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Chapitre 4 :
Vers une puissance monétaire européenne

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Vers une puissance monétaire européenne
Introduction

En quelques années, l'euro est devenu une monnaie de référence au sein du Système Monétaire International et la rivale principale du dollar. Pourtant l’Europe n’est pas pour autant un nouveau cœur monétaire international.

En effet le dollar règne encore, grâce à l’importance de ses fondements politiques. Il est peu probable que le XXIème siècle soit celui de la monnaie européenne à cause des États-Unis et de leur croissance qui demeure le « moteur de l’économie mondiale » (A. Cotta).

La configuration et le destin de l’Union européenne sont en suspens. La zone euro ne dispose pas du pouvoir suffisant pour contraindre sans être contrainte. Et enfin, l’euro est même un problème pour les européens.

I

La mondialisation réussite de l'Euro

A

La place grandissante de l’euro

L’euro représente 27% des réserves de change officielles mais aussi une référence dans le système de changes flottants succédant à Bretton Woods (1971-1973), 1/3 des pays cherchant à stabiliser leur monnaie l’utilisent comme ancrage, les deux autres tiers utilisent le dollar.

La chute du dollar permet à l’euro de devenir une monnaie de réserve et de référence. L’Iran convertit la totalité de ses réserves en euro en 2007. C’est aussi la principale monnaie de libellé des obligations internationales avec 50% des encours mondiaux. On observe une confiance croissante en l’euro.

Mais l’euro est très peu utilisé comme monnaie de transaction et dans le secteur bancaire international hors zone euro. 86% des 3200 milliards de transactions quotidiennes sont faites en dollar. Les échanges de matières premières et de productions manufacturés sont faites principalement en dollar (surtout en Asie pacifique) : c’est l’héritage de cinquante années de la domination des États-Unis.

L’euro traduit ainsi plus le poids économique de l’Europe que l’émergence d’une rivale monétaire européenne aux États-Unis.

B

L’Europe, oasis de stabilité et de sécurité

L’effet de la taille est important. L’Union européenne est le plus grand espace économique au monde. La zone euro représente 3/4 du PIB de l’Union européenne. L’euro est une monnaie de référence.

L’Union Européenne est la première puissance commerciale. Les différents flux imposent l’euro petit à petit. Mais cette diffusion repose surtout sur la proximité notamment avec les pays méditerranéens et les anciennes colonies.

La dynamique est limitée par le ralentissement de la croissance dans la zone euro. Cela freine l’attractivité et les échanges commerciaux donc il y a entrée des capitaux et donc entrée d’une diffusion monétaire.

Une politique prudente et indépendante est cependant mise en place par la Banque Centrale européenne (BCE) pour protéger la valeur de l’euro contre l’inflation (elle doit la contenir à moins de 2%). Cela en fait une valeur refuge.

II

Les cercles de la planète euro

A

La zone euro, le cœur de la puissance monétaire

En 1992, l’Union Economique et Monétaire (UEM) vote l’adoption de l’euro comme monnaie unique, par un double processus. Retrouver la maîtrise du cadre monétaire de Bretton Woods et éviter les taux de changes flottants contraignant la CEE. Le Système Monétaire Européen en 1978-1979 limite cela, mais ne protège pas de la spéculation (amplifiée par flux financiers de 1985).

Le marché unique de 1986-1993 conduit une plus grande liberté de circulation des marchandises, capitaux et services. Pour stabilité cette avancée, le traité de Maastricht met en place l’euro en trois étapes :

  • convergence des économies
  • stabilisation des taux de change
  • passage à l’euro

L’euro change le cadre monétaire des pays membres. La BCE contrôle toute la zone et veille à la stabilité des prix. Les pays membres conservent une totale liberté dans la mise en place de leur politique budgétaire, mais leurs actions sont encadrées par le Pacte de stabilité.

