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Chapitre 31 :
L'Inde : politique, économie et géopolitique.

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L'Inde : politique, économie et géopolitique.
Introduction

Il y a 20 ans, l’Inde a décidé de changer de paradigme et d’ouvrir largement son économie sur l’extérieur, en raison aussi du contexte historique de la disparition proche de l’URSS, alors partenaire majeur de l’Inde. On assiste depuis à l'émergence de l'Inde, sur le plan économique et géopolitique.

Car l'ouverture se fait aussi sur le plan géopolitique. À l’indépendance en effet, l’Inde opte pour le non-alignement. À la fin de la guerre froide, elle met en place une politique d’accommodation avec les États-Unis susceptible d’accompagner sa montée en puissance.

Surtout, l’Inde est une démocratie parlementaire d’autant plus stable que ce régime est garant de l’intégrité d’un pays marqué par l’extrême pluralité des groupes qui le composent. La laïcité devait assurer un traitement égal à toutes les religions, et le recours à la planification ne devait pas aboutir à sacrifier l’entreprise privée.

Chronologie

  • 1878 : Les Indes sous contrôle direct de la couronne britannique
  • 1945 : L’Inde, membre fondateur de l’ONU
  • 1947 : Indépendance de l’Inde, migrations liées à la partition, conférence sur les relations asiatiques à New Delhi
  • 1948 : assassinat de Gandhi, création de la commission à l’énergie atomique
  • 1949 : Conférence pan-asiatique sur l’Indonésie à New Delhi
  • 1950 : Proclamation de la République indienne
  • 1951 : Loi encadrant le fonctionnement du secteur industriel privé
  • 1952 : Premières législatives, Victoire du Parti du Congrès. 1er plan quinquennal.
  • 1955 : Conférence afro-asiatique de Bandung
  • 1956 : Deuxième plan quinquennal et renforcement du secteur industriel public
  • 1957 : Un gouvernement communistes démocratiquement élu au Kerala
  • 1961 : Première conférence du mouvement des non-alignés
  • 1962 : Défaite lors du conflit frontalier avec la Chine
  • 1962 : Défaite lors du conflit frontalier avec la Chine
  • 1964 : Décès de Jawaharlal Nehru, premier ministre depuis 1947
  • 1965 : Début de la révolution verte
  • 1966 : Indira Gandhi, premier ministre
  • 1967 : Recul du Parti du Congrès aux élections législatives
  • 1971 : traité d’amitié et de coopération avec l’Union soviétique, abolition des privilèges princiers, nationalisation des banques et des compagnies d’assurances, Troisième guerre indo-pakistanaise et création du Bangladesh
  • 1974 : essai nucléaire «pacifique»
  • 1975-1977 : état d’urgence imposé par Indira Gandhi, 1ère défaite du parti du Congrès lors d’élections nationales
  • 1984 : Assassinat d’Indira Gandhi, Rajiv lui succède, perpétuant la dynastie des Nehru-Gandhi à la tête de l’Etat
    -1985 : Création de la SAARC
    -1991: Nouvelle politique économique (libéralisation, privatisation et mondialisation)
  • Décembre 1992 : Destruction de la mosquée de Babur à Ayodhya
  • 1998 : Victoire des nationalistes hindous, nouveaux essais nucléaires
  • 2001 : première fusée indienne à mettre un satellite en orbite géostationnaire, suppression des restrictions quantitatives pour les importations
  • 2004 : Retour du Parti du Congrès au pouvoir à la tête d’un gouvernement de coalition
  • 2008 : Attentats terroristes dans de grandes villes indiennes (Bombay) - accords de coopération nucléaire avec les États-Unis
  • 2011 : Croisade nationale anti-corruption
I

L'Inde : l'unicité d'un pays pluriel

A

Entre laïcité et religiosité, fédéralisme et centralisme

1

Entre archétype de pluralité et cohabitation malaisée

Un pluralisme confessionnel unique

On trouve en Inde la plupart des religions pratiquées dans le monde, même si l’hindouisme est de loin la religion dominante (80 % de la population). Le système des castes reste prégnant, bien que constitutionnellement aboli.

L’Inde abrite avec le Bangladesh, la 3ème communauté musulmane au monde, derrière l’Indonésie et le Pakistan, avec 15% de la population.

Les autres religions pratiquées comptent pour 5 % de la population mais leur influence est loin d’être marginale :

  • Le christianisme est la 3ème communauté religieuse (25 millions), elle est active sur le terrain social et dans le domaine éducatif (établissements prisés par l’élite). Leur taux d’alphabétisation est de 80 %.

  • Les sikhs sont majoritaires au Penjab, grenier à céréales de l’Inde. La petite communauté jaïne est particulièrement influente dans la sphère économique et commerciale

  • Le bouddhisme est en perte de vitesse. Il s’oppose au système de castes.

La conception indienne de la laïcité

L’État indien se définit comme laïc car il entend traiter les différentes religions sur un pied d’égalité, contrairement an Bangladesh, au Pakistan, au Bhoutan (bouddhisme). Cela n’a donc rien d’anti-religieux.

L’affirmation des identités religieuses

Cela n’a pas empêché le pays d’être régulièrement secoué par des émeutes confessionnelles, parfois de fortes intensité comme au Gujarat en 2002. L'épisode grave de la destruction de la mosquée de Babur qui opposa hindous et musulmans en est un exemple.

La création en 1947 du Pakistan sur une base religieuse a compliqué la tâche des musulmans dont la loyauté envers l’Etat indien est régulièrement remise en cause. Les musulmans n’ont de cesse de se présenter comme des «citoyens de seconde classe»

Les nationalistes hindous s’opposent à cette laïcité, disant que ce laxisme politique a encouragé la conversion d’hindous à d’autres religions.

