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Chapitre 12 :
Ruptures et continuités de l'espace soviétique

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Ruptures et continuités de l'espace soviétique

Faute de pouvoir se projeter dans toutes les directions en même temps, la puissance russe a presque toujours dû alterner les actions, tantôt européennes, tantôt asiatiques.

I

La Russie au début du XXe siècle : réforme ou révolution ?

A

La révolution capitaliste ne parvient pas à abolir les archaïsmes économiques et sociaux de la Vieille Russie

1

Le rôle économique et social de l’État s'inscrit dans la durée.

L'abolition du servage en 1861 transforme lentement la société rurale. Certains paysans quittent le mir (exploitation collective) et deviennent des koulaks en achetant les terres libérées par l'exode rural.
Le Ministre Witte (1891-1903) préconise une intervention cohérente de l’État :

  • Rachat de compagnies privées de chemins de fer et construction de lignes (Transsibérien : 1891-1903).

  • Retour au protectionnisme en 1891 : doublement des exportations entre 1900 et 1913. 

  • Alliance franco-russe (1893) et convertibilité-or du rouble (1897) : assurent les investissements directs étrangers et des souscriptions à des titres émis par entreprises et État russe.
2

Dans les campagnes, la tradition résiste au progrès économique.

La population passe de 126 millions en 1897 à 162 millions en 1913. En 1913 la population rurale représente 80% et l'emploi est agricole à 75%. 

Croissance agricole intensive (volume de la production agricole quadruple entre 1890 et 1913) car extension des surfaces cultivées, recul de la jachère triennale, consommation d'engrais multipliée par sept entre 1900 et 1913.
Mais la productivité n'augmente pas : à l'inverse des moujiks, la noblesse possède trop de terre. 

C'est le début de l'exode rural pour travailler en usine. Le parti socialiste révolutionnaire demande un partage des grands domaines pour permettre aux moujiks de devenir des petits propriétaires indépendants.

3

L'industrie élargit sa base mais reste très singulière.

Le nombre d'ouvriers d'usine double entre 1890 et 1913 : il couvre alors 5% de la population active (30% de femmes chez les ouvriers). Les industries traditionnelles de l'Oural sont en crise. Les nouvelles industries sont celles de Saint-Pétersbourg et de Moscou, de Bakou (pétrole), d'Ukraine (charbon du Donbass et fer à Krivoï-Rog). 

400 entreprises de plus de 1000 salariés occupent près de 50% de l'emploi industriel. Ces entreprises géantes mais isolées reflètent la pénurie d'entrepreneurs.

B

Avoir la politique de sa géographie est au-dessus ds moyens de la Russie

1

La Russie domine l'« étranger proche ».

L'État central de Moscou devient un vaste Empire continental grâce à la dynastie des Romanov (1613-1917) :

  • Sibérie
  • Ukraine occidentale
  • Biélorussie
  • Pologne orientale
  • Crimée
  • Nord du Caucase
  • Bessarabie roumaine
  • Finlande
  • Transcaucasie
  • Kazakhstan
  • Asie centrale... 


C'est alors un vaste ensemble multinational où les Russes ne représentent que 45%. Une politique de russification par la glorification du tsar est mise en place.

2

La Russie appartient-elle à l'Europe ?

Les artistes russes enchantent l'Europe de l'époque : Kandinsky, Stravinsky... Mais il existe des stéréotypes russes car continent mi-européen, mi-asiatique.
Sur le plan économique, la Russie est dépendante de l'Europe occidentale : les investissements étrangers représentent 45% de la valeur des investissements industriels en 1910 (notamment français). L'Allemagne est son premier partenaire commercial : accords commerciaux de 1894 et de 1904 qui donnent l'avantage à l'Allemagne.

3

Le jeu géopolitique russe balance entre l'est et l'ouest.

La Russie est une puissance continentale à cheval sur l'Europe et l'Asie. Le tsar Nicolas II privilégie le front asiatique car il a peur des puissances occidentales : accord sur la frontière russo-afghane avec le Royaume-Uni alors qu'il dispute la Mandchourie aux Japonais pour construire le Transsibérien (1905 : mais victoire du Japon : perte de Sakhaline). 

Les ambitions géopolitiques russes se tournent vers les Balkans (soutien à la Serbie).

4

Continuité et rupture : les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets.

