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Chapitre 5 :
L'énergie en Europe

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L'énergie en Europe
Introduction

Les ressources énergétiques confèrent plus que jamais un levier de puissance à ceux qui les maîtrisent. L’Union européenne se doit de réduire sa dépendance énergétique en définissant une politique énergétique proactive.

Or le manque de politique énergétique européenne rend difficilement envisageable l’existence d’un avenir commun en matière énergétique ; ce qui est paradoxal car les traités liés à l’énergie (de la CECA en 1951 et de l’EURATOM en 1957) ont été essentiels dans la construction européenne.

I

La dépendance énergétique de l’union européenne : une situation préoccupante ?

Historiquement plus dépendante que les États-Unis, l’Union européenne entre aujourd’hui dans une compétition de plus en plus vive avec les géants émergents que sont la Chine et l’Inde pour ses approvisionnements énergétiques.

A

Une dépendance énergétique importante et porteuse de risques

L’Union européenne voit son rythme de consommation dépasser celui de sa production de ressources fossiles, ce qui caractérise sa forte dépendance énergétique qui pose la question de la sécurité des approvisionnements. Un approvisionnement sûr est un flux régulier et continu d’énergie à un prix raisonnable.

Les évolutions récentes du marché énergétique et la montée des prix remettent en cause le système actuel de sécurité des approvisionnements. La « géopolitique des tubes » et les relations avec les pays « de transit » sont donc d’autant plus importantes.

Le degré de dépendance énergétique de l’Union européenne diffère selon les sources d’énergie. :

  • Le charbon est l’énergie fossile la plus répandue et la mieux répartie en Europe avec d’importants gisements en Allemagne, en Pologne et au Royaume-Uni.

  • Le pétrole est très majoritairement importé, ces importations représentant 70% de la consommation européenne malgré les gisements de la Mer du Nord.

  • De même, pour le gaz, les gisements situés aux Pays-Bas et en Norvège n’assurent qu’une faible autonomie en raison de la très faible diversité des sources d’approvisionnement.

La Russie assure le quart de des approvisionnements en gaz pour l’Union européenne. Trois grandes entreprises nationales fournissent le gaz à l’Union européenne :

  • Le norvégien StatoilHydro
  • L’algérien Sonatrach
  • Le russe Gazprom

En 2005, l’Union européenne apparaît comme le troisième plus gros pôle de consommation mondiale après l’Asie et les États-Unis. La dépendance énergétique, aujourd’hui estimée à 50% des consommations, devrait atteindre 70% d’ici une vingtaine d’années.

Ces chiffres ne doivent pas masquer la diversité des situations caractérisant les pays européens en termes de ressources et du fait des politiques nationales. La situation des États d’Europe centrale et orientale demeure caractérisée par le recours aux énergies fossiles (charbon, lignite) localement disponibles et économiquement plus compétitives.

Ces États voient leur industrie nucléaire héritée de la période soviétique remise en cause par les contraintes de sécurité de Bruxelles qui décide de la fermeture de certaines centrales.

B

Des risques renforcés par la stratégie des acteurs

Les risques liés à la dépendance énergétique qui caractérise l’Union européenne sont renforcés par le levier de puissance dont disposent les fournisseurs face à la compétition qui s’organise entre consommateurs pour l’approvisionnement.

L’émergence de la Chine a d’ores et déjà lancé la compétition pour l’approvisionnement en ressources énergétiques. Le décollage de l’Inde ne manquera pas de renforcer ce phénomène dans les années à venir.

Cette concurrence soulève deux problèmes majeurs :

  • la raréfaction des ressources qui conduira à l’insuffisance de celles-ci pour couvrir tous les besoins
  • la hausse des prix

Ces évolutions constituent une occasion pour les pays fournisseurs de renforcer leur pouvoir sur les clients. La puissance financière de Gazprom donne ainsi à la Russie le moyen d’influencer les marchés financiers.

Cette même multinationale russe est même en mesure de s’imposer comme un fournisseur irremplaçable du gaz pour toute l’Europe et de s’affirmer en matière de distribution du gaz au dépend de ses partenaires.

II

Les moyens de lutte contre la dépendance énergétique européenne

Lors du sommet de Bruxelles, début 2007, l’Union européenne s’est engagée dans un vaste programme énergétique.