2

Un fédéralisme sous contrôle

Imposer un corset supra-régional...

En 1947, l’absence de tradition unitaire sur un territoire aussi vaste que l’Inde et la diversité même ses habitants exigeaient une structure administrative à propension fédérale. Toutefois, l’Inde est officiellement une union d’États et non pas une fédération. La République, constituée par le peuple, est une.

Pour gérer cette «union dans la diversité» la Constitution définit les domaines de compétence du Parlement national (défense du territoire, affaires étrangères, énergie atomique, monnaie, communications nationales...) et ceux des parlements des Etats (ordre public, santé, agriculture, éducation...). Certains domaines sont rattachés aux deux , mais en cas de litige, c’est le national qui l’emporte.

** ... tout en évitant les risques d’éclatement**

L’Union indienne est composée de 28 États et de 7 territoires. La densité moyenne de l’Inde est de 380 habitants par km2, dépassée seulement par les cités-états ou petits pays.

La Constitution indienne reconnaît 22 langues nationales, alors que plus de 400 sont pratiquées dans le pays. Le hindi est parlé par 40 % de la population.

L’État central est représenté au niveau provincial par le gouverneur dont la fonction a pris de l’importance avec l’article 356 de la Constitution qui lui permet, s’il trouve la province mal gouvernée, de la mettre sous tutelle du gouvernement central pendant 6 mois. Outil souvent utilisé par Indira Gandhi.

Le détenteur du pouvoir exécutif au niveau national est le Premier ministre. Le président de la République est élu pour 5 ans par un collège électoral, il doit être capable de réunir un large consensus. Poste occupé pour la première fois par une femme en 2007.

Une certaine régionalisation de la vie politique nationale

L’importance politique des États de l’Union a augmentée avec la montée en puissance des partis régionaux liée au recul de la position dominante du Parti du Congrès dès fin des années 1960. Il y a seulement 6 partis nationaux reconnus contre 46 partis régionaux.

Un parti national n’est plus capable de réunir une majorité, et doit donc s’allier à des partis régionaux !

Exemple

Une démocratisation villageoise en devenir

En 1992 , le Parlement indien vote en faveur d’un amendement à la Constitution qui institutionnalise une démocratie de proximité avec l’élection de conseils locaux (panchayat). Cela montre la mise en valeur de l’échelle locale.

B

Réalignement et tensions dans «la plus grande démocratie du monde»

1

Un pouvoir politique plus éclaté

La dilution du caractère unipolaire de la scène politique

L’Inde a fait preuve d’une remarquable stabilité politique depuis l’indépendance. Le parti du Congrès suscita l’adhésion de larges segments de la société (l’élite moderniste qui édifie un État-nation, la notabilité rurale qui voulait au contraire freiner toutes mesures remettant en cause son pouvoir à l’échelle locale...).

Il avait le soutient des hautes castes, mais aussi celui des groupes défavorisés comme les castes répertoriées ou les populations tribales

Face à l’usure du pouvoir, l’arrogance, les dérives autocratiques (Etat d’urgence), le parti du Congrès est sanctionné lors des élections. Mais ce n’est qu’en 1998 qu’un gouvernement non-congressiste s’installe durablement au pouvoir (1998-2004), dominé par les nationalistes hindous

Si le Parti du Congrès revient en 2004, il a dû renoncer à régner seul. L’ère des coalitions gouvernementales semble devoir s’installer dans la durée.

Basses castes et intouchables à l’assaut du pouvoir

Le pouvoir politique en Inde a longtemps été l’apanage des castes dominantes
avec au premier rang les brahmanes (6 % de la population).

Dans les basses castes, on trouve l’essentiel des castes agricoles : les Other Backward Classes qui représente plus de 50 % de la population !! Et hors du système des castes, on trouve les intouchables qui représentent 20 % de la population.

La scène politique indienne a évolué avec l’émancipation des groupes de statut intermédiaire et inférieure. Ils revendiquent leur part de pouvoir. En 1980’s ont émergé des dirigeants politiques issus de milieux défavorisés

Mise en place de la «politique des quotas» qui assure davantage d’emplois de fonctionnaires aux «autres classes peu avancées» (Other Backward Classes) (discrimination positive)

Dans un pays où les pauvres se déplacent plus volontiers aux urnes que les gens aisés, le vote des basses classes, majoritaires, est un enjeu électoral de premier ordre. Des partis de basses castes ont accédé au pouvoir en Uttar Pradesh et au Bihar dans les années 1990.

Note : cette «castéisation» de la vie politique fait que la caste devient un marqueur social et politique qu’il est plus difficile de transcender...

Une société civile présente dans le débat public

L’enracinement de la démocratie et de la liberté d’expression a favorisé l’émergence d’une société civile. Ses acteurs sont les syndicats, les ONG et les groupes d’actions locaux.

Elle se manifeste dans le domaine de l’amélioration des conditions de travail et sur les questions socio-environnementales. Le mouvement contre la construction ou l’activation de réacteurs nucléaires en 2011 est révélateur.

Du fait de l’opposition de la population locale, Posco, géant coréen de l’acier, a dû attendre 6 ans pour pouvoir construire son aciérie.

Ces luttes ont trouvé un écho d’autant plus grand qu’elles ont été relayées par des partis politiques, de fortes personnalités (défenseurs de l’environnement comme Medha Patkar, romancière Arundhati Roy), ou bénéficié d’une large couverture médiatique. En 2011, suite à des scandales financiers, un vaste mouvement anti-corruption a ainsi obligé le gouvernement à créer des organismes officiels chargés de lutter contre la corruption.