La guerre contre le Japon est impopulaire alors qu'en 1914 la guerre de solidarité avec la Serbie paraît juste.
La révolution échoue en 1905 pour triompher en 1917 car :

  • Les forces militaires russes sont vaincues par l'usure, la situation s'est dégradée dans l'hiver 1916-1917.

  • Le tsar n'a pas tiré des leçons de 1905 il y a alors un divorce progressif entre l’État et la société russe.

  • Lénine rallie les bolcheviks à sa conviction que le pouvoir peut être pris de force.
II

La construction de l'URSS entre 1917 et 1927 : poids de l'idéologie et choc des circonstances

A

Entre 1917 et 1921, les enjeux de la guerre et de la révolution se confondent

1

La guerre se déroule sur deux fronts : national et politique.

Les communistes savent que leur coup d’État n'est pas une révolution prolétarienne (trop peu d'ouvriers). Il faut alors garder le pouvoir et étendre la révolution au monde : le traité de Brest-Litovsk en mars 1918 marque l'armistice germano-russe au détriment de la Russie (perte territoires).

Emancipation des minorités nationales à la chute de l'Empire tsariste. Lénine imagine une Union des Républiques socialistes d'Europe et d'Asie. 


Territoires nationalistes en :

  • Finlande
  • Estonie
  • Lettonie
  • Lituanie
  • Pologne

Le gouvernement bolchevique reconnaît l'indépendance de ces pays par des traités entre 1920 et 1921.
En décembre 1922 a lieu le Premier Congrès des soviets : création de l'Union des Républiques socialistes et soviétiques entre la Russie, l'Ukraine, la Biélorussie et la Transcaucasie.

2

Le communisme de guerre traduit en même temps les exigences de la doctrine et de la situation.

Mélange entre dirigisme de l'économie de guerre et socialisation des moyens de production :

  • Nationalisations
  • Travail obligatoire de 16 à 50 ans
  • Grèves interdites...

Suite à l'hyperinflation, l'État organise un troc public, une carte donne droit à une ration individuelle en fonction du travail fourni.
Les éléments suivants sont gratuitement mis à disposition des travailleurs :

  • Logement
  • Eau
  • Electricité
  • Chauffage
  • Téléphone
  • Bains publics et transports

Mais, les communistes ont continué dans la même direction que pendant la guerre ; il n'y a pas de phase de transition alors qu'ils la jugeaient d'abord comme un mal nécessaire.

B

La NEP marque un retour partiel et provisoire au capitalisme de marché (1921-1927)

1

La situation de 1921 impose un compromis idéologique.

Deux fois moins d'ouvriers qu'en 1913 principalement dû à la faim : la famine à fait au moins 5 millions de morts (surtout dans la région de la Volga).
En janvier 1921, la révolte des marins et ouvriers de Kronstadt tourne en un mouvement de contestation du régime.

Au Xe Congrès du Parti Communiste à Moscou (1921), Lénine fait adopter les premières mesures qui mettent fin au communisme de guerre.

2

La NEP reconstitue momentanément une économie mixte.

La Nouvelle Politique Économique fait coexister un secteur privé (agriculture, commerce de détail et plus petites entreprises) et un secteur public (l'État contrôle le reste) :

  • La production agricole double entre 1921 et 1927.
  • Réformes du rouble-or (1922 et 1924). 

  • Gosplan (1921) : plan quinquennaux (sidérurgie et électrification).

Mais la NEP ne résout pas les problèmes de fonds :

  • Parti communiste unique
  • Forte discipline interne.

Sultan Galiev, chef de file du mouvement communiste musulman est exclu du parti en 1923, puis déporté en 1928 pour « déviation nationaliste tatare » car il lutte contre la laïcisation forcée.

3

La Russie communiste rompt vite son isolement.

Création de la IIIe Internationale (Komintern) à Moscou en 1919. Les anti-rouges se multiplient du côté occidental. La Russie des soviets n'est pas invitée à la conférence de paix de Paris en 1919.

Mais la Russie soviétique signe des traités avec ses voisins en 1920 et 1921. Le volume du commerce extérieur quadruple entre 1923 et 1927. 

Russie et Allemagne se rapprochent : le traité de Rapallo de 1922 annule mutuellement les dettes et pose secrètement les fondements d'une coopération militaire.
Peu à peu, de nombreux États établissent des relations diplomatiques avec l'URSS (surtout en 1924). Ces relations diplomatiques demeurent fragiles : méfiance vis-à-vis de l'URSS qui reste fidèle au projet de révolution mondiale.

