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Chapitre 22 :
Le Proche-Orient de 1948 à 2008 : tensions exacerbées

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Le Proche-Orient de 1948 à 2008 : tensions exacerbées
I

Un espace déchiré

A

Les déchirures politiques

1

Possible, impossible démocratie

Israël se dote d’institutions démocratiques basées sur la séparation des pouvoirs et le régime politique est de type parlementaire. Au contraire, les États arabes sont vulnérables : leurs hiérarchies sociales traditionnelles sont contestées et déstabilisées par l’exode rural et la modernisation économique et sociale.

Les aspirations panarabes sont minées par les défaites face à Israël : aspirations incarnées par le parti Baas créé en 1947 par Michel Aflak et avec la devise « unité, socialisme, liberté ». Le parti arrive au pouvoir en 1963 en Syrie, et en Irak (1968) pour ne le perdre qu’en 2003 après la chute de S. Hussein, sans avoir réalisé l’ambition première.

Le Proche-Orient entre 1945 et 1970 est caractérisé par une instabilité constante marquée par des coups d’Etats :

  • Syrie (3 en 1949)
  • Irak (1958 et 1968
  • Syrie en 1961 et 1966
  • des « Officiers Libres » (Nasser, Sadate) en 1952
  • des régimes autoritaires contrôlés par l’armée (Assad en 1970 en Syrie, et S. Hussein dès 1979 en Irak).
2

Impossible, possible paix

La guerre des Six jours modifie profondément la donne géopolitique au Proche-Orient. Le Raïs Nasser se brouille avec d’autres dirigeants arabes tels l’Arabie Saoudite (conflit au Yémen) : c’est la « guerre froide arabe ». Il est aussi confronté à la radicalisation du régime syrien concernant la question palestinienne. Surtout que certains partis tels le Fatah de Y. Arafat créé en 1959 ne veulent plus d’unité arabe après la « libération » de Palestine.

La tension grandit pendant les années 1960 avec les discours enflammés d’Ahmed Al-Shuqayri, premier président de l’OLP créée en 1964 et par les incidents de frontières notamment avec la Syrie.

Nasser cherche à rétablir son leadership arabe en adoptant une stratégie de provocations successives envers Israël dès 1967 :

  • en fermant le détroit de Tiran
  • en franchissant le Rubicon

Ainsi il force la Jordanie à rompre avec Ryad et à se rapprocher de lui et cherche à créer un arbitrage des Deux grands qui lui serait favorable comme en 1956.

Mais Nasser méconnait le gouvernement Israélien, l’opinion publique en faveur de l’État hébreu et la position réelle des États-Unis qui considèrent la fermeture du golfe d’Aqaba comme un casus belli. Ainsi Israël attaque le premier et sa victoire est écrasante, il récupère :

  • le Golan
  • Gaza
  • la Cisjordanie
  • le Sinaï

Les États-Unis livrent alors les armes à Israël et s’impliquent de plus en plus dans la question israélo-arabe tandis que l’URSS renforce ses positions dans les pays arabes progressistes.

En 1968 Arafat devient président de l’OLP et revendique une politique de terrorisme mondial pour faire entendre la cause palestinienne (prise d’otage à Munich en 1972). Il crée ainsi un Etat dans l’État jordanien.

Cela entraîne le Septembre noir de 1970 où l’armée jordanienne attaque les camps de réfugiés palestiniens et les éloignent au Liban.

Le successeur de Nasser, Sadate décide avec la Syrie de mener une guerre « totale » contre Israël. Cela entraine la guerre du Kippour de 1973 dans laquelle Tsahal recule. Mais elle opère à un rétablissement spectaculaire en reconquérant le Golan et en encerclant la 3eme armée égyptienne. Le cessez le feu est signé moins d’un mois après le début du conflit. Le Premier ministre israélien doit démissionner et est remplacé par le général Rabin. Les élections de 1977 amènent au pouvoir Menahem Begin.

Aussi, soutenu par Carter et demandé par Sadate au discours de Knesset à Jérusalem en 1977, un accord de paix est trouvé entre les 2 pays à Camp David en 1978-79. Condamné par les autres pays arabes qui marginalisent l’Egypte et font tuer Sadate le 6 oct 1981.

OLP :

Acteur autonome et incontournable du conflit, est considérée comme l’unique représentante du peuple palestinien au sommet de Lahore en 1974 et de Rabat en 1974. Elle obtient sa place à la tribune de l’ONU à cette date également. Elle est directement impliquée dans la guerre civile au Liban, nouvel élément de déchirure au Proche-Orient.