Tout cela est accentué par le foisonnement de la presse (anglais, hindi...) et la prolifération plus récentes des chaînes télévisées.

2

Les phénomènes insurrectionnels

Une diversité génératrice de situations conflictuelles

L’extraordinaire diversité de l’Inde est inévitablement un facteur de tensions à chaque fois qu’un groupe considère que sa place dans cette mosaïque est tronquée.

La langue fut occasionnellement facteur de tensions, comme l’opposition dans les années 1960 à la volonté du gouvernement de faire le l’hindi la langue officielle. Donc, c’est l’anglais qui sert de langue de communication pan-indienne, même si seulement 10 % de la population le parle correctement.

Le redécoupage ethnique du pays sur une base ethnolinguistique (1953-1971) a désamorcé une source de conflits potentiels, sans toutefois la supprimer. Par exemple, le mouvement contre les sikhs après l’assassinat d’Indira Gandhi par des gardes du corps sikhs

Depuis l’indépendance, le nord-est de l’Inde, appelé parfois les «sept soeurs» (As-sam, Nagaland, Manipur, Tripura...) est en butte à des mouvements insurrectionnels.

L’insoluble problème du Cachemire

Manipulations politiques attribuées au pouvoir central, sous-développement et encouragements extérieur ont fait entrer le Cachemire dans une nouvelle phase insurrectionnelle depuis 1989. S’affrontent les indépendantistes, ceux qui veulent un rattachement au Pakistan, et ceux qui veulent le maintien dans l’Union indienne.

La genèse de ce problème remonte à la partition de l’empire des Indes par les Anglais en 1947 qui conduit à la constitution d'un territoire à majorité musulmane dirigé par un souverain hindou et envahi par des troupes soutenues par le Pakistan.

Le référendum (pour savoir à qui rattacher le territoire) envisagé dans les résolutions onusiennes de 1949 n’eut jamais lieu. Le Cachemire resta dans l’Union indienne.

En 1965, le Pakistan déclenche un nouveau mais vain conflit pour le Cachemire puis 1971 marque la 3 ème guerre indo-pakistanaise. C’est donc avec en toile de fond un conflit de basse intensité au Cachemire qu’en mai 1998, l’Inde puis le Pakistan effectuent des essais nucléaires. Au début de l'année 2002, on assiste au déploiement massif de troupes à leurs frontières par l’Inde et le Pakistan. Puis, en 2003, un cessez-le-feu fut décidé au Cachemire

Le naxalisme, un maoïsme à l’indienne

Tire son nom du lieu dans l’État du Bengale occidental où se déroula la première révolte paysanne d’inspiration maoïste en 1967. Le mouvement fut réprimé par les forces de l’ordre sur injonction du gouvernement de Calcutta. À la suite de cet évènement, l'année 1969 voit la création du Parti communiste indien (marxiste-léniniste).

Les aborigènes, dont 60 % vivent sous le seuil de pauvreté, sont les plus victimes de l’oppression sociale et les plus susceptibles d’adhérer au radicalisme de groupes comme le Maoist Communist Centre au Bihar et le People’s War Group. La fusion de ces deux mouvements crée en 2004 le Parti communiste indien (maoïste).

Le gouvernement considère que la guérilla maoïste est active dans au moins 9 États de l’Union (voire carte). Il lutte en :

  • Dépêchant des forces militaires et paramilitaires, les milices villageoises...

  • Protégeant les droits des communautés tribales sur leur environnement comme en 2006 : Forest Rights Act

  • Entreprenant des projets de développement de ces zones reculées

Exemple

Politique, corruption et criminalité

L’Inde est la plus grande démocratie au monde : 714 millions d’électeurs, plus de 8 000 candidats, 700 000 bureaux de vote... Le taux de participation en moyenne de 60 %.

Au niveau local se tissent parfois de liens troubles entre politiciens ambitieux et
réseaux mafieux...

Face à une classe politique coupable aux yeux de l’opinion publique de protéger les «riches et les puissants», le pouvoir judiciaire avec à sa tête la Cour suprême (Delhi) est apparu comme seul capable d’opérer indépendamment des groupes de pression est intervenu pour défendre les causes environnementales comme la délocalisation des industries polluantes, ou la protection des cultures côtières face à la salinisation des sols engendrée par le développement de l’aquaculture.

II

L'émergence économique de l'Inde

A

De la révolution verte à la haute technologie

1

La quête de la sécurité alimentaire

Le défi démographique

Une personne sur six sur la planète est indienne. La population indienne a quadruplé depuis l’indépendance, et atteint en 2011 1,2 milliards de personnes. Le territoire indien compte pour 2,5 % de la surface terrestre et abrite presque 20 % de la population mondiale. Population qui devrait dépasser cette de la Chine d’ici 20 ans.

L’espérance de vie à la naissance est passée de 43 ans à 65 ans entre 1960 et 2011. Même s'il y a plus de garçons que de filles qui naissent (traditions patriarcales). On compte un déficit total de 7 millions de filles entre 0 et 6 ans (le phénomène encore plus important dans les villes).

Le nombre d’enfants par femme est tombé de 4 en 1990 à 2,5 en 2008. Si la transition démographique est désormais une chose acquise (2010-2011 : taux de croissance de 17 % de la population, le plus bas depuis l’indépendance), le défi principal a longtemps été d’assurer une augmentation de la production agricole supérieure à celle de la population.

Dans les années 1960, la croissance de la population a été de 25 %. Le pays n’a pu éviter la famine que grâce à l’aide alimentaire massive.

Une révolution verte inégalement partagée

La Révolution verte (1965) profita surtout aux terres emblavées et déjà bien irriguées du Penjab et de l’Haryana. Le Penjab, qui représente moins de 2 % du territoire indien, fournit les 2/3 de la production indienne en céréales qui sont la base de l’alimentation.

