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Chapitre 15 :
L'Europe et l'Afrique subsaharienne

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L'Europe et l'Afrique subsaharienne
I

Le temps de la coopération (1957-2000)

A

De Yaoundé à Lomé

En 1957, le traité de Rome fixe les trois objectifs de la politique européenne : développement économique et social des pays en développement, leur insertion harmonieuse dans l’économie mondiale, la lutte contre leur pauvreté.

À partir de 1958, le Fond Européen de Développement devient le principal instrument financier de cette politique.

Les conventions de Yaoundé ont lieu en 1963 puis 1969 avec 18 pays du Tiers-Monde, mais cette coopération se limite simplement à une aide financière et commerciale.

À partir de 1975 et la première Convention de Lomé, 46 pays de l'ACP (pays d'Afrique, Caraïbes et Pacifique) profitent de la politique de coopération européenne.

Deux principes économiques sont retenus :

  • Ouverture du marché communautaire pour les produits industriels. Des protocoles spécifiques pour les produits agricoles. Le protocole sur le sucre, par exemple, prévoit l'investissement dans 1,3 millions de tonnes de sucre à un prix indexé sur celui des producteurs communautaires, donc élevé. L'Union européenne s'inspire en cela du Sugar Agreement du Commonwealth.

  • Création d’outils capables de stabiliser les prix des exportations des ACP pour les matières premières agricoles (STABEX), et minières (SYSMIN).

Définition : Conventions de Lomé

La crise pétrolière des années 1970, la hausse du cours des matières premières ainsi que le dialogue Nord-Sud ont influencé les négociations qui ont abouti aux Conventions de Lomé de I à IV, dont les principales caractéristiques sont l’égalité des partenaires, la nature contractuelle des relations et une combinaison d’aide, de commerce et de politique dans une vision à long terme.

Conclue pour une période de cinq ans, la Convention a été renouvelée en 1979 (Lomé II), en 1984 (Lomé III) et en 1989 (Lomé IV). Ce dernier accord, prévu pour une période de dix ans, a été révisé à mi-parcours.

Tandis que les Conventions de Lomé I (1975-80) et II (1980-85) donnent la priorité au développement industriel et rural, en créant le STABEX (Fonds de stabilisation des recettes d’exportation sur les produits agricoles) et le SYSMIN (Fonds de stabilisation des recettes d’exportation des produits minéraux) pour compenser les baisses de recettes d’exportation des produits primaires, la Convention de Lomé III (1985-1990) met l’accent sur la sécurité alimentaire et l’environnement.

La Convention de Lome IV (1990-2000), révisée à mi-parcours en 1995 (Lomé IV bis) a introduit pour la première fois un lien explicite entre la promotion des droits de l’homme et le développement.

B

La faillite d'un système

L’esprit de Lomé est remis en question à la fin des années 1990 par les conflits interethniques (Rwanda, Libéria) et l'effondrement de la part des pays ACP dans le commerce extracommunautaire.

Les avantages commerciaux mis en place sont également contestés par les États-Unis (« guerre de la banane »). Les programme Stabex et Sysmin sont pointés du doigt comme favorisant le maintien de l’Afrique dans une éco de rente.

Entre 1994 et 2003, l'Aide Pour le Développement française chute de 23%. L’Europe doit repenser sa relation avec l’Afrique, ce qui va mener en 2000 aux accords de Cotonou en rupture totale avec les pratiques passées. Le nouveau credo devient « trade not aid » et l'accent est mis sur le développement de ma démocratie.

Exemple

La guerre de la banane est un différend centré sur des questions de droit de douanes relatifs à la banane, entre l'Union européenne, et les pays latino-américains, soutenus par les États-Unis.

En 1993, l'Europe s'est dotée d'une organisation commune qui plafonne les importations de bananes « dollar » et favorise les productions des pays de 'lUnion européenne et de l'ACP.

Ainsi la Côte d'Ivoire et le Cameroun avaient le droit d'exporter jusqu'à 155 000 tonnes de bananes chacun sur le marché européen contre 40 000 tonnes pour le Cap Vert et 105 000 tonnes pour la Jamaïque (Bananes dollar).

Ces mesures sont alors jugées discriminatoires et en contradiction avec les lois du libre échange.

Le conflit a démarré en 1993 : en rétorsion des mesures européennes, Washington a décidé d'imposer des sanctions douanières aux exportations européennes, qui n'ont été levées qu'en 2001.

II

Dans un contexte concurrentiel, un nouveau partenariat

A

L'aide au développement est repensée

À partir des années 1990, le Discours de La Baule de François Mitterrand marque une étape décisive vers la conditionnalité des échanges. Les pays d'Afrique sont désormais invités à accélérer leur processus de démocratisation en vue d'une pérennisation des échanges avec le Nord.

