décisions d’en haut, avec pour seul recours la réclamation interne. En 2009, le PCC compte 75 millions de membres. Il instaure ce qu’on pourrait appeler une démocratie sans peuple (pas de débat ni d’opposition...)

Le Parti des entrepreneurs

L’appartenance au Parti définit la strate supérieure de la société, rendue accessible à ceux qui ont «réussi» (dont les nouveaux riches...). Il n’est possible de réussir qu’en faisant parti de la famille ou de la clientèle d’un membre du Parti. En Juillet 2001, l'autorisation est donnée aux entrepreneurs d’en faire partie, pour éviter qu’ils ne constituent ensemble un pôle politique extérieur contestataire

Cette classe entrepreneuriale fait les lois et règne simultanément au sommet du monde judiciaire et policier. Car la technostructure n’est rien sans le capital.

L’ambition de mettre en place un État de droit socialiste

Réforme juridique instaurée après le Printemps de Pékin. Progrès considérables dans tous les aspects du droit (règles de comportement imposées aux administrations jadis toutes-puissantes, davantage de garanties donnés aux citoyens, moins d’arbitraire laissé aux bureaucrates...) mais qui ne font pas de la Chine un État de droit car le juridique y reste soumis au politique et ne représente pas la valeur suprême. La corruption reste importante.

La justice n’est pas indépendante vis-à-vis du politique. Par exemple, le système de «rééducation par le travail» où elle est impuissante

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La réforme des structures économiques

Au début des années 1990, on assiste à l'apparition de l’expression populaire «plonger dans la mer», témoigne de l’extraordinaire mutation engendrée par les réformes. Alors que la période maoïste a tout fait pour supprimer les rapports marchands (interdiction du petit commerce), c’est l’inverse qui est encouragé en 1979.

La réforme économique progressive à partir de 1978

En 1978, 80 % de la population chinoise vit dans les campagnes, et 60 % vit sous le seuil de pauvreté. Les réformes concernent donc d’abord le monde rural : décollectivisation des terres au profit d’un retour à l’exploitation familiale et relèvement des prix d’achat des produits agricoles en 1978.

En 1997 vient une loi autorisant la création d’entreprises privées à la campagne, cela favorise l’industrialisation par les PME (campagnes du Zhejiang).

Puis plusieurs mesures sont prises dans les activités urbaines qui vont dans les sens de l'ouverture à l’investissement étranger (transfert technologique et développement des entreprises privées) «ouvre les fenêtres et les mouches vont revenir» :
- 1979, loi sur les co-entreprises sino-japonaises, favorise la création de joint-ventures
- 1980, création des 4 premières ZES (Shenzhen, Zhuhai, Shantou et Xiamen). Élargies à 14 zones dès le milieu des années 1980.

L’État chinois encourage l’investissement capitaliste étranger. Les ZES de Shenzhen et Zhuhai sont situées à côté de Hong Kong et de Macao.

L’ «économie socialiste de marché»

L’encouragement à l’entreprise privée est symbolisé par le voyage de Deng Xiaoping dans le Sud en 1992, où il déclare à Shenzhen qu’«il est glorieux de s’enrichir».

En 1993, apparition du concept d’«économie socialiste de marché». Dès 1994, les réformes fiscales qui répartit les recettes entre les gouvernement central et les pouvoirs locaux permettent de soutenir de nouvelles entreprises

Résultat : en 2004, presque 4 000 zones de développement à statut dérogatoire existent officiellement, dont seules 1 300 ont eu l’aval du Conseil d’État. Cela montre aussi l'affaiblissement du pouvoir central sur les autorités provinciales.

Le triomphe de la concurrence à partir des années 1990

La Chine actuelle ne pose pas encore comme principe économique de base la concurrence libre. L’État central souhaite, au moins dans les discours, encadrer le marché.

L’idée de concurrence ouverte séduit les Chinois animés de l’ «esprit d’entreprise» Exemple de contradiction du gouvernement : annonce en 2006 qu’il prendra des mesures de réduction des GES, mais n’envisage de signer le protocole de Kyoto qu’en 2012, quand d’autres grandes nations industrielles (États-Unis) auront signé...

Vers une réforme politico-économique ?

Les déséquilibres engendrés par le libéralisme rendent une réforme nécessaire. En 2007, Hu Jintao, président et secrétaire général du PCC, prône un «développement harmonieux». Égalité et justice sont les maîtres mots du plan quinquennal de 2011-2015. L’idée est de favoriser le bonheur matériel du peuple plutôt que la croissance à tout prix, et de rééquilibrer l’économie chinoise vers le marché intérieur

Cette réforme suscite des contestations au Sud. De plus, elle nécessite au préalable une réforme politique. La nouvelle équipe dirigeante (Xi Jinping) ne suivra pas forcément cette voie.

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La deuxième puissance économique du monde

La plus longue et forte croissance de l’histoire chinoise

La croissance est entre 8 et 10 % par an. L’année 2008 est une année de «récession» avec seulement 6 %, suivie d’un plan de relance économique. La croissance est de 10 % en 2010,mais seulement de 7,5 % en 2012 ! Lancée plus tard que les autres dans l’industrialisation, la Chine bénéficie des transferts technologiques.

En 20 ans, la Chine passe de 10ème à 2ème en PIB dans le monde selon la Banque Mondiale. Entre 1978 et 2011, son PIB est multiplié par 25. En 2004, la Chine devient 6 ème puissance économique mondiale. Elle dépasse la France en 2005, le Royaume-Uni en 2006, l’Allemagne en 2007 et le Japon en 2010.

La crise de 2008 ne ralentit pas l’économie chinoise, mais la rend plus centrée sur elle- même et moins dépendante de l’extérieur.

Une croissance tirée par l’exportation

La Chine s’est imposée comme la deuxième puissance économique mondiale par la valeur de ses échanges et son excédent commercial. Accentué par son entrée à l’OMC. En 1980, la Chine est 16 ème exportateur mondial. Dès 2009, elle devient 1ère avec 10 % du commerce mondial.

Son excédent commercial multiplié par 10 entre 2000 et 2008. Mais, il diminue depuis 2008 (crise européenne et américaine). Le taux d’extraversion est ramené à 20 % du PIB en 2011. Mais en 2011, la Chine reste 2ème pour son excédent commercial, derrière l’Allemagne/

On voit également la modification de la composition des exportations : 90 % sont des biens manufacturés, mais la part des produits électroniques (2009 : 40 %) augmente contrairement à celle du textile. Les exportations ont une place essentielle dans le développement économique : en 2008 elles représentent 40 % du PIB.

Une nouvelle puissance financière

Les réserves de change dues aux excédents commerciaux triplent entre 2006 et 2009. Elles représentent 45 % du PIB en 2011. En 2008, on assiste à la création de la Chine Investment Company (CIC) qui gère 300 milliards de dollars. La deuxième réserve de change au monde est chinoise, après le Japon.

Vient aussi la création de places boursières : «Le bocal aux poissons d’or» de Shanghai en 1990, rivalise avec Hong Kong comme 2 ème place boursière asiatique derrière Tokyo. En 2011, la Chine possède 1 200 milliards de dollars de bons du Trésor et est le premier créancier. Chaque mois, la Chine fournit la moitié des fonds permettant aux EU de maintenir leur déficit commercial. Il sont donc contraints d’être partenaires, la chute de l’un pouvant entraîner la chute de l’autre.

Exemple

Politique monétaire chinoise : d’une parité fixe en dollar à un rôle international

Dans une économie administrée, la valeur de la «monnaie du peuple» ou yuan est définie par l’État. Dès 1994, les autorités monétaires chinoises instaurent un taux de change unique avec le dollar pour le yuan convertible.

On voit une sous-évaluation croissante du yuan en raison de l’accumulation de capitaux chinois qui favorise l’investissement américain en Chine et les exportations chinoises dans la zone dollar.

Les autorités réévaluent progressivement le yuan depuis 2005 pour atteindre 6,4 équivalant à 1 dollar en 2011. Mais le dollar s’est déprécié par rapport à l’euro et aux autres devises. La Chine est accusée de dumping monétaire. Entre 2005 et 2008 : elle abandonne le taux peg pour un panier de devises.

En 2009, l’État chinois abolit le contrôle des changes et autorise les entreprises étrangères installées en Chine à utiliser le yuan. La Chine se dégage donc du dollar. En décembre 2011 : le Japon est le premier État à faire entrer le yuan comme monnaie de réserve, reconnaissant son statut international.

