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Chapitre 9 :
La politique méditerranéenne de l'Union Européenne

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La politique méditerranéenne de l'Union Européenne

Le processus de Barcelone (1995) et le projet d’Union pour la méditerranée (2008) orientent l’Europe vers les Pays de l’Est et du Sud de la Méditerranée (PSEM) dans le cadre possible d’une stratégie de puissance, à mesure que l’Union européenne s’élargit à l’est.

Ce partenariat peut être considéré comme le début de l’affirmation d’un soft-power européen pour contrebalancer le hard-power américain exercé dans la région. Avec l’héritage que partage l’Europe, n’est-elle pas la mieux placée pour incarné cette influence basée sur la coopération et non la contrainte ?

Cependant, l’ampleur des défis et l’importance des fractures ne conduiraient-ils pas à la conversion de l’Europe en une puissance complète capable de guider et aussi de dicter ?

Dans ce cas, n’est-elle pas plus mal placée que les États-Unis à cause de la colonisation et des tensions actuelles concernant les flux de migrants ?

I

La méditerranée : horizon naturel et culturel d’une « Europe puissance »

A

Mythes fondateurs

Le mythe fondateur de la géopolitique européenne est un héritage de l’Empire Romain qui fait de la méditerranée son espace : le mare nostrum.

Une unité est forgée dans le cadre de l’Empire Romain durant seulement quatre siècles, de la bataille d’Actium en -31 au partage de L’Empire entre Rome et Constantinople en 395.

Cette unité a constitué une référence dans l’ensemble des stratégies de puissance impériale :

  • Les croisés et leurs États latins d’Orient.
  • Bonaparte et son expédition en Égypte.

Cependant, elle a pu apparaître comme un limes (frontière) à forte charge symbolique entre Orient et Occident : elle oppose islam et chrétienté, catholiques et orthodoxes, civilisation et barbarie… Elle a ainsi été le théâtre des Croisades et de la Perte de Jérusalem, la chute de Constantinople, la bataille de Lépante, les barbaresques de Molière...

Une ligne d’échange et de partenariats géopolitiques a toujours existé. Sur le plan culturel, la méditerranée est un unificatrice et syncrétique : Al-Andalous, Frédéric II de Hohenstoffen, Bonaparte et Institut d’Egypte.

Du point de vue de la stratégie de puissance, les rives Sud et Est ont toujours été vues comme des alliés :

  • Alliance turque avec François Ier.
  • Alliance germano-ottomane de 1914 à 1918.
  • Alliance franco-anglo-ottomane dans la guerre de Crimée.

D’un point de vue géoéconomique, d’abord en voie de déclassement par l’Atlantique au XVIème siècle, elle est survalorisée par les puissances européennes. Les exemples :

  • La Question récurrentes des détroits.
  • L’expédition de Bonaparte en Egypte pour déstabiliser l’Angleterre plus encore qu’un débarquement en Irlande
  • Les préoccupations britanniques concernant ses points d’appui : Gibraltar est toujours britannique

Malte et Chypre ont été décolonisées tardivement (maintien de bases militaires à Chypre). Avec la colonisation à partir du XIXème siècle, la Méditerranée devient un horizon géopolitique pour les grandes puissances européennes.

Elle est encouragée par :

  • Le déclin de l’Empire ottoman au XVIIIème siècle.
  • L’ouverture du canal de Suez en 1869 qui réintègre la Méditerranée aux échanges internationaux.

Par sa proximité géographique et l’héritage historique, cet espace est assimilé par les métropoles. L’exemple de l’Algérie est unique : la France coloniale la considère juridiquement comme un département et une colonie de peuplement.

De plus, elle devient au centre de rivalités entre pays européens, qui y voient de nombreux intérêts : en terme de puissance, de gains économiques, de marchés à conquérir, d’approvisionnement en matières premières (découvertes de gisements pétroliers au Moyen-Orient) et en terme de mission civilisatrice.

