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Chapitre 21 :
L’élaboration des structures politiques de l’espace Proche-Oriental

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L’élaboration des structures politiques de l’espace Proche-Oriental
I

Un espace de contact

Le Proche-Orient n’a pas d’unité physique, ce qui fait sa cohérence, son malheur ou sa prospérité selon l’Histoire.

On y trouve des voies naturelles nord-sud par les plaines littorales et les fossés d’effondrement, et est-ouest mettant les abris côtiers méditerranéens en communication.

Il s'agit d'une région semi-aride avec de forts contrastes de température et de pluviométrie :

  • Mont Liban 1300mm par an
  • Beyrouth 900mm par an
  • Damas 266mm par an
  • Bagdad 225mm par an
  • Pétra 150mm par an

Cette contrainte est annulée par la présence de rivières et fleuves, pérennes (Jourdain) ou exogènes comme le Tigre, l’Euphrate et le Nil.

II

Un espace disputé

Le Proche-Orient est le foyer de la révolution néolithique entre 10 000 et 6000 av JC. Apparition des premiers « Etats » de l’Histoire :

  • Empire égyptien
  • Assyrien
  • Royaume de Babylone
  • Empire Hittite

Foyer précoce d’invention et de réflexion :

  • Roue en 3500 av JC
  • Ecriture vers 3400 av JC
  • Alphabet phénicien en 1100 av JC
  • Début du droit avec le code d’Hammourabi en 1760 av JC

Les Hébreux :

Conquête de la Terre Promise vers 1300 av JC avec les rois David (1000-970) et Salomon (970-928). Établissement Jérusalem comme capitale et construction du Temple de Salomon (fonde l’identité juive).

L’âge des Empires :

Prise de Jérusalem par Nabuchodonosor qui entraîne la déportation des Juifs à Babylone. Puis prise de Babylone par Cyrus le Grand en 539, et conquêtes d’Alexandre, des Grecs, des Lagides … Révolte juive en 168 av JC par Judas Macchabée et création d’un royaume juif. Conquête du Proche Orient par les Romains en 64-63 av JC en leur apportant protection, augmentant leur production et développant le commerce et leurs réseaux.

Les révoltes juives :

Révolte en 67 réprimée par Titus en 70 avec la création du Complexe de Massada. Puis seconde répression en 132-135 suivie de persécutions religieuses.

Le Christianisme :

Il se propage vite après l’Édit de Milan en 313, autorisant les chrétiens à exercer leur culte, et la décision de Théodose 1er d’instituer le christianisme religion d’État en 380. Avec la présence de Jésus, le Proche Orient devient la Terre Sainte pour les chrétiens d’Occident.

La Conquête arabe et l’Islam :

Grâce à la victoire militaire de Yarmout (636), les Arabes conquièrent le Proche-Orient jusqu’en 646. Assassinat d’Ali en 661 et sa succession est la base de la discorde entre chiites et sunnites.

La dynastie des Omeyyades avec pour capitale Damas, place le Proche-Orient au centre du Califat. Il devient donc arabe. Puis en 750 renversement des Omeyyades par Abbas qui déplace la capitale à Bagdad en 765 et islamise les populations, le Proche-Orient devient musulman. Les chrétiens et les juifs sont protégés par les Arabes mais contraints à des contreparties qui révèlent leur infériorité.

Les Croisades :

Un choc qui met en présence deux civilisations différentes. Les occidentaux sont fascinés par le raffinement oriental ainsi que leurs avancées culturelles et scientifiques tandis que les orientaux sont impressionnés de la puissance des occidentaux.

Les Ottomans :

Dès 1516 le Proche-Orient est conquis par l’empire Ottoman qui y règnera 4 siècles. Le Sultan Soliman le Magnifique (1526-66) augmente les privilèges des négociants européens installés au Proche-Orient en leur accordant un statut privilégié.

III

Un espace convoité : de la Campagne d’Egypte à 1914

La révolution industrielle enclenche la course aux marchés et l’État Nation fournit l’alibi idéologique aux appétits de conquête que la nouvelle donne économique suscite. Le rôle « civilisateur » de l’Europe occidentale développée va également dans ce sens. Le Moyen-Orient est un lieu où les européens bénéficient d’un accès privilégié aux marchés du Proche-Orient et aussi aux matières premières dont le besoin est croissant :

  • Coton
  • Tabac
  • Agrumes
  • Pétrole

C’est aussi une position géographique très convoitée sur la route des Indes et surtout depuis l’ouverture du Canal de Suez en 1869.