En Extrême-Orient, Moscou soutient la révolution chinoise de Sun Yat-sen. Mais, le régime de Chiang Kaï-shek s'oppose au communisme (expulsion des conseillers russes en 1926).

III

L'ère stalinienne (1928-1953) : idéal communiste et puissance d’État

A

Le communisme se fonde sur la propriété collective des moyens de productions et d'échange

1

La collectivisation de l'agriculture prend deux formes : les sovkhozes et les kolkhozes.

Les sovkhozes (ferme d’État dont les ouvriers agricoles sont salariés) se développent lors de la campagne de collectivisation contre les koulaks dès 1928.
Les kolkhozes (coopérative agricole) sont mis en valeur par Staline : dès 1930, les familles kolkhoziennes sont autorisées à posséder leurs terres et une partie du bétail puis de vendre ce qui n'est pas auto-consommé sur le marché kolkhozien de la ville.

2

Le secteur privé de l'industrie, du commerce et des services disparaît par nationalisation sans indemnisation.

Dès 1932, plus de 90% de la production industrielle est assurée par des entreprises d’État et 75% des biens de consommation sont vendus par les magasins d’État.

B

Pour Staline, « planifier, c'est agir »

1

La planification stalinienne équivaut à une gestion administrative de l'économie.

Planifier pour coordonner toutes les forces individuelles au service du projet collectif :

  • Prévision
  • Gestion administrative
  • Contrôle

Le Gossnab gère les flux matériels entre les entreprises, la Gosbank les flux financiers. Chaque entreprise est mise sous tutelle de l'administration.

2

Le plan est l'instrument d'une stratégie de développement par l'industrialisation massive.

L'industrialisation est nécessaire au progrès de l'agriculture, à l'extension des chemins de fer... Elle se fait par un prélèvement autoritaire sur le travail agricole.
En 1938, l'industrie soviétique est au 3e rang mondial mais met de côté l'agriculture et les biens de consommation au profit de la croissance de la production industrielle est extensive et privilégie la puissance sectorielle.

Jusqu'en 1933, l'URSS maintient des relations importantes avec l'Occident :

  • 5000 spécialistes étrangers participent à l'effort collectif
  • 200 accords techniques sont conclus avec des firmes occidentales

Mais Staline veut assurer l'autarcie : l'URSS importait 70% de ses besoins en machines-outils en 1932, contre seulement 10% en 1937.

3

La force de travail est mobilisée pour gagner la bataille de la production.

Le travail est obligatoire pour les femmes et hommes en âge de travailler. Les travailleurs ont été très mobiles (paysans deviennent ouvriers, ouvriers deviennent ingénieurs...) ce qui affaiblit la productivité.
Mise en place de mesures pour lutter contre cette faiblesse de la productivité :

  • Répression contre l'absentéisme
  • Travail volontaire non payé
  • Contrôle de la mobilité par le livret ouvrier
  • Primes de rendement à partir de 1931 (honneur fait aux oudarniks, les héros du travail)
  • Propagande d'incitation à « dépasser les pays capitalistes les plus avancés »...

En 1935, Alexis Stakhanov, mineur du Donbass, abat 102t en six heures : un exploit qui donne naissance à une campagne de propagande suscitant l'émulation socialiste.

C

Le socialisme dans un seul pays reconstitue en fait un empire

1

Le centralisme réduit le fédéralisme soviétique à une apparence formelle.

Selon la constitution de 1936, l'URSS compte 11 républiques fédérées :

  • Russie
  • Ukraine
  • Biélorussie
  • Géorgie
  • Arménie
  • Azerbaïdjan
  • Kazakhstan
  • Turkménistan
  • Ouzbékistan
  • Tadjikistan
  • Kirghizistan

Avec l'exaltation du nationalisme russe, Staline faut déporter au Kazakhstan des peuples entiers suspectés de ne pas soutenir entièrement le communisme :

  • Finlandais de Carélie
  • Allemands de la Volga
  • Tatars de Crimée
  • Musulmans de Caucase (dont 390 000 Tchétchènes).
2

Dans les années 1930, l'URSS adapte ses principes idéologiques à sa politique de sécurité.