Les ambitions des pays européens sont variées :

  • La Grande-Bretagne souhaite protéger la route des Indes ou l’accès au Golfe Persique (via canal de Suez).
  • La France l’intègre dans une perspective eurafricaine (en conquérant l’Afrique noire en parallèle).
  • La Russie nécessite un accès à des mers chaudes la sortant de son isolement continental et arctique.
  • L’Italie souhaite s’élever au-delà de sa condition de « nation prolétaire » en renouant avec son passé de l’Antiquité romaine.

Elle devient ainsi les lieux d’affrontements entre ces puissances. Entre la France et l'Italie pour la question tunisienne, réglée en 1881 au profit de la France, entre la France et la Grande-Bretagne en Egypte jusqu’au règlement de l’Entente cordiale, entre la France et l'Allemagne à propos du Maroc, se concluant par un protectorat français en 1912.

Les deux guerres mondiales renforcent cet intérêt impérialiste.

  • Première Guerre Mondiale : les provinces arabes de l’Empire ottoman sont placées sous mandat français ou britannique après 1920 et conformément aux secrets Sykes-Picot de 1916

  • Deuxième Guerre Mondiale : Elle devient une mer stratégique et un enjeu pour la collaboration franco-allemande et pour l’Italie fasciste.

Les combats montrent qu’il s’agit du point faible, du ventre mou, de la forteresse Europe :

  • Affrontements germano-britanniques en Afrique du Nord.
  • Débarquements alliés en Afrique du Nord et Sicile.

La zone du nord et de l’est de la Méditerranée devient une zone de tension et de clivages géopolitiques à cause de la guerre froide et des émancipations :

  • Régimes arabes prosocialistes (Algérie, Egypte, Syrie)
  • Régimes arabes pro-occidentaux (Maroc, Tunisie, Liban)
  • Pays de l’OTAN (Turquie comprise) face aux pays des Balkans (Yougoslavie et Albanie en rupture l’un après l’autre avec Moscou)
  • Conflit Israélo-Arabe marqué par une succession de guerres (1948-1949, 1956,1967, 1973, 1982).

La Méditerranée redevient un limes Nord-Sud à cause de :

  • La volonté des États du Tiers Monde de s’affirmer et de revendiquer un nouvel ordre économique international lors du discours de Boumediene lors de la conférence des non-alignés à Alger en 1973.
  • Le contraste entre les résultats socio-économiques décevants des stratégies de développement des pays des PSEM et les performances miracles nord méditerranéennes telles que la France des Trente Glorieuses, le « miracle » italien et le réveil espagnol.
B

L’atout d’une politique méditerranéenne de l’UE

La rive sud de la méditerranée offre un intérêt certain sur le plan économique pour l’Union européenne. Les délocalisations de l’industrie et du secteur tertiaire, sont favorisées par une main d’œuvre peu chère :

  • Annonce de la création d’une usine Renault à Tanger en 2007.
  • Création de centres d’Appels.

L’Union européenne peut y trouver des nouveaux marchés et débouchés pour ses produits fini dans des pays du MENA accédant au développement, dynamisant ainsi des échanges qui ne représentent que 7% des exportations de l’Union européenne.

L’Union européenne accède à une réserve en matière première et ressources énergétiques : ressources énergétiques comme les hydrocarbures libyens et algériens, ressources minérales comme les phosphates marocains.

Il y a complémentarité entre Union européenne et PSEM au niveau des échanges commerciaux.

La gestion de la question migratoire dans le cadre méditerranéen est un défi pour l’Europe qui se souhaite puissante. Elle connaît un déclin démographique relatif et a besoin d’organiser les flux migratoires avec les PSEM. En effet, son taux de fécondité est de 1,5 et donc inférieur au seuil de renouvellement des générations.

Elle doit gérer les flux clandestin pour gagner en crédibilité auprès de l’opinion publique et être vue comme capable de gérer ses frontières.