Depuis 2009, la Chine propose de remplacer le dollar (trop connecté à une nation) par une vraie monnaie internationale, comme des DTS (droits de tirage spéciaux).

B

La nouvelle Chine

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Un développement industriel extraverti

Une mutation sectorielle

Bien que l’agriculture tienne théoriquement une place équivalente à l’industrie dans le programme des «4 modernisations», les réformes favorisent l’industrialisation rapide :

  • Agriculture : passe de 50 % à 10 % du PIB entre 1950 et 2010

  • L’industrie reste autour de 45 %

  • Les services passent de moins de 25 % à 45 % du PIB entre 1978 et 2010

Les 500 plus grandes entreprises chinoises réalisent un chiffre d’affaire en 2008 égal à plus du double de 2002. Elles représentent plus de 80 % du PIB. Ainsi, le sidérurgiste Shanghai Baosteel (conglomérat d’Etat), ou China Mobile (entreprise d’État). On peut parler de capitalisme d’Etat car les firmes du secteur public réalisent 60 % du PIB en 2011

L’«usine du monde»

En 2010, La Chine devient le premier pays manufacturer devant les États-Unis avec 20 % de la production: 80 % des jouets, 75 % de l’horlogerie, 60 % des appareils numériques...

Avec son entrée dans l’OMC, sa part dans la production textile mondiale passe de 30 % à 50 % entre 2004 et 2010. La ville de Datang devient ainsi la «ville de la chaussette» (35 % de la production mondiale).

La Chine alimente les plus grandes chaînes mondiales de distribution : C’est le premier fournisseur de Wal-Mart Stores. Même si la crise de 2008 fragilise cette
situation d’«usine du monde»

Le rôle des investissements extérieurs

La croissance a modifié la nature des exportations. Il s’agit à 90 % de biens manufacturés dont plus de la moitié est issue de filiales d’entreprises étrangères. Selon Claude MEYER (2010), les firmes étrangères assurent 70 % de la production et 85 % des exportations chinoises.

Depuis 2002, la Chine est le premier pays d’accueil d’IDE. Ces IDE sont concentrés par secteurs (60 % dans l’industrie), par pays investisseur et par région d’accueil (80 % aux 10 provinces côtières, contrairement à des régions comme le Tibet ou la Mongolie qui n’ont presque rien).

L’asiatisation des investissements

2/3 des IDE chinois viennent de Singapour, Corée du Sud, Japon, Hong Kong et Taiwan. Le développement de la Chine provient donc d’une partie majeure de l’Asie orientale. Hong Kong est le premier investisseur en Chine, mais c’est dû au blanchiment d’argent

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Une mutation technologique

La base manufacturière

La Chine brûle les étapes qui ont pris des décennies à des pays comme le Japon. Elle a fondé ses premiers succès sur un secteur industriel à faible niveau technologique, développe ensuite des secteurs industriels de moyenne ou haute technologie (électroménager...). Depuis 2005, elle se positionne pour passer aux industries de pointe.

Vers l’industrie de pointe

L’objectif de la Chine n’est autre que de figurer parmi les grandes puissances. La microélectronique, les biotechnologies, les nouveaux matériaux, les télécommunications, l’aviation civile, la robotique, l’informatique et les logiciels
sont considérés comme les secteurs cruciaux dans la compétition internationale.

Certains secteurs suscitent un engouement auprès des jeunes ingénieurs chinois :
- 2001, création d’une industrie complète de télécommunications (fibres optiques)
- 2010, plus puissant supercalculateur du monde : Tianhe-1A
- Aéronautique : en 2008, création d’une co-entreprise EADS-AVIC pour la
production d’avions à partir de 2011. En 2010, une filiale d’AVIC sort son premier C919, concurrent de l’A320 et du Boeing 737. La production chinoise s’imposera car le marché aéronautique chinois est devenu 2 ème mondial. Besoin de 3000 avions d’ici 2030.
- Aérospatiale : devenue en 40 ans l’une des premières au monde, la Chine a lancé 50 satellites sur les 75 lancés entre 1970 et 2000), a organisé un vol spatial habité, un projet d’envoi d’une station sur la Lune... Premier taikonaute dans l’espace en 2003 (Yang Liwei)

Volonté de devenir indépendant des autres pays, tout en se tenant tout le temps au courant de tous les progrès faits dans le monde. Les principales branches industrielles sont tenues par les grandes compagnies d’État.

Exemple

Industrie automobile

L’un des premiers secteurs industriels non tourné vers l’exportation mais vers le
marché intérieur, il atteint le premier rang mondial en 2009, devant les États-Unis. Le parc automobile chinois, quasiment inexistant en 1985, compte 80 millions de véhicules en 2010. Importance majeure du salon de l’automobile de Shanghai.

En moins de 20 ans, la Chine s’impose comme 2ème constructeur automobile mondial. Cela est d’abord fondé sur les joint-ventures : 1992 : Citroën s’installe à Wuhan. Volkswagen est associé à FAW et représente 1/4 de la production automobile chinoise.

Ensuite est arrivé le développement de constructeurs privés chinois : Chery (spécialiste du véhicule en kit !) qui investit au Brésil, en Espagne et crée une usine en Bulgarie, Geely (2001) qui rachète Volvo en 2009, BYD (Build your dreams).

L'activité est soutenue par le développement d’une classe moyenne, avec seulement 1/4 des Chinois, le marché automobile chinois va longtemps rester numéro un, et par l’investissement public en infrastructures routières.

Une exportation technologique... d’origine étrangère

En 2003, les exportations chinoises de haute technologie sont plus de 40 fois supérieures à celles de 1991. La Chine, avec 60 % de la valeur des importations informatiques américaines en 2009, s’impose comme le premier fournisseur des États-Unis en informatique. Mais les exportations viennent d’entreprises japonaises ou taiwanaises délocalisées... (Mac, iPod, iPhone, HP...).

La fabrication des produits d’Apple sont traitées chez Foxconn (taïwanais), qui est le premier employeur privé en Chine, notamment à Shenzhen.

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Les méandres de l'internationalisation

À l’abri du protectionnisme national

La Chine n’hésite pas à protéger son marché intérieur et ses industries de pointe naissantes, outre son protectionnisme monétaire. Suscite des plaintes des États-Unis et de l’Union européenne à l’OMC en 2004, 2006 et 2010 (sur les appels d’offre publics exigeant des composants nationaux)

La censure politique assure une protection commerciale aux entreprises informatiques. Le nombre d’internautes chinois passe de 250 millions en 2008 à presque 500 millions en 2011. C’est la première communauté virtuelle au monde, devant les États-Unis.

Google qui s’est vu imposer un filtrage, se replie sur Hong Kong en 2010. Facebook est bloqué par la censure chinoise depuis 2009 et Twitter est interdit.

Les firmes chinoises prospèrent donc : Baïdu est devenu le 1 er moteur de recherche chinois, Tecent le 1 er site de messagerie instantanée, Taobao le 1 er site de commerce en ligne grand public... Succès fulgurant de Sina Weibo (microblog chinois) lancé en 2009, qui rassemble 40 % des internautes chinois en 2010 !

Exemple

La naissance d’une industrie informatique chinoise : LENOVO

Fondé dans les années 1980 comme sous-traitance d’IBM pour distribuer des PC occidentaux en Chine, puis des PC chinois dès 1990.

En 2005, Lenovo rachète la division hardware d’IBM, son ancien donneur d’ordres. Elle grandit grâce au marché intérieur. Elle réalise 40 % de ses ventes aux États-Unis, en Europe et au Japon en 2011. Elle devient en 2011 deuxième producteur mondial de PC (devant Dell, américain, Acer, taiwanais, et Toshiba, japonais).

Puis l'entreprise s’internationalise : centres de R&D au Japon, en Inde, centres de décision aux États-Unis. Elle diversifie sa gamme en rajoutant aux PC professionnels des PC grand public. Les Jeux-Olympiques de Pékin, dont elle était le premier sponsor, l’ont consacré médiatiquement sur le plan international.

Les IDE chinois longtemps limités

Ils progressent depuis 2005 et se concentrent à 70 % en Asie. En 2008, 8 000 entreprises chinoises sont présentes dans 160 pays. Les compagnies d’Etat cherchent partout des hydrocarbures.

La Chine, qui accumule depuis bientôt 30 ans les milliards de dollars d’un commerce extérieur florissant, trouve dans la crise financière mondiale de 2008 des opportunités imprévues d’acquisitions en Iran, Brésil, Russie, Venezuela, France...

