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Chapitre 25 :
L’Afrique en crise : la décennie 1991-2001

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L’Afrique en crise : la décennie 1991-2001
I

La décomposition des Etats

A

L’enlisement dans l’ajustement structurel

L’ajustement structurel, qui ne devait être que transitoire dure toute la décennie 1990. Il asphyxie les capacités productives de l’économie sans leur donner les moyens de la reprise :

  • Austérité budgétaire
  • Privatisations
  • Liquidation d’entreprises publiques
  • Ouverture brutale des frontières

Les privatisations privilégient la solvabilité à la solidarité, non rentable, ce qui prive des millions de personnes de l’accès à la santé, à l’éducation. Les conséquences sociales des privatisations sont :

  • Paupérisation
  • Chômage de masse
  • Malnutrition
  • Réapparition d’endémies
B

Des transitions démocratiques mouvementées

Privés de la rente stratégique, il y a des changements de chefs d’Etats. Certains sont renversés, d’autres jouent sur les avantages liés au pétrole ou sur le tournant démocratique, tout en gardant une poigne de fer sur leurs pays :

  • Gabon
  • Togo
  • Cameroun
  • Tchad
  • Congo
  • RCA

Cette amitié intéressée est appelée « Françafrique ». Mais l’expérience démocratique est de courte durée, qui mène à un désordre cependant fécond, puisqu’elle permet l’apparition d’une presse libre, mais aussi une multiplication des partis (fondé souvent sur un communautarisme « ethnique »).

C

Une perte de souveraineté étatique

Les réformes des institutions financières internationales perdurent et les conférences visant à alléger le fardeau financier africain se multiplient. Les aides sont utilisées pour combler les créances qui s’alourdissent, malgré les opérations comme l’initiative PTTE (Pays pauvres très endettés) de 1999 qui allègent la dette publique en échange de conditions draconiennes.

Les PAS permettent de démanteler l’appareil étatique très présent et pesant. L’État perd une partie de sa souveraineté et est affaibli par la montée des contre-pouvoirs (partis, presse, associations) et par les nouveaux acteurs économiques dus à la privatisation. Cela provoque une perte de souveraineté des États, territoriale (non maitrise du territoire) mais aussi économique. Les zones de calme et de prospérité (de la population privilégiée) coexistent avec les régions d’insécurité, de famine et d’isolement.

La Sierra Leone, le Congo, le Soudan et l’Angola sont disputés par des parties internes et internationales pour la richesse de leurs sol et sous-sol. Des mercenaires sont envoyés par les multinationales pour protéger certaines zones, les armées des Etats ou les combattants des partis internes se battent pour certains espaces qui garantissent un pouvoir économique et politique.
Instaurer une paix durable est alors difficile.

D

La « criminalisation » des États

Pendant les négociations avec les autorités officielles, le continent échappe à tout contrôle : mafias et réseaux illicites prennent pied dans les territoires périphériques délaissés par les États affaiblis.

L’État lui-même se criminalise pour subsister et trouver les ressources permettant d’assurer sa fonction « patrimoniale » (J-F Médard).

Les institutions financières internationales sont en partie responsables de cette criminalisation, puisqu’en cherchant à réduire les dépenses publiques, à limiter les fonctions économique de l’État, à privatiser et à réguler les échanges, elles contribuent à la désinstitutionalisation et à l’informalisation des sociétés politiques.

La multiplication des conflits a favorisé celle des « entrepreneurs de guerre ».

II

Des conflits pour l’appropriation de la rente

A

Le continent des conflits

Sur les 53 pays d'Afrique, 35 sont en guerre. La guerre est plus rentable que la paix pour certains groupes politiques comme pour les enfants-soldats qu’ils recrutent. Entre 1991 et 2001, grand nombre de conflits :

  • Les guerres civiles ouvertes (Soudan, Somalie, Sierra Leone, Congos, Angola…) concernent les pays au sous-sol riche. Affrontement entre partis internes soutenus par des forces externes pour le contrôle de la rente.
  • Rebellions périphériques (Sénégal, Niger, Mali avec les touaregs) et guerres civiles larvées ou une fraction de la société et du territoire accapare le pouvoir, suscitant tensions et révoltes matées grâce aux soutiens extérieurs (Tchad, Centrafrique, Ethiopie, Algérie…)
  • Discriminations : nient le droit d’une partie de la population de participer au processus Politique. Selon l'origine ethnique, la proximité culturelle et économique avec les pays voisins : Nigéria entre chrétiens et musulmans, Mauritanie et Libye contre négro-africain, Cote d'Ivoire contre musulmans du Nord, Cameroun contre Bamilékés.
  • Guerres de conquête : dans le but de capter des territoires et ressources minières. Exemples : Ethiopie et Erythrée, Liberia en Sierra Leone, Ouganda et Rwanda au Congo. Il y a une véritable guerre continentale autour du Congo-Kinshasa (ressources géologiques) ou s’organise des alliances et affrontements. Le point de départ en est le génocide Rwandais de 1994.
B

Le drame du génocide rwandais

D’avril à juin 1994, 800 000 personnes sont massacrées à la machette (sur 8 millions) en raison de leur origine ethnique.