La méditerranée présente un double enjeu :

  • Les flux internes.
  • Les flux transitoires d’Afrique ou d’Asie.

D’un point de vue géopolitique, la méditerranée offre un cadre géographique réaliste à la volonté de puissance de l’Europe. En déclin au XXème siècle, elle n’exerce plus d’influence mondiale, notamment du point de vue politique à cause de l’Union européenne au contenu balbutiant.

C’est le laboratoire idéal de l’affirmation du soft power européen, opposé au hard power des États-Unis, grâce à la volonté de panser les plaies de la colonisation et de la décolonisation et à l’importance de la question du développement.

La méditerranée peut conjurer le « choc des civilisations » (menace huntingtonienne) par le développement de partenariat, repoussant la limite du Sud, nid de l’islamisme.

C

Des ambitions européennes longtemps modestes

La progression du panarabisme a contré l’affirmation de l’Europe communautaire comme puissance européenne.

France et Grande-Bretagne sont longtemps associées au fiasco de la crise de Suez. La Guerre Froide et les deux Grands ont renforcés le mutisme de l’Europe, en dehors du cas français et de la politique gaullienne.

L’orientation de la construction européenne est surtout économique et assez peu géopolitique jusqu’à la fin des années 1980. Les premiers élargissements se font au Nord dans les années 1970. La politique de La communauté se résume alors et ce jusqu’aux années 1980 à la préparation de jeunes démocraties méridionales : Grèce, Portugal, Espagne.

L’Europe ne donne pas suite à la demande d’adhésion à la CEE du Maroc pendant les années 1980 et reste à des accords d’associations avec les PESM :

  • Turquie en 1963.
  • Maroc et Tunisie en 1969.
  • Malte et Israël en 1970.

Dès 1972, les pays sud méditerranéens obtiennent un accès favorisé au marché européen dans certains domaines.

Les années 1970 et 1980 voient l’échec de certains projets à finalité géopolitique. La France de Valérie Giscard d’Estaing tente un dialogue euro-arabe dès les chocs pétroliers. L’Italie espère en vain instaurer une sorte d’OSCE pour la méditerranée avec B. Graxi.

Lancement en 1972 d’une Politique Méditerranéenne Globale (PMG) pour aider les pays du sud à émerger par des plans d’action dans la zone. Ils manquent toutefois de cohérence et de financements.

Il faut donc considérer les ambitions européennes de Soft Power dans le cadre d’une Eurafrique qui concerne la partie subsaharienne, comme en témoignent les accords de Yaoundé (1963) et Lomé (1975).

II

Avec le processus de Barcelone, une volonté européenne de soft power méditerranéen.

A

Un contexte favorable au tournant des années 1980 et 1990

La première guerre du Golfe entraîne la déstabilisation des États arabes et alimente terrorisme qui s’exporte sur l’Europe (attentats de 1986 ou de 1995 en France).

Débuts de la guerre civile en Algérie : menace d’une république islamiste aux portes de l’Europe qui ne manquerait pas d’alimenter des flux migratoires. Les guerres de Yougoslavie (premiers conflits armés en Europe depuis 1945) la mettent au défi de réussir une stabilisation géopolitique.

Autres éléments du contexte local sont plus encourageants :

  • Conférence de Madrid puis les accords d’Oslo, qui rapprochent Palestiniens et Israéliens, ont certes été patronnés par la puissance américaine, mais laissent espoir apaisement dans la région avec possibilité dialogue euro-arabe.
  • Création de l’UMA (Union du Maghreb arabe) en 1989 laisse espérer émergence d’un partenaire sud-méditerranéen surmontant ses divisions internes (Algérie, Maroc).
  • A l’échelle européenne : « chute du rideau de fer » et réunification Allemagne ont aussi incidences directes sur la politique méditerranéenne de l’Union.