En échange de ces liquidités, elle prend en gage des participations minoritaires dans de nombreux groupes internationaux : Par exemple, China Developpement Bank acquiert 10 % de Barclay’s en 2007, et China National Petroleum Corporation prête à la Russie, Brésil et Venezuela en échange de livraisons de pétrole à long terme. COSCO (Chinese Ocean Shipping Company) rachète l’autorité portuaire du Pirée en 2011 (France)

Les IDE chinois visent à contrôler les matières premières, l’énergie, l’agriculture et le foncier agricole, dont la Chine dépend. 60 % s’effectuent dans l’énergie (Petrochina, CNPC, Sinopec), 15 % dans la finance, 15 % dans l’industrie. Essor de la présence chinoise en Afrique («land grabbing»).

Un modèle d’affaires international

Des groupes comme Lenovo ou Huawei, désormais l’un des premiers groupes privés qui atteint le 4ème rang mondial en 2009 pour ses logiciels de télécommunications et de téléphonie mobile sont devenues des firmes internationalisées. Par exemple, Huawei se développe en Chine, puis Afrique, Moyen-Orient, Asie, et Europe

Les grands groupes chinois embauchent de plus en plus de cadres états-uniens spécialisés dans la fusion/acquisition d’entreprises internationales. Ex : Geely automobiles, Chinachem... Les banquiers chinois vont se former dans les banques américaines ou européennes.

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Vers une société de l'individu

Vie privée contre vie publique

La vie privée avait presque disparu entre 1950 et 1979, elle se reforme depuis 1980. La libéralisation des moeurs et de l’économie , encouragée par les séries télévisées et leurs exemples, a eu un effet foudroyant sur la consommation. Le premier signe du changement fut la généralisation de l’accession à la propriété des appartements en ville.

On voit aussi la multiplication des stratégies individuelles et familiales. Le bourgeonnement de l’individu concerne surtout les villes. Les paramètres qui semblent jouer sont : le fait que les familles soient aisées, la hiérarchie du Parti et la taille des villes.

«Il est glorieux de s’enrichir» (1992)

La «Révolution culturelle» refusait tout enrichissement personnel issu du travail. Le mouvement inverse est lancé dès 1979 par cette proclamation de Deng Xiaoping. Le PIB par habitant est passé de 100 dollars en 1978 à presque 6000 dollars en2010. Même si cela ne représente qu’un dixième du PIB par habitant japonais ou américain. L’IDH chinois est cependant médiocre en 2010 : 0, 66 (81 ème mondial)

La réduction de la pauvreté

La croissance a fortement réduit la «pauvreté absolue» (1,25 dollar par jour). Selon la Banque mondiale, le nombre de Chinois concernés est de 150 millions en 2011 contre 400 millions en 1990. La pauvreté touche surtout les populations rurales des provinces reculées et le prolétariat urbain des mingong, la «population flottante» (immigrés de l’intérieur). Ce prolétariat est sur-exploité et vulnérable car il n’a pas de permis de travail.

Mais une grande partie de la population reste très pauvre en raison du maintien d’une politique de bas salaires pour attirer les investisseurs étrangers. Cela est renforcé par l’inexistence de syndicats indépendants du pouvoir Les écarts de salaires se creusent et passent de 1 à 7 en 1980 à 1 à 25 en 2007.

Le coefficient de Gini est de 0,47 pour la Chine en 2010, alors que 0,40 est admis comme le seuil au-delà duquel les inégalités sociales sont facteurs de crises.

L’apparition d’une classe moyenne

La forte croissance est à l’origine d’une classe moyenne de 300 millions d’individus (1/4 de la population), 400 M à l’horizon 2015. Classe qui se définit par ses revenus, mais aussi par sa capacité à consommer sur le modèle occidental. Elle forme un marché solvable.

Ainsi, on compte 600 millions d’abonnés au téléphone mobile en 2010, contre 15 millions en 1997. En 2010, on estime qu’il y a 800 000 millionnaires Chinois et 0,05% de la population qui détient 70 % de la richesse du pays . 95
apparaissent dans le palmarès de Fortune en 2011.

Marche vers la modernité et la «ouestoxication»

Certains disent que la Chine est entrée dans la modernité car elle fabrique des technologies... mais la modernité, c’est avant tout l’invention et l’innovation.

C’est aussi un ensemble de conduites qui induisent la mise en action rapide des concepts dans la pratique, qualité habituellement reconnue aux capitalistes américains. Conduites qui devrait engendrer de nouvelles attitudes dans les relations sociales (liberté individuelle, importance du mérite...) Or la société chinoise reste globalement non-moderne.

La nouvelle classe moyenne instaure des rapports sociaux féroces, et
pensant s’inspirer des États-Unis, elle met en place un schéma pré-moderne. La «ouestoxication» exprime ce moment présent dans lequel la société chinoise tente de ressembler à l’Ouest, tout en puisant dans les valeurs du confucianisme.

Le développement du marché chinois

La Chine consomme 35 % de l’acier mondial, 30 % de l’aluminium, 50 % du ciment et du verre, 35 % du coton... En devenant un importateur majeur, notamment de matières premières, bientôt le premier importateur d’acier devant le Japon, elle a bouleversé la hiérarchie du commerce mondial et certaines habitudes.

La crise de 2008 peut contraindre les régions côtières développées à se tourner vers la consommation intérieure et donc contribuer à la sortie de leur pauvreté. C’est le sens du concept de «monde harmonieux» de Hu Jintao, président, en 2009.

On trouve la volonté de rééquilibrer la croissance socialement et spatialement : favoriser le redéploiement dynamique sur le marché intérieur et passer d’une économie extravertie à un marché intérieur comme moteur du développement, privilégier le bien-être de la population.

C

Les trois Chines

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Du territoire chinois aux territoires chinois

La logique maritime et littorale

L’ouverture bascule la Chine de son assise continentale et autocentrée vers l’Asie maritime et marchande. Ouverture et extraversion entraînent le développement des façades portuaires qui, en contact direct avec l’étranger, sont le poumon de la croissance économique. Si en 1949 il n’y a que 6 ports qui entretiennent des échanges internationaux, en 1980 50 nouveaux quais sont mis en chantier.

En 2010, Shanghai et Ningbo sont les deux premiers ports mondiaux par leur trafic. 8 des 10 premiers ports mondiaux sont chinois (Tianjin, Canton, Qingdao, Dalian, Hong-Kong et Qinhuangdao).

Des disparités régionales accrues

Les régions littorales, intégrées à l’économie mondiale, sont privilégies. En 2011, elles regroupent 40 % de la population et réalisent 75 % du PIB. Les densités démographiques y sont 3 fois supérieures à la moyenne nationale

Les périphéries intégrées et les provinces de l’intérieur (réservoir de main d’oeuvre migrante) contrastent aussi avec les marges exploitées. Les provinces autonomes de l’Ouest et du Nord ne concentrent ainsi que 10 % de la population, mais elles sont riches en ressources naturelles et cruciales pour les relations continentales de la Chine.

La mobilité sociale et spatiale des populations

La mobilité sociale s’est fortement accrue avec la divergence des dynamiques régionales (contrairement au système de l’étiquette qui régnait avant). Les régions littorales au développement rapide attirent une main d’oeuvre rurale provenant de l’intérieur.

Il en résulte un courant migratoire important formé des mingong (150 millions de personnes en 2004) et de 80 % des 180 millions de migrants internationaux. La récession de 2008 provoque un flux inverse : retour des mingong dans leur province d’origine. On assiste à des délocalisations car le salaire minimum du Sichuan ou Henan est le tiers de celui des provinces littorales.

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L'urbanisation de la Chine

Des populations majoritairement urbaines et hiérarchisées

Double système dans les villes :

  • la population flottante est conservée «hors des villes»
  • développement de l’urbanisation intermédiaire. Entre 2007 et 2010, la
    population urbaine passe de 45 % à 52 % de la population.

Cette urbanisation va de paire avec l’essor d’une classe moyenne, dont la structure reste marquée par le système politique et le fonctionnement en réseau de relations personnelles. Contrairement aux espoirs des théoriciens libéraux, la Chine maintient son régime autoritaire.

