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Chapitre 23 :
L'importance de l'histoire dans le retard africain

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L'importance de l'histoire dans le retard africain
I

Les héritages encombrants de la colonisation

A

La colonisation, une rupture dans l’histoire africaine

La colonisation constitue l’acte fondateur des actuels pays africains, qui a eu un impact aussi bien économique et politique, qu’humain.

C’est ce qui constitue la réelle rupture dans l’histoire africaine, et non les indépendances. Elle met brutalement en contact l’Afrique avec la civilisation technicienne occidentale.

L’Afrique a été l’objet de peu d’intérêt entre la fin de la traite et le début de la colonisation pour les métropoles en pleine révolution industrielle du fait de la difficulté de pénétrer massivement dans le continent :

  • Sahara
  • Difficulté de pénétration littorale
  • Fleuves…

La colonisation introduit brutalement de nouveaux systèmes de mise en valeur de l’espace, toujours présents aujourd’hui (organisation étatique…).

B

La Conférence de Berlin et le partage de l’Afrique

C’est l’acte de naissance de l’Afrique actuelle. Elle a lieu du 15 novembre 1884 au 26 février 1885. Trois points sont mis en valeur :

  • Liberté de commerce dans le bassinet à l’embouchure du Congo
  • Liberté de navigation sur le Congo ainsi que sur le Niger
  • Les occupations des cotes

Les grandes puissances européennes ne désirent pas se partager l’Afrique, leurs compagnies privées pratiquent un commerce de comptoirs et elles désirent les protéger des interventions étrangères.
Apparait dés lors la notion de « sphère d’influence » (« chasse gardée » d’un lieu donné à une puissance où l’on considère qu’elle exerce une « autorité suffisante »).

L’Afrique est alors partagée arbitrairement en « zone d’influence », découpés selon les méridiens et les latitudes. Les arguments humains (apporter aux « nègres d’Afrique » les bienfaits de la civilisation et de la chrétienté, les tirer de la sauvagerie et de l’obscurantisme) recouvrent des motifs économiques et géopolitiques.

C’est l’époque des « zoos humains » et des grandes expositions, universelles et coloniales, qui flattent le prestige de l’Occident et montre sa domination sur le monde, malgré la montée des États-Unis.

C

Le découpage arbitraire des frontières

70% des frontières africaines ont été tracées entre 1880 et 1914. La part du commerce colonial ne cesse de croitre, ce qui institue le « pacte colonial » qui consiste à fournir à l’Afrique des produits manufacturés en échanges de matières premières, ce qui l’enferme dans une spécialisation primaire.

D

L’héritage d’économies rentières

L’idée selon laquelle la domination coloniale a abouti au pillage de l’Afrique doit être relativisée :

  • Jusqu’aux années 1950, le développement de l’Europe s’est fait à partir de matières premières d’origine européenne.
  • Le « pacte colonial » se déploie dans un système autarcique et protectionniste ou les métropoles vendent à un niveau supérieur aux cours mondiaux dans leur « chasses gardées », en échange de produits primaires eux aussi surpayés.

L’Afrique n’a pas été incitée à se moderniser, car elle a bénéficié des importations occidentales grâce au chéquier français. Elle y trouve son compte d’un point de vue :

  • Diplomatique, puisque l’appui des nations africaines à l’ONU la maintient au rang de grande puissance qui ne correspond plus à la réalité.
  • Commercial, puisque l’Afrique garantie des « niches » très rentables à certaines entreprises (transport, agroalimentaire) et des marchés captifs.
  • Stratégique puisqu’elle approvisionne la métropole en matières premières (pétrole, uranium…).

Elle profite aussi d’autres avantages comme la vente d’armes et le financement de partis politiques.

La colonisation a modelé l’organisation rentière de l’économie à son profit, ce qui l’enferme dans une spécialisation primaire, même les Conventions de Lomé (ou accords de Cotonou) supposées être un modèle de coopération. Seuls les produits agricoles et miniers bruts ont bénéficié d’exemptions douanières.

La mise en valeur du continent est tardive, après la seconde Guerre mondiale lorsque des revendications commencent à se faire sentir après l’effort de guerre fourni par les colonies (vie humaines).

Le pillage de l’Afrique n’est pas avéré, même si les bénéficiaires sont les compagnies concessionnaires européennes alors que l’indigène africain est soumis au travail forcé et à l’impôt par tête. Cependant, le colonisateur a mis en valeur les richesses agricoles en installant un système de plantations commerciales, qui constituent toujours l’essentiel des exportations agricoles.

Les ressources minières ont, elles, été exploitées le plus souvent après les indépendances et a donc bénéficié au gouvernement africain.

E

Une organisation de l’espace bouleversée

L’espace africain est renversé par la colonisation qui consacre les littoraux :

  • Création de villes
  • Axes de transports souvent perpendiculaires au littoral

Les anciennes métropoles mettent en place les apparences du développement et lèguent des schémas d’organisation de l’espace qui s’avèrent difficile à gérer (capitales excentrée par rapport au territoire contrôlé…).

II

Le legs d’Etats perçus comme illégitimes et coercitifs

A

Une colonisation violente et meurtrière

L’impôt par tête a obligé des villages entiers à se livrer à l’agriculture commerciale. L’administrateur colonial abusait de sa position et définissait sa loi en sanctionnant sa non application parfois par la violence. Ceux qui ne pouvaient s’acquitter de leur « dû » devaient le faire en nature, en offrant leur travail. Cela se faisait souvent dans des conditions sanitaires et alimentaires dramatiques (épidémies…). La population africaine perd un quart de son effectif entre 1880 et 1930.

B

Maillage de l’espace et réorganisation des pouvoirs

La colonisation impose un nouveau maillage de l’espace et de nouveaux rapports de force dont la chefferie est l’intermédiaire. Ce système a pu inspirer le chaos actuel ou la violence est le seul mode de régulation politique et ou la séparation des pouvoirs n’existe pas…

C

Un modèle démocratique factice et imposé

Il existe un paradoxe entre les occidentaux qui prônent la démocratie et le respect des droits de l’homme et le « code de l’indigénat » imposé aux colonies et aboli en 1946.

Au nom de l’ingérence économique et des plans d’ajustement structurel, de la « bonne gouvernance », les anciennes métropoles continuent d’interférer en Afrique, se livrant à une recolonisation sous couvert de privatisations et démantèlement des Etats.

La colonisation a nié la culture africaine, qui doit être réappropriée grâce à un long travail de mémoire, sans pour autant nier l’Occident, ce qui serait suicidaire.

D

Un passé encore vivace

Les indépendances datent de 40 ans durant lesquels l’Afrique a du relever un triple défi :

  • Une très forte croissance démographique (x4)
  • Une urbanisation rapide
  • La construction de nations

La génération africaine actuelle a su composer entre sa propre culture et la culture occidentale et ainsi supporter son passé lourd.

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