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Chapitre 11 :
La balance des paiements, taux de change et système de change

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La balance des paiements, taux de change et système de change
Définition : Balance des paiements

La balance des paiements est un document comptable qui retrace les flux économiques s’établissant entre un pays et le reste du monde, impliquant des règlements internationaux. Il permet de savoir si le pays a vocation à être créancier ou débiteur à l’échelle internationale. Si les paiements effectués vers l’extérieur excèdent les paiements reçus, la balance est déficitaire. Les opérations effectuées, en termes nets, contribuent à une réduction des réserves de change, à un accroissement des engagements (dettes) et à une réduction des avoirs (créances).

I

La nature, le contenu et la signification de la balance des paiements

A

La présentation comptable de la balance des paiements

Balance des paiements de la Chine et des Etats-Unis en 2010 en milliards d'euros

  Chine États-Unis
Solde du compte des transactions courantes (bien et services, revenus, transferts courants) `210` `-325`
Solde du compte de capital `3` `0`
Solde du compte financier (investissements directs, investissements de portefeuille, produits financiers) `-170` `177`
Solde erreurs et omissions `-43` `148`

La balance des paiements est toujours présentée en équilibre. Pour la France, les DOM sont assimilés aux agents résidents mais pas les TOM.
L’addition du solde du «compte des transactions courantes» et de celui du «compte de capital» permet de retrouver la «capacité» ou le «besoin de financement» de la Nation vis-à-vis du reste du monde.

Depuis 2010, le déficit commercial est au dessus de la barre des 50 milliards d’euros. Depuis 2004, la balance commerciale française est redevenue déficitaire, après une longue période d’excédent remontant au début des années 1990. Sur l’ensemble des invisibles, la France parvient toujours à dégager un excédent, mais celui-ci ne suffit pas à compenser le déficit commercial.

1

Le compte des transactions courantes

Les transferts courants désignent des opérations sans contrepartie directe, dont les plus importantes sont les envois nets de fonds à l’étranger de la part des travailleurs immigrés, les dons liés à l’aide publique au développement et, pour les pays qui en font partie, les transfert financiers entrant dans le fonctionnement courant de l’Union européenne. Pour les marchandises, la valeur des échanges est comptabilisée, soit en ajoutant au prix départ usine le coût du fret et des assurances relatives au transport international, ce qui donne une évaluation dite CAF (coût assurance et fret), soit en s’en tenant au prix départ usine augmenté des frais d’acheminement jusqu’à la frontière nationale, évaluation dite FAB (franco à bord). Les exportations sont généralement exprimées FAB, alors que les importations sont évaluées CAF.

Définition : Taux d'ouverture

Le taux d’ouverture se calcule de cette manière :

`("Exportations" / "Importations") xx 100`

Un taux supérieur à 100% équivaut à un excédent, un taux inférieur à 100% à un déficit.

2

Le compte de capital

Il retrace les autres transferts internationaux. Il comprend les transferts en capital, les transferts effectués au titre des fonds structurels européens et les autres opérations

3

Le compte financier

Il ventile tous les autres mouvements internationaux de capitaux : les IDE, les investissements de portefeuille, les créances détenus sur l’extérieur et les avoirs de réserve.
C’est un document qui fait apparaître des soldes très largement négatifs en ce qui concerne les investissements directs et les investissements de portefeuille, ce qui vient confirmer que la France demeure un pays investisseur net à l’étranger. C’est une caractéristique constante depuis de nombreuses années.

B

Balance des paiements et équilibre macro-économique

Soit `Y` le PIB, `M` les importations, `C` la consummation, `X` les exportations, `I` l’investissement, on obtient cette égalité:

`Y+M = C+I+X`
` ⇔ Y = C+I+(X-M)`
`⇔ C+S=C+I+(X-M) `
`⇔ S-I = X-M `
`X-M` est égal au solde du compte des transactions courantes.
S’il y a excédent courant, on a un excédent de l’épargne intérieur par rapport à l’investissement intérieur. La réalisation d’un excédent courant équivaut donc à l’existence d’une capacité de financement du pays concerné vis-à-vis de l’extérieur. Inversement, s’il y a un déficit courant, il y a un besoin de financement.
Selon une étude menée par l’OCDE en 2005, «le déficit courant américain est dû, en réalité, à l’insuffisance de l’épargne intérieure, notamment des ménages», «il traduit ainsi la nécessité d’emprunter à l’extérieur pour financer les investissements productifs américains».

