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Chapitre 13 :
La fracture Nord-Sud : Tiers-Monde et sous-développement

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La fracture Nord-Sud : Tiers-Monde et sous-développement

Après 1945, la dynamique de la décolonisation fait émerger l'ampleur d'une nouvelle réalité : le sous-développement qui affectait les deux tiers de l'humanité. Dans une logique de guerre froide, les pays du tiers-monde se sont ainsi intégrés aux enjeux des affrontements idéologiques.

L'actualité se focalise plutôt sur la vigueur du décollage des pays émergents au point de diffuser l'idée que la croissance du Sud pourrait créer une menace pour l'emploi et le niveau de vie du Nord ; l'accélération des dynamiques migratoires, preuve de la persistance de forts écarts de niveaux de vie, est alors perçue par certains comme une menace pour l'identité nationale, notamment en Europe.

I

Sous-développement, tiers-monde : des concepts ancrés dans le XXe siècle

A

Les deux concepts naissent au lendemain de la guerre

Le terme de « sous-développement » apparaît pour la première fois en 1948 dans un programme d'assistance organisé par le président Truman. Dès les « 14 points » de Wilson, idée que les États-Unis ne pouvaient se désintéresser des autres colonies étant donné qu'ils étaient eux-mêmes ancienne colonie.
A cela s'ajoute après 1945 l'enjeu de la guerre froide. Forte idée que si on a des pays pauvres c'est qu'ils sont « arriérés », d'où une justification de la colonisation : Rostow ne parle pas de sous-développement mais plutôt de retard de développement.

Au début des années 1950, l'expression tiers-monde donne une allure plus politique au phénomène de sous-développement. Unité de ce tiers-monde dans la dénonciation de la suprématie des puissances occidentales. En 1961, à Belgrade, première congrès du mouvement des non-alignés sous l'impulsion de Tito.

En 1964, lors de la CNUCED, tiers-monde et sous-développement deviennent indissociables avec la création du « groupe des 77 » car s'ajoutent des pays latino-américains. Ce tiers-monde pèse désormais son poids dans les institutions onusiennes.

B

D'autres économistes définissent le sous-développement comme la conséquence de l'impérialisme

Des économistes comme Lewis ou Hirschman s'accordent pour dire que ce n'est pas un simple retard qui différencie le tiers-monde : c'est la désarticulation des secteurs économiques qui caractérise le sous-développement.
On a un ensemble d'agents qui ne sont pas cohérents économiquement :

  • Secteur traditionnel autarcique
  • Secteur urbain qui consomme et produit peu (incapable d'absorber les excédents de main-d’œuvre du secteur traditionnel)
  • Secteur d'exportation profite à quelques uns.

On parle de dualisme entre secteurs traditionnels et modernes.

Des économistes latino-américains comme Prebisch et Furtado ajoutent une dimension historique : le sous-développement serait le prix payé par les économies périphériques pour le décollage industriel des pays avancés.
Ces travaux apportent des arguments aux analyses léninistes : « Impérialisme, stade suprême du capitalisme ». Idées d' « échange inégal », de dégradation des termes de l'échange reprises par Samir Amin.

Finalement, l'effondrement du système socialiste, la remise en question de l'efficacité du volontarisme étatique, la mise en évidence de l'ampleur des corruptions dans le Sud, l'évidence du décollage de certains pays (surtout asiatiques) ont ébranlé les grands mythes tiers-mondistes.

II

Politiques et stratégies de développement : quarante ans de contraintes, de contrastes, d'idéologies

A

Les théories confrontées aux réalités

Le choix du modèle économique dominant a fréquemment été influencé par la nature des forces politiques au pouvoir. Les libéraux pensent que le « retard » des pays sous-développés nécessite de leur faire franchir rapidement le fossé les séparant des pays évolués :

  • Aide internationale
  • Banque de développement
  • Ouverture pour exploiter les avantages comparatifs et répandre la modernité apportée par des FMN.

Mais le plus souvent :

  • Traditions protectionnistes (stratégie ISI)
  • Idée de la dégradation des termes de l'échange (école de la CEPAL)...

