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Chapitre 8 :
Clôture et partage du monde au XXème siècle : le contrôle des terres

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Clôture et partage du monde au XXème siècle : le contrôle des terres

Selon Paul Valéry au moment de la guerre de 1914-1918, « L'ère du Monde fini commence ». En effet, le monde fini c'est le monde connu : fin des grandes conquêtes coloniales (Maroc 1912), fin des grandes explorations (Pôles Nord et Sud), fermeture des frontières aux États-Unis (1890), achèvement du transsibérien (1916)... Dès lors les rapports à l'espace vont évoluer : l'exploitation extensive de l'espace se termine (en tout cas dans les esprits) et laisse donc sa place à une exploitation plus intensive de l'espace. Mais cet effort de mise en valeur doit être le fait de quelle entité ? États ou entreprises ?

I

Géodynamique des espaces continentaux au XXe siècle

A

Le contrôle de l'espace passe pour un facteur de puissance et de cohésion nationale

Le contrôle de la terre a toujours été instrument et manifestation de la puissance, mais la grande taille ne suffit plus (échec des Empires continentaux et coloniaux). En effet, au cours du XXe siècle, on a cherché à renforcer l'intégration des sociétés et des espaces dans les cadres nationaux, souvent par le développement de l'école (homogénéisation), l'uniformisation de la langue...

Au XXe siècle l'espace a été une composante fréquemment utilisée pour gérer les problèmes de société. Ainsi, le contrôle et la mise en valeur de l'espace ont été associés à la volonté d'intégration sociale et nationale. Exemple de la marche verte organisée par Hassan II (1975 à la mort de Franco) qui permet d'intégrer le Sahara espagnol au Maroc et de souder l'unité nationale.

B

La puissance économique dépend-elle encore du territoire ?

Jusqu'en 1945, l'agriculture possède un certain nombre de caractéristiques communes dans le monde. En effet, elle occupe la majorité de la population active (sauf dans les pays anglo-saxons déjà). Puis, après 1945, a lieu une seconde révolution agricole : avec la mécanisation, révolution chimique, génétique... Dès lors, les agriculteurs ne représentent que 3 ou 4% de la population active dans la plupart des pays développés. Ainsi, 80% du territoire français produit moins de 10% de la richesse nationale.

Jusque dans les années 1960, l'organisation des espaces industriels dépend de la localisation des ressources naturelles, de la concentration des hommes et de l'organisation des flux. D'où les concentrations dans des régions spécialisées car rôle déterminant du charbon et du fer au début du XXe siècle (région du Nord et du Nord-Est français).

Dans la deuxième moitié du XXe siècle, on remarque que les espaces de dimensions modestes mais fortement concentrés et organisés triomphent : les cités-États ou les NPIA1, ou encore les métropoles des pays développés. C'est que la mise en place d'une production de masse, avec les économies d'échelle, la rationalisation de la production et la spécialisation qu'elle entraîne, se traduit par cette nouvelle géographie de la production.

La maîtrise des flux est donc devenue un élément déterminant de l'efficacité économique. S'ils constituent des éléments de puissance, les grands espaces représentent aussi des coûts en matière d'équipement et de contrôle.

C

La mondialisation encourage-t-elle l'organisation en empires et en cités ou bien pousse-t-elle à une dématérialisation de l'espace ?

La mondialisation favorise-t-elle un retour des empires ? La mondialisation semble favoriser les grands espaces continentaux comme le montre les succès des États-Unis, Russie, Brésil, Inde, Chine...
C'est, en effet, que ces pays possèdent souvent plus de ressources sur leurs territoires, un marché plus grand et donc convoité, et souvent une grande puissance militaire... c'est sur ces données que les États forts affirment et font respecter leur volonté (grande différence par rapport aux États de plus faible dimension).

Les cités ont-elles perdu leurs avantages ? Par rapport aux grands États épuisés par l'énormité des investissements à réaliser pour des rentabilités parfois douteuses, on voit l'efficacité des petites structures dans l'organisation des cités :

  • Investissements moins démesurés pour une rentabilité mieux assurée
  • Plus grande cohérence culturelle, sociale, idéologique

Mais vulnérabilité : celle de la puissance militaire (donc protection par une superpuissance), celle de la conjoncture économique internationale (qui assure leur prospérité).

Qu'en est-il de l'immatériel ? Les vrais concurrents ne sont-ils pas les réseaux bâtis par les FMN ? Au contraire des espaces enracinés et immobiles, les FMN sont partout, choisissant des localisations qu'elles peuvent rapidement défaire et quitter pour en choisir de mieux adaptées. Il faut néanmoins nuancer leur pouvoir qui n'est question que de rapport de forces (surtout avec les États les plus faibles).

II

L'élargissement de l'espace de production : les dynamiques pionnières

Désormais, la conquête des espaces ne se fait presque que dans un cadre national. Dans ce nouveau cadre, les réserves de terres fertiles ont pratiquement disparu, il faut donc conquérir des espaces de marge. Il s'agira de contrôler les territoires, de résoudre les déséquilibres démographiques, d'assurer l'autonomie des économies nationales.

A

La conquête de marges arides passe par le contrôle de l'eau

Les zones arides ne permettent pas au premier abord le développement d'activités agricoles car elles sont affectées par de graves déficits en eau. Cependant, de grands projets ont permis de changer cela. En Asie centrale, dérivation des eaux de l'Amou Daria et du Syr Daria dans les années 1960 ou encore assèchement de la mer d'Aral. Dans le monde arabe où l'aridité domine, l'agriculture ne s'est implantée que dans les montagnes et autour des grands fleuves (Nil, Tigre, Euphrate...). En Chine, la volonté de contrôle des vastes territoires arides de l'Ouest est fondée sur des motivations géopolitiques.

