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Chapitre 19 :
La rapidité de l'urbanisation en Afrique

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La rapidité de l'urbanisation en Afrique
Introduction

L’urbanisation bouleverse l’espace et transforme les mentalités. Cependant il faut distinguer l’ancienneté du fait urbain de l’Afrique du Nord, du caractère récent de la ville de l’Afrique subsaharienne.

I

Des villes qui descendent de l’Etat, du rail et de l’eau

A

Peu de villes précoloniales, sauf en Afrique du Nord

En Afrique du Nord, le fait urbain est ancien et issu de l’héritage méditerranéen de l’Antiquité avec les villes de la vallée du Nil, notamment :

  • Alexandrie
  • Memphis
  • Karnak

Et de l’héritage de l’Islam et de la création à partir du VIIème siècle de cités prestigieuse au Maghreb :

  • Marrakech
  • Mekhnès
  • Fès
  • Kairouan

Certaines villes portent les marques de plusieurs systèmes d’appartenance urbains, depuis les comptoirs phéniciens de l’Antiquité jusqu’à la colonisation. C'est le cas du Caire avec, les traits suivants :

  • Pyramides
  • Conquête islamique
  • Empire ottoman
  • Civilisations britannique et française
  • Américanisation dans les années 50
  • Influence de la péninsule arabique…

Il ne faudrait cependant pas réduire l’Afrique subsaharienne à un cheptel de villes récentes. En effet, il existe des cités héritières des anciens royaumes africains :

  • Oyo
  • Ibadan
  • IIfe au Nigéria

Et d’autres villes, dites de contact comme Zanzibar avec ses influences :

  • Arabes
  • Moyen-orientales
  • Indiennes
  • Africaines
  • Européennes
B

Des créations coloniales

La très grande majorité des autres villes sont d’origine coloniale. Elles occupent au départ :

  • Une fonction administrative (incarnation du pouvoir colonial)
  • Une fonction commerciale (drainage des marchandises, donc au carrefour de routes commerciales, entre voies ferrées et océans…)

La plupart de ces villes, issues de comptoirs côtiers, sont donc situées sur le littoral, c'est d'ailleurs ce qui est à l'origine des problèmes de contrôle du territoire.

D’ailleurs, beaucoup d’États enclavés connaissent une urbanisation plus faible que les zones côtières (6% au Rwanda, 8% au Burundi, 13% en Ouganda…), et une macrocéphalie sur la ville-capitale.

C

Peu de villes nées de l’industrie et des mines

L’industrialisation n’explique que très peu la naissance de certaines villes. Seules font exception les villes de l’Afrique centrale et australe. Dans les zones d’exploitation précoce des ressources géologiques du sous-sol naissent des villes centrées sur l’activité d’extraction et de commercialisation du minerai :

  • Nouadhibou en Mauritanie
  • Copper Belt Zambienne

Enfin, l’Afrique du Sud présente un réseau de villes ancien et fondé sur l’exploitation minière.

II

Une urbanisation tardive mais très rapide

A

Une urbanisation récente

C’est au moment de la Seconde Guerre mondiale que débute véritablement l’urbanisation du continent. Les métropoles lancent alors de grands programmes de « mise en valeur » de leur territoire, multipliant les offres d’emploi. Kinshasa, Abidjan et Nouakchott débutent alors une croissance exponentielle de plus de 10% par an.

Le phénomène s’accélère avec la création, à l’indépendance, de nouveaux États qui consacrent une partie de leurs efforts à la création de villes et surtout de leurs capitales. Ils lèvent ainsi les restrictions d’immigration imposées par les métropoles : Alger, Oran, Constantine et Annaba attire 75% des nouveaux citadins entre 1960 et 1966.

B

Le rattrapage urbain

L’urbanisation, certes tardive de l’Afrique, marque par sa rapidité (5% en moyenne par an de 1960 à1990 contre 3,3% en Asie). La population africaine se multiplie par 4, la population urbaine par 11 ! (1950-2000). Abidjan surprend : sa population est multipliée par 60 entre 1950 et 1990.