Pacte Briand-Kellog de 1928, 60 pays signataires dont l'URSS. Siège permanent au conseil de la SDN en 1934.
Mais cela n'est qu'illusion :

  • En 1936, l'URSS se sent menacée par l'axe Rome-Berlin et par le pacte anti-Komintern entre Allemagne et Japon.
  • Elle intervient en Espagne contre Franco.
  • Pacte germano-soviétique de 1939.
3

La Seconde Guerre mondiale permet à l'URSS de réaliser une triple ambition : territoriale, stratégique et idéologique.

L'URSS a eu un grand rôle à la fois militaire et moral durant la guerre. Elle bénéficie alors du droit de veto au Conseil de sécurité de l'ONU et est la deuxième puissance nucléaire en 1949.
Les annexions soviétiques modifient les frontières (notamment États baltes) : par rapport à 1938, l'URSS gagne 900 000 km² et plus de 23 millions d'habitants (compensant les 22 millions de morts de la guerre).

En Europe de l'Est, la présence de l'Armée rouge crée un contexte particulier. Partout le parti communiste reste minoritaire en voix mais les communistes occupent les postes clés.
L'origine du communisme en Europe de l'Est est plus militaire que populaire. Création du Kominform en 1947 (après la dissolution du Komintern en 1943).

A l'Ouest, le rideau de fer coupe l'Europe en deux. Blocus de Berlin-Ouest entre juillet 1948 et mai 1949 et la Yougoslavie socialiste de Tito accepte l'aide occidentale.

En Extrême-Orient, l'URSS déclare la guerre au Japon (1945) et s'empare du sud de Sakhaline et de l'archipel des Kouriles.
République populaire de Chine en 1949 ; traité sino-soviétique à l'avantage de l'URSS. La Chine se met « à l'école de l'URSS » jusqu'en 1956.

4

L'URSS exporte son modèle dans le camp socialiste européen.

Expropriation et partage des grands domaines. Nationalisation des entreprises industrielles et tertiaires. En Allemagne, l'URSS confisque des biens à titre de réparations. 

Après le plan Marshall (1947), décision de former un bloc intégré avec l'URSS. Conseil d'assistance économique mutuelle (CAEM) en 1949 :

  • URSS
  • Pologne
  • Tchécoslovaquie
  • Hongrie
  • Bulgarie
  • Roumanie
  • Albanie
  • RDA

L'URSS réalise alors 56% de son commerce extérieur avec les pays du CAEM.

5

Rupture et continuité : la Russie soviétique ne fait pas « table rase du passé ».

Autocratie bureaucratique et policière, le culte de la personnalité de Staline s'inscrit dans la continuité russe qui, depuis Ivan le Terrible (XVIe siècle), tend à la déification du despote.

Obsession du retard industriel sur l'Occident, aux dépens de l'agriculture et des biens de consommation. Travail collectif des paysans, forcé et quasi gratuit : probable restauration du servage abolie en 1861.


Rôle du système pénitentiaire dans la colonisation de la Sibérie. Nationalisme et impérialisme russe, diplomatie pendulaire entre Europe et Extrême-Orient.

Transition : mort de Staline le 5 mars 1953 ; Khrouchtchev lui succède et met fin à la terreur de masse. Mais dans les autres domaines, on peut voir un système stalino-brejnévien (Khrouchtchev limogé en 1964 et remplacé par Brejnev jusqu'en 1982) dont les réformes n'ont pas de réel effet structurel.

IV

Du bloc au blocage : modèle soviétique et socialisme réel

A

Le communisme ne tient pas ses promesses

1

Le consommateur ignore l'abondance espérée.

1985 : évaluation du PNB par habitant de l'URSS à 36% de celui des États-Unis, 1 voiture pour 25 habitants.

Le problème du citoyen soviétique n'est pas de gagner plus mais de dépenser davantage : les salaires augmentent deux fois plus vite que l'offre des biens de consommation et des services entre 1970 et 1987.

Crise du logement permanente depuis 1930. En 1980, l'URSS est au 40ème rang mondial au niveau de la superficie disponible par habitant.

2

Les déséquilibres du commerce extérieur expriment un retard de développement.

Le marché soviétique est fermé à la concurrence étrangère avant la mort de Staline. 

Les deux tiers des exportations soviétiques en 1980 sont des produits bruts et semi-finis. La part des PDEM dans le commerce extérieur de l'URSS passe de 15% en 1950 à 43% en 1980.

