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Chapitre 28 :
L'Afrique dans la mondialisation

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L'Afrique dans la mondialisation
Introduction

Si pour certains l’Afrique n’est que l’exemple d’un total échec, d’autres voient dans sa stabilité le signe d’un certain développement.

Où en est donc véritablement l’Afrique ?

Ce qui est certain, c’est que les africains sont plus décidés que jamais à montrer une image dynamique du continent, s’appuyant sur la force des mutations en cours et sur l’ampleur des mobilités d’une Afrique « en réserve de développement ».

I

Une remarquable stabilité des frontières

A

La construction des futurs territoires étatiques par la colonisation

Contrairement au redécoupage des territoires en Europe centrale, la carte de l’Afrique actuelle et celle de l’Afrique colonisée de 1914 voire 1945 présentent 70% de frontières communes.

Ce découpage a permis d’instaurer des aires linguistiques face à la multi-linguiscité des différentes et nombreuses ethnies. Cela a favorisé l’unité des territoires qui perdurent encore aujourd’hui (excepté les pays au nord du Sahara qui ont imposé comme langue officielle l’arabe).

Si certains pays ont opté pour leur langue maternelle comme le Rwanda, le Burundi, le Lesotho ou le Botswana, la langue de l’ex-colonisateur est souvent la plus utilisée. Cela a permis aux africains d’avoir une capacité d’adaptation et d’apprentissage importante.

Certes, les frontières actuelles dessinées par la colonisation peuvent être accusées d’être artificielles et il est à noter que les premières décisions des jeunes États africains ont été de décréter l’intangibilité des frontières (avec la création de l’Organisation de l’unité africaine en 1963).

B

Une balkanisation accrue aux indépendances

Quelles frontières aurait-on donc du mettre en place ?

Celles des grands empires coloniaux ?

Le concept de frontière n’existait nullement pour eux ; prenant pour frontières des espaces plutôt flous

Celles des territoires d’unité ethnique ?

Les ethnies sont en Afrique imbriquées les unes dans les autres.

Si l’on a tendance a critiquer le maillage colonial, il ne faut pas oublier que les métropoles ont essayé, quand elles le pouvaient de tenir compte des organisations politiques et territoriales et des civilisations qui préexistaient à leur arrivée. Le fait ethnique a été respecté chaque fois qu’il était suffisamment affirmé. Encore faut-il que l’homogénéité ethnique soit un gage de stabilité.

La guerre civile montre combien la seule réponse ethnique est insuffisante. À la fin de la guerre froide, elle a été particulièrement forte en Somalie, bien qu’elle ait été l’archétype même de l’État ethnique.

L’Afrique actuelle est certes balkanisée, mais il ne faut pas tenir pour responsables les seuls colonisateurs quand 20% des frontières sont nées aux indépendances, cassant les volontés de vastes unions francophones :

  • Division de l’AOF
  • Division de l’AEF

Par ailleurs le cas de la Côte-d’Ivoire montre combien le seul colonisateur ne peut-être acculé.

C

Des frontières aujourd’hui légitimées et solides

Toute frontière est de toute façon par définition artificielle. La réalité d’une frontière ne se construit qu’avec le temps et l’ancrage de l’Etat sur son territoire.

Aujourd’hui la plupart des frontières africaines sont véritablement enracinées même si certains conflits montrent combien les frontières peuvent être vecteur de tensions :

  • Guerre des tranchées entre l’Ethiopie et l’Erythrée
  • Guerre entre le Tchad et la Lybie autour de la bande d’Aozou

Les conflits éclatent majoritairement à l’intérieur des frontières et non entre Etats même si chacun intervient peut-être logistiquement, en fournissant des armes par exemple.

Les combats entre les deux Congos n’ont pas fait évoluer les frontières mais chaque Etat lui-même.

II

Des espaces en recomposition

La stabilité des frontières n’empêche en aucun cas l’instabilité des territoires et des hommes.

A

Des territoires désarticulés où chacun joue sa propre partition

Les frontières sont peut-être solides, la stabilité des hommes, elle, est moindre. Le multipartisme a en effet permis la montée de leaders régionaux fondés sur une pseudo-ethnicité.

Ces leaders régionaux s’organisent souvent autour de bandes armées qui établissent la mainmise sur l’espace, y contrôlant les échanges et pillant ses richesses.

La pénétration des moyens de communication et de transports modernes, si elle est permise par l’élite africaine et souvent aussi corrélée à l’existence de ces entrepreneurs de guerre.