Plus humides que les zones arides, les zones de steppes, de savanes et de brousses sont aussi affectées par des déficits en eau, surtout saisonniers. Ces zones ont été bouleversées par l'arrivée des conditions du monde moderne car elles étaient les lieux de l'itinérance agricole ou nomade.

B

Les grands défrichements continuent en zone intertropicale

Jusqu'aux années 1960, les trois grands bassins forestiers de la zone équatoriale sont restés presque intactes :

  • Bassin amazonien
  • Bassin du Congo
  • Forêts de l'Insulinde (Sumatra et Bornéo surtout).

Plusieurs éléments ont joué à partir des années 1960 et 1970 dans cette « dernière grande dynamique pionnière de la planète ».

Tout d'abord, l'accroissement de la pression démographique. Surtout en Indonésie. Au Brésil aussi pour soulager les pressions rurales en donnant « des terres sans hommes pour des hommes sans terre ».

Aussi, le volontarisme de l'État a été une condition nécessaire. C'est donc surtout une vision géopolitique qui est mise en avant en vue de contrôler les espaces périphériques du pays. C'est le cas en Indonésie, avec le peuplement des différentes îles pour homogénéiser le territoire : Sumatra, Sarawak, Irian Jaya... Cette vision géopolitique inclut alors une vision sociale : l'intégration spatiale doit aider à construire l'intégration sociale.

C'est donc le dynamisme du marché qui a souvent été l'élément déterminant. A la fois, le dynamisme des migrations spontanées (favorisé par transports, réseaux familiaux...) et le dynamisme des marchés internationaux (dynamisant ainsi les investissements qui influencent géographiquement les activités).

III

La naissance d'une volonté de gestion : l'aménagement de l'espace

A

Les politiques d'aménagement du territoire visent à organiser l'espace de façon rationnelle et équitable

La politique d'uniformisation du territoire national a été à peu près générale en Europe :

  • Renforcement de l'administration
  • Mise en place de grands réseaux
  • Politique d'éducation nationale...

On s'aperçoit cependant des disparités entre les régions (notamment disparités sociales, conditions de vie) : Paris et le désert français (Gravier, 1947), Mezzogiorno et le reste de l'Italie... Aujourd'hui, le principe de justice spatiale oriente plutôt les efforts vers l'accès égal des citoyens à l'emploi, à l'éducation, à la formation, à la culture et à la sécurité.

Plusieurs pays, surtout après 1945 et au cours des années 1960, ont mis en œuvre des politiques d'aménagement du territoire. Ce sont souvent les chocs provoqués par la crise des années 1930 puis par les conflits qui ont fait prendre conscience des problèmes régionaux. Création en Italie de la Cassa per il Mezzogiorno (1950) qui permet d'entreprendre des investissements considérables en matière de transports (autoroutes), d'énergie (barrages, centrales), et surtout en matière de pôles industriels (triangle Bari-Brindisi-Tarente). En France, DATAR (1963). Au Royaume-Uni, Town and Country Planning Act (1947).

B

La décentralisation pose la question des légitimités territoriales

La France est depuis Napoléon dotée d'une organisation territoriale de type « militaire » départements uniformes avec préfets à leur tête. La décentralisation administrative a commencé après 1945 : régions en 1956, puis on leur accorde le titre de collectivité autonome dirigée par un Conseil régional élu (loi Deferre de 1982).

Dans les pays où la centralisation avait été moins forte (Allemagne ou Italie), la régionalisation a été moins laborieuse et plus poussée. Mais on observe des déséquilibres avec des identités régionales fortes.

C

Les politiques d'aménagement du territoire utilisent des outils différents

C'est d'abord la décentralisation industrielle qui constitue le moyen privilégié d'une redistribution spatiale de l'activité et des emplois. Pour cela, l'État peut mettre en place une politique de primes (aux entreprises s'installant dans les régions sélectionnées) ou une politique des pôles (concentration des moyens sur quelques pôles moteurs afin de leur permettre de décoller, puis d'entraîner toute la région : pôles industrialo-portuaires en 1965 en France).

L'importance prise par les villes en termes de concentration de population a conduit à la mise en place de politiques urbaines de plus en plus élaborées : efforts à la fois sur le réseau urbain (pour assurer un meilleur équilibre sur l'ensemble du territoire) et sur l'espace urbain (pour maîtriser la croissance et l'organisation des villes). En France, 8 métropoles d'équilibre dans les années 1960 pour faire contrepoids à l'influence parisienne (transfert de l'ENA à Strasbourg par exemple dans les années 1980). On a aussi la création des villes nouvelles autour de Paris pour contrôler l'agglomération, de même en Espagne avec Tres Cantos au nord de Madrid.

D

La rationalité économique pousse au zonage de l'espace

C'est le territoire entier qui est découpé pour bénéficier ou non de mesures spécifiques de l'action publique. Le caractère discriminant des aides publiques instauré par le zonage (telle région est aidée, telle autre ne l'est pas) met donc en cause le principe d'égalité pour assurer une cohésion plus grande.

Volonté de rationaliser les usages de l'espace et d'encourager les investisseurs. On a aussi une volonté de maîtriser l'urbanisme afin d'éviter la spéculation foncière : création de ZUP et de ZAC dans les années 1960.

L'ouverture internationale introduit à la fois une modification à l'échelle des solidarités, conçues désormais au niveau européen, et une nouvelle perception des concurrences. Ces concurrences ont conduit par exemple à renforcer les équipements des grandes métropoles comme Paris.

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