Concrètement, depuis 2002, moins d'une dizaine de cas de suspension d'aides sont recensés. Le succès de la gestion de la crise politique en Mauritanie en 2005 plaide tout de même pour une certaine efficacité des mesures européennes.

L'Union Européenne s'est décidée à moduler les aides en fonction des contextes. Depuis 2000, le Conseil charge la Commission de rédiger des « Documents de stratégie par pays » en partenariat avec les gouvernements africains et les ONG.

Les bons résultats économiques de la Tanzanie, Ouganda, Zambie sont attribués à l'efficacité de l’aide européenne. Par exemple, des élections libres ont été mise en place en Zambie en 2006 grâce au soutien de l'Union européenne ainsi que la poursuite du pays de sa diversification économique (notamment pour le tourisme : 23% du PIB).

L'aide au Togo en 2002 a été relancée en 2004 à la suite de la prise de 22 engagements politiques par le gouvernement.

Exemple

Le coup d’État renversant le Président Ould Taya en 2005 a très vite été condamné par l’Union européenne représenté par le Commissaire européen au
Développement et à l’Aide humanitaire.

Mais, les différentes réactions populaires et les premières déclarations du Conseil militaire mis en place, avaient suscité une appréciation mitigée du changement entrepris, qui semblait exprimer la volonté de redresser une situation politique intenable et d’assainir une démocratie en crise profonde.

C’est dans ce cadre qu’une commission indépendante pour la supervision des élections a été constituée en étroite concertation avec les acteurs politiques.
Ces initiatives ont été saluées et encouragées par l’Union européenne, qui a ouvert des consultations avec une forte délégation mauritanienne à Bruxelles le 1er décembre 2005.

Les rencontres de Bruxelles ont été suivies par plusieurs missions d’évaluation et au terme de cette mission, l’Union européenne a décidé de fournir un appui financier au budget des élections (6 millions d’euros).

L’Union européenne, satisfaite des mesures de transition et des efforts de redressement de l’économie accomplis par le gouvernement mauritanien, a ensuite décidé de reprendre son aide habituelle à la Mauritanie, et
d’accompagner et soutenir le processus électoral dans ses phases futures.

B

Un nouveau partenariat commercial

Discriminés par un accord commercial dont ils ne bénéficient pas, les pays d’Amérique latine ont dénoncé devant l’OMC en 2000 l’incompatibilité des préférences commerciales de Cotonou.

En 2001, à Doha, les membres de l'OMC ont accepté de donner leur accord pour une dérogation jusqu'à fin 2007, contre la présentation d'ici là d’un accord commercial remanié, compatible avec les règles de l’OMC.

En 2005, les Accords de Partenariat Économique (APE) lancent les négociations entre Union européenne et Afrique. Avant la mise en place d'une zone de libre-échange l'Union européenne et les organisations régionales africaines (ex : CEDEAO), l'objectif majeur est de favoriser l'intégration régionale pour permettre un dialogue d'organisation à organisation.

Fin du protocole sur le sucre en 2007 constitue un préalable à la normalisation des relations commerciales entre Afrique/UE : « Page de l’Assistance est tournée ». L'Afrique du sud sert un peu de « banc d’essai ».

Déjà en 1999, l'Accord de Commerce, de Développement et de Coopération (ACDC) avait pour objectif de créer progressivement une zone de libre échange en 2012 avec l'Afrique du Sud. Résultat : les exportations européennes vers Afrique du Sud ont crû de 10% depuis 2000. En 2006 c’est le 1er partenaire africain de l’Union européenne malgré l’envolée des cours du pétrole.

Exemple

L'Union européenne décide de mettre fin au protocole sucre

L'Union européenne met fin à partir de 2009 au protocole sucre, un accord intergouvernemental qui garantit aux 18 pays ACP producteurs de sucre un accès préférentiel au marché européen.

Les quantités et les prix garantis par l'Union européenne pour les exportations de sucre vers le marché européen seront abolis. Des négociation sont toutefois prévues avec les pays ACP producteurs de sucre pour mettre en place un mécanisme de sauvegarde spécial.

La partie européenne explique que la décision a été prise, notamment pour respecter le préavis de deux ans prévus dans pareil cas et afin d'assurer que le régime d'importation du sucre sera inclus dans le régime d'importation prévus par les Accords de partenariat économique (APE), actuellement en négociation entre l'UE et les ACP.

La décision a été prise parce qu'en 2007 expirera la dérogation obtenue à l'OMC pour le régime préférentiel contenu dans l'Accord de Cotonou.