Dans tous les cas le poids du contexte historique a conduit à des échecs car il a été négligé. En effet, comment instaurer une collaboration avec l'ancienne puissance coloniale ? Souvent, l'idée de retard est trop réductrice de la situation : les décollages européens du XIXe se sont faits sans écarts de puissance entre pays riches et pauvres (d'où pas de dépendance), avec explosion démographique mais aussi avec de « nouveaux mondes » à peupler.
Enfin, pays sous-développés :

  • Autoconsommation
  • Thésaurisation traditionnelle
  • Fuite des capitaux à l'étranger
  • Corruption et clientélisme

Le concept de sous-développement a eu tendance à négliger le rôle des conditions géographiques. En effet, rien de similaire entre des micro-États d'Amérique centrale et des États-continents d'Amérique du Sud (potentiel naturel par exemple).
En Asie, Chine et Inde se ferment. Mais surtout :

  • Très fortes densités rurales
  • Désordres dus à la colonisation ou aux guerres d'indépendance...

De même pour l'Afrique, vastes potentiels :

  • Agricoles
  • Miniers...
B

Les stratégies diversifiées souvent décevantes

Caractéristiques communes des politiques :

  • Volontarisme public
  • Priorité industrielle

Volontarisme car affirmation d'une identité nationale et d'une projection dans l'avenir, cependant manque de moyens de l’État. Impératif industriel car symbolique : chasse gardée des anciennes métropoles dans le « pacte colonial », symbole de puissance économique, technologique et militaire. Mais surtout car moteur de la croissance. Tout cela au dépens de l'agriculture...

Le modèle ISI (industrialisation par substitution aux importations) s'est généralisé en Amérique latine et dans certains pays asiatiques. Réservé aux pays les plus évolués car il faut des conditions préalables :

  • Existence d'un marché intérieur solvable
  • État garantissant un nationalisme douanier
  • Investissement public suffisant...

Cependant ce modèle a des limites :

  • Qualité médiocre car pas de compétitivité internationale
  • Agriculture d'exportation s'est développée au détriment des cultures vivrières
  • Ecarts sociaux grandissants...


Stratégie industrialisante en Algérie qui a ses bases dans les exportations d'hydrocarbures et le rôle important de l’État, qui a comme volonté de déclencher un mouvement d'industrialisation en aval sur les biens de consommation. Mais les déséquilibres se sont accentués entre le littoral qui se modernise et l'intérieur soumis à l'exode, entre ville et campagne... 


Stratégie tournée vers les exportations dans les petits pays asiatiques car taille modeste (donc difficulté pour stratégie ISI), forte population (donc main-d’œuvre), position insulaire : Hong-Kong (1945), Taïwan (1959), Corée du Sud (1961), Singapour (1965).


Modèle révolutionnaire comme la Chine communiste de Mao, la Tanzanie ou le Cambodge. Résultats dramatiques (famine chinoise dans les années 1960).

Les chocs pétroliers de 1973 et 1979 dégagent d'importantes liquidités en provenance de Moyen-Orient. Ces pétrodollars sont recyclés dans les banques européennes qui prêtent une part importante aux pays du Sud : multiplication par trois des prêts internationaux entre 1974 et 1978 (compense l'aide internationale).
Éclatement du tiers-monde : les pays du Sud ne sont pas tous exportateurs de matières premières et certains sont affectés par cette hausse des prix. 1975 : notion de PMA, pays les moins avancés, pour l'essentiel en Afrique.

Changement de la politique de la FED américaine en 1979 : politique monétaire restrictive pour endiguer l'inflation. Les capitaux se détournent des pays sous-développés qui doivent pourtant rembourser leur dette. 1983 : Sud pauvre transfère vers le Nord riche plus de liquidités que Nord vers le Sud !
Véritable récession des années 1980 et 1990 pour le tiers-monde : « décennies perdues » montre encore l'état de dépendance du Sud à l'égard des fluctuations de l'économie internationale impulsées au Nord. De plus, le FMI impose ses mesures d'ajustement : discipline macro-économique, libéralisation et ouverture.

III

Le sous-développement : les réalités actuelles

A

La pression démographique, premier problème des pays en développement

Qualifiée souvent d'explosion démographique, on prend conscience de l'ampleur de ce phénomène nouveau : dès les années 1930, la population croît plus vite au Sud qu'en Europe. Taux de natalité se maintiennent très haut voire augmentent et taux de mortalité s'effondrent rapidement.