L’autosuffisance en céréales fut atteinte en 1977. Le décollage de la production a permis de constituer des stocks pour contrôler les prix et d’assurer un revenu minimum aux agriculteurs. Mais d’autres productions, comme les fruits et légumes, n’ont pas bénéficié de la Révolution verte, malgré leurs apports nutritionnels.

L’Inde est devenue un pays exportateur net de produits tirés de l’agriculture, alors que par ailleurs les importations restent très encadrées. La production de blé à été multipliée par 10 en 50 ans !! L’Inde est 2 ème producteur mondial de riz, de blé, de canne à sucre, et 2 er producteur de lait et de protéagineux !

Cela cache une réalité très contrastée. Le crédit agricole a certes facilité les investissements nécessaires comme l’irrigation, mais au prix d’un endettement important, d’un épuisement des ressources phréatiques et d’un appauvrissement des sols. Question de la durabilité de ce modèle d’exploitation.

Le rendement moyen reste faible dans l’ensemble et la dépendance envers les pluies et les moussons reste importante. Les réformes agraires et transmissions successorales ont conduit à un émiettement des terres qui font en moyenne 1,5 hectares seulement.

La malnutrition reste préoccupante : plus de 40 % des enfants de moins de 6 ans ont un poids préoccupant. Elle affecte le développement physique et mental. D’après l’indice de la faim dans le monde (2011), l’Inde fait partie des pays où la situation est qualifiée d’alarmante.

En 1997, la mise en place d’un système de distribution publique «ciblée» et non plus «généralisée» a aidé, mais il ne touche pas encore toute la population concernée. 2011 voit également un projet de loi visant à garantir à chacun la sécurité alimentaire

Un secteur agricole en mutation

Le secteur agricole occupe 52 % de la force de travail indienne. La contribution de l’agriculture à la richesse nationale est en constante diminution : passée de 30 % du PIB à l’indépendance à 15% en 2010.

L'agriculture de petites exploitations vivrières entre en conflit avec un système libéralisé avec une agriculture commercialisée qui opère une concentration des terres pour permettre le développement de filières agroalimentaires tournées vers les marchés urbains et internationaux.

Désormais, le défi de l’agriculture indienne est de satisfaire les besoins alimentaires de plus en plus diversifiés d’une population urbanisée de 1,5 Ma de personnes en 2030. La part des céréales dans la production agricole ne cesse de diminuer. L’Inde connait un boom de l’horticulture, l’aquaculture et l’aviculture :

  • Devenue 2 ème producteur mondial de fruits et légumes
  • 2 ème en aquaculture

Pour relever ce défi, une seconde révolution verte paraît incontournable pour augmenter à la fois la production et la productivité !

2

Du tiers-monde au monde tertiaire

Une stratégie de développement autocentrée

La priorité de l’Inde post-coloniale était de développer une industrie lourde, pour minimiser les importations et rester indépendant. Une trop grande insertion dans les échanges mondiaux signifiait alors un néo-colonialisme.

L’industrialisation rapide prônée par Nehru était vécue comme vecteur de modernité. L’État intervenait par une planification indicative, par la primauté du secteur public dans les secteurs-clés et par la régulation de l’entreprise privée

Le pays disposait à l’indépendance d’une structure industrielle non négligeable avec en tête deux groupes familiaux : Tata et Birla fondés dans les années 1870.

Le privé s’accommodait de cette régulation car il bénéficiait d’un marché intérieur protégé de la concurrence extérieure. Indira Gandhi (Premier ministre : 1966-1977 / 1980-1984) renforce le pouvoir économique de l’État en nationalisant début les banques et compagnies d’assurances dans les années 1970, ainsi que les mines de charbon.

Cette économie introvertie engendre un déclin de la part de l’Inde dans le commerce international, qui tombe de 2 % en 1950 à 0,5 % au début des années 1990.

L'année 1991 marque le tournant de la libération (alors que le pays était au bord de la cessation de paiement) piloté par le ministre des Finances Manmohan Singh. Il désengage l’État des activités industrielles autre que stratégiques. On recherche une intégration dans les chaînes de production mondiale et d’un accès plus grand aux capitaux internationaux. L'Inde connaît une croissance de plus de 8 % entre 2004 et 2008 et 7 % en 2011 lors de la crise occidentale.

Exemple

Jawaharlal NEHRU (1889 - 1964)

Études en Angleterre, à Cambridge, période pendant laquelle il se familiarise avec le socialisme. En 1920, il se rallie au mouvement de Gandhi, pour la cause nationaliste. Il devient Premier ministre de l’Inde indépendante et mets en place les grandes lignes de son programme : promotion de la laïcité, développement d’une économie mixte et non-alignement

Sa fille, Indira Ghandi, parvint au pouvoir après sa mort, puis son petit-fils Rajiv Gandhi fut premier ministre entre 1984 et 1989. Le fils de Rajiv est en 2008 secrétaire général du parti du Congrès, dont sa mère est présidente.

Une croissance tirée par le tertiaire

Avec une part du secteur primaire qui diminue dans le PIB et une part du secteur industriel qui en représente le quart, c’est désormais le secteur tertiaire qui crée le plus d’emplois et accompagne l’agrandissement d’une classe moyenne qui compte 60 millions d’individus en 2005.

Le tertiaire compte pour 60 % du PIB et plus du tiers des exportations avec un potentiel de croissance important. Entre 1990 et 2006 la valeur des exportations a été multipliée par 15.