La Grande-Bretagne :

C’est la maîtresse des mers dont elle a acquis les passages stratégiques (Gibraltar en 1704, Malte depuis 1814, Chypre depuis 1878, Aden 1839, Somalie 1887, Koweït 1899). Elle prend aussi la moitié des parts de la Compagnie du Canal de Suez (1975). Elle occupe également l’Egypte (1882).

La France :

L’abondance de l’ épargne en France fait de ses banques des partenaires obligés de beaucoup d’États comme l’Empire Ottoman. Deuxième puissance coloniale implantée en Afrique du Nord et subsaharienne, elle est un observateur attentif et un acteur influent de la scène proche-orientale dès qu’elle le peut.

De plus elle se veut la protectrice des chrétiens (non maronites). Son statut culturel élevé au Proche-Orient (Alliance israélite universelle créée à Paris en 1860) fait de la langue française la langue de référence des élites politiques économiques et intellectuelles.

Les autres États européens :

La Russie souhaite accéder aux mers chaudes en prenant le contrôle des détroits de Dardanelles et du Bosfort. Elle apparaît donc comme la puissance protectrice des orthodoxes et s’engage dans la guerre de Crimée (1853), mais sa défaite et le traité de Paris de 1856 la reporte vers l’Asie centrale.

L’Allemagne veut après 1870 une place au Soleil et elle voit dans l’Empire Ottoman une opportunité pour rivaliser avec les pays européens. Ainsi elle entreprend la création de lignes de chemins de fer (Berlin-Bagdad-Bahn) en 1903 et participe à celle de la Turkish Petroleum Company qui entame le monopole britannique.

« L’Homme malade de l’Europe » :

L’empire Ottoman semble en plein déclin tout au long du XIXème siècle. Elle trouve dans l’Allemagne un soutien extérieur aux côtés de laquelle elle entre en guerre en octobre 1914. La révolution Jeunes Turcs de 1908 déçoit énormément les populations.

Le sionisme :

Le sionisme naît vraiment dès la publication de l’État des juifs de Herzl (1896) puis au congrès de Bâle (août 1897). Ce dernier crée une structure politique permanente « l’Organisation Sioniste » mais envisage la création d’organes pour encourager l’installation en Palestine :

  • La banque coloniale juive (1899)
  • Le fonds national juif, ou KKL (1901)

Negib Azoury dans le Réveil de la nation arabe dans l’Asie turque écrit que le sionisme et l’arabisme sont condamnés à se combattre continuellement jusqu’à ce que l’un deux l’emporte sur l’autre.

Islamisme :

Est créé par Afghani (1884) et son disciple Muhammad Abduh avec le vœu de résister aux empiètements permanents des étrangers en pays d’Islam.

IV

Un espace morcelé : 1914-1948

Les accords Sykes-Picot (1916) partage le Proche-Orient entre la France (Liban et Syrie) et la Grande-Bretagne (Transjordanie et Mésopotamie). La Palestine passe sous contrôle international.

En Novembre 1917, la déclaration Balfour favorise la création d’un « foyer national juif en Palestine ». Les arrières pensées britanniques sont de se poser en protecteur de ce foyer et donc de la Palestine et ainsi d'éloigner les Français du canal de Suez.

L'instauration du régime des mandats date de la conférence de la Paix (Versailles, 1919, sans les États-Unis), par la France et la Grande Bretagne.

En avril 1920, à la conférence de San Remo, la répartition des mandats se fait en fonction de deux critères : le pétrole et la question palestinienne comme la pose Balfour. La France obtient la Syrie et le Liban et la Grande Bretagne le reste. Cette dernière contrôle donc les routes vers l’inde.

La France lâche Mossoul en échange d’un accès au pétrole irakien (23.75% de la Turkish Petroleum Company et création en 1924 de la compagnie française du pétrole). À cause des arabes chrétiens, la France cède la Palestine aux anglais.

Contre les minorités réparties dans plusieurs endroits, diplomatie et manière forte sont de rigueur :

  • Répression par les britanniques en Egypte (1919) et en Irak (mai 1920, 10 000 morts). Les français chassent Faysal du pouvoir en Syrie après le siège de Damas (juillet 1920).
  • Les Britanniques mettent au pouvoir Faysal en Irak et son frère Abdullah en Transjordanie avec la conférence du Caire (1921). Soutien des arabes chrétiens par les Français et des minorités religieuses.