Le développement des infrastructures de transport intérieur

La politique économique et territoriale se conjugue avec un investissement massif dans les infrastructures de transports :

  • Le réseau autoroutier, inexistant en 1987, passe à 65 000 km en 2009

  • Le maillage des lignes ferroviaires à grande vitesse est spectaculaire : en 2009, inauguration de la 1 ère ligne TGV longue distance Wuhan-Canton. En 2011, la Chine dispose du premier réseau mondial de ligne LGV. Est également prévu la construire 90 000 km de LGV d’ici 2020.

Mais un telle vitesse de construction laisse des technologies et une sécurité mal maîtrisées, comme le montre la collision de deux TGV en 2003 à Wenzhou.

Le développement des axes continentaux et des périphéries

Les liaisons continentales se multiplient : oléoduc Caspienne-Xinjiang en 2009, oléoduc Sibérie-Daqing (Mandchourie) en 2010.

La Chine relance aussi les axes transcontinentaux vers l’Europe, comme «La Nouvelle route de la soie» : Projet Pékin-Berlin. Il y a la volonté de reconstituer la base industrielle de Mandchourie, donc le Nord-Est est privilégié. Ce rééquilibrage correspond au rapprochement Chine-Russie.

En 2009, le plan de relance de 4 000 milliards de yuan en consacre plus de la moitié au réseau routier, ferroviaire et aéroportuaire, au réseau électrique urbain et à la reconstruction des régions touchées par le séisme de 2008.

Le transport aérien est prioritaire : construction de 90 aéroports entre 2010 et 2020. L’aéroport de Pékin est 2 ème mondial en 2010, alors qu’il était 15 ème en 2005.

3

La métropolisation chinoise

Le décollage économique des métropoles littorales concerne d’abord le delta de la rivière des Perles (Guangdong) dans les années 1980 (exportation de produits à faible valeur ajoutée), puis dans les années 1990 le delta du Yangzijiang et les provinces du Zhejiang et de Fujian (exportation de biens électroniques, téléphoniques, informatiques), puis en dans les années 2000 la région du golfe de Bohaï avec Pékin et Tianjin. La concentration des pouvoirs économiques, politiques et intellectuels organise les territoires métropolitains.

Pékin et le Nord : l’espace capital

Pékin, capitale, exerce une influence régionale qui s’étend au-delà de la grande plaine du Nord. Elle est directement reliée à la ville portuaire de Tianjin et de Qinhuangdao. La superficie construite de Pékin passe de 100 km2 en 1949 à plus de 400 km2 en 1990.

L’accueil des Jeux-Olympiques de 2008 fut un symbole de puissance pour la Chine (comparable aux Jeux-Olympiques de 1964 à Tokyo et ceux de Séoul en 1988 pour ces pays)

Cette dynamique métropolitaine est aussi alimentée par des zones de développement économique et technologique à proximité des universités comme la «Silicon valley pékinoise» au Nord Est de Pékin, ou le BDA (Beijing Economic and Technological Area)

Shanghai, métropole industrielle tertiaire

Shanghai est la 9 ème mégapole du monde avec 15 millions d’habitants, et la première métropole économique chinoise. Le PIB par habitant y est 5 fois supérieur à celui du pays.

La ville devenue le lieu des extravagances architecturales. Modernité symbolisée par le quartier des affaires de Pudong relié par le Maglev (trains à sustentation magnétique) au nouvel aéroport (1999). L’Exposition universelle (thème : la «ville durable») en 2010 a joué le même rôle que celle d’Osaka en 1970 pour le Japon

Le delta du Yangzijiang est la 6 ème plus grande agglomération au monde et la région la plus développée de Chine. Sur juste 2 % du territoire, il abrite 10 % de la population et crée 30 % du PIB national.

L’entrée de la Chine à l’OMC y a été anticipée dans la finance, les télécommunications, les infrastructures liées à la téléphonie sans fil, les services aux entreprises, la formation professionnelle. L’activité tertiaire y est désormais dominante (plus de 50 % du PIB urbain en 2007). Shanghai accueille 425 sièges de firmes multinationales et demeure la principale destination des investissements étrangers (≈ 50 %).

Shanghai, interface avec l’extérieur et l’intérieur

À la tête d’un vaste hinterland axé sur le bassin du Yangzijiang, Shanghai est la première interface de la Chine avec le monde. Elle dispose de deux aéroports dont celui de Pudong, est devenue 1 er port mondial devant Singapour en 2005

La force de Shanghai est aussi fondée sur de nombreuses villes-relais qui ont saisi l’ouverture économique internationale : ces villes fournissent une part importante de la production mondiale d’un bien déterminé : à Suzhou on fabrique 70 % des souris d’ordinateur, à Qiaotou 80 % des boutons et des fermetures à pression, à Wenzhou 90 % des briquets...

Le delta de la rivière des Perles avec Hong Kong

La RPC obtient la réintégration de HK en 1997, sous forme d’une RAS (Région administrative spéciale). Hong Kong conserve une fonction d’intermédiaire financier et commercial : plus de 90 % de ses exportations sont des réexportations.

Elle cesse d’être un pôle manufacturier dès 1980’s, elle se spécialise alors dans le tertiaire supérieur : la part des services dans le PIB est de 85 % en 1997 , et les services occupent 85 % de la population active à cette date.

La ville est simultanément une métropole globale et une dépendance de la Chine. Fournit des services à la Chine (finance, courtage, assurance, immobilier, services aux entreprises, publicité...)

Le delta de la rivière des Perles avec Canton et Shenzhen

L’ensemble métropolitain du delta de la rivière des Perles représente une conurbation de plus de 70 millions d’habitants

Shenzhen occupe une place particulière : premier pôle d’accueil des délocalisations étrangères en Chine dès 1980. Après l’activité manufacturière, Shenzhen se spécialise progressivement dans les hautes technologies et la finance. Elle délocalise les activités à moindre valeur ajoutée dans le Guangdong ou les provinces intérieures.

Elle produit presque la moitié des semi-conducteurs chinois. IBM, Olympus... y ont développé des centres de production et de recherche. Les delta est l’interface méridionale de la Chine : 7 aéroports et 7 ports. Le dynamisme tertiaire culmine avec la création d’une place boursière chinoise, et du Nasdaq chinois, le chinext, en 2009.

II

Les ambitions et l'affirmation d'une puissance

A

La Chine dans son environnement régional

1

Les enjeux de l'affirmation d'une puissance

La «diplomatie du pourtour» a 3 objectifs

Donner l’image d’une Chine responsable, capable de ménager des partenaires plus modestes dans la hiérarchie de la puissance

Défendre les intérêts économiques du pays d’où une attitude conciliante avec ses voisins depuis 1989 car ménager ses partenaires assures des débouchés pour ses produits, noue des liens de sous-traitance, peut assurer une certaine solidarité en cas de crise comme dans les années 1980 et 1990. La Chine effectue en effet la majeure partie de ses échanges avec les pays asiatiques environnants. Donc volonté de nouer des partenariats durables (OCD, ASEAN + 3...).

Assurer la sécurité des approvisionnements énergétiques :

  • La Chine n’est pas très riche en hydrocarbures. Il s’agit d’assurer (contrats de
    long terme) un approvisionnement durable en gaz naturel et en pétrole pour les pôles industriels et métropoles littorales. La diversification des sources doit réduire les risques de rupture des approvisionnements.

  • L’exploitation des ressources halieutiques dans les mers proches est aussi un enjeu. En Asie orientale ont trouve des zones poissonneuses parmi les plus riches du monde. La pêche chinoise devance actuellement celle du Japon et de la Corée du Sud.

-La présence d’hydrocarbures sous-marins (mer de Chine orientale et méridionale) exacerbe la compétition (malgré les difficultés d’exploitation)

L’essor d’une puissance maritime

Si ses côtes sont moins longues que ses frontières terrestres, la Chine affiche pourtant des ambitions maritimes fortes. Cela est lié à son intégration à la mondialisation. Modernisation des sites portuaires (HK, Fujian...) et création de nouvelles installations qui avec l’essor de la conteneurisation ont donné naissance à un corridor actif de circulation. S’assurer de la sécurité de la circulation le long de cet axe est impératif pour la Chine.

L’instauration des zones économiques exclusives maritimes rend précieuse la possession d’archipels. La Chine a signé la convention de Montego Bay, mais sa ZEE n’est pas totalement délimitée... (îles Spratley, Paracels, mer de Chine méridionale...)

La délimitation des espaces de souveraineté accompagne le contrôle des voies maritimes. La Chine affronte aussi un regain de la piraterie.