C

L’analyse historique de la balance des paiements

1

Exemple du Royaume-Uni

Entre 1830 et 1870, le Royaume-Uni était l’atelier du monde. Pourtant, compte tenu de ses ressources naturelles intérieures et de ses spécialisations agricoles et industrielles, sa balance commerciale (uniquement pour les biens) fut en permanence déficitaire.
Le Déficit commercial annuel était compris entre 10 et 30millions de livres sterling. Fortement impliqué dans la division internationale du travail, le pays devait importer massivement des produits primaires. A partir des années 1880, à un moment où son déclin industriel devint patent face à la montée de nouvelles puissances comme les Etats-Unis et l’Allemagne, le déficit commercial annuel dépassa les 150 millions de livres.

2

Les approches théoriques

Kindelberger et Cairncross ont établi des typologies reliant le niveau de développement économique d’un pays et l’état de ses comptes extérieurs. Un pays passerait en fonction des soldes excédentaires ou déficitaires de ses sous-balances des paiements, du stade de « nouvel emprunteur » à celui de « prêteur évolué » en passant par deux états intermédiaires, «d’emprunteur évolué» et de «nouveau prêteur»

Limites

Cette vision a été largement démentie par l’histoire économique. Cependant, ces typologies caractérisent bien certaines situations historiques. La situation de « prêteur évolué » coïncide avec la situation du Royaume-Uni au XIX ème siècle. Celle de « nouveau prêteur » coïncide avec la situation qu’a connu les Etats-Unis après la Seconde Guerre mondiale, quand ils dégageaient des excédents commerciaux et d’invisibles tout en exportant des capitaux. De même, l’état « d’emprunteur évolué » fait aujourd’hui penser à des pays comme l’Argentine ou le Brésil, alors que la Pologne et d’autres pays d’Europe de l’Est sont devenus, depuis le début des années 1990 à la situation de « nouveaux emprunteurs ». Mais au milieu des années 1990, au vu des soldes de sa balance des, la France pouvait faire figure de «nouveau prêteur», alors que l’histoire des investissements internationaux depuis le XIXème siècle prouve le contraire.

II

Le fonctionnement des marchés des changes

Les transactions directement liées à des échanges de biens et de services ne représentent plus aujourd’hui que 2 à 3% des transactions effectuées sur les marchés des changes. Il s’y échange quotidiennement des sommes colossales. En 2010, le volume d’affaires quotidien moyen a été de 3980 milliards de dollars, soit l’équivalent du PIB annuel de l’Allemagne. En importance, les cinq principales places mondiales sont Londres, New York, Tokyo, Singapour et Zurich.

A

Les taux de change

1

La détermination du taux de change

Le marché des changes permet la confrontation entre les offres et les demandes de devises. Ce marché est différent du marché monétaire sur lequel les banques secondaires et la banque centrale cherchent à vendre ou à se procurer de la liquidité en monnaie nationale.

Définition : Taux de change

Le taux de change est le prix d’équilibre entre une monnaie nationale et une devise sur ce marché.

Le taux de change est différent de la parité.

Définition : Parité

La parité est le taux officiel de référence entre deux monnaies.

Si, sur une place de la zone, euro, l’offre de dollars tend à augmenter alors que la demande de dollars est stable, le cours de la devise américaine aura tendance à baisser par rapport à la monnaie unique européenne.

Les taux de change exprimés « au certain » indiquent quelle est la quantité de monnaie étrangère qu’il faut céder pour se procurer une unité de monnaie nationale.
La cotation « à l’incertain » consiste à indiquer quelle quantité de monnaie nationale il faut céder pour acquérir une unité de telle ou telle devise.

