Menu
  1. Toutes les matières
  2. Histoire-Géo
  3. Prépa HEC

Chapitre 15 :
Progrès et technologie dans la mondialisation

< Chapitre précédent : Les avatars du soft power au XXème siècle
Progrès et technologie dans la mondialisation

Définie comme une asymétrie d'influence, la puissance est difficilement envisageable sans technologie, qu'il s'agisse de la puissance productive, militaire ou culturelle. Le progrès technique et la recherche-développement ont donc une importance fondamentale dans la vie des nations.

Le progrès technique se définit comme l'ensemble des innovations (application industrielle et commerciale d'une invention) entraînant une transformation des moyens et méthodes de production ainsi que des structures de l'économie :

  • Nouveau produit
  • Nouveau procédé
  • Nouvelle organisation du travail
  • Nouvelle matière première
  • Nouveau débouché

La R&D constitue l'ensemble du processus qui permet la découverte puis l'invention et l'application économique d'un produit.

I

Avant la Première Guerre mondiale, le progrès technique fonde la puissance des nations

A

La première révolution industrielle donne une avance considérable au Royaume-Uni

Le couple charbon-vapeur, le rail et l'industrie du coton ont formé le socle de la puissance industrielle du Royaume-Uni au cours du XIXe et jusqu'au début du XXe siècle.
L'invention et la diffusion de la machine à vapeur révolutionnent l'ensemble du système technique : l'inventeur Watt s'associe à l'entrepreneur Boulton qui le persuade de modifier sa machine afin qu'elle trouve d'autres applications que l'utilisation dans les mines tirant des wagonnets sur des rails.
Dès lors, s'ensuivent des effets d'entraînement sur la production :

  • Fer
  • Fonte
  • Charbon de bois
  • Bâtiment
  • Travaux publics...

Mais aussi sur l'emploi, en effet l'industrie des chemins de fer emploie 5% de la population active britannique en 1950.

B

Les autres nations européennes et les late commers extra-européens s'industrialisent plus tard

Les nouvelles techniques industrielles se répandent progressivement sur le continent européen à partir des années 1830-1860. Hors d'Europe, seule une amorce d'industrialisation se dessine dans les années 1860-1880 :

  • États-Unis après la guerre de Sécession (1861-1865)
  • Japon à partir de l'ère Meiji (1868)
  • Russie par zones géographiques...
C

La deuxième révolution industrielle, dans les années 1880-1900, fait bouger les « lignes de force »

Avec la deuxième révolution industrielle, le progrès technique est de moins en moins le fait d'inventeurs isolés mais de plus en plus de professionnels : la science est mise au service de l'industrie.

Le système technique se renouvelle alors, consacrant la trilogie acier-électricité-pétrole. La production d'acier est multipliée par 100 en Europe entre 1865 et 1905 :

  • Tracteurs
  • Moissonneuses-batteuses
  • Mitrailleuses...

La « fée électricité » permet par exemple d'abaisser le coût de fabrication de l'aluminium (grâce à l'électrolyse), elle améliore ensuite l'éclairage des rues puis des foyers. Quant au pétrole, qui était déjà utilisé en petites quantités pour l'éclairage, il devient une source d'énergie importante avec l'invention du moteur à essence dans les années 1880-1890 (généralisation progressive entre 1900 et 1940).

La deuxième révolution industrielle a bouleversé les hiérarchies des puissances mondiales : Chine, Inde, Empire ottoman et Perse deviennent des puissances faibles au début du XXe siècle. Il serait toutefois abusif de réduire la notion de puissance au seul degré d'industrialisation : la notion de puissance fait intervenir des données industrielles et économiques mais aussi politiques, militaires ou culturelles.

II

Le XXe siècle : une technique toujours plus importante

A

Crises et phases de prospérité

Les crises économiques sont des moments d'essoufflement du système technique. Ainsi, la Grande Dépression débute dans les années 1870 alors que la première révolution industrielle rencontre ses limites :

  • Crise de 1929 : inadéquation entre les régimes d'accumulation fordiste et le mode de régulation libéral.
  • Crise des années 1970 : essoufflement du système fordiste et net ralentissement des gains de productivité qui en découle.

Toutefois, les crises ont aussi été des vecteurs d'accélération et de diffusion du progrès technique car les États interviennent davantage (en soutenant la RD par exemple, subvention et incitation).

Une nouvelle rupture technique se prépare au milieu du XXe siècle avec les progrès rapides du nucléaire (dès 1951 aux États-Unis, centrale nucléaire), de l'électronique (informatique) et des technologies spatiales (Spoutnik en 1957, NASA en 1958, Youri Gagarine en 1961, programme Apollo en 1969). Depuis les années 1970, nouvelle révolution technologique se déploie :

  • Electronique
  • Informatique
  • NTIC

Au début du XXIe siècle, les PC sont devenus des ordinateurs générique ; les premiers ordinateurs individuels du début des années 1980 disposaient de 64k de RAM, aujourd'hui le minimum est un giga de RAM, soit 20.000 fois plus ! Véritable révolution de l'information avec Arpanet (1969) puis Internet (dans les années 1970 et 1980), mais aussi le fax (1974) ou encore la fibre optique (1977).

Les guerres mondiales, premières véritables guerres industrielles et technologiques, sont aussi des moments de foisonnement technologique :

  • « Tournant taylorien » en Europe en 1914-1918
  • Radars
  • Calculateurs électroniques en 1939-1945...

Les périodes de prospérité sont alors marquées par la diffusion de ces progrès. Durant les années 1920 :

  • Expansion de l'électricité (70% des usines américaines en sont équipées en 1929)
  • Diffusion du tayloro-fordisme
  • Essor de la publicité (dans la presse et la radio)...