L’Inde a fait mentir l’idée que l’intégration mondiale des pays en voie de développement passe par l’exportation de matières premières ou de biens manufacturés. Les exportations de services ont augmenté bien plus rapidement que celles des biens.

L’Inde est depuis 2005 leader mondial en termes d’exportation de services informatiques. Le secteur informatique représente 7 % du PIB indien. Mais ce secteur n’est que faiblement pourvoyeur d’emplois alors que 10 millions de jeunes vont entrer sur le marché du travail chaque années durant la décennie à venir. Les prestations de services informatiques représentent la moitié des exportations de services.

B

La disparité des espaces économiques

1

L'Inde qui gagne, l'Inde qui perd

Une opposition nord-sud

Le centre de gravité politique du pays est toujours au nord, par contre le dynamisme économique relève d’abord des États du sud. Le Gujarat, le Pendjab et l’Haryana sont les seuls États du nord qui ont une bonne santé économique, contrairement à des États comme l’Uttar Pradesh ou le Bihar.

Les indicateurs sociodémographiques indiquent un net différentiel entre nord et sud. Par exemple, l’alphabétisation au Kerala (95 % en 2011) est supérieure de 30 % à celle du Bihar. Le nombre d’enfants par femmes au Kerala est de moins de 2 contre 4 en Uttar Pradesh.

Exemple

De grandes ambitions scientifiques et technologiques

Au lendemain de l’indépendance, seulement 1 personne sur 6 savait lire et écrire. Le taux d’alphabétisation est monté à 75 % en 2011. Derrière les insuffisants progrès en éducation massive existe un enseignement supérieur et technologique de qualité à l’instar des cinq Indian Institutes of Technology.

Les compétences scientifiques de l’Inde sont démontrées dans des programmes nucléaire, spatial et balistique. En 1981, le premier satellite géostationnaire de télécommunications indien opéra. Puis, en 2001, la première fusée indienne est lancée pour mettre un satellite en orbite. L’Inde a également 14 réacteurs nucléaires en opération en 2005

Mais, c’est dans l’informatique que l’Inde a connu ses plus nets succès. La ville de Bangalore est devenue 5ème métropole indienne, et coeur de la révolution informatique indienne (Tata Consultancy Services, Wipro, Infosys). Microsoft a installé à Hyderabad son plus important centre de développement à l’étranger. L'Inde a l'ambition de devenir un centre scientifique global dans d’autres secteurs de pointe comme la recherche médicale et les biotechnologies.

Des urbains mieux lotis

Si le nombre de personnes sous le seuil de pauvreté est estimé à un quart de la population, ils appartiennent pour les trois quart à l’Inde rurale. Seul un foyer rural sur 4 a accès à de l’eau potable. Au lendemain de l’indépendance, 5 Indiens sur 6 vivait dans les campagnes. C’est encore plus de 2/3 de la population qui vit en milieu rural.

L’Inde compte 35 villes de plus d’un million d’habitants (contre 4 dans les années 1950. L'exode rural est important. Les citadins accèdent plus vite aux biens de consommation, signes de la réussite sociale (automobile...). Le revenu rural par tête décline régulièrement par rapport au revenu urbain

1/5 ème des citadins vivent dans des slums (bidonvilles), celui de Dharavi à Bombay est considéré comme le plus grand d’Asie, avec un million d’habitants. La classe urbaine à bas revenus diminue au sud, à l’ouest puis au nord de l’Inde

2

L'État et le développement régional

Un rééquilibrage en demi-teinte

L’Inde, avant la colonisation, n’avait pas de grande tradition maritime. Après l’indépendance, l’Etat adopte une politique volontariste de déploiement d’industries nouvelles à l’intérieur du pays. Mais, cette politique ne réussit pas à susciter le décollage économique des régions sous-industrialisées.

Toutefois, jusque dans les années 1970, il y a eut une tendance à la réduction des disparités entre les Etats en termes de revenu par habitant, en raison d’une discrimination positive en faveur des Etats les plus pauvres dans le transfert des revenus fiscaux.

L’accentuation des disparités géographiques

Le gouvernement central se transforme avec les réformes des années 1990 en un organe régulateur d’une économie de marché fédérale. Évolution qui accentue les clivages inter-régionaux. Plusieurs causes sont à l'oeuvre :

  • Volonté de l’État de réduire son déficit budgétaire en rognant sur les transferts de fonds vers les régions. Ainsi les finances des États se sont détériorées, et pour les Etats pauvres et endettés, le déclin des transferts de fiscalité du Centre les entraîne soit vers l’insolvabilité, soit vers une révision à la baisse des investissements dans les infrastructures...

  • Intégration de l’Inde dans la mondialisation qui favorise les États les mieux équipés, qui attirent les investissements du privé. Concentration des activités sur le littoral aux dépens de l’hinterland.

  • Développement de pôles de compétitivité associant activités manufacturières et de services se sont développées le long de certains axes comme Madras-Bangalore, ou Bombay-Pune.

  • Les IDE ont profité aux État côtiers de l’ouest et ont surtout été drainés par les grandes métropoles (Mumbai, Delhi, Chennai). Des villes comme Bengaluru et Hyderabad pour l’informatique.

C

L'économie indienne dans le monde

1

Repenser les échanges internationaux

Avec la libéralisation, la faible dépendance du pays vis-à-vis du commerce extérieur fut de plus en plus perçue comme un archaïsme. Le renoncement à une politique de substitution aux importations a pris du temps

Avec la dévaluation de 1991 ont été mises en places de nouvelles politiques industrielles et commerciales pour alléger un système inhibant d’autorisations administratives et de barrières douanières, et pour améliorer l’insertion des entreprises indiennes dans les échanges internationaux.