La situation démographique du tiers-monde a fortement évolué aujourd'hui et ne présente plus les caractéristiques uniformes d'il y a quarante ans : politique démographique, progrès sociaux et urbanisation ont contribué à modifier les comportements.
Dès 1965, la phase finale de la transition démographique (baisse progressive de la natalité) commençait à toucher des pays du tiers-monde.
En 1980, presque tous sauf :

  • Quelques pays d'Afrique subsaharienne
  • Moyen-Orient musulman
  • Pays pauvres d'Amérique latine...
B

Le sous-développement alimente le problème social planétaire

Si de nombreux aspects « classiques » du sous-développement (analphabétisme, famine...) ont disparu ou sont en voie de résorption, la pauvreté quant à elle persiste. N'est-il pas plus judicieux alors d'évoquer une Question sociale plutôt qu'un phénomène général de sous-développement ? En effet, au moment des indépendances, la pauvreté paraissait faire partie d'un ordre presque immuable : pauvreté majoritairement rurale et dans des sociétés peu touchées par le monde moderne confortaient cette idée.
Prise de conscience : Les damnés de la terre, Frantz Fanon (1961) :
« Il y a peu de temps, le nazisme a transformé la totalité de l’Europe en véritable colonie. Les gouvernements des différentes nations européennes ont exigé des réparations et demandé la restitution en argent et en nature des richesses qui leur avaient été volées [...]. Pareillement nous disons que les États impérialistes commettraient une grave erreur et une justice inqualifiable s’ils se contentaient de retirer de notre sol les cohortes militaires... ».

La pauvreté cesse alors de faire partie de l' « ordre des choses » pour devenir un phénomène social. Dans les villes, où a eu lieu un exode rural massif, apparaît une pauvreté de masse :

  • Extension d'immenses banlieues
  • Habitat médiocre et inachevé
  • Services publics (eau, électricité, sécurité) souvent absents
  • Longueur des transports...

C'est aussi une pauvreté présente et consciente : confrontation quotidienne de la pauvreté et de la richesse (Rio de Janeiro : favelas surplombent les quartiers riches). La pauvreté ne peut plus être vécue dans l'humble soumission d'hier :

  • Développement de l'éducation
  • Télévision qui montre le spectacle du monde riche
  • Contact urbain quotidien....

Au-delà de ces formes, la pauvreté est souvent la preuve d'une déficience des systèmes politiques et administratifs (corruption, clientélisme...).

La lutte contre la pauvreté donne des résultats décevants et les inégalités ont plutôt tendance à s'aggraver. Estimations de la Banque mondiale prévoient un fort accroissement des inégalités internes dans la majeure partie des pays pauvres d'ici 2030 et la persistance des écarts Nord/Sud.

La pauvreté est la cause majeure de l'exclusion sociale. Aussi, l'exposition aux risques est la résultante de la pauvreté, il suffit de regarder l'ampleur de certaines catastrophes naturelles dans les pays pauvres. Les grandes famines restent cependant exceptionnelles et sont souvent atténuées par l'aide internationale. Cependant, l'insécurité alimentaire et les risques sanitaires sont à noter : malnutrition pour cause économique ou même géopolitique (conflit).

Attention : Il n'y a pas de lien automatique entre croissance et élimination de la pauvreté.

C

Qui est responsable du mal-développement ?

Les causes du sous-développement ont souvent été recherchées dans les séquelles de la colonisation et l'organisation des échanges : il n'existe pas de malédiction des tropiques mais des difficultés particulières (risques sanitaires, fragilité du sol...), il n'existe pas de handicaps culturels même si certains traits traditionnels sont des freins pour un développement rapide.

Analyses tiers-mondistes s'épuisent souvent avec le temps : Afrique globalement indépendante depuis une cinquantaine d'années, Amérique latine depuis deux siècles. C'est qu'il y a aussi des causes internes :

  • Imperfection des régimes politiques
  • Corruption
  • Absence de démocratie et de cohésion nationale...