La guerre civile libanaise :

Derrière sont statut de « Suisse du Moyen-Orient », les contradictions sociales et identitaires se sont aggravées depuis l’indépendance.

À cause de la présence de 300 à 450 000 réfugiés palestiniens sur son sol qui ont fait de Beyrouth leur QG après le Septembre Noir qui déstabilise la balance confessionnelle au détriment des chrétiens qui veulent les chasser.

La Syrie porte secours aux chrétiens et prend le contrôle du pays en 1976, elle veut ensuite se rapprocher de l’OLP. Mi mars 1978, après un raid de feddayin violent en Israël, Tsahal occupe le sud Liban jusqu’au fleuve Litani. Et au printemps 1982, Begin envisage une intervention au Liban pour briser l’OLP qui bombarde massivement la Galilée.

Le 6 juin, elle attaque le Liban et le 12 elle est aux portes de Beyrouth. Mais après des évènements qui mettent en émoi l’opinion publique (massacre de palestiniens) et à cause de la montée d’une guérilla de plus en plus meurtrière le Hezbollah entraine le retrait des troupes israéliennes en 1985. Cela semble servir les desseins syriens et malgré les accords de Taef à propos d’une réforme constitutionnelle en 1989 la guerre civile continue.

La tutelle syrienne est mise en place en 1990 et est confirmée en 1991 par un traité de fraternité, de coopération et de coordination.

La colonisation des Territoires occupés :

Elle commence après 1967, engagée pour des motifs stratégiques et idéologiques :

  • Etablir une ligne de défense sur le Jourdain.
  • Implanter des populations juives dans Jérusalem Est pour rendre irréversible sa réunification décidée le 28 juin 1967.

Après 1978, Begin intensifie la colonisation en encouragement financièrement les migrants, en construisant des infrastructures et aménagements routiers.
1983, 20 000 juifs en Judée et en Samarie.

Aussi en 1980, quand des extrémistes s’installent à Hébron, Begin préfère envoyer Tsahal plutôt que déloger les juifs présents là bas. En 1987, ils sont 400 000 juifs en territoires occupés et les tensions avec les populations palestiniennes entrainent la même année la 1ere Intifada.

Intifada :

Mouvement spontané né de l’accumulation des frustrations de tous ordres dans les Territoires occupés déclenché par un drame de trop (accident à Gaza faisant 4 morts). Cette guerre des pierres est d’autant plus violente que la répression est sanglante.

Fin 1988, elle a fait :

  • 340 morts
  • 7000 blessés
  • 26 000 arrestations
  • 5600 mises en détention

L’OLP devient le partenaire privilégié pour le règlement de la crise après l’abandon d’Hussein de ses prétentions sur la Palestine en juillet 1988, et le 14 décembre, les USA se disent prêts à dialoguer si l’OLP arrête le terrorisme.

Cependant, deux problèmes subsistent :

  • Les mouvements islamistes comme le Hamas, créé en 1987, continuent la lutte contre Israël.
  • Israël ne veut pas lâcher les Territoires.

Les Conflits périphériques :

1981-1984 : guerre civile en Syrie opposant les alaouites (allié de l’Iran islamiste chiite) et les baasistes (alliés des islamistes sunnites).
En Irak : problème des Kurdes qui revendiquent un territoire. En 1974, soulèvement des Kurdes soutenus par l’Iran jusqu’à l’Accord d’Alger de 1975, qui fait du Chatt El Arab un territoire iranien. S. Hussein mate alors la révolte kurde.

Dès 1970, il fait face aussi au chiisme révolutionnaire (encouragé par la réussite en Iran) qui fait l’objet d’une répression sans pitié. Ceci ajouté aux litiges territoriaux, déclenche la guerre entre les 2 pays en 1980 et 1988 (1m de morts).

Par sa non-défaite face à l’Iran (considérée comme ayant la plus grosse armée du Moyen-Orient), S. Hussein revendique le leadership de la Nation Arabe. Faute d’obtenir des facilités financières, l’Irak envahit le Koweït le 2 août 1990 dont il avait réclamé le rattachement en 1963.

B

La déchirure économique

Inégalement disponible au Moyen-Orient, l’eau est un enjeu stratégique (1007m3 par an et par personne seulement). Elle est donc l’objet d’enjeux décisifs dans la région (tentative des États-Unis de réitérer le Tennessee Valley Authority sur le Jourdain pour apaiser les tensions). 15% de l’eau potable d’Israël vient du Golan et presque 1/3 des Territoires occupés.

