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Chapitre 1 :
Suprématie européenne et capitalisme triomphant

Suprématie européenne et capitalisme triomphant
I

La suprématie de l’Europe

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Une nette avance

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Les chiffres de l'avancée

Aux États-Unis, l’industrialisation est plus tardive qu’en Europe. En 1840, l’Amérique latine, récemment dégagée des tutelles espagnoles et portugaises, recèle d’immenses richesses, mais souffre de sa situation politique et financière, d'un peuplement très insuffisant de 20 millions d’habitants et d'un manque d'esprit d'entreprise chez ses élites.

L’Asie, elle, est très en retard. L’État moderne s’établit seulement en 1868 au Japon, les archaïsmes perdurent en Chine. En Inde, le réseau ferroviaire et routier est organisé par les Britanniques et le pays jouit ainsi du dynamisme d’une bourgeoisie d’affaires entreprenante et instruite. Néanmoins, l’avance technologique de l'Europe est telle qu’un ouvrier à Manchester produit en une journée 300 fois plus de fil qu’un artisan indien.

La suprématie européenne se joue aussi sur le domaine territorial. Sur les 135 millions de km2 de terres émergées, l’Europe en possède 70 millions. L’Empire colonial anglais atteint 19 millions de km2, l’Empire colonial français 9 millions.

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Causes financières et techniques

L’Europe étend son influence sur la Chine, sur l’Empire ottoman, qui ne peuvent se développer qu’avec des capitaux anglais et français. Une vraie dépendance des États-Unis aux capitaux européens se développe. 95% de l’or est extrait de mines non-européennes en 1914, pourtant l’Europe en détient 60%.

Le continent européen opère une domination sans partage au niveau technique, en possédant plus du tiers du réseau ferré en 1914. Les réseaux en Amérique, en Inde, ont tous été construit avec des capitaux européens, et sont souvent gérés par des ingénieurs européens. 450 000 km de câbles télégraphiques sous-marins ont été posés en 1914, pour joindre l’Europe et les États-Unis notamment, dont 60% appartient aux anglais. 75% des bâtiments battent pavillon européen.

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Causes démographiques

La population européenne en 1900 représente 26% de la population mondiale contre 20% en 1800 (première phase de la transition démographique au XIXème siècle). L’Europe est une terre d’émigration tout au long du XIXème siècle (États-Unis, Canada, Australie, Afrique du Sud). Aujourd’hui, les surplus de population ne peuvent plus être absorbés.

L’Europe est une terre d’émigration tout au long du XIXème siècle, alors qu’elle est aujourd’hui à la fois terre d’émigration et d’immigration et que se sont rajoutés et amplifiés les mouvements migratoires intra-européens.

B

L’émigration européenne et l'exploitation coloniale

60 millions d’européens émigrent de 1814 à 1914. Le tiers des Irlandais part pour les États-Unis après la famine de 1846. Au début du XXème siècle, un million de migrants arrivent chaque année aux États-Unis, dû à la raréfaction des terres à cultiver en Europe et l’abaissement progressif du coût du voyage. L'explosion démographique européenne se traduit par une émigration massive et une extension des empires coloniaux.

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Les empires coloniaux

La deuxième phase de colonisation a commencé à partir de 1880. Les zones touchées sont l’Afrique, l’Asie et le Pacifique. Le Royaume-Uni a déjà un Empire colonial (Australie, Canada, Nouvelle-Zélande) qui, au début du XXème siècle, recouvre le quart des terres émergées. L’Afrique n’est pas encore colonisée et Français et Anglais vont se lancer dans une course au clocher. Ce sont d’abord des vagues de missionnaires (souvent massacrés), puis de militaires, puis de marchands.

Les Britanniques commencent par l’Égypte, puis le Kenya, la Tanzanie (qui est un symbole en étant le point culminant de l’Afrique avec le Kilimandjaro), l'Afrique du Sud pour un axe vertical de colonisation. Les Français sont au Sénégal, au Mali, en Côte d’Ivoire et à Djibouti dans un axe horizontal. Les deux axes se rencontrent à Fachoda en 1889.

En Asie du Sud-Est, les Britanniques étendent leur contrôle en Birmanie, à Singapour pour mettre la main sur le détroit de Malacca. Les Français sont présents en Indochine (Viêtnam, Laos, Cambodge). Les Néerlandais en Indonésie. L’Italie en Érythrée, Somalie, Libye. Le roi des Belges possède le Congo belge (RDC) pays géologiquement le plus riche du monde.

À la fin du siècle se rajoutent les États-Unis et le Japon. Il y a aussi une guerre hispano-américaine en 1898 pour repousser les espagnols, et protéger les capitaux américains à Cuba (plantations de canne à sucre). Les États-Unis héritent des Philippines, position très intéressante pour être présent en Asie (velléités d’une grande puissance). L’arrivée des Américains dans la course aux colonies est curieuse car ils se sont eux-mêmes battus contre la métropole britannique. Ils justifient cet acte par l’idée de O’Sullivan, dans Manifest Destiny en 1885, avançant que les États-Unis ont la mission de répandre leur système politique et économique jugé meilleur, c’est le principe de messianisme qui s’applique ici. Des facteurs économiques sont à l’oeuvre : les États-Unis ont besoin de débouchés. Le Japon s’est lui aussi taillé un Empire colonial : Formose, Corée, Mandchourie, côte chinoise.

Néanmoins, comme le montre Jacques Marseille, un Empire colonial est un fardeau pour la métropole.

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Bilan de la colonisation en 1914

Qui a tiré profit de la colonisation ?