L’Afrique est donc aujourd’hui un continent désarticulé où population démunies, élites et leaders régionaux se confrontent : un chaos apparent mais organisé.

Un chaos qui s’articule autour de la loi du plus fort :

  • Populations civiles otages des entrepreneurs de guerre
  • Paysans confrontés aux tarifs des sociétés privées
  • Manque total des services à la santé et l’éducation..

Face à une Afrique en crise que donne à voir diverses ONG, une autre Afrique se développe. Celle que semble esquisser la NEPAD, une Afrique qui a su tirer profit des diverses opportunités offertes par la mondialisation :

  • Perméabilité des frontières
  • Ampleur des circuits informels
B

Le dynamisme des marges et des espaces transfrontaliers

Parce qu’elles permettent une infinité de trafics, laissant une place au marché informel, les zones de transition et les espaces transfrontaliers bénéficient d’un dynamisme accru (armes et riz en Afrique de l’Ouest autour du Sierra Leone et du Libéria).

La fermeture d’une frontière n’est cependant pas synonyme d’arrêt de dynamisme. Au contraire, c’est tout le territoire qui se réorganise. Si la guerre civile en côte d’ivoire en 2002-2003 a eu pour conséquence de priver le Mali et le Burkina de leurs débouchés naturels, l’ensemble des flux s’est par la suite réorganisé.

L’Afrique frappe donc par sa capacité d’adaptation. Si le continent semble, à l’image du Sahel, peu organisé, toute tentative de modernisation rencontre un véritable succès. La polarisation des flux autour des espaces frontaliers, montre bien la capacité des sociétés africaines à s’adapter à toutes les opportunités malgré les différends ethniques.

L’Afrique n’est donc pas inapte au développement, le problème est qu'elle a eu tendance à rester dans certaines logiques qui ne lui ont pas permis de se développer à l’échelle de la mondialisation, mais bien à l’échelle de ses propres territoires.

C

L’ampleur des migrations intra-régionales

1

Mobilités voulues, mobilités contraintes

L’Afrique a toujours été marquée par des mobilités et des migrations. Migrations parfois stratégiques (en fonction des saisons) mais souvent sous la contrainte : la traite européenne déplace plus de dix millions d’africains du XVIème au XIXème.

La guerre s’accompagne aussi de migrations. C’est notamment l’apparition de camps de réfugiés soutenue par l’aide alimentaire internationale. Si en 1990, le continent comptait plus de 6 millions de réfugiés, l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest sont aujourd’hui les plus touchées par les migrations liées aux conflits.

Jugeant que depuis 2002 la situation s'est normalisée dans de nombreux pays, le Haut-commissariat aux réfugiés tente de forcer le rapatriement des réfugiés en stoppant l’aide alimentaire et en fermant de force les camps de réfugiés.

2

Des migrations limitées hors du continent

La migration en dehors du continent est à relativiser, bien que l’Espagne constitue toujours un eldorado pour l’africain qui rêve de pénétrer les portes de l’Europe. En effet l’Afrique compte 40 millions de migrants, mais la majorité forme une migration interne au continent.

Ainsi l’Afrique de l’Ouest est la plus grande zone de migrations du continent et la première région d’émigration vers l’Europe, même si la majorité de ces migrations est intra-régionale.

Les populations du Benin, Burkina et du Niger, migrent ainsi vers les pays côtier. La polarisation suit la loi de l’attractivité économique.

3

Des liens étroits entre les émigrés et leur région d’origine

Le Ghana, le Nigéria et le Sénégal sont les principaux pourvoyeurs de l’émigration ouest-africaine vers l’Europe. Les envois de la diaspora font vivre certaines régions comme celles de Kayes au Mali ou de la vallée du fleuve du Sénégal.

Dans les pays du Sahel, où la scolarisation est faible, ces efforts ont un impact significatif même si cela peut encourager une certaine mentalité d’assistanat dans la région d’origine et entretenir la culture des migrations.

D

Le risque d’une fuite des élites et des cerveaux

Parce qu’ils sont souvent les plus dynamiques et les mieux éduqués, les migrants, sont de véritables pertes sociales et économiques pour l’Afrique qui perdrait chaque année 20000 cadres, attirés par les meilleures conditions de vie et de rémunération en Occident. La fuite des cerveaux hors d’Afrique constitue donc un drame pour le développement du continent.

Malheureusement pour l’Afrique, l’immigration risque d’augmenter face au vieillissement des populations européennes, et la question du développement africain se fragilise.