Notion de gouvernance apparaît dans les années 1990 encourageant les pays du tiers-monde à se responsabiliser dans la lutte contre la corruption.

IV

Tiers-monde ? De l'éclatement à l'émergence des Sud

A

Le concept de tiers-monde se révèle trop généralisant

Au niveau historique, quoi de de commun entre Amérique latine et Afrique ? L'une est faite de sociétés à base européenne, établies dans des espaces vierges à hautes ressources ; l'autre est colonisée plus de cinquante après l'indépendance de l'Amérique latine et n'est pas réellement mise en valeur. Quant à l'Asie, elle a su conserver sa cohésion sociale et n'a été qu'effleurée par une colonisation mercantile.

En une vingtaine d'années près de 150 États se sont ainsi formés dans des conditions géographiques diverses que l'on a apparemment longtemps sous-estimé.
Tiers-monde : 72% des terres émergées, depuis les marges arides jusqu'aux humidités équatoriales. Sur ces pays, 20% ont une superficie inférieure à 5.000 km² (département français) mais 30% supérieure à 500.000 km² (plus ou moins la France). Malgré les images d'explosion démographique, 75% des pays du tiers-monde ont moins de 5 millions d'habitants !

B

Des tiers mondes

Au cours des années 1960, apparition des NPIA sur le devant de la scène, appellation de pays émergents dans les années 1980. Stratégie de remontée de filière pour Corée et Taïwan. Puis les NPIA2 à la croissance plus nuancée.

Les pays dits rentiers sont apparus dans les années 1970 : ressources en pétrole et dont les revenus ont fait un bond à la suite des augmentations brutales des prix durant les années 1970. Entre 1972 et 1982, l'Arabie Saoudite a multiplié par 10 son PIB par habitant (1.200$ à 12.000$). Mais la rente était confisquée par une minorité privilégiée (moins aujourd'hui : modernisation des équipements).

La mondialisation fait éclater l'énorme masse des pays sous-développés qui n'entraient dans aucune des catégories précédentes : émergence de la Chine et de l'Inde dans les années 1990 qui représentent la moitié des actifs et des consommateurs mondiaux !

La mondialisation a exigé une adaptation douloureuse de la part de l'Amérique latine, marquée par des contrastes sociaux, géographiques, des turbulences politiques...
Dans un mouvement général déclenché par la mondialisation, l'Afrique paraît marginalisée : 2% des échanges mondiaux et ne reçoit que 2% des IDE. De plus :

  • Retards sociaux, politiques et démographiques
  • Guerres incessantes (35 pays en guerre sur 53 en 1995)
  • Emprisonnement dans l' « étau des dettes »

La pénétration ancienne d'une logique d'assistance, depuis l'époque coloniale, est aussi un danger qui peut décourager les efforts productifs.

V

Du « fardeau de l'homme blanc » à la fracture Nord-Sud : un nouvel ordre géopolitique du Monde ?

A

Avec l'aide, l'Occident continue à porter son « fardeau »

En 1945, l'aide aux pays en développement apparaît vite comme une nécessité ; elle ne tardera pas à devenir politique. Les puissances coloniales cherchent d'abord à promouvoir le développement des territoires encore sous leur influence, souvent dans l'espoir de désarmer les mouvements de décolonisation : FIDES en France (Fond d'investissement pour le développement économique et social des territoires d'outre-mer). Mais les institutions internationales prennent le dessus : ONU, FMI, BIRD... L'aide alimentaire constitue alors l'essentiel de la forme la plus visible de l'aide. Pourtant, elle n'est pas sans intérêt pour les donateurs : États-Unis font voter la PL-480 en 1954 pour faciliter la conquête de nouveaux marchés en diminuant les prix des exportations agricoles.

L'instauration d'une aide publique au développement (APD) avait des ambitions plus larges. Définit en 1969 dans le cadre de l'OCDE, elle distingue ainsi l'APD de l'aide privée (des ONG). L'ONU recommande de faire don à l'APD de 0,7% du revenu brut du pays ; mais la moyenne aujourd'hui est entre 0,2 et 0,3% (seuls Danemark, Luxembourg, Norvège, Suède, Pays-Bas atteignent ou dépassent cette recommandation).