De même dans les années 1950-1970 :

  • Diffusion en profondeur du tayloro-fordisme
  • Techniques nucléaires (première centrale nucléaire en 1951)

Dans les années 1990 : expansion des moyens de communications pour entrer dans une « société de l'information ».

Le progrès technique se caractérise enfin par un effet « boule de neige » (processus continu et cumulatif) qui mène les sociétés vers toujours plus de technicité. Il faut aussi noter que les progrès de l'éducation et de la formation ont accompagné ce processus, en rendant les populations plus réceptives au progrès technique. Ainsi, le délai entre invention et innovation n'a cessé de se réduire : un processus auquel les entreprises doivent être attentives car leur environnement se transforme de plus en plus vite et demande des adaptations constantes.

B

La course au progrès technique : concurrence entre les puissances au XXe siècle

Dans ce processus continu d'innovation, il faut insister sur le rôle important des États. Exemple des États-Unis (et de l'URSS durant la guerre froide) qui consacre 2,3% de son PNB à la recherche dans les années 1960 (13% en 1953, notamment pour les recherches militaires ou encore 5% en 2007 sous Bush). Les États encouragent l'innovation en favorisant congrès ou expositions auxquels participent les chercheurs de plus en plus nombreux (grâce aussi à l'organisation du brain drain par l’État).

Le rôle des entreprises est évidemment très important pour construire une puissance technologique : elles réinvestissent une partie de leurs profits dans la recherche ou dans l'achat de brevets pour innover et se moderniser.

Les États-Unis fournissent un exemple de ces relations entre États et entreprises. Pour paraphraser le rapport de Vannevar Bush (Science, The Endless Frontier, 1945), la science est essentielle à la puissance et à la sécurité de la nation américaine et au progrès économique et social. Garant de l'effort de RD, l’État fédéral en définit les grandes orientations et, par sa capacité de financement, oriente les travaux scientifiques.

Après 1945, c'est dans le domaine scientifique que les interventions de l’État sont les moins contestées (le clivage concerne les modalités du financement et non son principe : démocrates préfèrent un étroit partenariat public-privé, républicains souhaitent une division plus nette avec recherche fondamentale à l’État et recherche appliquée aux entreprises).

L’État se fait enfin volontiers interventionniste et protectionniste pour défendre la « science nationale » : législation avantageuse pour les entreprises en pointe dans la RD (autorisation d'ententes en 1985 pour financer en commun la RD) et Federal Technology Act (innovation de RD financée par l’État doit être vendue de préférence à des firmes américaines).

III

Le progrès technique au cœur de la nouvelle hiérarchie des puissances

A

Le rapport de force fait émerger de nouvelles puissances

Les États-Unis sont-ils tout-puissants en matière de technologie ? En effet, depuis la fin des années 1980 et le début des années 1990, les États-Unis ont une avance technologique écrasante avec une économie basée sur la connaissance et l'information. On parle alors de « nouvelle économie » qui désigne un nouvel âge de croissance du capitalisme caractérisé par :

  • La diffusion des NTIC
  • Le rôle stratégique des services supérieurs
  • Le poids croissant des industries de pointe dans RNB...

En 2003, les États-Unis ont réalisé 38% de la RD mondiale (contre 25% pour l'UE et 14% pour le Japon). Des limites existent cependant à la domination américaine : on peut se demander si le système scolaire et universitaire n'est pas devenu incapable de fournir suffisamment de savants et d'ingénieurs pour nourrir la machine économique américaine. En effet, depuis les années 1980, les États-Unis sont obligés d'« importer » toujours plus d'étudiants (inégalités touchant le secondaire aux États-Unis).

Les puissances secondaires cherchent à ne pas perdre le contact avec les États-Unis. C'est le cas du Japon ou de l'Union européenne qui fixent régulièrement des objectifs proches des 3,5% du PIB à investir dans la RD (stratégie de Lisbonne pour l'Europe). Les économies émergentes s'efforcent de développer leurs capacités scientifiques. Ainsi, la Chine s'est hissée à la seconde place pour l'effort global de RD en 2008 en dollars ; mais des pays comme le Laos, le Cambodge, le Bhoutan sont proche des 0% du PIB investis dans la RD, seulement 0,85% pour l'Inde et 0,9% pour l'Indonésie.

B

Attirer les cerveaux constitue un enjeu fondamental à l'heure de la mondialisation

Dans les années 1990, les États-Unis ont remporté 19 des 26 prix Nobel de physique, 17 des 24 de médecine, 13 des 22 de chimie... mais les lauréats de ces prix sont souvent des chercheurs étrangers installés aux États-Unis pour profiter des conditions avantageuses.
La hausse du nombre d'étudiants étrangers aux États-Unis est phénoménale : 34.000 en 1955 (1,5% du total des étudiants) à 586.000 en 2003 (4,6%), surtout des étudiants de niveaux supérieurs (MBA (Master Business Administration) et PhD (niveau maîtrise et DEA)). Aujourd'hui, 55% des ingénieurs formés aux États-Unis sont d'origine étrangère et la moitié d'entre eux reste sur place. C'est ce qu'on appelle le drainage direct des cerveaux (brain drain).

Ainsi, il n'y a pas de puissance sans maîtrise technologique, et peu de maîtrise technologique sans puissance (alors comment faire appel au brain drain?). Mais la puissance technologique doit aujourd'hui être mise au service du progrès humain, ce qui n'a pas été toujours le cas au XXe siècle, le « siècle des excès ». On comprend ainsi toute l'importance des débats sur la fusion nucléaire, les OGM ou le génome humain : des réponses qui seront apportées à ces questions, à la fois techniques et éthiques, dépend notre avenir.

Chapitre suivant : La France dans le monde depuis 1945 >