Il y a un risque de voir resurgir une puissance germanique réunifiée et attirée par l’est (perspectives d’adhésion des PECO dès 1993) dans le cadre d’une « Mitteleuropa » qui pousse la France (soucieuse d’éviter déplacement excessif centre de gravité de l’Europe) à lancer grand dialogue entre CEE et les 22 pays ou organisations arabes dès 1989.

Le traité de Maastricht révèle volonté de la nouvelle Union européenne de se doter d’instruments de puissance géopolitique (politique extérieure commune (PESC) et politique de défense (PESD)).

Enfin, affirmation de l’hyperpuissance américaine dans les années 1990, et de la Guerre du Golfe (1990-1991) à la seconde guerre d’Irak (2003) (de moins en moins multilatéraliste), font que L’Europe peut présenter une alternative en termes de soft power pour pays du sud et de l’est de la zone.

De plus l’Union européenne voit le poids le poids de la puissance des États-Unis lors de l’Uruguay Round et l’affirmation d’un pôle asiatique concurrent. Elle comprend l'intérêt à développer zone de prospérité partagée avec les rives de la Méditerranée. Or un partenariat économique est impensable sans stabilisation géopolitique de son flanc sud.

B

Barcelone, une stratégie d’influence

La déclaration de Barcelone est signée le 28 novembre 1995 par les 15 pays alors membres de l’Union européenne et 12 pays tiers méditerranéens. Elle comporte 3 volets :

Le volet économique

C'est le volet le plus important, ses objectifs sont :

  • Mise en place partenariat économique et financier.
  • Accélération du rythme de développement socio-économique durable en réduisant les écarts de développement dans la région euro-méditerranéenne.
  • Promotion de l’intégration et coopération régionales.

Et ses moyens envisagés :

  • Instauration progressive zone de libre-échange (2010) pour le secteur industriel sans le calendrier pour le secteur agricole).
  • Concertation et coopération économique dans des domaines énoncés comme prioritaires (appui technique aux PME, protection de l’environnement et lutte contre désertification, interconnexion des réseaux énergétiques).
  • forte augmentation de l’assistance financière de l’UE à ses partenaires (4,7 milliards d’euros de 1995 à 1999, soit quintuplement annuel comparé aux enveloppes financières 20 dernières années).

Trois instruments financiers sont également prévus pour la mise en place partenariat :

  • Les fonds MEDA (Mediterranean Development Aid Program) qui remplacent protocoles financiers bilatéraux existants (exigences : suivi des accords, progrès réformes internes) et prennent la forme d’appui au développement du secteur privé, soutien transition économique, etc.
  • Les prêts et subventions BEI (Banque européenne d’investissement)
  • Les prêts et subventions FEMIP (Facilité euro-méditerranéenne d’investissements et de partenariat).

Le volet culturel et social

  • Rapprocher les peuples
  • Favoriser échanges entre populations civiles et établir dialogues entre cultures (médias, universités, centres de recherche, syndicats).
  • Lutte contre la drogue et l’immigration clandestine.

Le volet politique

L'objectif est de créer un espace de paix et de stabilité en Méditerranée par « un dialogue politique renforcé et régulier, fondé sur le respect des principes essentiels du droit international ». Cela passe par le développement et l’Etat de droit et de la démocratie avec respect de la diversité et du pluralisme ainsi que la lutte contre racisme.

Avec la déclaration de Barcelone, on passe d’une logique bilatérale (où les politiques propres à chaque pays prédominaient) à une logique multilatéral légitimant l’idée du partenariat.

C

Une impuissance à faire évoluer les structures de la zone

Sur le plan économique

La structure des échanges commerciaux est identique par rapport à avant le processus de Barcelone. Ils obéissent toujours à une logique Nord-Sud. Les pays de la rive exportent surtout matières premières (agricoles et minières) et ressources énergétiques. Ils importent produits finis. Le commerce est déséquilibré entre le nord et le sud : l’Union européenne est de loin le premier partenaire des PSEM (2/3 de leurs échanges), et ces pays ne représentent que 2% exportations et 5% importations de l’Union européenne.