Le groupe ACP rappelle que la réforme du régime sucre de l'Union européenne a déjà entraîné une réduction de 36% du prix du sucre, cela alors que les négociations en vue de la conclusion des APE ne sont pas terminées. Cette décision engendrera une perte de 250 millions d'euros par an pour les pays ACP producteurs de sucre, sachant que le ce produit représente pour certains de ces pays jusqu'à 20% de leur PNB.

C

Un dialogue politique

Le « partenariat stratégique » de 2005 impulse la symétrie institutionnelle, qui révèle l’existence d’un modèle européenne, favorisant un dialogue politique avec l'Union Africaine.

L'Union européenne est la seule à soutenir le développement institutionnelle de l'Union africaine. En 2007, l'aide apportée représentait 55 millions € en 2007.

Dans le domaine de la défense, le dialogue politique est allé le plus loin:

  • 1994, selon le plan « Diplomatie préventive et maintien de la paix en Afrique », Français et Anglais proposent d’intégrer dans le partenariat avec l’Afrique le soutien des capacités africaines pour prévenir et résoudre les conflits.
  • Mise en place du Protocole relatif au Mécanisme de prévention de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité en 1999 dans le cadre de la CEDEAO.
  • Mise en place de la Facilité de soutien à la paix (FSP) pour prévenir l'intensification de la violence et faciliter la résolution des conflits.
  • La FSP dispose de 300 millions pour 2008-2010.
  • Les interventions militaires européennes en Afrique mettent en évidence les progrès de la PESD, mais aussi des limites.
III

La nouvelle donne africaine : entre risques, opportunités et défis

A

Risques

Risques migratoires

Il y a un risque migratoire réel, mais les choses ont changé depuis Cotonou et 2005. Dès 1998, un document de la présidence autrichienne de l’Union européenne proposait un bouleversement de la maîtrise des flux migratoires.

Quatre cercles autour de l’espace Schengen :

  • Pays voisins qui ne sont pas des pays d’émigration et qui doivent avoir les mêmes contrôles que dans l’espace Schengen.
  • Turquie, pays de la CEI, et Afrique du Nord, pays d’émigration et de transit, doivent se concentrer sur l’immigration de transit et sur la lutte contre les réseaux de passeurs.
  • Pays d’Afrique subsharienne, du Moyen-Orient et la Chine doivent combattre les causes de migration, stabiliser population.
  • Douste-Blazy, 2006 ministre des affaires étrangères, menace de réduire les quotas de visas aux États refusant de reconnaître leurs nationaux. Mise en place d’une « carte bleue », modèle de la green card américaine, en 2007 pour réguler les flux migratoires africains.

Risques environnementaux

Il y a également un risque environnemental devenu un cheval de bataille dans la politique européenne. Il faut par exemple trouver des solutions à la déforestation du bassin du Congo, poumon de la planète.

Un « Partenariat pour les forêts du bassin du congo » est mis en place à Johannesburg en 2002, dirigé par la France, puis l’Allemagne avec des fonds bruxellois.

Risques terroristes (programme Pan-Sahel USA)

  • Septembre 1989 : Attentat de la compagnie UTA au Niger.
  • Août 1998 :Aattentat des ambassades américaines de Nairobi et de Dar es-Salaam.
  • Sahel et Soudan seraient devenus des zones d’entraînement et de recrutement d'Al-Qaeda.
  • La coopération euro-africaine est nécessaire pour limiter le terrorisme international responsable en partie de l'instabilité africaine.
B

Opportunités

Le domaine énergétique

La mise en place de la « facilité pour l'énergie » de l'Union européenne est une opportunité aussi bien pour l'Union européenne en terme d'apport d'énergie que pour le développement Africain.

Actuellement l'Afrique subsaharienne (Golfe de guinée) représente seulement 8% du pétrole importé par l’Union européenne. Une intensification des relations permettrait à l'Europe de sortir de la dépendance avec le Moyen-Orient et surtout la Russie. Mais une course de vitesse s'installe déjà : la concurrence est très vives (États-Unis).

Le domaine économique

La forte croissance économique de l’Afrique est bénéfique pour les firmes européennes :

  • Croissance de 4,8% depuis 2000 attirant les investisseurs (surtout pour les pays pétroliers)
  • D'autres opportunités que le pétrole : Traitement des eaux largement français, firmes automobiles (Volkswagen)
  • Mais toujours en retard : l'Afrique représente seulement 1% des flux d'IDE.