  • L’arbitrage international
    Du fait de la multiplicité des places financières à travers le monde, il en résulterait normalement des taux de change différents les uns des autres. A travers les opérations dites « d’arbitrage international » sur les monnaies, la spéculation a pour conséquence de provoquer leur quasi égalisation d’une place à l’autre. La spéculation est fondamentale dans le fonctionnement des marchés, elle participe à la liquidité des marchés en présentant toujours et pour chaque bien des offreurs mais surtout des acheteurs.
2

Les différentes expressions du taux de change

Le taux de change qui se fixe sur le marché est le taux de change nominal. Pour les besoins de leurs analyses, les économistes utilisent d’autres expressions des taux de change.

  • Le taux de change réel

Si `p^(1)` représente le prix d’une exportation étrangère exprimé dans une devise, si `e` représente le taux de change nominal « à l’incertain », le prix de ce produit exprimé en monnaie nationale est égal à `e xx p^(1) xx p`
C’est par le calcul du taux de change réel que l’on mesure la compétitivité prix.

  • Le taux de change en PPA (parité de pouvoir d’achat)

Il s’agit de déterminer, en considérant le coût d’un panier de biens identiques achetés dans deux pays, quel serait le taux de change qui égaliserait les pouvoirs d’achat.

  • Le taux de change effectif

Ce taux permet d’exprimer la valeur d’une monnaie par rapport à un ensemble de devises. Il s’obtient en effectuant la moyenne pondérée des taux de change bilatéraux de cette monnaie contre ces devises, les pondérations étant choisies en fonction de l’importance relative des échanges extérieurs bilatéraux.

B

Les interventions publiques sur les marchés des changes

1

Le rôle des banques centrales

  • Au niveau théorique
    Les banques centrales agissent sur ces marchés dans le cadre de leur politique des changes. Si une banque centrale souhaite soutenir la monnaie nationale ou freiner son appréciation, elle procède à des ventes ou a des achats de devises contre la monnaie nationale. La défense de la valeur extérieure de la monnaie nationale, quand celle-ci est attaquée, est une intervention coûteuse en devises car la banque centrale doit mobiliser ses réserves officielles de change. La situation inverse, quand la monnaie nationale est recherchée, n’est pas non plus sans présenter des inconvénients. La banque centrale vend de la monnaie nationale pour stopper ou limiter son appréciation, ce qui débouche sur une émission monétaire nationale accrue. C’est la raison pour laquelle, à l’époque du SME, les autorités monétaires allemandes ont fortement insisté pour que les autres pays se plient à une plus grande discipline monétaire et collaborent à la stabilisation des taux de change.
    Pour effectuer ces interventions, une banque centrale nationale peut obtenir le soutien financier de ses consœurs étrangères. Ces actions conjointes, rendues obligatoires entre banques centrales du SME par l’accord de Nyborg en 1987, permettaient de soulager l’effort consenti par une banque centrale pour défendre sa propre monnaie puisque ce genre d’intervention suppose une mobilisation des réserves de change.

  • Dans la pratique
    Les premières formes d’interventions systématiques des banques centrales sur les marchés des changes apparaissent dans l’entre deux guerres, dans un contexte de forte instabilité monétaire internationale. Au XIX ème siècle, certains mécanismes comme celui des points d’or contribuaient à une stabilité spontanée des taux de change. En France, la première stabilisation de ce type remonte à la stabilisation Poincaré de décembre 1926 à juin 1928. Le Fonds de stabilisation des changes de la Banque de France fut officiellement crée le 1er octobre 1936 pour maintenir le franc à sa nouvelle parité suite à sa dévaluation. Mais le Franc fut à nouveau dévalué en 1937 et en 1940. En 1932, la Grande-Bretagne mit en place l’Exchange Equalization Account contrôlé par la Banque d’Angleterre et destiné à stabiliser la valeur extérieure de la livre.

2

Contrôle des changes

Le contrôle des changes recouvre l’ensemble des mesures visant à ralentir les sorties de devises et à accélérer les entrées de devises, en s’assurant qu’elles parviennent à la banque centrale pour reconstituer ses réserves. Au cours du XXème siècle, la France a longtemps eu recours à un contrôle des changes plus ou moins drastique. Instauré pendant la Première Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale, il a été maintenu de la Libération à décembre 1958, date de retour à une convertibilité externe étendue du Franc. Renforcé en 1968, et de 1981 à 1982, il n’a été abandonné qu’en 1990 dans le cadre de la libéralisation financière européenne.