Les PSEM ne sont pas devenus plus attractifs pour les investisseurs européens (en 2003 : les flux de l’Union européenne vers pays tiers méditerranéens représentent 1/3 des flux Union européenne vers PECO, 6 contre 21 milliards d’euros).

Seuls les flux touristiques se sont développés, et peuvent apporter des devises précieuses pour pays rive sud (15% des entrées des devises se font vers la Turquie, 30% vers l'Egypte). Mais cela est-il à attribuer au processus de Barcelone ?

Pire, le décrochage revenu par habitant aurait tendance à s'accélérer : 17% prévu au Maghreb, 24% Machrek hors Israël entre 1990 et 2010. Le revenu moyen du sud méditerranéen aujourd’hui ne dépasse pas 30% de celui du Nord.

Sur le plan politique

L'Union européenne semble impuissante à faire progresser la démocratie et le respect droits de l’Homme. Le sommet de Copenhague (1993) impose le respect règles démocratiques, des libertés individuelles et des droits des minorités. Les perspectives d’adhésion ont ainsi conforté le camp des démocrates et il y a eu des progrès dans ces domaines pour les pays candidats (cas croate, macédonien, serbe et inégalement le cas turque avec l’hostilité à l’autonomie politique du Kurdistan).

Dans les pays non candidats, certaines organisations des droits de l’homme reçoivent des financements européens. Les diplomates de l’Union européenne s’entretiennent parfois avec les représentants des sociétés civiles, mais il ne semble pas y avoir libéralisation politique depuis 1990 par les pouvoirs en place (d’où le printemps arabe).

Sur le plan géopolitique

L'impuissance de l’Union européenne est également marquée. Malgré sa présence dans le Quartet (avec l'ONU, les États-Unis et la Russie) qui a adopté une « feuille de route » en 2003 visant à établir un État palestinien en 2005, l'Union européenne apparaît davantage comme pourvoyeuse de fonds en faveur de l’Autorité palestinienne que comme puissance influente sur processus paix israélo-palestinien.

Même chose avec Liban, malgré les efforts français pour tenter de dépasser le blocage de l’élection présidentielle.

L'Union européenne joue le rôle de supplétif des États-Unis dans les médiations balkaniques (même si signé à Paris, les accords de Dayton portent la marque des États-Unis autant que lors de leur intervention au Kosovo en 1999).

Les espoirs que Bruxelles nourrissait envers réunification Chypre ont été déçus (suite qui plus est à un référendum tenu dans la partie « européenne » de l’île).

III

La méditerranée, miroir de l’impuissance européenne ?

A

Un déficit de moyens et de volonté au regard des ambitions.

La puissance européenne est éclipsée par l’hyperpuissance américaine qui conforte un axe Washington-Israël-Ankara sur le plan stratégique, multipliant les liens avec les différents pays :

  • Le Maroc est promu au rang « d’allié majeur » en 2004 et contrat de libre-échange.
  • Les contrats pétroliers se multiplient avec l’Algérie et s'accompagnent d’investissements.
  • La PESC nécessitant un consensus, les décisions politico-militaires européennes sont d’autant plus lentes que leurs opinions divergent.

L’éclatement de la Yougoslavie a montré des divergences entre la France et l'Allemagne. La visite de Chirac en Tunisie (2003) et son appui inconditionnel à Bouteflika a également suscité des remous. Les politiques européennes sont peu lisibles, surtout avec la croissance des dialogues Nord/Sud.

Les PSEM étant moins attractifs pour les IDE européens que les nouveaux États intégrés à l’Union européenne, ceux-ci n’ont pas été à la hauteur de Barcelone. Les sommes ne dépassent pas 5€ par an et par habitant contre 1 à 20€ pour les pays d'Europe centrale et Orientale. Le démantèlement de l’accord multifibres (2005) ferme de nombreuses usines en Tunisie et au Maroc. Cependant, les logiques clientélistes jouent aussi un rôle important dans ce phénomène.