B

Entre 1957 et 1985, les réformes économiques définissent les problèmes systémiques

1

La planification adapte la demande à l'offre.

La planification remplace les mécanismes de marché : l'offre est calculée à partir de la production de l'année précédente, affectée d'un coefficient de croissance. L'économie soviétique fonctionne comme une économie de pénurie : rationnement voulu et subi.
Lourdeur des procédures bureaucratiques. Aussi, dans son marchandage avec les autorités de tutelle, l'entreprise sous-estime délibérément ses ressources et surestime ses besoins, pour obtenir davantage de moyens matériels et humains.

2

La réforme de l'entreprise bute sur la question de son autonomie.

Réforme de 1957 par Khrouchtchev instaurant les sovnarkhozes, conseils économiques régionaux, ce qui permet de remplacer la lourde administration centrale. 

Mais la réforme est abandonnée avec la chute de Khrouchtchev. Le gouvernement Kossyguine met en place une réforme de l'économie soviétique en 1965, s'inspirant des idées de l'économiste Liberman.

3

Le principal problème est celui de la productivité du travail et du capital.

Enorme déficit de travail car :

  • Forte mobilité de main-d’œuvre
  • Inactivité entre deux emplois
  • Absentéisme
  • Heures perdues sur le lieu de travail car arrêts techniques
  • Comportements des individus

Les stimulants moraux n'ont que peu d'effets (appels à la discipline ou glorification des héros du travail).
Les stimulants matériels semblent avoir plus d'effets (logements, magasins, crèches, équipements sportifs et culturels...) mais pas les primes distribuées (car difficile de matérialiser ces primes).

Problème du territoire qui incite à une croissance extensive. Manque de modernité ; ou en tout cas les retombées des recherches militaires sur l'économie civile sont faibles.

Une stratégie de croissance intensive est lancée à partir de 1975. En réitérant les mêmes orientations, avec la réforme Experiment (1983 par Andropov), on prouve à la fois l'échec des réformes et la permanence des problèmes.

4

La mise en valeur des ressources ne s'accompagne pas d'une véritable politique d'aménagement du territoire

Mise en valeur des territoires situés à l'Est de l'Oural et de la mer Caspienne. Mais cette mise en valeur répond à des impératifs économiques et géopolitiques :

  • Augmenter les productions
  • Pallier l'épuisement des gisements situés à l'Ouest
  • Gagner des devises par l'exportation
  • Démontrer la supériorité du développement soviétique
  • Occuper le vide sibérien face à la Chine...
C

L'URSS et l'Europe de l'Est constituent un bloc

Le socialisme de l'Europe de l'Est préserve quelques particularités nationales.
En Pologne, nombreuses exploitations familiales, nombreuses entreprises privées par rapport aux autres pays de l'Est (car loi de nationalisation de 1946 dispense le bâtiment et les entreprises de plus de 50 salariés).
Partout à l'Est : agriculture beaucoup plus concentrée, avec des « mégasovkhozes ». On a aussi une concentration de l’appareil de production, comme les VVB ou Kombinats est-allemands, les Konzerns tchèques ou les WOG polonais.

Le CAEM organise des échanges inégaux entre l'URSS et l'Europe de l'Est. Il vise une véritable intégration économique socialiste, avec un commerce intra-CAEM. Refus de la Roumanie qui adhère au FMI.
La division internationale socialiste du travail (DIST) spécialise une entreprise d’un État membre pour un autre État membre (mais ce n'est pas un marché commun : même s'il n'y a pas de droits de douane, les échanges ne sont pas libres). Quant au commerce extérieur, il est planifié. La DIST ne pose pas de problèmes à l'URSS qui peut se spécialiser en tout, mais enferme les autres pays dans la spécialisation.

Moscou vieille au monolithisme politique du bloc Est-européen. Mais, au-delà de l'uniformisation apparente, chaque démocratie populaire a préservé son identité :

  • Sentiment national
  • Attachement à la langue et à la culture
  • Rôle des Églises...

Révoltes :

  • Berlin-Est (1953)
  • Budapest (1956)
  • Pologne (1956, 1968, 1970, 1976, 1980-1981)
  • Tchécoslovaquie (Printemps de Prague 1968)...