Il y a donc eu un véritable déplacement des campagnes vers les villes, en une seule génération (40% y vivent désormais, 10% en 1960). On estime d’ailleurs qu’en 2025, un africain sur deux sera urbain, les villes rassembleront alors 600 millions de personnes (contre 209 millions en 2000 et 19 millions en 1950 (Lagos, Caire…)

C

La croissance a pris le pas sur l’exode rural

1

Une croissance alimentée d’abord par l’exode rural

C’est parce qu’elle représente la modernité mais aussi le développement (création d’emplois, notamment à travers une restructuration de la fonction publique) que la ville fascine autant les ruraux. L’urbanisation est aussi favorisée, particulièrement en Afrique centrale, par la déstructuration des communautés rurales au moment de la colonisation (la population avait alors une mobilité accrue).

L’exode rural est donc un facteur principal de la croissance des grandes villes : en 1978, un abidjanais sur 10 était né en ville. Il n’explique aujourd’hui plus qu’un tiers de cette même croissance.

2

Depuis le début des années 1980, la croissance naturelle a pris le relais

Pourquoi ?

  • Amoindrissement du « réservoir rural » : en 1990 les villes était seulement deux fois moins peuplées que les zones rurales, 6 fois moins en 1960. Roland Pourtier qualifie même d’ « hyperurbanisation » la situation de ces pays peu peuplés où la rente pétrolière a concentré dans la ville principale la majeure partie de la population du pays (Libye, Gabon ou ex-Zaïre dépasse les 60% d’urbanisation).
  • Baisse de l’attractivité des villes. La crise de la dette au milieu des années 1980 a bousculé le développement économique et amoindri l’attirance pour la ville.
  • Prépondérance des classes en âge de procréer. Même si la pyramide des âges se rééquilibre depuis quelques années (après une forte prépondérance de la jeunesse masculine), le taux de natalité reste très élevé (malgré un taux de fécondité plus élevée en ville qu’à la campagne).
3

Des villes-Refuges

Certains ruraux se sont refugiés dans des villes pour des raisons politiques :

  • Troubles
  • Insécurité
  • Guerre civile

Ces villes sont de véritables points de fixation pour des populations soumises jusqu’alors aux forces des guérillas et le retour des populations n'est pas systématique après les troubles.

III

Une morphologie urbaine fondée sur la ségrégation

A

La volonté de séparer les communautés

Les villes africaines ont le plus souvent adopté comme plan la structure en damier. En effet dés l’origine, selon les concepteurs urbains, il fallait suivre la séparation raciale. Ainsi, les quartiers européens et quartiers autochtones sont séparés par des zones-tampons.

Après les indépendances, cette organisation des villes se maintient, voire même se renforce, suivant dorénavant le critère de richesse. On parle de « dualisme urbain ».

L’apartheid en Afrique du Sud est un exemple signifiant de la nette séparation entre les « townships » réservés aux indigènes et les beaux quartiers luxueux des blancs. La fin de l’apartheid n’a pourtant pas totalement effacé l’ancienne dichotomie entre ville blanche et ville noire, et rend compte d’une dichotomie entre quartiers aisés et quartiers populaires, voire bidonvilles.

B

Un tissu urbain morcelé et anarchique

Les villes africaines grandissent toujours de trois façons complémentaires :

  • Densification de l’habitat existant dans les quartiers populaires
  • Remplissage progressif des zones-tampons par un habitat spontané
  • Extension aux périphéries

Cela conduit à un fractionnage de la ville en îlots hétérogènes.

Le remplissage des espaces tampons n’a pas gommé la ségrégation spatiale initiale.

Dans les quartiers populaires, on constate un phénomène de densification des logements au fur et à mesure des nouvelles arrivées. Si la situation y est précaire au départ, elle s’améliore au fil du temps permettant un meilleur ancrage de l’espace au sein de la ville.