La Majorité hutue a longtemps été dominée par la minorité Tutsie qui a finit par prendre le pouvoir à l’indépendance. Les tensions montent dans les années 1990, quand les extrémistes hutu n’admettent pas les accords de réconciliation et de partage du pouvoir avec les Tutsis, en effet certains Tutsis ont vécu les pogroms après l’indépendance et l’exil en Ouganda. D’autres subissent les rancœurs et les haines des hutus. La radio pousse à exterminer ces « cancrelats » tutsis. Ils veulent réinstaurer la domination perdue et sont armés et entrainés.

Le 6 avril 1994, un attentat frappe l’avion transportant les présidents rwandais et burundais (tutsis et hutus modérés). Dix casques bleus sont tués en voulant protéger le premier ministre. L'ONU part. Fin juin, une « zone de sécurité » (« turquoise ») est créée qui sert de sanctuaire au génocideurs.

En juillet, une armée tutsie reprend le pouvoir à Kigali et les prisons rwandaises se remplissent de présumés « génocideurs ». Une grande partie de la population est exilée (au Zaïre ou en Tanzanie). Le Hutu power se reconstitue, ce qui entretient l’insécurité en suscitant de fortes actions de représailles.

C

La première « guerre mondiale africaine » (Colette Braeckman)

En Novembre 1996, le nouveau régime rwandais (domination tutsie) forme une coalition armée dirigée par Laurent-Désiré Kabila et formée de rebelles zaïrois, d’ougandais, de burundais…

Cette coalition marche sur Kinshasa , c'est un massacre, et chasse le président Mobutu. 300 000 personnes considérées comme responsables sont éliminées.
Le Zaire, riche en mines et diamants est livré au Rwanda, Burundi et Ouganda.

Une diagonale de la guerre coupe le continent (Ethiopie et Erythrée, Angola…), ce qui permet le déploiement des trafics, mafias et influences internationales.
Le Zaire que Kabila baptise la RDC est un immense pays dévasté, à l’abandon, sans service public.

En Afrique de l’Ouest, il y a une guerre civile en Sierra Leone et au Libéria jusqu’en Guinée, et même en Cote d’ivoire. La mort du président Houphouët-Boigny en 1993 entraine des querelles de succession. « L’ivoirité » transforme le miracle ivoirien en un naufrage économique et Politique.

D

L’échec des mesures imposées par l’extérieur

L’ONU prend en charge les opérations de paix en envoyant des casques bleus, contre les combattants de la guérilla. Les leaders insurgés reprennent alors les armes avant que le rapport de force ne soit renversé.

Les processus de paix échouent car ils ne représentent aucun avantage économique alors qu’une économie de guerre permet :

  • L’exploitation de rentes de situation
  • Le contrôle des ressources

Les populations veulent mettre fin à ce chaos mais l’amnistie décrétée par les puissances étrangères ne permet pas une paix durable.

Le gouvernement, pour l’ONU, est légitime quand il est élu (de façon transparente ou non). Si le chef d’État est un ancien de l’ONU, presque tout lui est permis (bombardements de village, pose de mine…). L’État reste le seul détenteur du monopole de la violence au nom du rétablissement de l’ordre.

E

L’échec du « containment » humanitaire

Il reste l’action humanitaire pour sauver l’Afrique. Elle se couvre d’ONG pendant les années 1990.

Ces multiples acteurs contribuent à propager l’image d’un continent ou des millions de victimes anonymes supplient le bon donateur européen de consentir à l’aumône. Parmi les ONG, il y a :

  • Les ONG internationales qui veulent capter une part des budgets d’aide, - Les ONG « faux nez » qui veulent prendre pied sur des territoires convoités,
  • Les pseudo-ONG (issues de mouvements Politiques) qui veulent s’enraciner
  • Quelques vrais mouvements associatifs bénévoles.

