Menu
  1. Toutes les matières
  2. Histoire-Géo
  3. Prépa HEC

Chapitre 26 :
Les paradoxes de l'eau en Afrique

< Chapitre précédent : L’Afrique en crise : la décennie 1991-2001
Les paradoxes de l'eau en Afrique
Introduction

L’eau constitue le premier facteur de différenciation spatiale et humaine en Afrique, le degré de maitrise de l’eau façonne en effet les paysages et modes de vie. La question est essentielle en Afrique où elle englobe des problématiques sociales, sanitaires, économiques autour de la disponibilité de l’eau- que ce soit sur ou sous disponibilité malgré les clichés de sècheresse sur l’Afrique-, de son accessibilité- question de l’eau potable- et de sa qualité.

I

Le continent le plus exposé au risque hydrique

A

Une eau abondante mais mal répartie et peu utilisée

De la répartition de l’eau on peut tirer trois Afriques bien distinctes :

  • L’Afrique de la pénurie potentielle : l’eau des surfaces disponibles est déjà fortement sollicitée. C’est la situation en Afrique Nord où le rapport entre prélèvements et ressources dépasse les 50%.
  • L’Afrique du manque d’eau : c’est l’Afrique des sècheresses. Les prélèvements y sont pourtant très limités (faible densité de population et manque de moyens pour mobiliser l’eau). C’est la situation de toute la bande sahélienne du Sénégal à l’Ethiopie et d’une partie de l’Afrique australe.
  • L’Afrique de l’excès d’eau : l’inondation est un risque plus important que la sècheresse. Cela concerne une grande partie du territoire et notamment l’Afrique centrale.
B

Une vulnérabilité spécifique au continent

Les pays africains sont confrontés très vulnérables au risque hydrique. Ce risque est lié à des facteurs :

  • Physiques (caractéristiques de l’eau africaine)
  • Historiques (absence de civilisation de l’eau)
  • Economiques (faible niveau de développement)
  • Démographiques (rapidité de croissance de la population, surtout urbaine).

L’Afrique est le deuxième continent après l’Australie pour la proportion de territoires endoréiques (53% de la superficie). Cela entraine :

  • Une vulnérabilité structurelle liée au caractère allogène des fleuves. Beaucoup de pays africains utilisent de l’eau qui ne provient pas de leurs terres (Mauritanie dépend d’un fleuve prenant sa source dans un autre pays).
  • Une vulnérabilité liée à la baisse tendancielle des précipitations. L’Afrique sahélienne connaît depuis trente ans un cycle de sècheresse, particulièrement fort ces trois dernières années (lac Tchad).
C

L’absence de « civilisations de l’eau »

Contrairement aux cultures asiatiques, les civilisations africaines ne sont pas tournées vers l’eau. Les faibles densités de population sur des espaces immenses et vides n’ont pas favorisés la mise en place de techniques hydrauliques développées. Les exceptions sont rares et se limitent aux « régions-refuges ».

De fait, bassins et vallées fluviales sont peu, voir nullement, exploitées (excepté l’Afrique du Nord et le Sahel). C’est pourquoi l’Afrique est le continent ou le pourcentage de terres irriguées est le plus faible (moins de 10% des terres cultivées). Cette faible irrigation ne permet pas à l’Afrique de bénéficier d’une quelconque sécurité alimentaire.

D

Le faible niveau de développement aggrave le risque hydrique

L’eau est aussi un facteur de risque sanitaire, pour les raisons suivantes :

  • Dans les savanes de l’Ouest africain, le faible aménagement des cours d’eau favorise le maintien de galeries forestières où se développent les gîtes larvaires de la simulie, responsables de l’onchocercose provoquant une cécité en masse.
  • De même, la mouche tsé-tsé se développe dans des forêts humides et est responsables de véritables hécatombes en Afrique centrale par la trypanosomiase.
  • Par ailleurs, l’utilisation dans la boisson, la cuisine, la lessive, la toilette de l’eau des rivières permet la propagation de maladies parasitaires.
  • L’anophèle enfin profite des aménagements hydrauliques, des rizières irriguées et permet le développement du paludisme, première cause de mortalité en Afrique (un tiers des décès).
  • Le continent africain est donc le lieu d’une véritable insalubrité permise par un faible encadrement sanitaire (1 médecin pour 24000 habitants).
II

Des enjeux géopolitiques aux enjeux économiques

A

Les enjeux géopolitiques de l’eau : des tensions à grande échelle

1

Des risques accrus par la densification des terroirs et les politiques adoptées

Si des stratégies ont longtemps été mises au point par les villageois pour minimiser les conséquences d’éventuelles sécheresses avec la constitution de réserves villageoises, trois facteurs perturbent désormais ces stratégies :

  • Facteur démographique, avec l’accroissement du nombre d’hommes sur des espaces de plus en plus sollicités.
  • Facteur économique, avec la libéralisation des filières agricoles qui accentue la vulnérabilité des paysans
  • Facteur politique, avec la baisse de l’aide publique au développement.
2

Des conflits autour des points d’eau

Les traditionnels antagonismes pasteurs nomades-cultivateurs sédentaires se sont aggravés depuis l’entrée du Sahel dans une période de sécheresse . Les cultivateurs remontent au nord attirés par l’humidité des terres empiétant sur les territoires des nomades, qui eux-mêmes se dirigent vers le nord, lorsque la tendance s’inverse, cela crée de gros conflits et de grandes pertes chez les nomades.