Limites

Si les avantages à court terme du contrôle des changes sont évidents en cas de crise monétaire et de fuite accélérée des capitaux, ses inconvénients sont nombreux :

  • Face à une monnaie structurellement affaiblie, il n’apporte qu’un répit momentané.
  • Il constitue une entrave au développement des relations commerciales et financière internationales en contribuant à maintenir artificiellement une monnaie surévaluée.
  • Il nuit à la compétitivité extérieure des entreprises du pays.
  • Face à une mobilité internationale croissante des capitaux, les possibilités de contournement du contrôle des changes sont de plus en plus nombreuses, ce qui explique son abandon par les grands pays développés.
C

Des marchés compartimentés

1

Typologie

Les marchés des changes comportaient traditionnellement deux compartiments : celui des opérations au comptant (spot market) et celui des opérations à terme (forward market). Les innovations apparues sur les marchés financiers depuis les années 1980, avec l’apparition des marchés dérivés et de nouveaux instruments financiers a changé la donne. L’opportunité des opérations de change s’apprécie par référence à la position de change d’un agent économique sur une devise. Celle-ci se définit comme la somme de ses avoirs et de ses engagements,

soit : `"Devises possédées " + " devises à recevoir " – " devises à livrer"`

Si le solde est nul, la position de l’agent est dite fermée. Cela signifie qu’une variation du cours de la devise n’aura aucune incidence sur le montant de ses avoirs. Dans le cas contraire, sa position est dite ouverte. Elle traduit une attitude spéculative : si le solde est positif, l’agent est gagnant en cas d’appréciation de la devise); s’il est négatif alors l’agent est bénéficiaire en cas de dépréciation de la devise. Les opérations au comptant doivent être réglées sous 48H après leur conclusion.

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Les opérations à termes

Les opérations à terme ont deux fonctions principales :

  • Se prémunir d’évolutions défavorables des taux de change, on parle alors d’opérations de couverture.
  • Prendre des positions spéculatives sur les cours des monnaies.

Le principe de la spéculation à la hausse sur les marchés des changes consiste à acheter à terme une devise selon un cours convenu, dans l’espoir, le moment venu, de pouvoir la revendre au comptant à un cours plus élevé.

3

Les marchés dérivés

Le marché des futures sur devises fonctionne selon les mêmes principes que les marchés d’opérations à terme mais sur la base de contrats standardisés en montants et en échéances. C’est un marché hautement spéculatif. Le marché des options sur devises consiste à acheter ou à vendre la possibilité d’acquérir une certaine quantité de devises à un cours donné moyennant le versement d’une prime qui joue le rôle d’assurance. A l’échéance, l’acheteur a le choix entre l’acquisition effective des devises aux conditions fixées ou s’il n’est plus intéressé par l’option, l’abandon de la prime au vendeur.

C’est par ce besoin de limiter les risques de change, au moment où les fluctuations entre les monnaies devenaient très importantes, à la suite de l’éclatement du système de Bretton Woods, qu’a été justifiée l’apparition des marchés dérivés. En fait, ils contribuent essentiellement à multiplier les opérations spéculatives sur les monnaies et entretiennent la forte volatilité des taux de change. Au fil des années, les opérations sur produits dérivés, sur devises et autres actifs, sont devenues une activité à part entière des établissements financiers à la recherche de gains spéculatifs rémunérateurs. Les produits dérivés ont fait figure d’accusés dans le déclenchement de la crise financière de 2007-2008.

III

Les causes et les conséquences des variations de taux de change

A

Les théories de la détermination des taux de change

1

La théorie de parité des pouvoirs d’achat

Cassel, d’après la théorie de la parité absolue des pouvoirs d’achat, affirme que le taux de change qui s’établit entre deux monnaies est censé résulter du rapport des prix des produits que deux pays sont censés échanger.