III

La réapparition de la rente stratégique depuis le 11 septembre 2001

Après avoir perdu tout intérêt stratégique avec la fin de la guerre froide, l’Afrique recommence à intéresser en raison de la menace que son délabrement fait courir au monde développé en général.

A

Un continent sur la ligne de front dans la lutte contre le terrorisme

La situation africaine de grande pauvreté, de pessimisme quant à la possibilité d’un éventuel avenir, fait prendre conscience, particulièrement aux États-Unis avec les attentats des ambassades américaines de Nairobi et de Dar es-Salam (Tanzanie) et le drame du 11 septembre, que l’Afrique est un territoire à contrôler pour endiguer le terrorisme.

C’est pourquoi, l’Afrique s’inscrit dans la politique américaine contre le terrorisme depuis la fin des années 1990 :

  • Tournées africaines de Bill Clinton en 1998 et 2000
  • Renforcement avec des pays jugés stratégiques comme le Maroc, le Sénégal, le Nigéria et surtout l’Egypte

Cette politique est renforcée à la suite des attentats du 11 Septembre 2001.
Les américains :

  • Luttent contre l'islamisme radical
  • Mettent en place des campagnes de prévention contre le sida
  • Partent à la conquête du marché africain.

La diplomatie américaine recompose le monde entre les pays alliés et les aides éventuelles qu’elle peut leur attribuer et les pays « ennemis », car ils tolèrent la présence terroriste.

B

La réapparition de la rente des matières premières

Dans la recherche de partenariats, par méfiance de certains partenariats avec le Moyen-Orient, les États-Unis sont prêts à investir dans certains pays africains :

  • Pays du Golfe de Guinée
  • Tchad
  • Soudan
  • Algérie
  • Lybie

Et ceci malgré un contexte économique souvent désastreux. L’intérêt pétrolier américain s’affiche de plus en plus dans leur stratégie menée en Afrique (avec plus de 9 millions de barils importés chaque jour, les États-Unis consomment 25% du pétrole mondial).

L’Afrique bénéficie donc du retour de la rente des matières premières, qui reste cependant fragilisé par le contexte de paix qui n’est pas toujours évident.

Le contexte actuel de l’Afrique concerne donc de plus en plus l’ensemble de la communauté internationale.

C

L’émergence d’une voix africaine

C’est donc de nouvelles opportunités qui s’ouvrent à l’Afrique, qui entend d’ailleurs se faire octroyer une place au sein du Conseil de Sécurité des Nations unies. C'est parce qu’elle peut nuire au contexte mondial, en favorisant le terrorisme entre autres, que l’Afrique est de plus en plus au centre des regards.

Pour se faire entendre et pour attirer les bailleurs de fonds internationaux, 5 pays (l’Algérie, l’Egypte, le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Sénégal) lancent en 2001 le NEPAD : le nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique. Il s’agit de proposer à la communauté internationale de véritables plans de développement du continent.

Le NEPAD n’est pas le seul plan de développement mis en place par l’Afrique, il fait suite à une quarantaine de plans :

  • Plan d’action du Lagos en 1985
  • Déclaration de Khartoum de 1998
  • Programme d’action du Caire de 1995…

Si les objectifs fixés de lutte contre la pauvreté, pour la santé et l’eau potable ne sont pas toujours respectés, cela permet de dresser un clair constat sur le développement et les problèmes actuels en Afrique.

Pourtant le NEPAD peine à convaincre la communauté internationale :

  • Tentative de mise en place d’accords bilatéraux nuisant à l’hypothétique volonté d’unité au sein des cinq pays.
  • Manque d’argent dû à une fuite de capitaux par une corruption massive de chefs politiques.
D

Une marginalisation qui persiste néanmoins

L’Afrique reste en marge :

  • Seulement 2% du commerce mondial,
  • Moins d’1% des IDE

Les relations ne se font que dans un sens : si les exportations de leur pétrole se dirigent à 14% aux États-Unis, l’Afrique, elle, reçoit moins de 1% des importations américaines. Ces seuls chiffrent suffisent à confirmer la dépendance économique de l’Afrique vis-à-vis des pays d’envergure internationale.

Certes, des accords commerciaux visent à faciliter les exportations de biens primaires et de produits manufacturés, comme l’AGOA OU l’EBA, mais peu de pays peuvent profiter de ces opportunités pour développer leurs exportations, car ils produisent trop peu.

Les seuls bénéficiaires sont donc les pays qui ont déjà un certain socle de production :

  • Les pays pétroliers (Nigeria, Gabon)
  • Les pays possédant un appareil industriel (Afrique du Sud, Kenya).
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