Progressivement, les limites de l'aide apparaissent. D'abord, l'aide ne résout pas tout : certains affirment qu'elle est encore insuffisante (loin des 0,7% recommandé par l'ONU ; France inclut même les TOM dans les chiffres de son aide), d'autres dénoncent ses effets pervers. En effet, elle reste pour les 2/3 bilatérale et donc fortement orientée par les choix spatiaux, économiques et politiques des donataires (France en Afrique, Japon en Asie). L'aide est aussi détournée dans certains cas. Enfin, l'aide sert aussi à payer les salaires des 70.000 ou 100.000 experts et fonctionnaires des organisations internationales. Même l'aide alimentaire fait parfois l'objet de critiques car elle a ses effets pervers :

  • Concurrence avec les cultures vivrières locales
  • Modification des régimes alimentaires
  • Création de nouvelles dépendances
B

Trade not aid : le commerce plus efficace que l'aide ?

Les pays sous-développés ont compris que l'insertion dans l'économie mondiale pouvait être la source de leur croissance. Mais les accords du GATT (1947) organisaient une libéralisation des échanges concernant les seuls produits industriels ; or, les PVD restent dans la vente de matières premières, produits tropicaux et produits miniers. Mais, création de la CNUCED (Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement : 1964) cherche à promouvoir un ordre des échanges plus favorable aux PVD.

La solution semble résider dans la diversification des exportations. Ainsi, en 1968, la CNUCED obtient un traitement dérogatoire au GATT pour les PVD : le SGP (Système généralisé de préférence). Les PVD bénéficient d'un traitement préférentiel pour leurs exportations de produits manufacturés et de denrées agricoles transformées, sans avoir à faire de même pour leurs importations en provenance des pays industriels. Cependant, dans les années 1990, moins de 15% des importations des pays développés entrent dans le cadre des SGP, et on a même tendance à privilégier des pays comme la Corée du Sud ou le Brésil.

C

L'Occident face à l'alternative « migrations ou délocalisations »

C'est une transformation économique, technique, sociale et démographique qui conduit au développement de cette nouvelle vague migratoire. Extension des zones de départ à des périphéries de plus en plus lointaines, ce qui exprime la mondialisation du phénomène. Il n'est pas sûr cependant que ces migrations participent à un rééquilibrage des richesses à l'échelle mondiale car c'est surtout les individus les plus qualifiés qui partent.

C'est surtout au cours de ces dernières années que le phénomène des délocalisations a pris de l'ampleur en ravivant les craintes anciennes de la désindustrialisation de la « vieille Europe » et maintenant des États-Unis. En réalité, il convient d'admettre que l'arrivée de la Chine et, dans un moindre mesure, de l'Inde et de l'Europe de l'Ouest, ont révolutionné la DIT. Les délocalisations actuelles remettent en cause les notions d'avantages comparatifs et de gains pour tous les acteurs car :

  • La mondialisation a multiplié par deux l'offre de travail disponible sur le marché mondial (Chine, Inde, Europe de l'Est)
  • Les écarts de salaires sont devenus énormes
  • Entrées des activités de service dans les délocalisations...
D

Une nouvelle représentation des relations Nord-Sud ?

Le monde est entré dans une diversification exceptionnelle des acteurs, des mobiles, des moyens, qui régissent des relations internationales. Le développement des échanges a considérablement accru les interdépendances, et avec elles, certes des intérêts mutuels, mais aussi des tensions et des conflits (accès aux grandes ressources énergétiques, minières, voire alimentaires).

Selon Huntington, la régulation étatique est de plus en plus affaiblie au Nord alors que la volonté de défense des intérêts nationaux s'affirme au Sud. Cela serait dû aux différentes identités culturelles qui s'affrontent, mais sans frontière réelle (Huntington distingue alors 7 civilisations).

Dans ces conditions, la mondialisation aurait déjà pulvérisé les rapports Nord-Sud. Plus que l'éclatement du tiers-monde, l'arrivée des pays émergents, et notamment de la Chine et l'Inde, est de nature à bouleverser sur le plan géopolitique l'ordre ancien des choses. Ces puissances montantes sont en position, de par leur masse et leur cohérence, de résister à l'hégémonie culturelle occidentale.

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