Limites

Les produits sont rarement parfaitement homogènes d’un pays à l’autre. C’est pourquoi les économies lui préfèrent la théorie de la parité relative des pouvoirs d’achats. D’après celle-ci ce ne sont pas les prix absolus mais les modifications du niveau relatif des prix qui seraient déterminantes. Si, dans un pays A les prix augmentent plus vite que dans un pays B, la monnaie du pays A aura normalement tendance à se déprécier par rapport à celle du pays B. La théorie repose sur l’observation des différentiels d’inflation. Cela se vérifie souvent dans le long terme, plus difficilement à court ou moyen terme.

Dans les années 1990, le différentiel d’inflation s’est inversé en faveur de la France mais sans que la monnaie française ait significativement remonté par rapport au mark. On peut aussi s’interroger sur le sens de la causalité. Si une monnaie se déprécie, il se produit normalement un renchérissement des importations du pays qui l’émet, ce qui peut être à l’origine d’une inflation importée ; de variable expliquée, le taux de change devient alors variable explicative.

2

La théorie de la parité des taux d’intérêt

Keynes réfléchit sur les conséquences négatives des politiques de déflation. C’est une théorie qui repose sur le différentiel de taux d’intérêt. Si, dans un pays A, les taux d’intérêt sont supérieurs aux taux pratiqués dans le pays B, les investisseurs dans celui-ci auront tendance à placer leurs capitaux dans le pays A. De ce fait, la demande de monnaie du pays A augmente, ce qui entraîne une appréciation de la monnaie A face à la monnaie B.

Par exemple : l’importante appréciation du dollar entre 1979 et 1985, consécutive à la nouvelle politique monétaire mise en oeuvre par la Fed à partir de 1978. En 1999, le dollar s’est fortement apprécié par rapport à l’euro et cela, en raison des taux d’intérêts américains supérieurs aux taux européens. L’inversion du différentiel de taux d’intérêt de 2001 à 2004 s’est accompagné d’une forte appréciation de la devise européenne par rapport au dollar.

Limites

La Banque du Japon a commencé à relever son taux d’intérêt directeur de 0% à 0,25%, mais il s’est cependant produit une dépréciation de cette monnaie. Certains pays du tiers monde lourdement endettés devraient avoir des monnaies beaucoup plus appréciées sur les marchés des changes qu’elles ne le sont en réalité. En fait, des taux d’intérêt très élevés dans un pays sont souvent l’indice d’une défiance à l’égard de son économie.

Les créanciers, nationaux ou étrangers, n’acceptent de prêter que moyennant une rémunération élevée correspondant à une prime de risque. De 2005 à 2007, les taux d’intérêt américains étaient redevenus largement supérieurs à ceux de la zone euro, ce qui n’empêcha pas la monnaie unique d’atteindre des sommets par rapport au dollar.

3

La «théorie psychologique du change»

Elle a été développée par l’économiste français. Chaque intervenant sur le marché des changes se forme une représentation de l’avenir d’une monnaie, influencée par la perception des résultats de la politique financière et de la politique sociale du pays qu’il émet. Selon que cette perception est positive ou négative, elle entraîne des comportements spéculatifs à la hausse ou à la baisse sur la monnaie considérée. Des courbes individuelles d’offre et de demande de monnaie résulterait une courbe collective aboutissant à la formation du taux de change.

4

La théorie de la balance des paiements

Si la balance des paiements courants est excédentaire, les non-résidents devront acheter cette monnaie pour régler leurs importations, de même pour les invisibles. Le taux de change de la monnaie du pays aura tendance à s’élever; inversement en cas de déficit courant.

L’histoire économique apporte à la fois des confirmations et des démentis à la théorie de la balance des paiements. Dans les années 1965-1980, alors que ses excédents courants s’accumulaient, l’Allemagne fédérale a vu sa monnaie nationale s’apprécier régulièrement. En revanche, de 1982 à 1985, malgré d’importants déficits courants des Etats-Unis, le dollar a poursuivi son envolée sur les marchés des changes du fait du niveau très élevé des taux d’intérêt intérieurs.

La réalisation d’un excédent courant ouvre la possibilité de prêter des capitaux à l’étranger puisqu’elle s’accompagne d’un excédent de l’épargne intérieure sur l’investissement; cela entraîne des sorties de capitaux. La demande de devises augmente, provoquant une contre tendance, à la baisse du taux de change.