2

La «politique de bon voisinage» et ses enjeux territoriaux

«Greater China»

La réintégration de Hong-Kong et de Macao constitue une étape majeure dans l’affirmation du «retour de la Chine au monde». Non seulement elle efface l’humiliation des «traités inégaux», mais elle souligne aussi le pragmatisme de dirigeants chinois («un pays, deux systèmes»)

L’intégration croissante de l’économie taiwanaise ne résout pas le contentieux politique entre les deux États. La question de l’indépendance taiwanaise est un casus belli pour le pouvoir de Pékin, pour qui il ne saurait y avoir qu’une seule Chine officiellement reconnue. La politique actuelle de Taiwan est : «Ni indépendance, ni unification, ni recours à la force».

Ainsi, les relations entre Taiwan et la Chine se détendent : liaisons par ferry depuis 2001, et depuis 2010, liaison directe par les airs. Un accord de libre-échange est signé en 2010.

L’Asie du Sud-Est

Entre l’Inde et la Chine, une douzaine de pays tentent de se faire une place au soleil de la mondialisation. Néanmoins, la Chine qui fonde ses prétentions territoriales sur des «droits historiques» provoque les pays de l’ASEAN, histoire d’affirmer son hégémonie régionale.

La même attitude est dénoncée à propos de sa gestion unilatérale des eaux du Mékong : Construction de 8 barrages en amont du fleuve a entraîné une baisse du niveau moyen du fleuve au Laos et en Thaïlande.

Conscients de ne pas pouvoir s’opposer directement à la Chine, les pays d’Asie du SE cherchent à internationaliser les conflits qui les opposent à la Chine.

L’Asie centrale

Depuis la chute de l’URSS, la zone de la Mongolie à l’Iran est devenue un enjeu stratégique pour la Chine :

  • Mongolie (3 millions d’habitants) : Pays pauvre. Echanges à parité entre la Russie et la Chine pour les importations mais la Chine est le principal client, majoritaire.

  • Kazakhstan (20 millions d’habitants) : Est resté une importante base spatiale avec le complexe de Baïkonour. Possède un sous-sol riche et une position géostratégique intéressante. La Chine s’y intéresse car ce sont les compagnies occidentales (BP, Total, Shell) qui exploitent ces ressources. La CNOOC chinoise combat leur influence en investissant dans un oléoduc qui devrait conduire le pétrole jusqu’à la côte chinoise !

  • Le Tadjikistan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan sont moins vitaux pour la Chine. Ils sont restés dans l’orbite de la Russie, leur 1 er partenaire économique, principal client pour le coton, les métaux rares et les recettes énergétiques. L’Ouzbékistan est l’acteur régional le plus important parmi les 4, mais ne dispose pas de ressources majeures en hydrocarbures. En revanche, le Turkménistan est probablement 3 ème détenteur mondial de réserves de gaz...

3

La gestion des rivalités entre pairs

Le Japon

Les relations entre la Chine et le Japon sont marquées par un changement radical dans les rapports de force économiques et politiques. L’enjeu de la pêche a changé : le Japon a vu sa part fortement décliner, et il importe désormais plus de la moitié de sa consommation halieutique. Il est le premier client mondial dans ce secteur, ses principaux fournisseurs étant les pays voisins, la Chine en tête.

Le Japon reste aussi très dépendant en terme d’énergies ainsi que pour les matières premières ou produits agricoles, des biens qui transitent tous par la mer. Pour sécuriser cela, la Diète japonaise vote en 1999 une loi qui élargi le champ de responsabilité des force auto-défense (FAD) dans les régions limitrophes et sur les mers

Depuis 2004, la présence d’un sous-marin chinois dans la zone économique exclusive japonaise provoque un regain des tension.

La Russie : l’enjeu sibérien

La Sibérie intéresse la Chine d’abord par sa proximité immédiate. Faiblement peuplée et éloignée du pouvoir central, elle recèle d’immenses richesses alors que la main d’oeuvre manque pour les exploiter (13 millions de km2 pour 40 millions d’habitants)

En particulier, la longue façade maritime de la partie orientale, riche de gisements divers, intéresse des pays d’Asie orientale. Importance du port de Vladivostok.

C’est la Primorié (région) qui présente les plus grandes possibilités d’avenir. Le développement des migrations chinoises depuis l’éclatement de l’URSS provoque des tensions, attisées par les courants nationalistes russes. Les paysans chinois viennent y chercher une vie meilleure.

L’Inde

L’Inde constitue pour la Chine le rival le plus redoutable. Puissance démographique, nucléaire (1974), industrie performante.

La dispute frontalière entre la Chine et l’Inde (par exemple pour l’Aksai Chin) n’a pas empêché les deux pays de régler la majeure partie de leurs différends frontaliers.

C’est paradoxalement sur mer que s’exprime avec le plus d’intensité la compétition entre deux puissances considérées comme des «puissances continentales». L’Inde adopte désormais une stratégie de «contrôle maritime» dans l’Océan Indien, portant ses patrouilles jusqu’au détroit de Malacca.

B

La Chine et le vaste monde

L’essor économique donne à la Chine les moyens d’affirmer un nouveau rôle international, mais simultanément, ce développement économique basé sur l’extraversion engendre une interdépendance tant à l’exportation qu’en approvisionnement.

Entre intégration et volonté de puissance, la relation au monde demeure ambiguë : être un acteur de la coopération et de la gouvernance mondiale ou remodeler l’ordre mondial en affirmant sa puissance ?

1

Renouer avec le monde

L’accession de la Chine à l’ONU en 1970 et au Conseil permanent de sécurité en 1971 lui permet de renouer avec la plupart des pays du monde, tout en marginalisant diplomatiquement Taiwan.

Sous l’ère Deng Xiaoping, la Chine profite de l’effondrement de l’URSS et de l’effacement de son influence en Asie orientale et centrale pour affirmer sa puissance. Mais, de peur de se retrouver isolée diplomatiquement, elle suit le conseil de Xiaoping («cacher sa brillance et cultiver l’obscurité»).

La présidence Jiang Zemin (1989-2002) se caractérise par l’affirmation du nationalisme chinois. La Chine développe aussi des alliances bilatérales (Ex : Pakistan)

Avec Hu Jintao, le contexte a changé depuis 2002. La Chine étant désormais parmi les premières puissance économiques, dont le dynamisme contraste avec les difficultés des Occidentaux, elle se pense comme une puissance globale cherchant à exercer son influence par la force ou la séduction

La distinction ancestrale entre le ba (hégémonie par la force) et le wang réapparait.

2

Être une puissance raisonnable

L’affirmation d’une politique de grande puissance

La Chine développe un intérêt nouveau pour le multilatéralisme : intégration à l’OMC, participation à la lutte contre le terrorisme après le 09 septembre, OCS (2001)... Elle participe aux opérations de paix de l’ONU : est 15 ème pays par sa contribution en hommes (Darfour, Libera, Haïti) ou à la sécurisation des routes pétrolières (Golfe d’Aden en 2008).

En matière de diplomatie : Hu Jintao et Wen Jaiobao multiplient les visites officielles bilatérales, et les signatures de partenariats stratégiques globaux (par exemple : Arabie Saoudite en 1999, Union européenne en 2003, Inde en 2005)

Aujourd’hui, la Chine est désormais 2er ou 2 ème partenaire commercial de l’ensemble des pays du monde !!

L’influence par la séduction

La Chine offre sa propre lecture du monde. L’expérience chinoise est présentée comme une référence de modernisation pour les pays en développement.

La Chine investit dans les réseaux d’informations mondialisées. Son agence d’information Xinhua diffuse 10 000 dépêches / jour en 6 langues. En Juillet 2010 est lancée CNC World, première chaîne chinoise d’information internationale en anglais.

L’enseignement de la culture et de la langue chinoise s’étend grâce au réseau de presque 300 instituts Confucius, présents dans 88 pays en 2010. Les jeux-olympiques de Pékin, le triomphe des athlètes chinois et l’Exposition universelle de Shanghai illustrent cette force d’attraction.

Une puissance de frappe encore en construction

La doctrine militaire de la RPC est d’abord centrée sur le «concept de défense active» ou protection du territoire. Elle se dote dès 1964 d’une armement stratégique nucléaire. L’armée populaire (2,5 millions) n’est jamais sortie de Chine. Ses capacités de projections extérieures restent limitées.

