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Chapitre 17 :
L'Union Européenne, les États-Unis et la Russie

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L'Union Européenne, les États-Unis et la Russie
I

La guerre froide, une “guerre de cinquante ans” avec l'Europe pour enjeu.

A

L'impulsion américaine dans la construction européenne

Il y a une crainte de l’abaissement des puissances européennes. Après 1945, sous l'impulsion des États-Unis s'amorce la construction européenne et la construction transatlantique (plus demandée par les européens que par un « impérialisme américain»).

Les États-Unis ne semblaient pas vouloir rester en Europe après la 2ème Guerre Mondiale. Selon Rooseevelt, la perspective d'un retrait militaire rapide était préférable.

La position des États-Unis évolue et les européens s’inquiètent du sort des pays « libérés » par l’armée soviétique :

  • Derrière le « rideau de fer » les opposants du parti communiste sont mis hors d'état de nuire : tactique du « salami » (hongrois Rakosi : rassembler tous les partis au parti communiste fans un « front nationale » soutenant le gouvernement ; éliminer les non-communistes un par un) .
  • Crainte que l'URSS ne s'en tienne pas à sa zone d'influence, dès que les USA auraient évacué l'Europe.

En 1947, le discours de Truman marque une rupture avec la politique visant à « contenir l'expansion communiste (containment)". Le secrétaire d’État Byrnes à Stuttgart 1946 explique vouloir mettre fin à la répression en Allemagne, favoriser la reconstruction d'un État allemand et rester en Europe.

Il devient essentiel pour les États-Unis de restaurer une économie viable en Europe. C’est une façon de prouver la puissance du capitalisme, de restaurer la solvabilité des partenaires commerciaux (économie américaine surpuissante au sortir de la guerre). C’est la diffusion de l'« American way of life ».

Le plan Marshall est ouvert à tous mais a une obligation d’échanges d’informations. Le rejet de l'URSS entraîne la création de l’Organisation Européenne de Coopération Économique en 1948 après le « coup de Prague ».

Ceci a facilité le ralliement du congrès à la politique de Truman et résout deux difficultés :

  • Le dollar gap : absence de dollars dans une Europe ruinée et commercialement déficitaire par rapport aux États-Unis.
  • L'insuffisance de l’épargne et de l’investissement public.

Cela met le capitalisme européen à l’école de l’américain :

  • Écoles de commerce qui se mettent au management, généralisation du taylo-fordisme
  • Voilà pourquoi les États-Unis étaient pour la construction européenne avec l'objectif d’un grand marché implicite
B

Deux Allemagnes, deux Europe

Il y a la restauration de l’Allemagne seulement sur le territoire des 3 zones occidentales :

  • Blocus de Berlin par les soviétiques en juin 1948, pont aérien mis en place par les États-Unis pour ravitailler les soldats et les habitants (pendant plus d’un an), l’URSS n’ose pas tirer à cause de la menace de l’arme atomique. Levée du blocus en mai 1949.
  • Un tournant dans la construction européenne : modification de la position de l’Allemagne, elle devient alliée et en mai 1949, naissance de la République Fédérale Allemande intégrée dans la coopération européenne.
  • Octobre 1949 : République Démocratique Allemande par l’URSS (vitrine du socialisme). Cela Amplifie la cassure de l’Europe : 1949 l’URSS crée le Conseil d’Assistance Économique Mutuelle (contre OECE).

Une division qui parait irréversible : L'URSS se dote de l'arme atomique en 1949. L’Europe est sous la menace des deux Grands Atomiques. En effet, les deux grands pourraient se servir de l’Europe comme terrain d’affrontement afin de ne pas salir le leur.

La Guerre Froide gèle les relations internationales :

  • Crises en Europe plus rares : équilibre grâce au partage des tracés de Yalta et Potsdam.
  • Mais deuxième crise de Berlin en 1961 : l'URSS veut le départ des occidentaux et fait donc construire un mur pour isoler Berlin Ouest de la RDA pour endiguer les flux des migratoires (2 millions de fuite à l'Ouest depuis 1945).

La crise des Fusées de 1962 les convainc de désamorcer les crises sans les laisser glisser jusqu’au « bord du gouffre » (Foster Dulles). Les crises sont seulement internes au bloc, chacun ses affaires.

La dislocation du bloc soviétique amène le « retour de la guerre » :

  • Résurgence du nationalisme dans toute l'Europe orientale.
  • Éclatement Yougoslavie (débute 1991 et pas achevé).
  • Antagonismes des communautés du Caucase et difficultés de la Russie dans cette région (Tchétchénie) : rappel des années 1914.

Mais l'intervention des États-Unis est à la hauteur de la situation : Accords de Dayton sur la Bosnie-Herzégovine en 1995 et intervention de l’OTAN en Bosnie, en Serbie…

De plus, les européens ne sont pas d’accord sur les stratégies et les objectifs. E, 1991 la France cherche à préserver la fiction de l’unité yougoslave alors que l'Allemagne veut une reconnaissance rapide de l’indépendance de la Slovénie et de la Croatie.