Il est difficile d'apporter une réponse claire à cette question. Les Européens ont apporté des progrès médicaux en Afrique, mais le bilan reste très négatif pour les pays colonisés. L’industrie indienne n’arrive elle pas à se développer face à la concurrence britannique. En Algérie, les populations indigènes sont spoliées. Les industries européennes ruinent l’artisanat local (cuir, tapis) au Maghreb.

Les métropoles se sont-elles enrichies ?

Dans Empire colonial et capitalisme français. Histoire d’un divorce, publié en 1884, par Jacques Marseille montre que l’Empire colonial a été une très lourde charge pour la France. La colonisation a eu un coût direct de l’armée et de l’administration. La France fait une part très modeste de son commerce avec ses colonies. Les colonies sont des marchés captifs engendrant la facilité.

À qui profite donc la colonisation ? À des groupes privés qui se sont enrichis, comme les armateurs des ports de Marseille et de Bordeaux.

II

Les débuts du capitalisme

A

Origines et épanouissement du capitalisme

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Les origines du capitalisme

Max Weber, dans l’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, publié en1905, met en avant le lien entre protestantisme et capitalisme, entre morale puritaine du calvinisme et rationalisation économique. Dans le cadre du catholicisme, on retrouve au contraire une exaltation de la pauvreté. Chez les calvinistes, on ne dépense pas, on investit.

Le calviniste va chercher à réussir pour y voir un signe de Dieu, c'est la prédestination. On y retrouve le culte du travail et de l’austérité, qui mène à la richesse.

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L'épanouissement du capitalisme au XIXème siècle

Au travers de grappes d’innovations par exemple, le capitalisme prend son envol au 19ème siècle. L’introduction du machinisme crée une division du travail. Au XIXème siècle naissent les grandes bourses de commerce, où sont fixés les prix des grandes denrées : bourse du blé à Chicago, bourse du café à Sao Paulo, bourse du caoutchouc à Singapour. Jusqu’à la fin du XIXème siècle, le libéralisme est total, ensuite le travail est régulé par l’État.

B

Les entreprises capitalistes

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Les différentes formes d'entreprises

Le capitalisme prend des formes différentes selon les pays, et les entreprises n'échappent pas à la règle. Entre l'entreprise fordiste qui triomphe aux Etats-Unis, puis en Europe, et le Zaibatsu japonais, l'écart est grand.

Les Zaibatsu (« clans financiers ») se développent dès le début de l’ère Meiji en 1867 au Japon, où l’Etat a soutenu la croissance en rétrocédant des grandes entreprises publiques à la fin du XIX° siècle aux grandes familles Japonaises. Leur caractère très fermé permet d'éviter l'intrusion de capitaux étrangers.

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Les concentrations d'entreprise

On voit naître les premiers trusts, des grandes entreprises qui possèdent des positions fortes, voire dominantes, sur plusieurs marchés proches, au sein d'un secteur industriel. Les entreprises se concentrent pour accomplir en interne un maximum de fonctions et éviter le recours à l’extérieur. L’historien de l’entreprise Alfred Chandler écrit : « la main visible de la firme se substitue à la main invisible du marché » dans le capitalisme moderne.

Avec la concentration, on voit également apparaître les cartels. Un cartel est un oligopole où quelques vendeurs obtiennent le contrôle d'un marché par entente formelle. Le premier cartel est le cartel du phosphate en Allemagne en 1880. En période de crise, les cartels se multiplient : « Les cartels sont les enfants des mauvais jours ».

C

Mouvements de capitaux et commerce international

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Le flux des exportations de capitaux

Entre 1870 et 1913, le montant annuel des investissements extérieurs a plus que triplé par rapport à la croissance du commerce mondial. Le Royaume-Uni fournit 44% des flux de capitaux, la France 20%, l’Allemagne 13%.

L’Allemagne place ses capitaux dans l’Empire ottoman.Les Allemands créent le chemin de fer BBB Bahn (Berlin, Byzance, Bagdad) à partir de 1903. Les investissements ne se font que sur des zones très concentrées, des enclaves minières ou des plantations.

En Amérique centrale, on assiste à une concentration des investissements américains (culture de bananes). Le poids des Américains est tel qu’ils gouvernent de facto ces territoires, nommées "Républiques bananières".

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Les conditions du commerce international

La Grande-Bretagne, puissance navale, s’assure très tôt le contrôle de positions clés sur les grands axes maritimes (Gibraltar, Le Cap, Ceylan, Singapour, Hong Kong) jalonnant ainsi toute la route des Indes de points de ravitaillement qui se révèlent fondamentaux pour la navigation à vapeur.

À la fin du XIXème siècle, alors que l’industrialisation conforte l’intérêt de détenir des réserves de matières premières, les conquêtes coloniales connaissent une soudaine accélération. Les Européens qui ne contrôlaient qu’un dixième du continent africain en 1860 l’ont totalement colonisé en 1914, dans le cadre de règles fixées à la conférence de Berlin en 1884-1885. A cette époque les Américains, les Anglais, les Français, les Allemands, les Russes et les Japonais se partagent la Chine.

On assiste à une explosion du commerce grâce à une amélioration des transports, des monnaies gagnant en stabilité et un assouplissement des régimes douaniers (sauf pour les produits agricoles). L'explosion du commerce s'explique aussi par un effondrement du prix du transport : avec le percement du canal de Suez, le coût d’une tonne transitant de Marseille à Saigon passe de 900 à 80 francs. Le percement du canal rend stratégique la Méditerranée et le Moyen-Orient.

À partir de la décennie 1880, grâce à la réfrigération, la viande argentine arrive en bon état en France après avoir franchi l’équateur et les deux tropiques.

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