Si les pays occidentaux restent les premiers partenaires commerciaux de l’Inde, la part relative des États-Unis et de l’Union européenne diminue au profit des BRICS

Si l’Inde fait des efforts pour ouvrir son marché aux importations, les tarifs douaniers restent sensiblement supérieurs à ce qu’ils sont dans nombre d’autres pays en voie de développement. Par exemple, l’agriculture fait l’objet d’une protection particulière pour ne pas menacer les nombreux petits exploitants. Les exportations indiennes représentent 1% des exportations mondiales, loin derrière la Chine (10 %).

2

L'altération des financements étrangers

L’attitude vis-à-vis des investissements étrangers est passée de la suspicion à l’attente. Après l’indépendance, la politique restrictive et contraignante avait conduit les investisseurs à se détourner de l’Inde.

À partir de 1991, la mobilisation d’IDE est considérée essentielle pour moderniser et rendre plus compétitives les entreprises indiennes. Les IDE sont passés de 0,1 milliard de dollar en 1991 à plus de 25 milliards en 2010.

Cela révèle aussi le nombre important de délocalisations de services en Inde, malgré la subsistance d’obstacles bureaucratiques, des inquiétudes quant à la protection des droits de propriété intellectuelle, ainsi que le caractère dissuasif de la déficience des infrastructures et d’une corruption endémique.

3

L'expansion des entreprises indiennes à l'étranger

L’objectif du gouvernement reste d’amener l’Inde à être un acteur économique, et donc politique, incontournable sur la scène internationale. Cela passe par une présence accrue des entreprises indiennes à l’étranger.

Avant l’ouverture, c’était surtout pour échapper aux contraintes au niveau national que les entreprises choisissaient d’investir à l’étranger L’ouverture économique, la levée d’obstacles sectoriels et la libéralisation du régime des changes a permis aux grandes entreprises indiennes de se développer plus rapidement à l’étranger à travers des fusions et acquisitions. L’écart entre les IDE venant de l’étrangers et ceux réalisés à l’étranger tend à se réduire

Le passage de la création d’unités de productions manufacturières dans les pays du Sud à des acquisitions dans les pays les plus développés : technologies de l’information (Infosys, Wipro) ou les laboratoires pharmaceutiques (Ranbaxy).

Exemples symboliques :

  • 2000 : Tata Tea acquiert le britannique Tetley

  • 2007 : Tata Steel acquiert l’anglo-néerlandais Corus, 2 ème producteur d’acier en Europe

Un facteur récent est l’achat par des sociétés indiennes de terres, surtout en Afrique, pour y cultiver des produits agricoles destinés à l’exportation. Ces sociétés sont le plus souvent privés, contrairement au cas chinois où ce sont des sociétés d’Etat.

Des exceptions existent notamment dans le domaine énergétique, avec les deux entreprises publiques pétrolière et gazière notamment, Oil and Natural Gas Corporation (ONGC qui investit au Soudan, en Russie, au Vietnam...) et Indian Oil Company (IOC)

L’Inde a des ressources énergétiques limitées, à commencer par le charbon qui est de qualité médiocre, et l’État veut sécuriser ses approvisionnements en hydrocarbures. Mais, même si des progrès devraient être réalisés en efficacité énergétique, la dépendance de l’Inde va s’accroître vis-à-vis de l’extérieur.

Exemple

La globalisation en marche des groupes indiens

En prenant le contrôle en 2006 d’Arcelor, groupe européen, Lakshmi Mittal a
personnifié l’internationalisation des entrepreneurs indiens. Mittal Steel est devenue la 1 ère compagnie sidérurgique mondiale, présente dans plus de 60 pays.

Parmi les multinationales indiennes ayant adopté une stratégie globale on trouve Suzlon, société passée du textile à la production de turbines éoliennes dont elle est le 5 ème fabricant mondial ! Le groupe hospitalier Appolo est devenu premier groupe de soin en Asie, en faisant le pari du «tourisme médical»

III

Géopolitique de l'Inde

A

L'appétence indienne de reconnaissance internationale

1

Le sentiment de la grandeur

L’Inde a conscience d’avoir un rang à tenir en tant que pays porteur d’une civilisation vieille de 5000 ans. On peut parler d’État-civilisation. Sa taille et sa position géostratégique lui assuraient de ne pas être oubliée par les superpuissances. Le non-alignement de l’Inde voulait aussi défendre les idées de coexistence pacifique et de désarmement.

L’Inde a refusé le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, car elle ne voulait pas s’interdire un programme nucléaire. La fin de la guerre-froide a été un moment traumatique car la pays perd alors une bonne part de la marge de manoeuvre offerte par le non-alignement dans un monde bipolarisé.

Les essais nucléaires de 1998 voulaient démontrer que l’Inde ne se laissait pas dicter sa conduite face à des menaces (chinoises ou pakistanaises...).

2

Les voies de l'affirmation

La politique étrangère qui se met en place après 1947 était d’abord l’affirmation de l’indépendance. Néanmoins la realpolitik montra la limite de l’espérance de voir le non-alignement accompagner l’affranchissement du tiers-monde décolonisé.

Au contraire, l'Inde mène des essais nucléaires «pacifiques» en 1974 puis un programme de développement des missiles balistiques dans les années 1980. En 2012 enfin, le lancement d’un missile d’une portée de 5000 km.

Depuis la fin de la guerre froide, l’Inde veut avoir sa place parmi les nations pesant sur la destinée du monde. Si c’est surtout le regain de croissance qui vaut à l’Inde une attention nouvelle, ses aspirations s’appuient sur une volonté de se doter des moyens économiques et militaires de se projeter au-delà de l’échelon régional. L’Inde est ainsi le premier importateur mondial d’armement.