II

Quelle relation avec les États-unis ?

Une Europe puissante sous-entend une affirmation identitaire face à la puissance américaine voire une opposition avec les États-Unis d’Amérique.

En 1948, les fédéralistes, pour justifier la construction européenne renvoient couramment l’Est et l’Ouest accusés de vouloir l’un comme l’autre subjuguer l’Europe.

Les russes menacent d’utiliser l’arme nucléaire pour contraindre Paris et Londres à céder, notamment lors de la crise du Canal de Suez.

De l'autre côté, les initiatives de De Gaulle concernant l’Europe, ses critiques vis-à-vis de l’hégémonie américaine et le retrait des forces françaises au commandement intégré de l’OTAN font suite au refus américain de sa proposition de 1958 d’un directoire de l’Alliance Atlantique associant France, Royaume-Unis et États Unis.

Depuis la chute du mur et le traité de Maastricht, le thème de l’Europe puissance est revenu en force :

  • Justifier la création de l’Euro comme une alternative au dollar.
  • Opposition face à l’unilatéralisme américain (mené par la France notamment en 2003). Mais la majorité des pays européens ont du mail à concevoir une Europe politique distincte de l’Alliance atlantique.
  • La construction européenne écarte l’hypothèse d’un conflit majeur en Europe et conforte l'indépendance du continent. Mais si le cœur de l’Europe est pacifiée, ses marges restent instables (Ukraine, Biélorussie, Kosovo).

Cependant, aucun Etats européen n’est prêt à substituer une protection européenne à la protection américaine. De même, ni un État européen, ni une coalition d’États européen ne peut espérer égaler les capacités des États-Unis d’Amérique.

L’histoire diplomatique montre qu’il vaut mieux, lorsque la menace n’est pas brûlante, un protecteur lointain, puissant et vaguement indifférent, qu’un protecteur trop proche et tatillon sur ses intérêts immédiats.

On voit dans les relations entre Russie et États-Unis que l’Europe apparaît en retrait. Elle ne décide pas des axes de transport pour la livraison d’hydrocarbures.

III

Un messianisme spécifique européen ?

Les premières invitations à unifier l’Europe apparaissent à l’époque des lumières. L’objectif est de pacifier le continent européen et les relations internationales.

Mais la première réalisation concrète de ce mouvement humaniste est la création de la SDN en 1920 à Genève. La distinction entre l’œuvre européenne et la SDN est ténue.

Les préoccupations de la SDN répondent aux mêmes préoccupations que celles qui aboutissent à l’unification des pays européens : pacification des relations entre Etats, sécurité collective, recours systématique à l’arbitrage.
La SDN était dominée et influencée par des pays européens.

En 1929, Aristide Briand, chef du gouvernement français, propose un audacieux projet de communauté politique européenne, établissant un lien fédéral entre les Etats. Mais le projet est enterré car l’Allemagne n’y voit son intérêt et la crise économique a découragé toute de coopération internationale.

Il est très difficile de distinguer, dans les premières formulations précises de l’idée européenne, à savoir, d’un rapprochement à caractère politique entre les peuples européens.

L’idée européenne apparaît dans un contexte où ce sont plutôt les États-nations qui sont en train de se construire. En effet, en dehors du nationalisme « savant », il existe un réel sentiment d’appartenance à une communauté politique, culturelle, affective.

« Amis, la persécution, la douleur, c’est aujourd’hui ; les États-Unis d’Europe, les Peuples frères, c’est demain. » (Victor Hugo 1852).

L’idée européenne se rattache aussi bien au positivisme issu de l’humanisme et des Lumières, dont l’accomplissement est le règne universel de la Raison, qu’à la vision téléologique de tout monothéisme, qui vise au triomphe également universel de la Vérité.

Cette double parenté dans l’ordre des cultures politiques peut expliquer certaines alliances qui, au XXe siècle, ont contribué à faire avancer les projets européens.

« La jeune Allemagne, la jeune Pologne et a jeune Italie, associations républicaines, tendant à une fin identique qui embrase l’Humanité, et sous l’empire d’une même foi de Liberté, d’Egalité et de Progrès, signent un acte de fraternité » (Mazzini, nationaliste italien qui souligne le caractère universel de la pulsion libérale en 1834).

L’idée européenne n’est donc pas contradictoire avec l’idée nationale, elle en paraît même la prolongation. Exemple : l’histoire coloniale entraîne une prise de conscience de l’unité européenne ; et si les marxistes jugeaient que l’impérialisme exacerbait les tensions entre nations européenne, dans les faits, la colonisation encouragea un sentiment de solidarité entre Européens et contribua à l’émergence d’une civilisation européenne.

L’idée européenne reprend les valeurs et les principes de cette « civilisation » : quels peuples ne voudraient pas communier dans l’abondance, la démocratie et la paix ? Quelle différence y a-t-il avec le message et les valeurs dont se réclament les Etats-Unis ?

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