Aujourd’hui, les progrès technologiques sont tels que la compétition pour la maîtrise en eau devient un enjeu symbolique de puissance qu’un enjeu vital pour la survie économique des États de la région.

II

Un espace vassalisé

C’est aujourd’hui, après différents passages de témoin, l’espace vassalisé des États-Unis.

A

Un jeu à trois (1945-1956)

Les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne veulent garder leur influence, car le Proche-Orient semble vital à leur prospérité :

  • Pétrole en grande quantité et facilement extractible en Irak.
  • Carrefour des routes maritimes et terrestres (Tapline depuis 1950 qui acheminent le pétrole saoudien vers la méditerranée).

Jusqu’en 1950, c’est un jeu à trois : les États-Unis ont la sympathie de la région grâce à leurs positions anticoloniales et leur installation en Arabie Saoudite et en Méditerranée où se trouve leur 6eme flotte depuis 1946.

La Grande-Bretagne y occupe une place centrale avec ses nombreuses bases militaires dont celle de Suez. La France veut y jouer un rôle après sa défaite en 1940, d’où le rapprochement avec Israël dès 1954.

L’URSS a du mal à y jouer un rôle car les partis communistes sont quasi inexistants et les Occidentaux y font un barrage grâce notamment au Northern Tier ou plus encore par le Pacte de Bagdad de 1955 qui réunit :

  • La Grande-Bretagne
  • La Turquie
  • L’Irak
  • L’Iran
  • Le Pakistan
B

Un jeu à deux (1956-1991)

Pour contrer l’Occident qui semble pro-israélien, l’Egypte de Nasser, leader de Bandung, fait entrer l’URSS dans le jeu proche-oriental pour rééquilibrer les forces par des livraisons d’armes soviétiques dès juillet 1955.

Après la crise de Suez et le retrait des deux pays européens, la région devient un lieu d’affrontement entre les deux Grands jusqu’à la provocation d’attaque directe qui mène à l’alerte nucléaire américaine en 1973.

Le discours progressiste de l’URSS au Proche-Orient arabe force les États-Unis à se rapprocher fortement d’Israël après 1967. Ils ruinent ainsi la confiance que leur avaient accordée les pays arabes et ces derniers les rendent responsables de tous les maux de la région. Et l’islamisme aujourd’hui entretient ce ressentiment des populations arabes.

Les États-Unis, trop proche d’Israël, ne peuvent maintenant plus faire machine arrière.

C

L’hégémonie américaine (1991-aujourd'hui)

L’enjeu majeur pour les États-Unis est de conserver la stabilité de leurs protégés, les monarchies du Golfe, du fait de leurs importantes ressources en pétrole.

La guerre du golfe en 1991 permet de restaurer les Al Sabah au Koweït et ainsi répondre à ces exigences. C’est aujourd'hui le lieu le plus médiatisé du monde et les États-Unis doivent montrer qu’il n’est pas de conflit qu’ils ne peuvent résoudre.

Les accords d’Oslo :

Dès 1991, les États-Unis organisent une conférence à Madrid entre Israël et l’OLP qui n’aboutit sur aucun résultat concret. La victoire du leader travailliste, Y. Rabin, en 1992 débloque la situation (moins de budget pour la colonisation), la Knesset le 20 janv 1993 permet le dialogue entre Israël et l’OLP.

Des négociations secrètes sont engagées à Oslo et Israël et l’OLP se reconnaissent mutuellement à Washington le 13 septembre 1993 et veulent aboutir dans les 5 ans à un règlement définitif du conflit.

En septembre 1995 sont signés les accords Oslo II à Washington qui partage la Palestine en 3 zones A, B, C :

  • A pour l’Autorité palestinienne,
  • B pour un partage des compétences,
  • C pour Israël.
III

L’espace des ambiguïtés

A

Ambiguïté des desseins israéliens

Y. Rabin est assassiné le 4 novembre 1995 à Tel Aviv. Profitant du trouble de l’opinion palestinienne, les partis islamistes hostiles à la paix multiplient les attentats contre la population.

Shimon Pérès, successeur de Rabin veut montrer qu’il peut être l’Homme de la paix (prix Nobel de la paix de 1994) et de la fermeté. Il répond aux attaques du Hezbollah par le bombardement du sud Liban qui est un fiasco total et l’affaiblit fortement.

B. Netanyahou remporte les élections de 1996. Il relance la colonisation des Territoires occupés mais il est mis en échec pas des obligations dictées par Clinton. Décevant, il perd sans appel les élections de 1999, au profit du travailliste Ehud Barak, qui déçoit rapidement :

  • Inconstance dans ses priorités stratégiques,
  • Hésitations notamment au sommet de Camp David en 2000 qui déclenche la 2eme intifada la même année.