Les sècheresses de ces dernières années entrainent une concentration de la population autour des points d’eau, accentuant les tensions et multipliant le risque de crues sur des territoires surexploités.

3

L’instrumentalisation politique des sécheresses

Les sécheresses qui augmentent avec les années n’ont pas le même impact selon que les gouvernements mettent en place, ou non, des stratégies pour minimiser ses conséquences.

En effet, là ou les systèmes d’alerte précoces sont mis en place par la FAO l’impact de la sécheresse est minimisé :

  • Lâchage de stocks de sécurité sur les marchés
  • Distribution de nourriture à la population la plus vulnérable
  • Aide en matière de structuration agricole.

Cependant, la sécheresse, sert trop fréquemment de prétexte pour des catastrophes qui auraient pu être évitées mais ne l’ont volontairement pas été, car l’urgence permet de mobiliser une aide internationale plus massive. Cette aide est ensuite allouée selon des critères politiques, par exemple, en 2000 l’Ethiopie a mis en avant la famine de l’Ogaden pour obtenir une aide alimentaire qui lui a permis de conclure victorieusement contre l’Erythrée).

Toutes les instrumentalisations politiques de famines suivent le même processus :

  • Surestimation officielle du nombre de victimes potentielles
  • Aide alimentaire soigneusement encadrée et distribuée
B

Le partage de l’eau, facteur d’intégration régionale

L’eau est pourtant aussi un puissant vecteur d’intégration régionale. Elle oblige les États à :

  • Coopérer
  • Discuter
  • Mettre en œuvre des stratégies collectives (c’est notamment le cas pour la création de barrages avec l’AMVS et la gestion du fleuve du Sénégal, ou encore le Projet du Bassin du Nil).
C

Une urbanisation qui accroît le problème de l’eau

1

La question de l’assainissement

Les anciens espaces-tampons, et zones jadis considérées insalubres, ont vu s’ériger des quartiers spontanés avec la densification de nouveaux arrivants.
Par ailleurs, pour ne pas encourager cette pratique, le gouvernement n’a mis en place aucune restructuration des ces espaces pourtant souvent surpeuplés.

La question de l’assainissement se pose, d’autant que moins du cinquième des citadins bénéficient de desserte en eau et des services d’évacuation d’eaux pluviales ou usées.

Le péril fécal constitue un élément essentiel dans l’insécurité sanitaire (choléra, gastroentérites), notamment dans les quartiers populaires.

2

Le problème de l’accès à l’eau potable

L’eau soumise à trop de pollution, n’est pas souvent potable. En effet, seuls 15% des citadins sont reliés à l’eau potable.

L’accès à l’eau potable révèle les disparités socio-économiques des villes, renforçant les écarts entre les citadins les plus aisés et ceux qui doivent tous les jours chercher leur eau chez le voisin ou dans des « bornes-fontaines » peu adaptées à la demande.

L’eau est de fait pour les plus pauvres un bien rare, plus rare même que la bière !

III

L’accès à l’eau : enjeu économique ou droit social ?

A

Des engagements maintes fois réaffirmés

1

Le droit à l’eau

Si les textes fondant le droit à l’eau abonde, 1/5 de la population mondiale (soit 1,3 milliard de personnes) n’a pas accès à l’eau potable. En Afrique, les textes sont nombreux, et la charte d’Addis-Abeba adoptée par les Etats africains en 1990 prévoit l’obligation pour les Etats de prendre des mesures nécessaires pour « garantir la fourniture d’une alimentation et d’une eau de boisson saine en quantité suffisante ».

2

Le caractère ambigu de la ressource en eau

L’eau parce qu’elle doit être gérée, assainie, rendue potable, élève des couts.
Si elle est d’apparence gratuite, son traitement nécessite un cout. Investir dans l’eau suppose une mise de fonds coûteuse, sans véritables bénéfices, du moins à courts termes.

La difficulté de son traitement se voit dans la réalité africaine, celle de la faillite des opérateurs publics dans les années 1990, confrontés alors à l’augmentation de la demande sans moyens financiers pour pouvoir y répondre.

B

La privatisation des services de l’eau après la crise de la dette

1

Un service amélioré… pour ceux qui peuvent payer

L’entrée en vigueur des plans d’ajustements structurels a entrainé la privatisation des opérateurs publics dans le domaine de l’eau et le recours à des concessionnaires privés.

Dans la plupart des cas, il en résulte une concentration des adductions dans les grandes villes et un recentrage des investissements sur la partie la plus riche de la population urbaine.

2

Des inégalités croissantes

Cette « privatisation pour les plus riches » renforce la mise à part des plus pauvres pour qui le marché de l’eau devient de plus en plus couteux

C

Le dilemme entre solvabilité et solidarité

Le dilemme est d’autant plus fort dans les villes africaines, que le marché de l’eau commence tout juste à se développer dans la plupart des pays africains.

Il s’agit aussi de savoir où trouver le financement pour développer ce nécessaire marché de l’eau en Afrique face au droit internationalement reconnu du « droit à l’eau potable ».

Le risque étant de diviser l’Afrique en Afriques de différents débits :

  • Celui des consommateurs urbains solvable puisant toutes les attentions,
  • Celui des plus pauvres.
Chapitre suivant : Le risque alimentaire en Afrique >