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La théorie de la gestion du patrimoine ou théorie des choix de portefeuille

Les agents économiques sont amenés à répartir leurs avoirs entre liquidité, valeurs mobilières, devises et actifs réels. Des arbitrages peuvent les amener à modifier la composition de leur patrimoine, avec des incidences possibles sur les taux de change. Il peut se produire des recompositions directes d’avoirs en devises liées à la spéculation sur les monnaies.

Par exemple, un opérateur peut décider de se désengager d’une monnaie A, sur laquelle il avait pris des positions jugées, à partir d’un moment, trop risquées, en faveur d’une monnaie B. Dans ce cas, l’offre de monnaie A contre la monnaie B augmente, ce qui entraîne une dépréciation de la monnaie A par rapport à la monnaie B. Les choix de portefeuille peuvent aussi s’exercer entre différents types d’actifs : des placements plus attractifs dans un pays contribuent à accroître la D inter de sa monnaie. Ces effets sont inversés dans le cas d’une défiance envers le ou les pays concernés. Par exemple : des désengagements et des retraits de capitaux massifs ont précipité la chute du peso mexicain en 1994 comme celle d’un certain nombre de monnaies asiatiques en 1997.

6

La théorie de la surréaction des taux de change

Exposé par Dornbusch, elle associe les théories de la PPA et de la parité des taux d’intérêt, expliquant que la première jouant plutôt à long terme alors que la seconde s’applique au court terme.

  • Si, dans un pays, une décision des autorités monétaires s’accompagne d’une baisse des taux d’intérêt, par exemple dans un but de relancer l’économie, il y a une sortie de capitaux et des dépréciations brutales de la monnaie.
  • L’accroissement de la masse monétaire, conséquence de l’abaissement des taux d’intérêt, est susceptible d’avoir des conséquences inflationnistes. Mais elles ne se manifestent pas immédiatement. Dans un premier, la dépréciation monétaire issue du différentiel d’intérêt est supérieure à celle provoquée par le différentiel d’inflation.
  • A plus long terme, l’inflation finit par se manifester, mais ses conséquences potentiellement négatives sur le taux de change sont annulées par le fait que la « surréaction » initiale de celui-ci a favorisé les exportations et freiné les importations et provoqué, entre tps, une appréciation momentanée de la monnaie du pays. Le taux de change, ensuite freiné dans sa progression par l’inflation, tend alors vers un niveau d’équilibre.
B

Les effets normaux des modifications de taux de change ou de parités

Quand un pays est confronté à un déficit de sa balance des paiements, ses réserves de change s’épuisent alors que sa monnaie se déprécie sur les marchés des changes. Il vient un moment où la décision de dévaluer la monnaie. Toute modification de la valeur extérieure d’une monnaie est susceptible de produire des effets prix, des effets quantités et des effets revenus.

1

Les effets-prix

  • Au niveau théorique

Une dévaluation monétaire (ou une dépréciation) a pour effet normal, pour le pays concerné, de réduire les prix des biens et services qu’il exporte, exprimés en monnaie étrangère, et d’accroître ceux des biens et services qu’il importe, exprimés en monnaie nationale. Dans le cas d’une réévaluation (ou d’une appréciation), ces effets-prix sont inversés. Les effets-prix sont supposés être intégralement répercutés dans les prix de vente pratiqués à l’étranger. Autrement dit, les vendeurs ne profitent pas de la variation de la valeur extérieure de la monnaie pour accroître ou réduire leurs marges bénéficiaires.

  • Et empirique

Ces mécanismes sont au coeur des phénomènes de compétitivité-prix. L’expérience historique montre que des dépréciations ou des dévaluations monétaires sont effectivement susceptibles d’améliorer la compétitivité extérieure d’une économie. Ce fut le cas lors des dévaluations réussies du Franc, de 1958 et de 1969. En revanche, les trois dévaluations du Franc de 1981, 1982 et 1983 n’ont pas eu les effets bénéfiques escomptés.
Pour qualifier une politique volontariste allant dans ce sens on parle de dévaluation compétitive . L’histoire de l’euro apporte une autre illustration de la portée de ces mécanismes. De 1999 à 2001, sa dépréciation a été favorable aux exportations et à la croissance économique de l’Union Européenne. Depuis que cette tendance s’est inversée et que l’euro est devenue surévalué par rapport au dollar, on peut parler de handicap pour les exportations du vieux continent.