Intervention de l'Armée rouge en Afghanistan en 1979 pour sauver le régime « à orientation socialiste » depuis le coup d'État de 1978.

D

L'URSS et l'Occident se disputent le tiers-monde et s'affrontent directement sur le terrain de l'économie

L'influence soviétique prend une envergure mondiale. Après la défaite des États-Unis au Vietnam et le scandale du Watergate, la guerre froide ressurgit avec la crise des fusées intermédiaires en Europe et le défi de la « guerre des étoiles » lancé par Reagan en 1983.

Rupture sino-soviétique :

  • La Chine est une puissance nucléaire (1964)
  • Incidents militaires sur la frontières de l'Oussouri (1969)...

L'URSS avance alors dans le tiers-monde :

  • Rapprochement avec Afghanistan, Inde, Laos, Cambodge (après Khmers rouges)
  • Soutien du mouvement sandiniste au Nicaragua en 1979
  • Soutien à Égypte, Syrie, Irak et OLP dans le conflit israélo-arabe
  • Développement de nouvelles Républiques populaires (Ghana, Mali, Guinée, Congo-Brazzaville en 69, Bénin et Madagascar en 75)...

Cependant, certains reculs à l'international :

  • Renversement d’Allende par Pinochet à l’aide de la CIA
  • Perte de la base somalienne de Berbera en 1977
  • Eloignement de l’Algérie de Boumedienne...

Les relations économiques avec les pays capitalistes oscillent entre l'idéologie et le pragmatisme. Avec le concept d'economic warfare, les États-Unis veulent affaiblir le potentiel militaire de l’URSS et obtenir un gain politique par des moyens de pression économique.
Création du COCOM en 1949 pour contrôler les exportations de produits à finalité militaire vers les pays communistes. La législation américaine interdit unilatéralement l'aide alimentaire aux pays communistes.

L'URSS croule sous le poids du complexe militaro-industriel (CMI). En effet, alors que les dépenses militaires augmentent, les consommateurs sont sacrifiés. Mais l'URSS peut désormais développer une stratégie à l'échelle mondiale, non plus uniquement dans le cadre eurasiatique (bases navales en Angola, Éthiopie...).
Militarisation massive de l'économie soviétique : à la fin des années 1980, le poids du CMI équivaut à 18% de PIB, soit le triple des États-Unis (6,5%). Le CMI emploie directement ou indirectement 20 millions de personnes (14% de la population active).

V

L'Empire soviétique face à la mondialisation libérale : de la désintégration à la réintégration ?

Où sont les frontières entre Russie, Europe et Asie ? Les notions de d’Ouest et d’Est ont-elles encore un sens ?

A

Le bloc soviétique disparaît par implosion

Dissolution du Pacte de Varsovie (25 Février 1991), du CAEM (28 Juin 1991), éclatement de l’URSS en 15 républiques indépendantes (étonnant : éclatement à la fois du communisme et de l'Union ; car les républiques auraient pu conserver un lien institutionnel ?).

Le débat public révèle l'impossibilité de réformer le système. Successeurs de Brejnev :

  • Andropov (82-84)
  • Tchernenko (84-85)
  • Gorbatchev en 1985.

Ce dernier prend des mesures :

  • Glasnot (transparence : liberté d’expression, fin de l’État policier)
  • Perestroïka (restructuration totale du système)
  • Autogestion des entreprises d’État dans le cadre d’une planification seulement indicative
  • Ebauche d’un système bancaire
  • Libéralisation du commerce extérieur...

Gorbatchev refuse la privatisation du secteur public : volonté de transformer profondément le système sans remettre en cause les bases fondamentales du communisme.
Mais pour les radicaux, la démonopolisation et la désétatisation ne suffisent pas : ils demandent la propriété privée des moyens de production et d'échange.

Les forces nationales dissolvent l'Union soviétique. Le recensement de 1989 dénombre 287 millions d'habitants et 126 nationalités (dont 22 dépassent le million).
Dès lors, affrontements inter-ethniques (Arméniens/Azéris, Ouzbeks/Kirghizes) mais aussi protestation globale contre la domination de Moscou. Gorbatchev propose alors de renouveler le contrat fédéral avec un renforcement de l’autonomie effective des républiques : mais échec d’une Union des républiques souveraines soviétiques en novembre 1990.

