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Chapitre 2 :
La Seconde Guerre mondiale

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La Seconde Guerre mondiale

Impliquant quasiment tous les États concernés d’une manière ou d’une autre, la Seconde Guerre mondiale débouche sur un après-guerre lui aussi planétaire, mais qui repose sur un renversement d’alliance. Les deux grands vainqueurs, les États-Unis et la Russie, qui avaient en commun pendant les années trente un isolement voulu, sont désormais responsables de l’organisation du monde. L’histoire de l’après-guerre peut-elle être autre chose que la confrontation de ces deux modèles ?

  • 1936 : Plan de quatre ans, préparation de l’Allemagne à la guerre
  • 1937 : Le Japon entre en guerre contre la Chine
  • Septembre 1939 : Invasion de la Pologne, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l’Allemagne.
  • Mars 1941 : Loi prêt bail, les États-Unis deviennent « l’arsenal des démocraties »
  • Avril 1941 : L’Allemagne attaque l’Urss
  • 7 décembre 1941 : Pearl Harbor, les États-Unis déclarent la guerre au Japon
I

La domination des forces de l’Axe

Les premières opérations de la Seconde Guerre mondiale semblent faire la démonstration de la supériorité de l’axe sur les alliés occidentaux dans la mobilisation des moyens industriels et économiques, qui permet à l’Allemagne de conquérir presque toute l’Europe occidentale, et au Japon d’occuper l’Asie Pacifique sans rencontrer de réels obstacles militaires.

Ces succès sont le fruit d’une militarisation totale de ces deux pays dans les années qui précèdent le conflit et d’une intense préparation qui donnent pour objectif aux économies de fournir les moyens industriels d’une guerre de conquête fondée sur la supériorité quantitative des armes mécaniques.

Mais, les difficultés grandissantes de ces pays à faire face à une guerre longue révèlent la faiblesse intrinsèque d’organisations dans lesquelles l’idéologie prend le pas sur la rationalité économique et qui prennent trop tardivement conscience de l’intérêt de l’innovation technologique dans la mise au point d’armements nouveaux. Enfin, en dépit ou à cause du pillage des territoires conquis et de l’exploitation brutale et inhumaine du travail des peuples asservis, ces systèmes s’avèrent incapables de tenir leurs conquêtes.

A

La guerre de conquête du Reich

La Wehrmacht passe de 650 000 hommes en 1935 à 1 200 000 en 1936, et organise la mobilisation générale de 13 millions d’hommes au plus fort de la guerre.

En 1939, à la veille de la déclaration de guerre, le président de l’Institut de la main d’œuvre estime qu’il manque à l’Allemagne 500 000 ouvriers et la mobilisation ne fera qu’aggraver le problème. C’est l’effet de surprise et l’inertie de ses adversaires qui laissent Hitler lancer entre 1939 et 1941 successivement cinq offensives conçues sur la même stratégie de la guerre-éclair, qui permettent à l’Allemagne de l’emporter sur le continent européen.

Disposant des territoires et de leurs populations comme une métropole vis-à-vis de ses colonies, l’Allemagne ne dépassera pas le stade de l’exploitation de ses conquêtes par le pillage, les réquisitions, l’usage abusif des accords de clearing et la manipulation monétaire conduisant à une surévaluation arbitraire du reichsmark par rapport aux monnaies nationales. L’Europe continentale a ainsi fournit au Reich entre le quart et la moitié de ses besoins en charbon, fer, bauxite. La France doit payer à partir de l’été 1940 300 millions de francs par jour, somme bien supérieure au montant des frais d’occupation. Le montant total de ce que la France a été conduite à verser à l’Allemagne a été évaluée à 659 milliards de francs.

Le PIB allemand passe d’un indice 100 en 1913 à 165 en 1939, 190 en 1944, avant de retomber à 130 en 1945. Celui de la France passe de 140 en 1939 à 97 en 1944.

B

La difficile adaptation de l’Allemagne à une guerre longue

En 1941, tandis que les armées du Reich s’élancent à l’assaut de l’Urss, Hitler s’inquiète moins des capacités de production d’armements sur le long termes que du risque de baisse du niveau de vie des Allemands. Or, alors que la production civile n’a été réduite en 1941 que de 3% par rapport à 1940, la production de munitions a reculé de 67% pour l’artillerie. Conduite dès 1942 à s’adapter à une guerre longue en raison de la résistance des Soviétiques et l’entrée en guerre des États-Unis, l’Allemagne se trouve dans l’obligation de repenser l’organisation de son économie de guerre.