Diplomatiquement, New Delhi affiche une détermination redoublée à devenir membre permanent du conseil de sécurité des Nations unies, tout en relançant une coopération sud-sud à travers des initiatives bilatérales (sommets Inde-Afrique) ou multilatérales (BRICS). Pour accompagner cette aspiration à la grandeur, l’Inde s’appuie sur les États-Unis (coopération nucléaire).

3

Un vecteur d'influence : la "disaspora indienne"

La "diaspora indienne" compte plus de 20 millions d’individus. Elle est surtout présente en Afrique du Sud, Arabie Saoudite, États-Unis, Malaisie, Birmanie et Royaume-Uni.

C’est pour capter les ressources et l’éventuelle influence des communautés indiennes établies à l’étranger que la position officielle vis-à-vis de la «diaspora» a évolué. Contrairement au discours officiel du lendemain de l’indépendance, on attend désormais d’elle qu’elle serve l’Inde par ses disponibilités financières, son savoir technologique ou son lobbying politique. On est passé d'un brain drain à un brain gain.

Les transferts financiers des Indiens travaillant à l’étranger représentent une manne financière considérable, la plus importante au monde et en constante augmentation. Ils représentent 3 % du PIB et la communauté indienne est la plus riche aux États-Unis.

B

L'Inde dans le contexte régional

1

Une encombrante prééminence

Les relations entre Inde et les autres États d’Asie du Sud sont d’abord régies par des données physiques : l’Inde dispose d’un caractère central, son territoire occupe les 3/4 de l’espace sous-continental, et elle est le seul pays de disposer d’une frontière avec tous les autres, qui n’en ont pas entre eux.

L’Inde représente les 3/4 de la population, du PNB cumulé des pays de l’Asie du Sud et aussi des IDE et des échanges intra-régionaux. À cela s’ajoute une supériorité militaire avec laquelle seul le Pakistan tente de rivaliser.

Ce statut est source d’inépuisables frictions avec ses voisins pour plusieurs raisons :

  • Opposition entre vision internationale et régionale : Par exemple : Le Pakistan ne conçoit le nucléaire que dans un cadre régional, pour lutter contre l’Inde, alors que celle-ci le conçoit internationalement

  • Traits culturels et ethnolinguistiques similaires entre voisins qui estompent les frontières nationales...

-La diversification de l’appareil de production accentue les craintes de domination

2

Un ancrage plus ou moins affirmé

L’Inde a oscillé au cours des décennies passées entre être une puissance régionale avec des ambitions internationales ou être une puissance globale avec des intérêts régionaux.

Les phases durant lesquelles l’Inde est la plus investie dans ce qu’elle considère être sa sphère d’influence naturelle correspondent à des phases de repli a un niveau international, après une perte de crédibilité. Après le conflit sino-indien de 1962, ou après la fin du monde bipolaire qui dévalorisa le non-alignement suivi par la «doctrine Gujral» qui prônait un investissement régional.

Cependant, la méfiance des États voisins n’a jamais disparu et a été alimentée par la préférence affichée la New Delhi pour un règlement bilatéral aux contentieux ou par l’intérêt tout relatif de l’Inde pour l’Association de coopération régionale en Asie du Sud (SAARC).

À l’exception du Bhoutan et des Maldives avec qui l’Inde a une relation de confiance, les relations avec les autres voisins ont reposé sur une hostilité déclarée (Pakistan) ou la circonspection (Bangladesh, Népal, Sri Lanka).

Exemple

L’intérêt indien pour l’Afghanistan

Enjeu stratégique pour l’Inde qui veut y exercer une influence pour créer un sentiment d’insécurité pour le Pakistan. L’Inde devient l’un des principaux pourvoyeurs d’aide au gouvernement Karzai : ouvrages d’infrastructures, offre une élite administrative et des officiers militaires... En octobre 2011, un partenariat stratégique relie l'Inde et l'Afghanistan.

3

Fronts et frontières

Les limites géostratégiques

Si la vision terrestre de la menace extérieure n’a pas été oubliée, la dimension océanique des intérêts indiens a été réévaluée car plus de 95 % du commerce indien avec l’étranger en volume passe par la voie maritime.

Les frontières stratégiques épousent quasiment celles du sous-continent dans sa dimension tectonique.

La vision continentale que l’Inde a de sa sécurité est claire dans le domaine de la menace nucléaire, l’Inde s’étant toujours opposé à une dénucléarisation de l’Asie du Sud, car cela ne prendrait pas en compte la menace chinoise.

Exemple

Une politique d’influence dans l’océan indien

Jusqu’à une période récente, l’Inde n’avait porté qu’une attention limitée à l’océan indien pour des raisons culturelles et religieuses (notamment : l’orthodoxie brahmanique considérait la traversée des mers comme une transgression qui nécessite des rites de purification complexes). Sur cet océan se joue aujourd'hui une lutte d’influence avec la Chine.

Après la guerre froide, l’Inde réinvestit diplomatiquement et militairement dans l’océan indien. Elle a une zone économique spéciale de 2 millions de km2 !). 2009 marque l'essai du premier sous-marin à propulsion nucléaire réalisé en Inde.

Des frontières sources de tensions

L’Inde a une frontière directe avec le Pakistan, la Chine, le Népal, le Bhoutan, le Bangladesh et al Birmanie, et une frontière maritime avec le Sri Lanka, les Maldives, et l’Indonésie.