Mais la compétitivité prix n’est pas tout, comme l’ont montré l’Allemagne et le Japon dans les années 1970 et 1980. En dépit d’une importante appréciation de leur monnaie dans les années 1970 et 1980, ces deux pays ont consolidé leur position commerciale notamment en raison d’éléments de compétitivité hors-prix. Cela s’est vérifié une nouvelle fois avec l’euro fort dont les conséquences en termes de balance commerciale n’ont pas été identiques pour les économies allemande et française entre 2002 et 2007.

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Les effets-quantité

Si les produits nationaux bénéficient dans le cas d’une monnaie dévaluée (dépréciée), d’une meilleure compétitivité, il est possible pour les exportateurs nationaux d’en écouler des quantités plus importantes et de conquérir des parts de marché à l’étranger. Les effets précédents ne jouent que lorsque la demande étrangère est sensible aux variations de prix des produits exportés, c’est-à-dire quand l’élasticité-prix de la demande étrangère est élevée.

Pour les importations, dans le cas d’une dépréciation ou d’une dévaluation monétaire, l’effet-quantité joue normalement dans le sens de la réduction des quantités importées ; celle-ci est d’autant plus élevée que l’élasticité-prix de la demande intérieure est forte.

Au moment de la politique de relance effectuée par le gouvernement Mauroy en 1981 – 1982, la France a procédé à une dévaluation du Franc et à une relance de l’activité par la demande intérieure. Du fait de la conjoncture internationale déprimée, les exportations n’ont pas trouvé de débouchés. Renchérissement des produits importés mais, compte tenu d’une faible substitution entre produits importés et produits nationaux et d’une faible élasticité-prix, l’accroissement de la demande intérieure a surtout bénéficié aux biens étrangers. Il en résulte un déficit commercial accru en 1982. A cette occasion, l’élasticité-revenu des importations s’est avérée être plus élevée que prévu. On a alors pris conscience de la forte contrainte commerciale extérieure qui pesait sur l’économie française.

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Théorème des élasticités

L’amélioration du solde de la balance commerciale consécutivement à une dépréciation monétaire sera d’autant plus probable, à travers l’augmentation des quantités exportées et la réduction des quantités importées, que la somme des deux élasticités-prix correspondantes est forte. Le théorème des élasticités critiques, élaborée par Marshall, Lerner et Robinson démontre que le solde d’une balance commerciale s’améliore à partir du moment où : la somme de l’élasticité-prix de la demande étrangère et l’élasticité prix de la demande intérieure est strictement supérieur à 1 en valeur absolue.

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L’effet-revenu

Dans le cas le plus favorable, celui où la dévaluation se traduit par un fort accroissement des quantités vendues à l’étranger, il peut en découler une relance de l’activité économique. L’accroissement de la demande d’origine externe se transmet aux productions puis aux revenus primaires supplémentaires versés à cette occasion. Il s’agit du multiplicateur keynésien étendu au commerce extérieur.

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L’effet de la balance commerciale

Les trois effets précédents, non instantanés, se produisent avec des décalages temporels, qui, normalement, entraînent une dégradation puis une amélioration du solde commercial du pays dont la monnaie est dépréciée ou dévaluée. Si le renchérissement des importations est immédiat, du fait de la dépréciation, l’accroissement des recettes d’exportations, lié à l’effet quantité, exige du temps. Il faut en effet attendre que les entreprises nationales retirent de manière effective les avantages du gain de compétitivité procuré par la dévaluation et gagnent des parts de marché.

C’est donc seulement à l’issue d’un délai d’au moins 6 mois à un an que les effets bénéfiques d’une dévaluation sur le solde de la balance commerciale du pays concerné sont susceptibles de commencer à s’exercer. Si l’effet quantité (positif) l’emporte sur l’effet prix (négatif) le solde commercial s’améliore. Cet enchaînement peut être résumé l’aide de la « courbe en J », imaginée par les économistes britanniques Lerner et Robinson. Sur le long terme, l’effet est empiriquement neutre.

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