A. Speer qui prend en charge le ministère des armement obtient d’instaurer et de diriger en Allemagne une véritable économie centralisée pour mobiliser les moyens du Reich. Le nouveau ministre doit s’atteler à régler le problème le plus aigu qui est celui du manque de main-d’œuvre en raison de la mobilisation sur les théâtres d’opérations de masses d’hommes de plus en plus considérables (13 millions en 1945), et de l’obstination des nazis à refuser le recours au travail des femmes allemandes. Dans ces conditions Speer estime préférable de maintenir sur place dans les territoires occupés et dans les pays satellites de l’axe, de la main d’œuvre pour produire le matériel de guerre.

Or c’est le point de vue des dignitaires nazis qui l’emporte : toute la production sera concentrée dans les usines allemandes en prélevant dans l’Europe occupée les millions de travailleurs dont elle a besoin. Cette mobilisation permet le triplement de la production d’armement entre 1942 et 1944.

C

L’incapacité économique du Japon à soutenir l’effort de guerre

Malgré la conquête d’un vaste espace colonial qui constitue une véritable sphère commerciale et monétaire, le Japon reste très dépendant du monde occidental et notamment des États-Unis qui lui fournissent en 1933 les deux tiers de ses biens d’équipement et 90% de son pétrole.

L’attaque contre la Chine en 1937 suscite l’indignation des occidentaux et la rupture en 1939 du traité de commerce avec les États-Unis, garantie de ses approvisionnements stratégiques, va amplifier le besoin d’expansion du Japon et entraîner la colonisation de nouveaux territoires asiatiques.

Les Japonais, déjà maîtres de la Chine de Pékin à Canton, et installés dans l’Indochine française à la suite d’un accord avec le régime de Vichy vont alors s’emparer successivement de la concession britannique de Hong Kong en 1941, puis du Siam et de la Birmanie, des Indes néerlandaises, de la Nouvelle Guinée et des Philippines, ainsi que de centaines d’îles dans le Pacifique.

En Asie, le Japon s’efforce de présenter ses conquêtes comme une attaque dirigée contre la domination du monde occidental dans le région, en s’appuyant sur les sentiments anti-européens que les excès de l’exploitation coloniale ont exacerbés. Dans cet esprit, il propose en 1940 aux pays conquis une union pan asiatique ayant pour volet économique l’établissement d’une sphère de coprospérité bénéficiant à tous.

Dans les faits, la notion de coprospérité reste au niveau de slogan. En réalité, cette organisation permet au Japon d’accaparer des ressources considérables : l’essentiel du caoutchouc mondial, la moitié de l’étain, du charbon et du pétrole en abondance, notamment dans les Indes néerlandaises. Ce pillage s’accompagne d’exactions envers les populations. Non seulement les Japonais ne les traitent pas mieux que les colons occidentaux dont ils prétendent les délivrer, mais ils se comportent avec une brutalité qui laisse en Chine et en Corée un souvenir épouvantable (300 000 morts dans les massacres de Nankin).

De plus, les coups portés à la flotte de commerce par les Américains amenuisent progressivement les approvisionnements et provoquent à la fin de la guerre un effondrement des industries de base. Enfin, la concentration des conglomérats industriels dans les grandes agglomérations facilite leur destruction par l’aviation américaine. Seul l’émiettement géographique des possession japonaises – les Américains doivent progresser île par île, archipel par archipel – et le fanatisme des militaires expliquent la difficulté des États-Unis à venir à bout d’un pays complètement épuisé dont la population est soumise dès le printemps 1944 à un régime de famine et qui en est réduit à envoyer à la mort des kamikazes dans des avions de fortune, voire des planeurs.

II

Le bilan d’un monde à reconstruire

Des destructions et des pertes humaines sans commune mesure avec celles de la Première Guerre mondiale, le choc qui suit la découverte des camps, l’explosion des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki donnent à cet après-guerre une dimension tragique, d’autant que la rupture entre Américains et Soviétiques, alliés de circonstances pendant le conflit, ouvre une période lourde de nouvelles menaces.

Les États-Unis et l’Union Soviétique dont la guerre a renforcé la puissance ne veulent pas s’entendre pour organiser la reconstruction et la paix dans le monde.

A

L’ampleur des destructions

Le nombre de morts victimes de la Seconde Guerre mondiale est généralement évalué à 50 millions. Les destructions en URSS ont été chiffrées par une commission soviétique à l’équivalent des investissements des quatre premiers plans quinquennaux. C’est la première victime de la guerre. En Allemagne également le bilan est désastreux : 70% des immeubles de la Ruhr sont rasés. En France, une maison sur vingt est détruite. La production industrielle pour un indice 100 en 1938 est à 35 en 1944. La moitié du tonnage de la flotte de commerce et du matériel ferroviaire manque.

L’URSS perd 9,5 millions de civils et 7,5 millions de militaires. L’Allemagne perd 3 millions de civils et 2,5 millions de militaires. Les États-Unis ne perdent aucun civil et "que" 300 000 militaires.