B

Politique de voisinage et projet d’Union pour la Méditerranée : la relance d’un soft power régional.

En 2003, l’Union européenne lance la PEV (politique européenne de voisinage) dans laquelle entrent les PSEM. L’engagement sera progressif et conditionné par des progrès économiques et politiques des PSEM.

Cette structure étant surtout conçue pour les nouveaux voisins orientaux, Sarkozy lance en 2007 le projet d’Union méditerranéenne, qui propose d’allier Europe et Afrique grâce à des réalisations concrètes et progressives dans de nombreux domaines : développement durable, énergie, transports ou eaux puis émigration, sécurité, terrorisme. Le tout afin de favoriser le développement économique et social.

Les outils sont d’inspiration européenne : Conseil de la Méditerranée, Banque méditerranéenne d’investissement.

Mais ce projet fait l’objet de multiples réticences :

A cause des Sud :

  • La France est peu crédible en médiatrice du conflit israélo-palestinien.
  • La politique des « petits pas » a déjà montré ses limites.
  • Les Sud veulent surtout une amélioration des conditions d’émigration et plus d’aides.

A cause des Nord :

  • Les Européens sont peu solidaires dans leurs relations avec les Sud. L’Allemagne parle de la France « cavalier seul », notamment pour évoquer les accords sur les armements et le nucléaire franco-libyen.
  • L'Union européenne et l’Union méditerranéenne semblent incompatibles, notamment en ce qui concerne le fonctionnement des institutions politiques.
  • La Turquie rejette ce projet qu'elle interprète comme une compensation de sa non-adhésion à l’Union européenne.

Afin de sauver le projet, la France accepte sa transformation en Union Pour la Méditerranée moins ambitieuse et ouverte à toute l’Union européenne (plus seulement le « bloc latin européen »).

C

La Méditerranée : « Atlantique » mythique pour une puissance européenne ?

Les PSEM ne sont pas suffisamment unis pour que la Méditerranée existe réellement. Cependant on observe quelques progrès comme l’accord d’Agadir de février 2004 qui prévoit une zone de libre-échange entre Maroc, Tunisie, Egypte et Jordanie.

Mais en général le dialogue Sud/Sud bats de l’aile :

  • Tensions politiques et religieuses non surmontées par la ligue arabe.
  • L’Union du Maghreb arabe (1989) a peu de portée réelle.
  • Des conflits ne sont pas résolus : Algérie-Maroc, Israël-Palestine…

L’approche multiculturelle est difficile, la croissance de l’Islam est crainte par la façade Nord :

  • Montée des courants faisant de la rhétorique anti-immigrés.
  • Le partenariat géopolitique fondé sur un enrichissement culturel mutuel est remis en cause.
  • Les complaisances de la Realpolitik éloignent plus qu’elles ne rapprochent les pays car elles se basent sur leurs déficits ou excédents commerciaux.

La question turque pose la question d’une « Europe puissance » défensive ou offensive en Méditerranée. Son entrée risquerait de transformer cette structure de puissance en structure économique par :

  • L'atlantisme d’Ankara.
  • L'impossibilité de la mise en place d’une politique commune avec la Syrie, l’Irak ou l’Iran.

On peut cependant y voir un certain intérêt :

  • Hard power : le potentiel militaire turc a fait ses preuves (se démarquant des États-Unis en 2003) lors de la crise irakienne
  • Soft power : ceci délivrerait un formidable message intercivilisationel au reste du monde.
Conclusion

Même si la vision de la Méditerranée créatrice de puissance géopolitique et économique et d’un soft power européen grâce à la proximité géographique est attrayante, ces trois concepts sont mis en cause par l’élargissement européen à l’Est, le coût mal accepté par la France pour sa volonté de puissance, et le difficile rassemblement des pays constitutifs de l’Asie.

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