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Chapitre 20 :
La fin de l'exception démographique africaine

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La fin de l'exception démographique africaine
Introduction

Si au lendemain de la seconde guerre mondiale le taux de mortalité commence à diminuer (divisé par deux entre 1950 et 1990), le taux de fécondité stagne (6,6 en 1950 et 6,1 en 1990) voire augmente (au Kenya ou au Rwanda).

Le taux d’accroissement naturel ne cesse d’augmenter : 2,4% par an en 1950, 2,8% en 1970, 3% pour la décennie 1980-1990 et 2,4% aujourd’hui.

Pourtant aujourd’hui, l’Afrique semble connaître un autre mouvement démographique.

I

Une entrée récente dans la seconde phase de transition démographique

A

Le précédent du Maghreb

Dans les années 1960, il n’y a pas de distinction entre différentes régions africaines, partout le taux brut de natalité est élevé (50 pour 1000) et le taux de mortalité infantile aussi (145 pour 1000 en 1965 en Algérie par exemple).

Pourtant la transition démographique va être exceptionnellement rapide au Maghreb, en l’espace d’une génération la fécondité tombe à 2,5 enfants par femme au Maroc et 2,3 en Algérie.

Cette baisse est permise par :

  • Une plus grande utilisation des moyens de contraception (60% des femmes l’utilisent au Maghreb contre 5% dans les années 1960)
  • Un relèvement de l’âge du mariage des femmes (en vingt ans il a reculé de 10 ans).

Le statut de la femme est de toute évidence changé.

Enfin, l’urbanisation augmente le coût de la vie et donc d'un enfant et entraine le développement de l’instruction féminine, facteur clef pour comprendre le recul de l’âge du mariage des femmes.

B

La baisse de la fécondité en Afrique subsaharienne

L’Afrique subsaharienne s’est longtemps caractérisée par une fécondité extrêmement élevée. Ce taux persiste dans les campagnes africaines où le statut de la femme est conditionné par le nombre d’enfants qu’elle a.

Pourtant, l’urbanisation a permis de baisser la fécondité : à la fin des années 1990, la fécondité en milieu urbain est de 3 enfants par femme au Zimbabwe ou 4 au Rwanda.

C

Le rôle essentiel de l’urbanisation et du statut de la femme

L’urbanisation accroît la scolarisation des filles. On observe ainsi une relation de corrélation entre :

  • Le nombre d’années d’études suivies par la mère
  • Son âge moyen au mariage
  • Le nombre d’enfants qu’elle met au monde
  • La survie de ces derniers

L’urbanisation entraîne le développement de l’économie monétaire et du travail des femmes hors du foyer.

L’urbanisation est aussi corrélée à des politiques de santé plus efficaces qui provoquent la baisse de la fécondité :

  • Encadrement médical des grossesses et des accouchements
  • Réduction de la mortalité infantile en ville

La crise économique enfin, incite les familles à limiter leur nombre d'enfants.

II

Le retard des campagnes

A

Des taux de fécondités encore record

En milieu rural, les femmes continuent de vivre comme leur mères, les taux de natalités sont très élevés (de 6 à 8,5 enfants par femme en 1977, plutôt 6 aujourd’hui).

B

Une situation désastreuse pour les femmes

Faible scolarisation des petites filles

Deux tiers des femmes dans les campagnes sont analphabètes. Les mariages se font très précoces et la vie féconde est donc rallongée.

Poids des pratiques traditionnelles et des résistances culturelles

Elles font des femmes à peine mariées des « usines à enfants » et limitent les pratiques contraceptives. La puissance et l’influence d’un homme se mesurent encore au nombre d’épouses et à l’ampleur de sa descendance.

Pauvreté générale

Elle aggrave les mauvaises conditions sanitaires et d’hygiène et rend le recours au médecin exceptionnel.

Il existe aussi une malédiction pesant sur les femmes stériles. La prise en charge collective des enfants dans le cadre de la cellule familiale élargie (polygamie entre autres) est un phénomène important.

Enfin, la crise économique ne permet pas d’accélérer un quelconque processus d’alphabétisation, au contraire.

III

Des taux de natalité qui vont rester élevés

Dans un rapport publié en 1995, les Nations unies montrent que le recul de la fécondité est pour l’instant masqué par l’extrême jeunesse de la population.

Etant donné que chaque classe d’âge de femme étant une fois et demie plus nombreuse que celle qui la précède, le taux de natalité restera élevé pendant longtemps.

IV

Un continent marqué par une forte mortalité

En 1990, l’Afrique enregistre 18% des décès mondiaux, alors qu’elle ne regroupe que 12% de la population mondiale. Le taux de mortalité est énorme !

A

Ampleur de la mortalité infantile et juvénile

Cette mortalité est d’abord celle des jeunes. La mortalité infantile environne les 100 pour 1000 (contre Une moyenne mondiale de 50 pour 1000).

Les raisons de cette surmortalité sont multiples :

  • Faiblesse de l’encadrement sanitaire
  • Jeunesse des mères
  • Pauvreté
  • Malnutrition
  • Mauvais soins des enfants

La baisse de la mortalité a été tardive (elle ne s’enclenche que dans les années 1950) et lente (il faut quarante ans pour que le taux de mortalité diminue de moitié).

B

Une remontée de la mortalité due au sida

Le sida empêche ce taux de mortalité de diminuer et l’espérance de vie « se bloque » ainsi autour de 51 ans voire, selon certains, diminuerait aux alentour de 47 ans.

Le sida touche particulièrement l’Afrique, où 30 des 42 millions de personnes touchées par le VIH vivent en Afrique Subsaharienne où le taux de contamination est l’un des plus élevés au monde. L’Afrique du Sud compte le plus grand nombre de personnes au monde infectées par le VIH (4 ,5 millions en 2001).

Les causes de cette pandémie sont multiples :

  • Conditions de vies
  • Faiblesse des moyens de l’État pour stopper la propagation de l’épidémie...
C

Des conséquences économiques dramatiques

Le sida entraine une surmortalité des jeunes adultes : la population reste donc très jeune (en Ouganda, Niger, Tchad, plus de la moitié de la population a moins de 15 ans.) Il y a 11 millions d’orphelins à cause du sida.

D

Un fléau dont la diffusion peut être enrayé

Pourtant la lutte quand elle a lieu connaît une véritable efficacité. Ainsi, l’Ouganda a inversé le cours de propagation de l’épidémie (le nombre d’adultes infectés passe de 20% en 1992 à 8% en 2000).

L’attitude de certains États permet à la maladie de se répandre. C’est la cas pour le président de l’Afrique du Sud qui, jusqu’en 2003, s’est opposé à ce que les femmes enceintes séropositives reçoivent des médicaments susceptibles de diminuer la transmission de la maladie à l’enfant, niant l’ampleur de l’épidémie, n’y voyant qu’une invention des occidentaux pour discréditer un peu plus une Afrique pauvre et victime des stratégies occidentales.

De plus en plus d’entreprises adoptent au contraire des stratégies offensives contre la diffusion de la maladie trouvant moins couteux l’entretien d’un personnel malade mais qualifiée que celui d’un personnel non malade mais à qui il faut tout réapprendre.

Enfin l’action des ONG pèse de plus en plus. Ainsi la lutte contre le sida devient un élément majeure de la coopération internationale ;

  • Les États-Unis ont affecté en 2003, 15 milliards de dollars sur cinq ans à un plan de lutte contre la maladie.
  • L'OMS a lancé la même année un programme d’accès des malades africains a des traitements financièrement accessibles : moins de 1% des malades pouvaient être traités en 2003.
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