D'autres éléments historiques expliquent le morcèlement du Proche Orient.

Le Grand Liban :

Création par la France avec une forte minorité musulmane (45% de la population en 1921). Ceci est à l’origine des conflits à venir dans la région. Contesté dans la Grande Syrie, cela débouche sur la Grande Révolution de 1925-1926 qui entraine un grand retentissement dans le monde Arabe et renforce le panarabisme.

La crise en Palestine :

Une nouvelle aliya ajoutée à la déclaration Balfour crée des protestations chez les arabes qui dégénèrent en heurts violents :

  • Jérusalem, 1920, 1929
  • Jaffa, 1921

La Grande Bretagne préconise après de nombreuses hésitations (arrêt de l'immigration juive en 1921 puis quatrième aliya en 1924) un partage de la Palestine en deux États indépendants (Plan Peel,1937) acceptés par les sionistes mais refusés par les palestiniens. Le Proche-Orient est secoué par les soulèvements armés des arabes et les représailles sionistes :

  • Stern
  • Hagannah
  • Irgoun

Ceci entraine la création du Livre Blanc (1939) qui gèle les achats de terres sionistes et limite leur immigration.

L’échec des puissances :

La découverte par les populations locales des seuls intérêts économiques et stratégiques les frustrent, d’autant que cette frustration s’ajoute à la mise aux contacts traumatisants avec les sociétés pré industrielles modernes.

Ceci contribue à l’instabilité politique et aboutit à un coup d’état militaire en 1936 en Irak. De plus, l’islamisme grandissant dans la région (frères Musulmans en Egypte dès 1928) est anti sioniste avec le Mufti de Jérusalem Al-Husseini à leur tête.

La perte de crédit des grandes puissances après 1945 laisse plus de place aux États-Unis. Ils créent avec Ibn Saoud des liens étroits, chef wahhabite du Hedjaz (1925) et mettent en place l’Arabie Saoudite dès 1932. Dès 1941, les USA se rendent compte de l’importance vitale de cette partie du monde et ne vont plus la lâcher.

La Shoah :

Elle légitime les dires des sionistes qui ne peuvent être en sécurité sans un État à eux et hors Europe. La situation en Palestine échappe totalement aux britanniques, qui subissent eux aussi des attaques terroristes. Dépassés par la situation ils remettent aux Nations Unies la question de la Palestine dès 1947 qui possède 1 800 000 habitants dont 530 000 juifs en 1944.

Israël :

Les britanniques posent un ultimatum et lancent qu’au 15 mai 1948, ils seront partis de Palestine. Le partage proposé par l’ONU en 1947 est accepté par l’Agence Juive (dirigée par Ben Gourion) et refusé par les palestiniens.
Mais le camp arabe est affaibli entre la rivalité entre Abdallah qui veut étendre son royaume sur une partie de la Palestine et le Mufti de Jérusalem qui souhaite un État Arabe unitaire pour couper les vivres aux juifs.

Cependant la Haganah (branche militaire officieuse du sionisme) est organisée et puissante et reprend l’avantage dès février 1948 ce qui accélère et généralise l’émigration arabe de Palestine. Et la perte militaire contre Tsahal après la proclamation de l’état d’Israël en 1948 amplifie d’autant plus le phénomène.

La Nakba :

600 à 760 000 personnes sont réfugiées à la périphérie des zones conquises par Israël, qui interdit leur retour (16 juin 1948). L’armistice est négocié à Rhodes. Et Ralph Bunch, médiateur pour l’ONU, engage des négociations entre Israël et l'Egypte (janvier 1949), puis jusqu’en juillet pour les autres pays. L’ONU souhaite également rapprocher les deux peuples mais la conférence de Lausanne (1949) se clôt sur un échec.

Le Proche-Orient apparait comme une des zones les plus sensibles par sa position géographique et ses ressources énergétiques mais aussi très fragiles, du fait :

  • de l’instabilité des régimes
  • des rivalités régionales
  • du conflit israélo-arabe

Mais après la Shoah, l’Occident se sent obligé de faire apparaitre l’état juif toujours menacé de destruction alors qu’il est démocratique et dynamique.

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