Les effets positifs de la zone euro sont indéniables :

  • Elle met fin à la spéculation et permettent aux entreprises de disposer d’un marché de capitaux à l’échelle internationale.
  • Une dimension symbolique : circulation, commerce, tourisme… Cela renforce fortement le sentiment d’une identité collective européenne.
B

Le cercle des candidats

À l'exception des Danois et des Britanniques, les pays candidats à la zone euro doivent arrimer leur monnaie au Mécanisme de Change Européen pendant deux ans. La marge de fluctuation est limitée à 15% de l’euro. À cela s'ajoutent également des critères de convergence.

Au 19 pays de la Zone-euro s'ajoutent des micro-États (Monaco, Saint-Marin, Vatican) qui ont l’euro comme monnaie officielle.

Mais les critères d’adhésion ne sont pas toujours respectés. En 2006 la Lituanie a reporté son entrée car son inflation était supérieure de 1,6 points. Les critères trop stricts risquent de faire des dommages économiques et provoquer l'incompréhensions des populations.

Plusieurs États membres n'ont pas encore adopté l'euro, soit parce qu'ils ne répondent pas encore aux critères d'adhésion, soit parce qu'ils ne le souhaitent pas. Parmi les derniers adhérents à l'Union européenne, la plupart espèrent rejoindre la zone euro rapidement, bien que la crise économique ait remis en cause cet empressement Ainsi, la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie ont reporté leur entrée.

C

Le cercle des réfractaires

Les réfractaires ne veulent pas perdre leur souveraineté monétaire bien qu'il y a une dépendance de fait vis-à-vis de l’Union Européenne donc une dépendance à l’euro.

La Suède rentre en 1995 dans l’Union européenne. Elle a souvent reporté son entrée dans l’Union Economique et Monétaire et les citoyens la refusent par référendum en 2003. Les Suédois craignent de perdre leur neutralité politique et de voir leur modèle dissout par la machine communautaire.

Le Danemark est contre mais il aligne sa monnaie sur le mark puis sur l’euro en 1999. Il participe au Mécanisme de Change Européen 2, et les Danois refusent encore l’euro en 2000. Cependant le gouvernement souhaite l’euro pour se faire entendre et participer aux décisions.

Le Royaume-Uni exprime un refus de l’Union Economique et Monétaire en 1992 mais le nuance en 2003 : il fait savoir que l’adoption de l’euro n’est pas (encore) dans l’intérêt national. Deux aouts du Royaume-Unis justifient ce comportement :

  • Une Politique monétaire indépendante et souple d’où une meilleure prospérité au Royaume-Uni que dans la zone euro.
  • Suprématie de la City, symbole de cette prospérité. Elle est même la place off-shore de l’euro (prêts bancaires internationaux, opérations de change libellées en euro...).

La Norvège a peur de perdre le contrôle sur les ressources en hydrocarbures mais affiche surtout un irrédentisme nordique et un fort attachement à la monnaie nationale (couronne norvégienne).

La Suisse est réfractaire mais tire un maximum de profits. Elle est aujourd'hui cernée car l’euro est très présent dans les contrats des entreprises et dans les commerces des régions frontalières.

D

Au-delà des cercles, l’archipel des pays liés

On compte tout d'abord l’Europe des Balkans avec deux pays qui ont adopté l’euro de façon unilatérale : le Kosovo et le Monténégro.

Pour le bassin méditerranéen l’euro est une monnaie parallèle par rapports aux autres monnaies nationales.

Concernant les pays d’outre-mer : Saint Pierre-et-Miquelon, Saint Barth, Saint Martin, Mayotte, la zone franc CFA (Communauté financière d'Afrique) et CFP (Communauté Financière du Pacifique).

III

L’euro, objet de tous les ressentiments

A

Un instrument de la construction européenne

L’euro accélère la mise en place de l’Europe fédérale, mais aussi d’une zone monétaire optimale répondant aux critères énoncés par R.Mundell, la baisse des taux d’importations et des coûts de financement entrainant une hausse de la croissance.