Boris Eltsine est élu Président de la Russie au suffrage universel le 12 juin 1991. Nombreux mouvements indépendantistes dans les républiques. Les Présidents Eltsine (Russie), Kravtchouk (Ukraine) et Chouchkevitch (Biélorussie) réunis à Minsk le 8 décembre 1991, publient un texte qui vaut acte de décès de l’URSS : Gorbatchev démissionne le 25 décembre.

Moscou ne s'oppose pas à l'émancipation de l'Europe centrale et orientale. Dès 1989, ouverture du mur de Berlin. L'URSS ne soutient plus les dirigeants de RDA et de Tchécoslovaquie qui doivent céder aux mouvements populaires.

B

La chute du communisme soviétique est une rupture d'équilibre

1

Les problèmes structurels alourdissent la conjoncture.

  • Embargos de Carter et Reagan sur les hautes technologies révèlent les déficiences soviétiques dans ce domaine, aussi en industrie électronucléaire (Tchernobyl, avril 86). 


  • Défi stratégique de Reagan (IDS, 83) relance la course aux armements, mais le poids du CMI ne cesse de s'alourdir depuis plus de vingt ans.

L'
URSS éclate à cause de :

  • La mauvaise circulation des biens (problèmes des transports)
  • La mauvaise circulation des personnes (passeport intérieur, villes interdites)
2

Cependant, trois éléments freinent la chute.

Déficit démocratique :

  • Entretien de la terreur du KGB
  • Présence d'une nomenklatura qui tient à ses privilèges

Réussite d’un compromis social :

  • Travail avec contreparties
  • Inégalités monétaires faibles.


Présence de mécanismes autorégulateurs :

  • Economie auxiliaire individuelle dans l’agriculture
  • Liberté de changer d’emploi
  • Travail clandestin hors et dans l’entreprise
  • Marchés kolkhoziens
  • Marchés d’occasion et marché noir.

En fait, la révolution est conduite par la classe dirigeante. La décision est prise par l’élite qui va elle-même assurer la transition.

C

Rupture et continuité : le postcommunisme entre libéralisme et nationalisme

Les PECO se rapprochent du modèle Ouest-européen quand la Russie cultive son originalité. Apparaît une transition économique :

  • Suppression de la planification et privatisation
  • Liberté des prix et concurrence
  • Marché financier et système bancaire
  • Marché du travail et risque de chômage
  • Ouverture extérieure et convertibilité de la monnaie.

Se forme aussi de nouvelles entreprises collectives car les mentalités n'ont pas complètement changé. Le plus inquiétant est l'appropriation privée des grandes entreprises par les cadres supérieurs qui a été à 90% illégale (entre 1994 et 2000 selon la Cour des comptes de Russie), formant des conglomérats oligarchiques basés sur la banque, l'industrie, le commerce ou encore les médias.

Cependant, il ne faut pas idéaliser la transition et sous la présidence d’Eltsine, la Russie perd la moitié de son PIB :

  • Hyperinflation et chômage
  • Gonflement de la dette extérieure et tutelle du FMI
  • Spéculation à court terme et krach financier
  • Fuite des capitaux à l’étranger et effondrement de la monnaie
  • Pauvreté de masse et fortunes ostentatoires
  • Corruption générale et réseaux mafieux...

En 2000, arrivée du président Poutine qui renationalise certaines grosses entreprises (part de 35% du secteur public dans le PIB) comme Gazprom en 2005. Les entreprises d’État détiennent 30% des réserves russes de pétrole et 87% des réserves de gaz.
Mais, restauration d’un pouvoir personnel fort avec le Président : ainsi, la Russie ne connaît pas la démocratie libérale où l’État est une entité indépendante du souverain.

L'intégration des PECO à l'UE et à la mondialisation tranche avec le patriotisme économique de la Russie. En effet, les PECO acceptent très vite les règles internationales de l'économie de marché et adhèrent à l'OMC. L'UE devient même leur premier client : en 2008, 70% de leurs exportations, 60% de leurs importations. L’UE y investit (2/3 des stocks de la région), surtout en Pologne, Tchéquie et Hongrie car attraction pour une main d’œuvre bon marché et aux marchés à fort potentiel de développement.

A l'inverse, la Russie est beaucoup moins ouverte sur le monde : 50% de son commerce extérieur avec l'UE, 12% avec la CEI et 21% avec l'Asie sans CEI. Exportation de produits bruts et semi-finis, armes (2e mondial), pétrole (2e mondial). Les États-Unis reconnaissent la Russie comme « économie de marché » en 2002 (geste politique), mais la Géorgie refuse son admission à l’OMC (profite de la règle de l'unanimité).