L’armée est une des 4 modernisations. Budget a doublé entre 2006 et 2001 (100 milliards de$), soit le 2ème au monde. La Chine exporte aussi de l’armement vers ses alliés (Venezuela, Iran...). Elle possède des ogives nucléaires, des sous-marins, modernise sa flotte aérienne et inaugure en 2011 son premier porte-avions.

3

S'adapter à un monde multipolaire

La relation avec les États-Unis

Les États-Unis restent la grande puissance à la fois rivale et modèle. La Chine s’est est longtemps méfié, les États-Unis étant la première force militaire dans la zone Asie-Pacifique.

Les sujets de conflits sont nombreux : Taiwan, la prolifération nucléaire et les exportations chinoises d’équipements nucléaires au Pakistan et à l’Iran, la question de la violation des droits de l’homme (1989, et répression au Tibet en 1987 et 2008).

Cependant la Chine veut, au début des années 2000, participer au maximum à l’ordre dominé par les États-Unis, en se plaçant en rival et en partenaire incontournable des États-Unis. La Chine est le premier créancier des États-Unis (40 % du déficit commercial) et elle dépend d’eux car ils sont son premier client (importations et investissements).

Avec l’affaiblissement américain avec l’Irak, l’Afghanistan et la crise de 2008, une relation d’interdépendance économique s’établit. Idée de la constitution d’un duopole «chinamérique». La Chine multiplie cependant les partenariats avec d’autres puissances émergentes.

Être «Allié naturel du Sud»

- Les alliances de puissances émergentes

Il existe des convergences d’intérêts entre pays émergents face aux pays développés, que ce soit au sein des forums des BRIC (2009), devenus les BRICS en 2011, ou avec le front Brésil-Afrique du Sud-Inde-Chine (BASIC) lors de la Conférence de Copenhague en 2009

Néanmoins, il y a trop de divergences pour permettre la constitution d’une réelle alliance.

  • La Chine et les pays en développement

Seule puissance en développement, membre permanent du Conseil de sécurité, elle joue un rôle stratégique dans la préservation des intérêts des pays en développement. Alliée privilégiée du Venezuela, de Cuba, de l’Iran, du Soudan...

Sa ligne de conduite reste fidèle aux principes de non ingérence et de respect des souverainetés nationales. Le soutien chinois passe par l’aide publique au développement (3 ème donateur alimentaire mondial), l’investissement dans les projets d’infrastructures, la coopération technique ou les remises de dettes.

L'aide va en Afrique subsaharienne ou en Amérique centrale, la contrepartie étant la non-reconnaissance de Taiwan ! Par exemple, l'Afrique du Sud en 1998, le Tchad en 2006. La Chine cherche à préserver et sécuriser ses approvisionnements en matières premières et énergie. Privilégie les partenaires lui assurant un approvisionnement régulier à moindre coût. Elle cherche aussi à diversifier les pôles d’exportations de biens de consommation et d’équipement.

La Chine en Afrique

Historiquement, la Chine et l’Afrique subsaharienne partageaient un idéal tiers- mondiste. Zhou Enlai au Ghana dans les années 1960 prône l’égalité, le partenariat et le respect des souverainetés nationales.

Ce n’est que fin des années 1990 que la Chine relance se politique africaine par la réunion d’un premier sommet sino-africain à Pékin : nouvelles forment d’implantations chinoises en Afrique sont favorisées, comme dans la distribution, les programmes de santé publique... Par exemple, on note l'installation de 750 000 Chinois en Afrique et d’une vingtaine d’instituts Confucius depuis 2004.

Pour la Chine il s’agit surtout de s’assurer de l’approvisionnement en produits bruts. L’Afrique est devenue son 2 ème fournisseur en hydrocarbures, derrière le Moyen-Orient. En échange la Chine exporte des équipements.

La Chine privilégie les partenariats avec l’AFS, l’Angola (qui devient en 2006 premier partenaire commercial de la Chine), le Nigeria, le Soudan, la RDC. Les investisseurs chinois sont parmi les premiers acheteurs / loueurs de terres, surtout au Soudan.

Cette relation est à l’origine de nombreux contentieux :

  • La Chine est accusée de concurrence déloyale : le textile africain est laminé par les importations chinoises car il est plus cher
  • Tensions entre populations africaines et chinoises (soupçon de pillage des ressources naturelles) comme en Zambie ou en Dakar.
III

La Chine face aux défis du développement durable

A

La croissance chinoise peut-elle durer ?

1

Un rythme effréné

Productivité du travail et moins-disant social

En 1994, Paul Krugman, économiste américain, qualifie dans un article la croissance asiatique de «mythe». Elle procèderait plus de l’accumulation de facteurs que de l’innovation («de la transpiration plus que de l’inspiration»).

La Chine, comme tous les pays asiatiques, a vu sa productivité du travail plus que doubler depuis le début des années 1990 même si elle reste inférieure à celle du Japon ou de Corée du Sud.

Cependant, les industriels chinois et étrangers installées en Chine s’accommodent d’une faible productivité du travail si elle est liée à des «gisements de main d’oeuvre» bon marché. Par exemple, l'industrie textile, du jouet, de la lunetterie... Ces secteurs sont ceux où le moins-disant social domine (augmentation des cadences par une quasi-militarisation du travail, réduction du nombre de jours de congé...).

Le recours au travail sous-payé des femmes est systématique, et le travail forcé des nugong («ouvrier-esclave») n’est pas exclu. Chaque années plusieurs centaines de mineurs meurent en extrayant le charbon. La dureté des conditions de travail et l’absence de médiation sociale entretiennent une sourde agitation sociale débouchant sur des éruptions brèves mais violentes

Dans les secteurs technologiquement plus avancés, la raréfaction de la main d’oeuvre qualifiée et sa mobilité élevée (turn over) ainsi que la pression des consommateurs des pays développés pour un respect minimal des normes sociales ont pu contribuer à faire augmenter le niveau des salaires. En exemple : l'augmentation de salaire de 20 % pour les ouvriers de Foxconn en 2012.

La surconsommation des intrants

La Chine consomme 0,5 TEP pour 1000 dollars de PIB produits contre 0,3 en France et en Allemagne. Mais son efficacité énergétique augmente grâce à l’essor des services et à l’émergence des classes moyennes (plus exigeantes en matière d’environnement).

La révolution verte s’est accompagnée en Chine, comme en Inde, Indonésie et Thaïlande d’une consommation démesurée d’engrais chimiques, de pesticides et d’eau.

Cette surconsommation est caractéristique d’une économie très extensive et se traduit localement par une surexploitation des ressources non renouvelables et une pression accrue sur le milieu et l’environnement. Mais les gouvernants considérent la protection de l’environnement comme un luxe de pays riches et s’opposent souvent à l’adoption de normes contraignantes.

2

Les artifices d'une croissance

Le dumping monétaire

Il a été pratiqué dans la plupart des pays asiatiques pendant leur décollage économique. Néanmoins, le cas de la monnaie chinoise est plus complexe car jusqu’en 2005, le yuan était adossé au dollar américain et variait avec lui. Il était sous-évalué.

Depuis les autorités ont accepté de modifier le système de change avec une réévaluation de 20 % du yuan.

Un libéralisme de façade

Le libéralisme dont se réclame la Chine, à l’instar des autres pays asiatiques, s’est historiquement accommodé d’une forte présence de l’État.

  • État développeur : infrastructures, création des ZES...

  • État financier : contrôle (in)direct des banques, fonds souverains importants

  • État arbitre : règlemente la concurrence entre grands groupes nationaux et
    investisseurs étrangers, aide les champions locaux à conquérir les marchés... •

  • État gendarme : planificateur ou arbitre

Depuis 20 ans, l’interventionnisme étatique a beaucoup régressé, la déréglementation et l’ouverture des marchés nationaux à la concurrence est incontestable. Les grands groupes industriels, sauf les State Owned Entreprises (SOE) ne sont plus sous la coupe directe de l’État.

Mais l’État s’avance souvent masqué : prenant l’appartenance d’entreprises sous contrôle d’autorités régionales ou locales, ou de sociétés dirigées par des fonctionnaires.

L’ouverture commerciale peut s’accompagner de formes larvées de protectionnisme (normes gustatives... «préférences culturelles», normes techniques...).

Une politique de l’argent facile

Les institutions boursières et bancaires présentent des fragilités. À part Shanghai et Hong-Kong les marchés financiers asiatiques ne traitent que des volumes d’échanges modestes donc la plupart des entreprises qui veulent lever des fonds le font sur des marchés occidentaux. Le recours à des marchés non officiels ou au système des tontines est cependant fréquent.