Ariel Sharon, élu en 2001 et réélu en 2003, soutenu par Bush, pense qu’il faut éradiquer le terrorisme par la force. Construction d’une barrière de séparation entre Israël et la Cisjordanie en 2002 et répression féroce. Il mène cependant une politique modérée en 2003, favorisant la création d’un Etat Palestinien.

Remplacé en 2006, par Ehud Olmert, qui confronté aux provocations du Hezbollah et du Hamas mène une politique ambigüe : vœu de partager Jérusalem en 2008 et quelques semaines après accord d’une implantation juive au nord de la ville.

La lassitude et le découragement des israéliens sont aussi dues aux ambiguïtés du processus d’Oslo et de l’OLP mais également à la menace nucléaire de l’Iran.

B

Ambiguïté de la position de l’Autorité Palestinienne

Beaucoup d’interrogations ont été soulevées à cause de ses positions à Camp David et Taba et son attitude par rapport à la seconde intifada en 2000 quant à sa volonté réelle d’aboutir à un compromis territorial avec Israël.

Camp David et Taba ont divisé l’Autorité palestinienne entre ceux qui veulent régler ce problème politiquement (M. Abbas) et ceux qui considèrent un retour à la violence inévitable devant le blocage du processus de paix et la misère qui se perpétue (Y. Arafat).

L’incapacité de l’Autorité palestinienne d’Abbas, privée de signes positifs venant d’Israël, à tracer des perspectives politiques, économiques et sociales pour sa population a conduit à la victoire en 2006 du Hamas au législatives.

C

Ambiguïté du processus d’Oslo

Les incompréhensions du processus et les imprécisions ont été nombreuses :

  • Pour les Palestiniens, la souveraineté sur les frontières de 1947 ne peut leur être contestée
  • Pour Israël la base du compromis est les frontières de 1967.

Les négociations tournent alors en dialogue de Sourds comme à Taba par exemple.

D

Ambiguïtés du discours dans les Etats arabes de la région

La condamnation unanime d’Israël après la reprise des violences en 2000 parait inévitable. Même les pays ayant signé un accord de paix avec ce dernier tolèrent que leurs médias expriment des positions qui nient la légitimité d’Israël et se nourrissent d’antisionisme voire d’antisémitisme (recrudescence de l’édition de livres antisémites dans les capitales arabes comme les Protocoles des Sages de Sion)

E

Ambiguïtés des positions américaines

Leur statut d’hyperpuissance leur accorde un rôle primordial et donc une responsabilité particulière dans le règlement de la question palestinienne.
Or Clinton est incapable de trouver un accord ni à Camp David ni à Taba.

Après les attentats du 9/11, ils ont paru se désintéresser du processus de paix au Proche-Orient au profit des foyers du terrorisme au Moyen-Orient, jusqu’au déclenchement de la guerre en Irak (mars 2003) et l’annonce de leur volonté de relancer le processus de paix.

Seulement le processus bloque et l’objectif de la conférence internationale d’Annapolis en 2007 n’est pas en mesure d’être atteint (la création d’un État palestinien en 2009).

F

Ambiguïtés de la situation créée par la guerre en Irak et la chute de S. Hussein

Pour les États-Unis, le maintien d’Hussein à la tête de l’Irak était un obstacle à une pax americana au Moyen-Orient. C’est pourquoi le 19 mars 2003, ils décident d’une intervention militaire sans l’aval du conseil de sécurité. Le 9 avril, Bagdad tombe avec le régime de S. Hussein.

Trois points positifs pouvaient être tirés de cette victoire militaire :

  • Le Proche-Orient est débarrassé d’un des plus farouches opposants à la normalisation entre les Etats arabes et Israël et qui abritait les palestiniens les plus extrémistes. Quant à la Syrie, avec l’armée américaine toute proche, elle devrait adopter une position plus conciliante par rapport à une reprise des négociations avec l’État juif.

  • Pour apaiser la communauté arabe après la guerre en Irak, les États-Unis choisissent de relancer la procédure de paix avec Israël.

  • Ainsi le gouvernement israélien serait conduit à modérer leur intransigeance, Ariel Sharon en 2003 se qualifie prêt à reprendre le dialogue avec la Palestine.

Coté palestinien, la situation se complique car ils seront encore obligés de s’engager dans des négociations asymétriques en dépendant du bon vouloir des États-Unis.

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