Dans cette prolifération des « acteurs émergents », les actions hydriques, sanitaires, alimentaires apportent de réels soulagements aux « bénéficiaires », mais il y a toujours trop de profiteurs. On ne peut compenser, grâce à ces acteurs privés, l’absence de véritables politiques de développement.

Seules les sociétés peuvent mettre en œuvre ce processus de croissance de la richesse qui, grâce à une action de redistribution permettrait de vivre mieux et de limiter l’insécurité quotidienne.

III

L'importance croissante des ethnies

A

Les ethnies : une réalité africaine figée par la colonisation

La décennie du chaos est marquée par la résurgence de l’ethnicité, occultée par la colonisation et les États forts des indépendances.

Les ethnies sont des groupes aux caractéristiques culturelles communes, et qui lient leurs membres par un sentiment d’appartenance. L’idée d’identité collective est liée au fait colonial.

En arrivant, les colons constatent une infinie diversité, une multiplicité des langues, des modes d’occupation… Ils vont alors classer, étiqueter et nommer, et ainsi figer à un moment précis un processus d’appartenance très mouvant, mobile, évolutif. Roland Pourtier nomme dans Afriques noires ces ethnies comme des « identités gigognes ».

Suivant la société du pays, les colonisateurs adoptent un comportement différent :

  • Là où il y a un pouvoir structuré et « conciliant », les colonisateurs se sont appuyés sur lui.
  • Lorsque le pouvoir était difficilement identifiable, ils ont imposé leur cadres et créé des ethnies ex nihilo à partir d’un lieu (Les Lingalas au Congo, les Bétés en Cote d’Ivoire…)
B

Des rapports de force bouleversés par les colonisateurs

Les colonisateurs ont plutôt privilégié les sociétés littorales, qu’ils connaissaient en raison des liens commerciaux. Les civilisations de l’intérieur n’entendaient pas se laisser dominer : des affrontements sanglants ont lieu (Tchad, Namibie…).

Les colonisateurs s’appuient sur les peuples qui leur paraissent les plus dociles, réceptifs : au Rwanda et Burundi, seuls les Tutsis sont scolarisés, dans le but d’administrer ensuite les territoires, et non d’éduquer tous les africains.
D’autres peuples jugés plus laborieux ont des fonctions subalternes :

  • Hutus
  • Bassas du Cameroun
  • Mossis de la Haute-Volta
  • Saras du Tchad…

Certains font carrière dans l’armée et d’autres occupent des fonctions administratives. Les préjugés prennent ainsi une valeur scientifique et l’humanité se voit découpée en « races ».

C

L’affirmation ambigüe des Etats-nations aux indépendances

L’indépendance correspond en réalité à un transfert de souveraineté aux nouvelles élites africaines. Il faut cependant que ces États indépendants bâtissent une citoyenneté nouvelle, exaltent une idée nationale.

L’Ethnie est pour eux la tradition, l’archaïsme, d’où le parti unique, qui est l’instrument le plus efficace pour uniformiser. Il exalte l’appartenance à une seule nation, bien qu’il favorise la région ou l’ethnie dont ils sont originaires.
Les ethnies se maintiennent donc, voire sont réaffirmées. Le « village natal » du président est doté des équipements les plus couteux, et en dépit de l’urbanisation, les solidarités anciennes ne sont pas effacées.

Des rancœurs naissent de ce favoritisme qui contredit le discours. Les renversements de régime se traduisent par une modification des priorités nationales (autre région…). Les appuis extérieurs (guerre froide) permettent de réprimer dans le sang et la terreur la résistance, comme le font :

  • Amin Dada en Ouganda
  • Bokassa en Centrafrique
D

Une montée des communautarismes, conséquence de la mondialisation

La démocratisation et la fin des rentes fait ressurgir l’ethnicité (à travers les multiples partis politiques notamment).

Leur discours se fondent sur une base ethnique et trouvent un fort écho. La mondialisation, qui suscite des réflexes identitaires, la montée du communautarisme qui agit de même en Afrique, où la désillusion face aux espoirs de la modernité y est plus forte.

Il faut dès lors des boucs émissaires (IFI, anciennes métropoles…), mais elles sont loin et inatteignables. La cible la plus aisée est en premier lieu les travailleurs immigrés, puis les ethnies plus récentes qui, étant arrivées après, sont qualifiées d’allogènes, d’étrangères.

Une xénophobie importante se développe, qualifiée par Achille Mbembé d’ « idéologie de temps de disette ».

Quelles sont les solutions ? Une recomposition de l’Afrique par zone ethniques aboutirait à fragmenter les territoires à l’infini, les ethnies étant un phénomène mouvant, foisonnant.

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