Cette politique de l’argent facile fragilise le secteur bancaire. Le volume des créances douteuses est de 60 % des encours.

L’inflation semble maîtrisée depuis 2009, mais la bulle immobilière persiste. Le secteur privée s’est lourdement endetté, comme les collectivités locales
(endettement atteint 30 % du PIB en 2010).

3

La fin du rattrapage ?

«Même les arbres ne montent pas jusqu’au ciel» (dicton chinois)

Les courbes de croissance des pays asiatiques présentent certaines similitudes :

  • phase d’ouverture de 10 ans pendant laquelle le PIB double, puis seconde
  • phase où les rythmes de croissance restent élevés mais s’abaissent

  • troisième phase où les croissances s’affaiblissent et les récessions réapparaissent.

Ainsi, la croissance chinoise apparaît moins exceptionnelle. Trajectoire comparable celle du Japon en 1955-1973 et à celle des nouveaux pays industrialisé d'Asie fin des années 1960 et début des années 1980.

Mais en raison du poids démographique, économique et politique de la Chine, ce «rattrapage» constitue un enjeu géopolitique majeur pour l’Asie

Le modèle n’a-t-il pas d’ores et déjà atteint ses limites ? L’économie ne peut plus absorber des investissements massifs dont la rentabilité devient douteuse. On assiste à la multiplication des infrastructures qui pèse sur le budget de l’État, le détournements de particuliers.

Par ailleurs, la population ne veut plus considérer la frugalité comme une vertu et la pression sur les salaires s’accroît. Résultat : une croissance sans profit, sans emploi et nourrie par des prêts sans ! remboursement, qui ne peut donc pas se poursuivre indéfiniment.

Échanges : la fin d’une répartition ?

L’irruption de l’Asie sur la scène commerciale est incontestablement le trait majeur des transformations de l’économie mondiale depuis le milieu du XX ème siècle. Sa part dans les échanges internationaux de marchandises est passé de 15 à 30 % entre 1980 et 2010. La Chine représente en 2012 12 % des échanges.

Puis, la part des exportations japonaises a baissé jusqu’à 6 % et celle des nouveaux pays industrialisés d'Asie se maintient en dessous de 10 % en raison de l’émergence progressive d’un marché intérieur et d’un glissement progressif des économies vers les services.

Est-ce que ce sera aussi le sort de la Chine ? (délocalisations du Japon et des nouveaux pays industrialisés d'Asie). Il semblerait que le jeu se joue à somme nulle. Cela implique-t-il une limitation de la part globales de l’Asie orientale ? L’essor commercial de la Chine va-t-il se poursuivre ?

Vers un modèle intensif ?

Les autorités chinoises ont annoncé leur intention de ralentir leur croissance et de passer d’une économie extensive grosse consommatrice de travail et de matières premières, à une économie intensive dans laquelle capital et savoir sont les principaux facteurs de production.

Les causes sont diverses :

  • Depuis 2000’s, les économistes chinois soulignent une pénurie de main d’oeuvre qualifiée qui s’étend, et soulignent la pression sur les salaires

  • Le vieillissement démographique : entre 2000- 2010, la population n’a augmenté que de 0,6%. Problème aggravé par le statut de «petits empereurs» (enfants choyés). L’accès facile à l’échographie accentuant le déséquilibre du sex ratio.

La transition qu’engage la Chine présente des risques économiques et politiques : changer de modèle de croissance, c’est prendre le risque d’une récession.

On voit d'ailleurs des conflits politiques entre ceux qui veulent la croissance à tout prix, et ceux qui veulent résorber les inégalités. Par exemple, le premier ministre Li Keqiang souhaite instaurer un système de retraite tout en gardant un rythme de croissance d’au moins 7 %.

On voit en 2012 l'apparition pour la première fois d’un déficit commercial de 30 milliards de dollars. Certes ce déficit est conjoncturel (hausse des prix de l’énergie, baisse de la croissance américaine...), peut faire réfléchir à la délocalisation d’emplois peu qualifiés

En 2008, le budget de recherche et développement atteint 90 milliards de dollars (contre 330 aux États-Unis).

Exemple

La crise de 1997-1998, une leçon pour la Chine ?

Une crise éclate le 2 juillet 1997, découle de politiques monétaires restrictives en Thaïlande pour éviter la surchauffe de l’économie. La décision de dévaluer le baht provoque une dépréciation des monnaie dans toute l’Asie du Sud-Est, puis le Japon, la Corée, Russie, Brésil...

F. Godement parle de dragon de feu et de dragon de papier. L’Asie a-t-elle un avenir ? (1988) Cette crise a été une crise de transition entre des systèmes économiques fermés et ouverts, pleine d’enseignements pour la Chine.

B

Croissance et société : quel développement ?

1

Croissance et développement humain

La mesure de la croissance

L’Asie est le continent de l’essor économique, mais il es très différent selon les pays. Si la Chine reste parmi les plus pauvres en per capita, elle a réalisé le voeu de Xiaoping de faire accéder la majeur partie de la population à la «petite aisance» (nourrir, loger, vêtir), contrairement à l’Inde, le Laos ou le Cambodge.

Le Japon reste le pays d’Asie au PIB par habitant le plus élevé.

De la croissance au développement humain

En termes d’IDH, les pays d’Asie sont dans la première partie du tableau : Japon est 8 ème, les nouveaux pays industrialisés d'Asie entre 20 è et 30 è, Chine 81ème

Bien que la Chine soit exportatrice nette de nourriture, la question de la sécurité alimentaire continue de se poser : des troubles peuvent être causés par des variations dans le prix par volume des exportations de céréales comme en 2008. La surface agricole utilisée se réduit (urbanisation, dégradation du milieu).

Le développement de l’élevage et la concurrence de fonctions non alimentaires (éthanol) font également craindre des tensions sur les marchés alimentaires.

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Croissance et inégalités

Une réduction de la pauvreté mais des écarts sociaux croissants

La création de richesse en Chine n’élimine pas les poches de pauvreté, voire une pauvreté de masse? Si elle a été divisée par 4 en un quart de siècle, la proportion de personnes vivant avec moins d’1 dollar par jour reste de 15 % en Asie orientale, Chine incluse.

La pauvreté touche surtout les populations rurales des provinces reculées et les mingong.

On y rajoute les 60 millions de chômeurs licenciés par les entreprises publiques et les centaines de millions de ruraux en sous-emploi, soit environ la moitié de la population !

La pauvreté absolue a beaucoup réduit, et la population dans le «dénuement complet» selon les statistiques chinoises officielles est divisée par 10 entre 1978 et 2004. Puis le seuil est relevé en 2011, faisant passer le chiffre à 130 millions.

La lutte des classes sous le communisme d’État

Selon les statistiques officielles, les 10 % de Chinois les plus riches contrôlent 45 % de la richesse du pays alors que les 10 % les plus pauvres n’en possèdent qu‘1,5 %

Ces inégalités cristallisent des rancoeurs et frustrations qui s’expriment parfois de façon violente. Manifestations récurrentes (ouvriers, retraités sans pensions...), dans les campagnes elles prennent l’allure de jacqueries !

Cette ébullition sociale devrait modifier les représentations que l’Occident a des sociétés asiatiques, vues comme des sociétés de consensus et de règles collectives.

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Croissance et démocratie

La remise en cause de la domination han dans les périphéries

Au Tibet et au Xijiang, les protestations se multiplient contre l’arrivée croissante de populations appartenant à la majorité han, perçus comme des collons imposant leur mode de vie.

Ces protestations prennent des dormes différentes : non-violente mais immolations par le feu au Tibet, attentats des activistes Ouigours au Xijiang... Les mesures prises sont des mesures de police.

Les tensions sont aussi présentes mais moindres en Mandchourie et en Mongolie (2011 : affrontements entre éleveurs mongols et employés han de sociétés minières).

L’exigence démocratique

Les dirigeants sont d’accord pour maintenir la suprématie du parti communiste dans la conduite du pays. Ce qui n’exclu pas par exemple la pluralité des candidatures voire une certaine liberté de choix au plan local.