La démarcation des territoires nationaux entre l’Inde et plusieurs de ses voisins reste un sujet de controverses :

  • Cachemire avec le Pakistan

  • Contentieux sur le transfert d’esclaves avec le Bangladesh

  • Tibet avec la Chine, très sensible, question aussi de la visibilité des réfugiés
    tibétains en Inde

C

Retour sur l'Asie

1

À la recherche d'une nouvelle visibilité

À l’indépendance, le réveil de l’Asie était un thème récurrent du discours politique. L’Inde s’attribue alors un rôle de dirigeant dans le soutien diplomatique aux luttes anticoloniales. Vont dans ce sens les deux conférences de 1947 et 1949 à New Delhi, et Bandung.

Après une période pendant laquelle l’Inde est marginalisée dans les affaires du continent, est lancée au début des années 1990 la Look East Policy :

  • Début d’un dialogue avec l’ASEAN qui se concrétise en 2002 avec la tenue du premier forum Inde-ASEAN.

  • Décision d’appuyer les coopérations transrégionales comme la Kunming Initiative (Bangladesh, Chine, Birmanie, Inde) lancée en 1999

  • Elaboration d’un partenariat avec le Japon encouragé par les EU

Le développement de ces relations fut aussi guidé par la volonté d’offrir une alternative à l’influence chinoise sur le continent. Si les relations sino-indiennes se sont normalisées depuis la visite de la fin des 1980 de Rajiv Gandhi en Chine, elles demeurent marquées par la méfiance. Pékin par exemple soupçonne New Delhi de se prêter à une politique d’encerclement de la Chine en concertation avec les États-Unis.

2

Une aire de partenariat économique en pleine expansion

Le réinvestissement indien en Asie orientale

Le continent asiatique est devenu un enjeu économique important. L’Asie du Sud-Est compte environ pour 10 % des exportations et des importations indiennes. La Chine représente aussi 10 % des exportations et importations indiennes et est devenue son premier partenaire commercial.Le Japon est l’un des principaux investisseurs privés en Inde comme Singapour et la Corée du Sud.

2003 marque la signature d’un accord portant sur une coopération économique élargie avec l’ASEAN. L’accord de libre-échange trouvé est devenu opérationnel en 2010, mais ne concerne encore que la baisse des droits de douane sur les marchandises. Il devrait être étendu aux services et investissements. D'une façon générale on trouve la volonté de faciliter les échanges : construction prévue d’un corridor reliant l’Inde à la péninsule malaise

Un rapport décomplexé à l’imbroglio moyen-oriental

Avec une communauté musulmane qui est la 3 ème la plus nombreuse du monde, l’Inde ne peut ignorer le monde arabo-musulman. Le golfe Persique et le Moyen-Orient sont la première source d’approvisionnement énergétique et des terres d’immigration pour 6 millions d’Indiens dont les rapatriements d’argent ont une incidence significative en Inde, notamment au Kerala.

L’Inde reconnaît officiellement Israël en 1950, et établit des relation diplomatiques au début des années 1990. Israël est devenu l’un des principaux fournisseurs d’armes à l’Inde, sans que cela soit perçu comme incompatible avec un approfondissement des liens avec les autres pays de la zone

D

Les ressources naturelles, facteurs de confrontation et de coopération

1

À la recherche de la sécurité énergétique

L’Inde est actuellement le 3ème consommateur mondial d’énergie alors même que la consommation par habitant reste faible. Un rapport du commissariat au plan indien publié en 2008 indiquait qu’elle devrait au moins tripler son offre d’énergie pour maintenir la croissance au moins à 8 %. Une bonne partie de l’énergie consommée provient de sources non-commerciales (résidus végétaux, fumier...).

Le charbon, dont le pays est 3 ème producteur mondial, génère plus de la moitié de la consommation ce qui a un lourd impact sur l’environnement. 70% des centrales thermiques fonctionnent au charbon. Le pétrole et le gaz représente 40 % de la consommation, l’hydroélectricité et avec 6%, la part du nucléaire reste négligeable (opposition locale).

Si dans les années 1970, l’Inde était autosuffisante à hauteur de 70 %, aujourd’hui sa dépendance énergétique est en constante augmentation et la sécurisation de ceux-ci est un impératif. L’Inde est le 4 ème plus gros importateur mondial de pétrole. Ces importations viennent à 80 % des pays du Golfe et du Moyen-Orient (aussi du Nigeria).

D’ici 2020, l’Inde devra importer 40 % de ses besoins en gaz ! L’Inde doit se tourner vers des acheminements maritimes de gaz liquéfiés du Quatar et d’Oman, les projets de gazoducs comme celui Iran-Pakistan-Inde étant au point mort.

À cela s’ajoute un volontarisme du gouvernement pour encourager des entreprises publiques à acquérir des avoirs à l’étranger. Par exemple : Oil and Natural Gas Corporation Videsh Limited (OVL) est présente dans 15 pays (Afrique, Russie, Amérique latine...).

2

La difficile optimisation des ressources hydriques

En 2050, la population de l’Inde devrait être multipliée par 4 par rapport à 1950, ce qui induit une demande exponentielle des ressources hydriques de plus en plus convoitées. La dimension hydrique s’immisce souvent dans des conflits bilatéraux.

Par exemple le conflit pour le Cachemire, avec les eaux de l’Indus et ses affluents. Si des traités d’accords ont été signés avec le Pakistan, Bangladesh et Népal, chaque projet de barrage provoque des tensions Seul contre-exemple : construction au Bhoutan de barrages financés par l’Inde dont les bénéfices sont partagés.

Le partage des ressources hydriques pèse aussi sur le débat politique interne et sur les relations entre les États de l’Union. Notamment pour le projet de raccordement des bassins fluviaux. Une mauvaise gestion de l’eau peut avoir des conséquences désastreuses pour une population largement active dans l’agriculture, mais aussi pour la population urbaine ainsi que sur le prix des produits alimentaires.