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Chapitre 17 :
Le modèle français

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Le modèle français
Introduction

Un modèle, c'est à la fois un schéma d'explication, une clef pour comprendre mais aussi un exemple à suivre. Un modèle est suffisamment souple et efficace pour s'adapter à l'évolution d'un contexte extérieur qui n'est jamais figé. La France s'est longtemps considérée comme un pays doué d'un modèle à vocation universelle.

Problématique : Mais ce modèle existe-t-il vraiment ? Est-il vraiment reconnu à l'extérieur ? Et surtout, ce modèle a-t-il un sens dans le contexte de mondialisation ?

I

Un modèle français qui a évolué au cours du temps

A

Un modèle qui repose sur la République et l’État

La France est l’État-nation le plus ancien d'Europe. La révolution de 1789 a été un moment fort de l'affirmation de l’État-nation français qui a répandu ses valeurs en Europe. La France repose souvent sur l'idée que la Nation s'appuie sur un accord d'individus volontaires qui adhèrent au groupe dont ils partagent les valeurs. Liberté, égalité, fraternité. En particulier l'égalité se caractérise par une loi qui est la même sur l'ensemble du territoire et pour tous. Aussi, c'est l'accès équitable aux postes de fonctionnaires par les concours.
Concentration du pouvoir politique à Paris. La monarchie de Juillet du roi Louis-Philippe a élaboré un réseau de chemin de fer définitivement centré sur Paris. Plus récemment, c'est le pouvoir central qui a initié l'aménagement du territoire et la décentralisation.

B

Un modèle qui a privilégié l'équilibre et la stabilité

Modèle fondé sur l'équilibre démographique : France malthusienne. Modèle à la fois industriel et attaché à l'agriculture : le monde paysan incarne la stabilité et l'épargne, les fondements de la puissance financière d'un pays riche.
Fiertés :

  • Capitale universelle Paris
  • Invention du cinéma
  • Invention de l'aluminium.


Après la victoire de 1918, le retard français apparaît là où l'on voyait des avantages :

  • Importance du secteur primaire
  • Faiblesse des industries lourdes
  • Epargne peu tournée vers les entreprises
  • Marché captif avec les colonies
C

Après 1945, l’État met l'accent sur la modernisation et le rattrapage

Dirigisme, nationalisation des entreprises, construction, aménagement, sécurité sociale, forte création monétaire... Mais la France est encore marquée par le « culte du petit » qui désormais cohabite avec un capitalisme de grandes entreprises publiques et privées de plus en plus compétitives à l'extérieur.

II

Après les Trente Glorieuses, la remise en question à partir des années 1970

A

L'âge d'or entre 1960 et 1973

Croissance économique supérieure à 5% par an durant cette période. Réussites incontestables dans les domaines suivants :

  • Transports publics
  • Système de santé
  • Télécommunications
  • Nucléaire
  • Aéronautique...

Deux mots clés : modernisation et ouverture. La France a su user de son image de vieux pays de culture et de tradition pour devenir le pays le plus attractif pour les touristes du monde.

B

Les contradictions de ce modèle

L'Etat crée une élite dirigeante qui accapare de nombreux pouvoirs, ce qui va à l'encontre de l’Égalité prônée. Volonté aussi de préserver des intérêts acquis :

  • Fonctionnaires
  • Certains salariés d'entreprises publiques
  • Subventions aux agriculteurs
  • Aides aux artistes et aux intermittents du spectacle

L'acceptation de l'ouverture signifie la remise en cause du modèle, mais en même temps elle semblait être l'unique solution en mesure de le maintenir. Situation paradoxale expliquant les politiques protectionnistes des années 1981-1982 à l'encontre des produits high-tech made in Japan ou bien la notion d'exception culturelle.
Cependant, les IDE créent plus de 20.000 emplois par an et l'export fait vivre directement plus de 2 millions d'actifs.

C

Un modèle à actualiser ?

La décolonisation a sonné le glas des illusions françaises concernant l'idée que ses valeurs finiraient par s'appliquer aux sociétés coloniales. Après l'indépendance, la France s'est voulue exemplaire à l'égard de ses anciennes colonies :

  • Coopération
  • Accords
  • Accueil de travailleurs immigrés
  • Politique de regroupement familial dès 1976

Cependant, défense directe des intérêts immédiats des entreprises françaises comme Elf en Afrique ou le soutien à des régimes corrompus et dictatoriaux. L'hésitation française au Rwanda (1994) a largement été critiquée. 


La francophonie se veut porteuse de l'universalisme français mais ne touche cependant qu'un espace mondial étriqué : surtout Afrique, Québec et Liban.

III

La mondialisation semble à la fois condamner le modèle français et le rendre nécessaire

A

La mondialisation pousse à une banalisation de la France

Importation de 15% de son PIB en marchandises et exportation de 25% de sa production industrielle. La France s'inscrit dans la logique globale des FMN (rôle de l’État affaibli) et dépend des IDE pour la création de nouveaux emplois. Dépendance aussi de la main-d’œuvre étrangère : politique de l'immigration choisie.

B

La mondialisation peut néanmoins justifier le modèle français et sa dimension sociale

La mondialisation est beaucoup dénoncée en France :

  • Altermondialisme
  • 1999 : José Bové saccage un MacDonald à Millau
  • Refus des OGM...

La mondialisation est la cible des uns et des autres qui se retrouvent pour dénoncer la même atteinte aux acquis du social et de la France éternelle.

Mais dans cette mondialisation, la France trouve son compte grâce à son modèle fondée sur le rôle essentiel de l’État :

  • Aéronautique
  • Nucléaire
  • TGV
  • Air France...
C

Le modèle français est confronté à la nécessité de l'adaptation

L'Union européenne pèse sur la plupart des politiques françaises. En 2008, 60% des lois françaises sont l'exacte transposition des directives européennes et la France a ainsi dû se plier à l'évolution libérale de l'Europe.

Conclusion

Le seul modèle qui vaille et celui qui fonctionne. Faut-il chercher la solution aux difficultés actuelles en adoptant le modèle américain, en « picorant » dans des méthodes exotiques (la « flexisécurité » danoise, le toyotisme, l' « immigration choisie » canadienne...) ? Faut-il rénover le modèle français en conservant ce qu'il a de plus central – le rôle de l’État-nation ? Il paraît cependant difficile de conserver son fonctionnement en l'état. On peut trouver le passé français plus séduisant que le présent mais l'idéalisation de la différence française qui a marqué les dernières décennies ne semble pas être la voie la plus efficace.

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