Mais les objectifs de l’euro ne sont pas réalisés. Un monnaie unique existe mais sans les institutions qui la servent et la justifient. Nous sommes loin d’une zone monétaire optimale car il n’y a pas de coordination des politiques budgétaires et économiques et il existe des disparités régionales. Enfin, l’euro répond mal aux besoins différents des États.

B

Une croissance décevante

Depuis 1999, les performances économique sont modestes (moins de 2% de croissance dans la zone euro). La zone euro est à la traîne si l'on compare la croissance des États-Unis à 3% ou celle de l'Asie à 7% en moyenne. Pire, des pays hors de la zone euro s’en sortent mieux comme le Royaume-Uni et la Suède.

Les raisons structurelles sont le chômage et le modèle social vieillissant. Il existe aussi un retard en recherche et développement malgré les ambitions du protocole de Lisbonne de 2000 (“devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde”). R. Mundell souligne que l’Union économique et monétaire ne peut tout résoudre et est une réussite. Ainsi les États-Unis ont un PIB par habitant égal à celui de la Zone-Euro.

C

La force de l’euro

L'euro atteint une valeur record en 2008 où il atteint 1,60 dollar. Cela rend l’économie moins compétitive. La politique de la BDE est remise en cause. Le dollar diminue et l’euro supporte l’essentiel des ajustements dus à la faiblesse du dollar. Mais tout cela ne signifie pas que l’Europe est puissante.

IV

L’Europe, puissance monétaire du xxi ème siècle ?

A

Des marchés financiers entre intégration et division

Le Marché Unique favorise l’intégration. Mais cela n’a pas effacé les fragmentations nationales des marchés financiers, insuffisamment intégrés comparés aux États-Unis.

L’entrée du Royaume-Uni dans la zone euro agrandirait la liquidité des marchés financiers ce qui permettrait une baisse des coûts de transaction suffisante pour convaincre les acteurs du marché d’abandonner le dollar.

B

La lisibilité externe de l’euro

L’Europe est un acteur international mais ne parle pas d’une seule voix sur la scène financière internationale. Le Traité de Maastricht n’a pas créé un organisme unique pour représenter l’Union économique et monétaire.

Le traité distribue de manière ambiguë des compétences. D’où une divergence d’avis affichée entre les membres. Cela limite l’Europe dans sa capacité d’influence internationale.

L’Europe tente de combler ses déficiences avec l’élaboration d’un modèle de pouvoir partagé entre l’Eurogroupe, l’Ecofin (conseil affaires économiques et financières), la Communauté européenne et la Banque Commune d’Epreuves.

Une preuve significative est l’envoi en 2007 en Chine du trio Présidents de l’Eurogroupe et de la BCE et du commissaire pour les Affaires économiques et monétaires.

L’Eurogroupe a un rôle important et nomme un président qui participe au G7, avec le président de la BCE. Mais la zone euro n'est toujours pas représentée au sein du FMI, seule le président de la BCE a un statut d’observateur.

C

Le nouveau contexte international

On observe une montée des économies chinoises et indiennes. Ces économies financent massivement l’endettement des États-Unis. S’ajoutent un placement de fonds souverains chinois, singapouriens ou émiratis. Le dollar risque de devoir partager sa puissance entre l’euro et le yuan chinois.

Conclusion

Depuis sa création, l’euro est un succès considérable, et un rival du dollar. Peut-il devenir une monnaie internationale du XXIème siècle et faire de l’Europe la puissance monétaire de référence ?

Il y a de multiples incertitudes internes comme externes. L’Europe doit déjà relever ses propres défis (crise économique, pérennité du projet européen, structure de gouvernance). La puissance future de l’euro dépend également d’agents externes : il est probable que les flux de capitaux vers les États-Unis redémarrent avec le retour de la croissance américaine dont l’économie n’a rien perdu de sa compétitivité.

Mais dans tous les cas, le règne exclusif d’une seule monnaie est impossible dans un contexte de mondialisation.

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