Enfin, on constate la mise en place de quartiers spontanés, dans les bas-fonds, pentes abruptes, zones industrielles et périphériques, où l’insalubrité règne la plupart du temps. L’ancienneté de l’occupation permet souvent d’acquérir des titres de propriétés légaux, au nom d’une officialisation de fait de l’habitat.

C

Des tentatives peu concluantes de planification publique

Les pouvoirs urbains se lancent dans la construction de nouveaux logements dans un but social ou pour loger leurs fonctionnaires (majoritairement dédiés à la classe moyenne).

Pourtant, une grande partie de ces lotissements est accaparée par des proches du pouvoir politique, le reste est souvent très vite dégradé et laissé aux mains de la corruption et du népotisme.

La croissance des villes provoque en effet une très forte spéculation foncière. Les bourgeoisies urbaines prennent les meilleurs terrains et les ruraux sont dominés par tout pouvoir supérieur. C’est notamment le combat entre :

  • Chefs de terre et municipalités
  • Droits anciens enracinés dans les mœurs africaines et nouvelles souverainetés postcoloniales
IV

Vers un rééquilibrage des réseaux urbains

A

Une macrocéphalie urbaine longtemps marquée

Pendant la colonisation et les indépendances, la croissance urbaine s’est exercée au profit de la ville principale : on parlait de « macrocéphalie » urbaine (Brazzaville au Congo).

La ville capitale a ainsi drainé une part des citadins d’autant plus importante que le réseau urbain était développé. Les pays qui disposaient déjà d’un réseau urbain n’ont pas connu cette prééminence écrasante de la ville capitale (Afrique du Sud et Nigeria). Les dits réseaux urbains ce sont même développés (Sahel, ou la ligne Dakar/N’Djamena sur 4000 Km).

De grandes villes sont donc apparus avec un écart important vis-à-vis des villes secondaires :

  • Addis-Abeba est 15 fois plus peuplée que Dire-Dawa
  • Dakar est 8 fois plus peuplée que Thiès
B

Après le rattrapage, la décélération

Depuis les années 1990, l'importance de la ville principale diminue, notamment par l’image que la crise économique qui sévit sur le continent depuis les années 1980 donne des grandes villes :

  • La vie est plus chère
  • L’entassement urbain difficile à vivre
  • Les emplois plus rares

L’attrait de la ville diminue, par exemple Tunis concentrait la moitié de la population urbaine de la Tunisie en 1960 contre moins du tiers en 1980.

C

Le décrochage entre croissance urbaine et emploi

Confrontés à la crise économique, les États ne parviennent plus à fournir éducation et emploi à la jeunesse : le chômage affecte plus de 30% de la population urbaine, surtout des jeunes.

Le secteur informel monte en puissance (60% des actifs), permettant d’amortir le coût social lié aux exigences internationales, et de procurer de petits salaires aux nombreux individus dans le besoin. Cependant, avec la disparition des entreprises officielles et la baisse du pouvoir d’achat, ce secteur n’apparaît que comme une solution temporaire et non définitive.

Si l’État ne fait qu’augmenter la taxation sur les entreprises privées, la défaillance du système économique n’en est que plus claire et livre les grandes métropoles à un processus de criminalisation des quartiers populaires qui creuse les disparités ethniques, sociales et raciales (guerres civiles à Brazzaville, Mogadiscio, Bujumbura).

D

La revanche des villes petites et moyennes

Suite à cette dégradation des grandes villes, d’autres villes émergent, plus petites mais sans doute mieux structurées. On assiste donc à un rééquilibrage urbain. On observe même des « retro-migrations » vers les villes moyennes, voire des retours de jeunes dans leur campagne natale.

Ce mouvement d’exurbanisation renforcent les liens entre les villes et les campagnes, surtout celles dans lesquelles nombre de citoyens vont s’approvisionner pour éviter les prix élevés de la ville, ce que résume bien Alain Dubresson dans sa formule : les citadins ont toujours « un pied dedans, un pied dehors ».

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