Cette démarche vise à diminuer les rejets de dioxyde de carbone, à développer des énergies renouvelables et à réaliser des économies d’énergie d’ici 2020. Par ailleurs, l’Europe trouve des stratégies complémentaires avec la diversification des zones d’approvisionnement.

A

La diversification des zones d’approvisionnement

Afin d’assurer une meilleure sécurité d’approvisionnement, le premier type de diversification peut porter sur la géographie de ces derniers.

La forte concentration des ressources pétrolières dans les pays du golfe Arabo-Persique (65% des réserves mondiales) est susceptible d’entraîner un passage de 30% à plus de 50% de la production de pétrole fournie par l’OPEP dans les vingt prochaines années.

Certaines zones de production ou de transit auront donc une carte à jouer. Côté production, de nouveaux pays entrent dans la course (Tchad, Congo, Canada…). Côté transit, la Turquie jouit d’une position stratégique très intéressante : reliée à la Caspienne, au Golfe et à l’Iran, elle se trouve au cœur des projets Blue Stream et Nabucco.

B

La diversification des ressources énergétiques : anticiper la fin du pétrole

Nous nous approchons de l’épuisement des ressources fossiles, le pétrole étant la ressource qui devrait se tarir le plus rapidement. Plus le pétrole deviendra rare, plus il sera cher et constituera un enjeu de rivalités pour les approvisionnements.

Ces rivalités sont à l’origine d’importantes tensions géopolitiques. Le tarissement de ces réserves va s’accompagner d’une augmentation sensible des cours qui s’explique par deux types de raisons :

  • Les facteurs liés aux évolutions de l’offre et de la demande
  • Les facteurs « hors-marché » tels que les tensions géopolitiques (guerre en Irak, tensions en Iran) et les nationalisations des ressources en hydrocarbures en Amérique du Sud (Bolivie et Venezuela).

La réduction de la dépendance énergétique globale passe pour l’Union européenne par une réduction de sa dépense au pétrole et une diversification du bouquet énergétique. Une nouvelle source d’énergie électrique, le « charbon propre » pourrait se développer mais les projets de réouvertures des mines françaises ou allemandes ne vont pas sans problème d’acceptation sociale.

Le recours au gaz naturel comme source d’énergie primaire apparaît comme une des plus actives alternatives. La plupart des centrales électriques en construction en Europe sont des « centrales au gaz ». D'où la mise au point de cinq projets d’agrandissement ou de construction de terminaux de Gaz Naturel Liquéfié.

C

Vers la transposition du modèle nucléaire français à l’Europe ?

La France est de loin, le pays européen qui utilise le plus l’énergie nucléaire. Cela permet de desserrer la dépendance énergétique. Mais le modèle nucléaire ne fait pas l’unanimité comme le montre l’Allemagne qui a choisi de se désengager.

Le choix du site de Cadarache (Bouches-du-Rhône) a été choisi pour l’ITER (réacteur expérimental thermonucléaire international) pour améliorer l’efficacité des centrales.

La technologie nucléaire doit assurer une meilleure autonomie dans un monde trop dépendant des énergies fossiles. La France incarne cette démarche. L'Italie, la Libye, le Maroc ou encore la Tunisie vont dans la voie du nucléaire.

D

Le pari des énergies renouvelables

L’Union européenne à la volonté de conquérir la première place dans le domaine des énergies renouvelables.

En 2001, elle voulait atteindre 21% d’énergie renouvelable. Au niveau mondiale ces énergies sont marginales (2,4% pour hydroélectricité). Ces chiffres attestent d’un fort potentiel de croissance. La Suède s’est fixé comme objectif d’être le premier pays à s’affranchir du pétrole.

E

Le développement des interconnexions : vers la fin des black-out ?

Plusieurs black-out (pannes d’électricité géantes) se sont produits. En novembre 2006, la coupure d’une ligne par l’Allemagne entraîne une panne dans plus de 10 millions de foyers dans une grande partie de l’Europe jusqu’au Portugal.

Le développement des interconnexions faciliterait la fluidité des échanges, éviterait les black-out et permettrait d’apporter de l’électricité aux États en situation de pénurie.