L’encadrement de la société reste étroit, surtout depuis 1989. La Chine demeure «l’archipel des camps» (camps de travail) dénoncés par Domenach. Le renouveau du religieux est combattu par la mise en place d’une hiérarchie parallèle. Par exemple, la pratique du bouddhisme est encadrée par l’association bouddhiste nationale. Les mouvements sectaires sont sévèrement réprimés (comme le Falungong)

Une liberté d’expression limitée

La presse respecte globalement les consignes des services officiels. La dénonciation de scandales sur Internet reflète davantage un affrontement entre clans au pouvoir qu’une montée en puissance de la société civile. Une armée de censeurs (300 000 fonctionnaires) restreignent l’accès aux sites non agréés. L’anonymat des connexions n’est à la portée que de quelques experts.

Mais la force de ce «socialisme de marché» repose économiquement sur sa capacité d’adaptation aux variations de la conjoncture, et politiquement sur son pragmatisme. Les dirigeants ont une légitimité historique (libération de l’influence étrangère) et politique (affirmation d’une puissance retrouvée).

Mais la crédibilité du gouvernement a été affaiblie par une gestion défaillante de crises (lait contaminé en 2008, catastrophe ferroviaire de juillet 2011)

C

Croissance et environnement

1

Une croissance insoutenable ?

Une pollution multiforme

L’essor industriel de l’Asie a contribué à la dégradation de l’environnement planétaire : La Chine (15 %) , le Japon (5 %) et l’Inde (5 %) qui sont les trois pays les plus pollueurs d’Asie, rejettent ensemble 1/4 du tonnage de CO2 mondial.

Leur émissions sont dues à la consommation de combustibles fossiles, en particulier de charbon dont elle est le premier producteur et le premier consommateur mondial.

Les villes chinoises sont considérées comme étant les plus polluées au monde. Phénomène du «nuage brun» ou «Asian Brown Cloud» (ABC).

La dégradation des eaux atteint des niveaux inquiétants :

  • croissance de sa consommation (intensification agricole, industrialisation,
    urbanisation) pose la question de la sécurité et de la salubrité de son approvisionnement.
  • rejet sans traitement des eaux usées dans les rivières et lacs interdit l’utilisation des nappes superficielles. Les pollutions bactériologiques ou chimiques (nitrates et métaux lourds) font de la question de l’accès à l’eau potable un défi redoutable.

Par exemple, en 2012, la ville de Liuzhou a été polluée par le déversement de cadmium.

Cela explique de lourds aménagements comme le barrage des Trois Gorges, qui permet aussi de détourner une partie du débit du Yangzi vers le bassin déficitaire du Huang He.

À cela s'ajoute des risques météorologiques : 8 typhons par an frappent Taiwan et une partie de la Chine. La vulnérabilité (degré d’exposition des enjeux) croissante de la Chine face aux risques naturels est liée à la concentration des populations dans les régions exposées aux risques. La déforestation aggrave l’érosion des sols et accélère la

La dégradation des sols est ancienne, et accentuée par la déforestation. Sur-pêche et pollution dans les régions lacustres ont appauvri les réserves : Par exemple, autour du Huang He.

La protection du patrimoine

Le cadre de vie et la conservation du patrimoine ont subi les bulldozers et le béton. Les métropoles chinoises ne conservent que de rares vestiges de leur patrimoine. Seulement quelques hutongs à Pékin, à usage touristique
Dans certaines villes, l’Etat et les collectivités locales ont même perdu la maîtrise de la planification urbaine.

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Une Asie exposée aux aléas

Les aléas naturels

La partie orientale du continent asiatique est particulièrement exposée aux séismes et au volcanisme actif. Catastrophe terrible en 1976 en Chine (400 000 morts), mais aussi à Sichuan en 2008.

Les variations climatiques peuvent avoir des conséquences humaines importantes. Par exemple, le phénomène El Niño peut provoquer de longues sécheresses ou d’abondantes précipitations. Variations de la mousson dont dépend une grande part de la paysannerie.

Les risques technologiques et sanitaires

S’ils ne sont pas toujours aussi spectaculaires que les accidents de Minamata au Japon (1953 : détection d’une grave affection neurologique liée aux rejets de mercure d’une usine chimique. Elle a tué 140 personnes et affecté 15000 autres) ou de Bhopal en Inde (Ville dans laquelle une fuite de gaz survenue en décembre 1984 a fait plusieurs milliers de victimes), les cas d’accidents industriels se sont multipliés ces dernières décennies en Chine.

Plusieurs exemples :

  • Wuli (Zhejiang) est gravement pollué par les industries chimiques et connu comme un «village du cancer» depuis le soulèvement des habitants

  • Rivière Liu polluée en 2011 par du cadmium, cancérigène

La Chine reste dangereusement exposée aux risques sanitaires : L'extension de l’épidémie de grippe aviaire apparue en 1996, ou celle du SRAS dès 2004. Infrastructures de prévention et de soins sont négligées sont en ce sens emblématiques.

Des choix technologiques peuvent aussi avoir des conséquences importantes :

  • Décision de cultiver en plein champ des OGM de coton ou de riz, même si en 2012 la commercialisation de céréales génétiquement modifiées est interdite !

  • Choix d’exploiter le gaz de schiste (facturation hydraulique) (Petrochina, Sinopec, assistées par Total, Shell...)

  • Adoption d’un vaste programme nucléaire : Plus de 20 réacteurs sont opérationnels en 2011 (Areva, Westinghouse) et 20 autres devraient ouvrir d’ici 2014

Exemple

De l’aléa à la catastrophe : le séisme e Sichuan en 2008
• 12 mai 2008 : séisme de magnitude 8 dans la province de Sichuan. Bilan humain proche de 100 000 morts. Cependant les autorités annoncent seulement 50 000 victimes, déni qui est lié à la volonté de contrôler l’information et au refus de faire appel à l’aide internationale (montre le manque de démocratie). Seul but du gouvernement
est la non remise en cause des autorités locales !
• Aucune mesure de prévention n’avait été prise. Aucune norme de construction
antisismique malgré la fréquence des séismes. Ex : effondrement de presque 7 000 établissements scolaires alors que les enfants étaient en classe ! (scandale étouffé par des mesures de compensations ou d’intimidation)

3

Les limites d'une politique

La gestion des ressources nationales

La question de l’eau est l’une des plus cruciales : en 2012, le lac Poyang, plus grand lac d’eau douce de Chine, était à sec. Le «harnachement» des cours d’eau atteint ses limites. Sur le Mékong ou le fleuve Rouge, la question du partage des ressources entre pays riverains peut être source de tensions.

Les autorités ont donc engagé des travaux pharaoniques pour transférer l’eau des grands fleuves du sud vers les régions déficitaires du Nord avec la construction de 3 grands aqueducs.

Les autorités veulent réduire la part du charbon dans la combinaison énergétique chinoise de 75 % de l’énergie consommée aujourd’hui à 55 % en 2035 en augmentant la part des énergies renouvelables à 30 %, celle du gaz naturel et du nucléaire.

Si la population manifeste contre la pollution des centrales à charbon comme dans le Guangdong en 2011, elle n’est pas prête à accepter l’installation d’éoliennes ou d’usines de panneaux solaires : phénomène NIMBY (Not in my backyard). Les responsables ont du mal à s’imposer.

La prévention des risques

La société chinoise est donc en attente d’une politique de prévention des risques. C'est ce qu'a montré le scandale du lait frelaté, qui touche des enfants. Les projets d’implantations industrielles sont désormais examinés par des associations écologistes ou des comités de riverains. Oppositions avec succès récemment à Xiamen, Shanghai, Canton. La presse officielle a elle-même souligné les risques causés par la fragilité de 90 000 digues ou barrages en Chine.

À Pékin, les autorités ont dû aligner leur mesure de pollution sur les critères occidentaux. La population suit les mesures de l’ambassade des États-Unis.

La préservation de l’environnement

Une prise de consciences s’opère. Une agence gouvernementale pour la protection de l’environnement existe depuis 1974. Mais ce n’est qu’en 1978 que la Constitution du pays (Article 11) le reconnaît formellement comme un bien national à protéger.

Les entreprises les plus polluantes sont désormais identifiées et sont incitées à s’équiper pour réduire leurs émissions sous peine de pénalités. Introduction du principe pollueur-payeur. Néanmoins, la collecte et le retraitement des déchets restent négligés.

La Chine se flatte d’être le pays où l’on installe aujourd’hui le plus de panneaux solaires et d’éoliennes et dans lequel la part des production agricoles d’origine biologique est la plus élevée. On voit ainsi la multiplication des projets de «villes écologiques» : celui de Dongtan (près de Shanghai).

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