Le domaine géopolitique

  • La promotion du multilatéralisme est affirmée lors du sommet de Guadalajara entre l’Union européenne et Mercosur en 2004.
  • L’Afrique pèse lourd à l’ONU dans son soutien à l'Union européenne, elle est donc nécessaire à l'exercice de la puissance normative
C

Défis

Les politiques nationales sont divergentes de l’Union européenne. Les Anglais dans la British Peace Support training Team continuent par exemple de promouvoir des interventions parallèlement à l’européanisation de la défense qu’ils encouragent par ailleurs.

L’héritage colonial est frappant les bases françaises et anglaises suivent l'ancien découpage colonial. La présence militaire française assurée par des bases au Sénégal, en Côte d'Ivoire, au Tchad, en Centrafrique, à Djibouti, au Gabon.

Mais cette présence est mal vue par Bruxelles car basée sur une conception interventionniste. En 2008 Sarkozy a annoncé une renégociation de tous les accords de défense en Afrique.

Les États membres n’ont pas tous la même vision :

  • Les Britanniques et Scandinaves axent leurs efforts sur l’aide au développement. L’Allemagne agit pour la paix et la stabilité économique.

  • Le Couple Ficher et Schröder sont les artisans du partenariat stratégique de 2005. Mais la Commission FOR Africa de Tony Blair en 2005 va dans le sens opposé du Partnerschaft MIT Afrika.

De plus, il y a des résistances africaines aux APE qui est parfois vu comme un soft impéralism. Le slogan trade not aid masque mal les véritables intérêts de l’Union européenne : accéder à de nouveaux marchés tout en profitant de ressources naturelles abondantes.

L’Union européenne augmente à 20 puis 46 milliards d’euro en 2015 les aides.
Le Rejet des APE met l'Europe dans une impasse. L'échec s'explique par le fait que l’Afrique n’a rien à gagner à court terme d’une ouverture réciproque, sachant que 97% du marché européen lui est déjà ouvert.

Il y a des variantes et dans le Southern African Customs Union (SACU) , les pays ont différents tarifs douaniers :

  • Losotho avec une franchise totale sur 80% de leurs importations.

  • Le Botswana devra faire disparaître les tarifs (aujourd'hui 42%).

Les solutions sont dures à imaginer : se limiter au système de préférence généralisée (choix des États-Unis dans le cadre de l’AGOA) est jugée non acceptable pour l'Union européenne, car des pays à revenus intermédiaires s'en verraient exclus.

L’Union européenne doit composer avec de nouveaux concurrents attirés par les potentialités africaines. Le sommet Chine-Afrique de Pékin en 2006 marque les esprits :

  • 700 entreprises chinoises présentes en Afrique
  • Pékin promet de libérer des fonds de développement de 5 milliards, d’accorder 3 milliards de dollars de prêts préférentiels et d’annuler les dettes de 31 pays
  • Devenue le 3ème partenaire commercial de l’Afrique Subsaharienne

D’autres pays cherchent à « profiter du gâteau africain : société Dubaï Ports World au Sénégal. Brésil (Lula venus 7 fois en Afrique !), Inde, monarchies du golfe, Corée du Sud.

L’Afrique peut aujourd'hui davantage se passer d'Europe. Selon le ministre gabonais des affaires étrangères : « Les occidentaux posent des conditions à leur coopération et nous imposent des politiques néolibérales. Il est plus agréable d’avoir des relations avec quelqu’un qui ne se mêle pas de vos affaires. »

Les USA constituent un concurrent à part pour l'UE, ils veulent aussi diversifier leurs sources énergétiques, prévenir la menace terroriste et promouvoir l’économie de marché et le libre-échange.
Rapprochement avec le golfe de Guinée, riche en hydrocarbures. En 2002 « le pétrole africain est un intérêt stratégique national ». But : importer 25% de son pétrole depuis cette région.
On observe des retournements d'alliances :

  • Djibouti devient base de l’armée USA au détriment de la France.
  • Dialogue renforcé avec l’Union africaine avec depuis 2006 la nomination d’un ambassadeur permanent à Addis-Abeba (Cindy Courville) alors que l’Union européenne peine pour en nommer un.
  • Point de vue commercial : AGOA (2000) offre un accès facilité au marché américain en échange d’une libéralisation des économies des 39 pays éligibles d’Afrique subsaharienne.

Finalement, « la stratégie de l'Europe à l'égard de l'Afrique a longtemps été caractérisée par une relation double asymétrique donateur-bénéficiaire doublée d'une fasse bonne conscience idéologique, ainsi que d'une vision de nos intérêts. Cette vision archaïque, irréaliste, a été terriblement préjudiciable. Cette page doit être tournée au profit d'une nouvelle conception du partenariat, entre partenaires égaux en droits et en devoirs ».

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