Le grand avantage économique des interconnexions réside dans la réduction d’investissements (centrales au fuel, plus couteuses que centrales nucléaires). La mutualisation des capacités de productions permet d’en réduire la dimension à l’échelle du continent mais se pose problème des transports de l’électricité (montagnes, mers).

L’Union européenne, au-delà de réduire sa dépendance énergétique ,peut trouver dans sa politique énergétique son identité.

III

La politique énergétique, expression de l’identité européenne

Avec la prise de conscience de la crise environnementale, l’Union européenne a l’occasion de devenir un modèle de référence avec sa grande expérience dans le domaine.

A

Petite histoire de la libéralisation du marché européen de l’énergie

La constitution d’un marché unique libéralisé permet de renforcer le pouvoir de négociations de l’Europe face aux fournisseurs et réduire les risques de pénurie.

La libéralisation du marché européen de l’énergie a commencé en Grande-Bretagne, où le secteur de l’énergie se privatise dès les années 1980. Le gouvernement britannique le démantèle. En 1989, ce processus de réforme est poursuivi.

La Commission européenne, fort de l’expérience britannique, dissocie les grands métiers de l’énergie. C’est le processus d’Unblundling. Les pays de l’union européenne s’ouvrent plus ou moins rapidement à la concurrence. La France a par exemple procédé par étapes en ouvrant à la concurrence les grandes entreprises (2000) puis les professionnels (2004) et enfin les particuliers (2007).

Avec la libéralisation :

  • Les acteurs se multiplient à côté d’opérateur historique
  • On procède à la désintégration de filière (Unbundling)
  • Apparition d’un nouveau cadre réglementaire pour que l’ouverture à la concurrence se réalise au mieux.
B

La politique énergétique européenne

La libéralisation du marché de l’énergie entraîne pouvoir de négociations des européens. Contrairement à « la crise du gaz » de 2005-2006 opposant Russie à la Biélorussie et à l'Ukraine, refuser de fournir l’Union européenne semble difficile car forte de ses 450 millions de consommateurs, elle serait un manque à gagner pour la Russie.

Le récent (2006) Livre vert de la Commission des Communautés européennes tente de fixer des bases qui seraient « une stratégie européenne pour une énergie sûre, compétitive et durable ». Elle repose sur 3 axes :

  • La « sûreté », qui réfère à la sécurité de l’approvisionnement
  • La « compétitivité » en résonance avec la stratégie de Lisbonne
  • La « durabilité » pour respecter protocole Kyoto puis le dépasser

L’Union européenne doit se montrer irréprochable pour garder son rôle moteur. Si cette stratégie est coûteuse, elle doit être vue comme bénéfique à long terme.

Ces efforts d’investissement seront récompensés, au-delà de la préservation de la nature. Les gouvernements espèrent des retombées à court terme. Au-delà des efforts intérieurs de l’Union européenne, elle peut devenir un modèle.

C

Vers de grandes entreprises européennes de l’énergie

Le pouvoir est passé des mains des États à celles d’entreprises européennes en concurrence. Aujourd’hui il importe d’être « énergéticiens » c'est-à-dire de maîtriser à la fois l’électricité mais aussi le gaz et les services associés.

Plusieurs raisons expliquent l’évolution appelée « convergence gaz-électricité ». Du point de vue commercial, capacité de proposer une offre globale. De ce point de vue, EDF souffre de sa faible position sur le marché du gaz et se fait devancer par E.ON premier énergéticien européen grâce à sa double compétence.

Les grandes manœuvres contribuent à l’émergence d’un oligopole européen mais en manque de régulation car régulations trop nationales pas européennes. Le secteur de l’énergie reste un univers économique à part. Il apparaît comme un levier stratégique.

L’énergie est passé du statut d’abondante et bon marché à rare et chère.
C’est dans ce contexte que l’Europe doit penser à demain et investir dans les énergies renouvelables. Cela lui assurera aussi un rayonnement face aux nouvelles puissances internationales.

Mais dans son projet d’intégration, l’Europe favorise le retrait de la puissance étatique des grands opérateurs énergétiques. Il faut gérer la question des intérêts nationaux par des entreprises privatisées et transnationales.

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