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Rupture et continuité : la fracture Est-Ouest est-elle résorbée ?

Déclin démographique fort en Russie, elle a perdu 5 millions d'habitants depuis 1989. Mais elle a encore 142 millions d'habitants en 2006 sur 17 millions de km², mais 18% non russophones.
Opposition entre occidentaliste et slavophiles, en effet la Russie n'a jamais vraiment choisi entre Europe et Asie.

Poutine renoue avec la géopolitique traditionnelle de l’État-continent russe. La Russie semble déçue d'avoir perdu sa puissance « impériale », ou plutôt sa force internationale. Deux grandes préoccupations dans la stratégie géopolitique de Moscou : préserver l'intégrité territoriale de la Fédération russe (opposition à la sécession tchétchène par la guerre entre 1994 et 1996, puis en 1999) et faire reconnaître sa souveraineté sur les républiques de la CEI.
C'est que la Russie continue de porter de l'intérêt aux ex-républiques soviétiques car :

  • Présence de millions de Russes
  • Nœuds de communication
  • Maintien de l'ordre pour la stabilité de la région.

Plusieurs organisations, création de l'OTSC en 1992 (Organisation du traité de sécurité collective) :

  • Russie
  • Biélorussie
  • Arménie
  • Kazakhstan
  • Tadjikistan
  • Kirghizstan

Création de la CEE en 2000 (Communauté économique eurasienne) :

  • Russie
  • Biélorussie
  • Kazakhstan
  • Tadjikistan
  • Kirghizistan
  • Ouzbékistan

Accord en 2007 de la Russie avec le Turkménistan et le Kazakhstan pour renforcer les liaisons par oléoducs et gazoducs.

Révolution de la Rose en Géorgie en novembre 2003 et Révolution orange en Ukraine de décembre 2004 à janvier 2005 : elles portent au pouvoir des présidents ouvertement tournés vers l’Ouest. Poutine dénonce le complot occidental pour affaiblir la Russie.

40% du pétrole vendu à l'UE-17 est expédié par l'oléoduc Amitié. Mais conjoncture bouscule l'approvisionnement : la crise ukrainienne a entraîné une baisse des livraisons de gaz à l'UE en 2006 et la crise biélorusse a interrompu les livraisons de pétrole à la Pologne et l'Allemagne.

Ainsi, les relations entre la Russie et l’Europe se sont nettement refroidies en 2006 avec le sommet Union Européenne-Russie de Bruxelles ; division des européens sur la position à adopter à l’égard de Moscou.

La géographie place toujours la Russie au centre des grandes questions internationales. En effet, la Russie est puissante sur le plan géopolitique (véto au Conseil de Sécurité, puissance nucléaire et spatiale) mais aussi géographique (étendue du territoire, richesse des ressources naturelles...).
La Russie rejoint l’OCS en 2001 (Organisation de coopération de Shanghai) mais cette organisation ne cherche pas forcément la stabilité géopolitique (entraînements militaires en 2005 avec Chine et Russie, dont le scénario ressemblait à un étranglement de Taïwan).

La Russie hésite entre deux stratégies : Eurasiatisme (avec sa vocation à être un « pont entre deux grandes civilisations, l’européenne et l’asiatique » selon Poutine) ou l’alliance avec l’Europe pour faire pression sur l’Asie (et réciproquement). A long terme, il apparaît que la montée en puissance de la Chine s’opposera aux intérêts russes.

En définitive, qu'en est-il du clivage Est-Ouest ? Les écarts de niveaux de vie et l’empreinte du communisme persistent autant dans les mentalités que dans les comportements. Alors que Moscou ne souhaite pas appartenir à l'UE mais que les anciennes républiques sont de plus en plus présentes à l'Ouest, il a fallut des accords de partenariat pour ne pas exclure la Russie et pour stabiliser le territoire : avec l’UE en 1994 et l’OTAN en 1997.
Mais sur le plan géopolitique, Moscou refuse de voir ces marges lui échapper. La volonté de l’État-continent de redevenir un acteur majeur sur la scène internationale et de contester « l’hégémonisme américain » engendre de nouveau des tensions « Est-Ouest ».

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