B

La nouvelle donne géopolitique et géoéconomique du monde

Aux États-Unis, la production d’automobiles est multipliée par 40 entre 1945 et 1948. En 1948, les compagnies aériennes transportent sur les lignes intérieures 350 000 passagers contre 50 000 en 1940. Ce retour à la consommation de masse aux États-Unis apparaît d’autant plus spectaculaire que les populations des grands pays industrialisés d’Europe occidentale dont les capacités productives sont pour la plupart détruites, vivent de grandes difficultés matérielles.

Au delà d’un bilan industriel impressionnant, quoiqu’il n’ait rien avoir avec celui des États-Unis, la guerre a donné aux Soviétiques l’occasion de rompre leur isolement. Sur le plan diplomatique, Staline a pu s’imposer au plus haut niveau, aux cotés de Churchill et Roosevelt, en tant que dirigeant de la grande puissance continentale sans laquelle aucun règlement de la guerre en Europe et en Asie ne pouvait être envisagé. Sur le plan politique, le bénéfice moral que tire l’Urss du rôle déterminant qu’elle a eu dans la victoire sur le fascisme, de l’importance des destructions qu’elle a subi et des souffrances endurées, rejaillit sur l’ensemble des partis communistes.

Les États-Unis se souviennent que leur attitude de repli après la Première Guerre mondiale avait beaucoup contribué au développement en Europe de difficultés financières et économiques qui avaient favorisé l’émergence du nationalisme et l’implantation des partis communistes. L’aide américaine n’est pas offerte de manière bilatérale mais à un ensemble de pays sous réserve d’acceptation des conditions posées par Washington, c’est-à-dire l’abaissement des barrières douanières, la mise en place d’institutions pour répartir cette aide. Pour Truman en 1947, « les germes des régimes totalitaires sont nourris par la misère et le besoin. Ils se répandent et grandissent dans la mauvaise terre de la pauvreté et de la guerre civile ».

C

L’édification d’un nouvel ordre mondial

La signature en février 1945 par Roosevelt, Churchill et Staline des accords de Yalta qui proclament les principes d’une Organisation des Nations Unies finalise un processus engagé lors de la conférence de Téhéran en 1943. La signature le 26 juin 1945 à San Francisco de la charte des Nations Unies par 51 États qui ont participés à la guerre contre les puissance de l’axe exprime l’engagement commun de fixer des droits fondés internationalement pour les peuples et les États. La Déclaration universelle des droits de l’homme, rédigée par René Cassin, proclamée en 1948, réaffirme cette conception d’un monde libre et ouvert.

Le souvenir des tensions politiques et des crises engendrées par les difficultés à résoudre les problèmes monétaires et financier au lendemain de la Première Guerre mondiale convainc les États-Unis et le Royaume-Uni de la nécessité de l’organisation collective d’un nouveau SMI. À Bretton Woods en 1944, seul un système de change fixe semble en mesure d’assurer la stabilité des monnaies, permettant la reprise des échanges multilatéraux à l’échelle internationale, et la disparition des systèmes cloisonnés et autarciques des années trente porteurs de conflits.

«Ce n’est pas la fin de la guerre, mais la fin de cette guerre » affirme Jean Paul Sartre en 1945. C’est bien le premier paradoxe de la conclusion du second conflit mondial que de déboucher sur l’ouverture d’un nouvel affrontement, celui des deux principaux vainqueurs que la guerre a révélé comme « les deux Grands ». La guerre froide qui oppose désormais les États-Unis à l’Urss et leurs alliés dans chacun des deux camps, si elle ne conduit pas à une confrontation militaire directe, empêche le rétablissement d’un monde ouvert auquel les occidentaux avaient aspirés. Elle aura, de plus, un impact économique puisqu’elle contraindra les deux camps à consacrer à leur sécurité une part non négligeable de leurs ressources, tout en constituant un puissant stimulant technologique pour leurs industries.

Enfin, et c’est le second paradoxe, alors que les deux alliés ont été conduits à mener une guerre terrible pour défendre la démocratie et le droit des États nations, empêcher l’avènement en Europe d’un empire totalitaire, le troisième Reich, leur victoire contribue à renforcer d’autres hégémonies. D’une part, l’empire soviétique qui, non seulement replace l’Urss pratiquement dans les frontières de l’empire russe d’avant 1914, mais au-delà de son influence sur les États d’Europe centrale et orientale sans leur laisser le choix. D’autre part l’impérialisme américain qui rallie le monde occidental au modèle des États-Unis et qui cherche à l’imposer ailleurs. Dans ce contexte géopolitique de l’immédiat après-guerre il semble que les nations n’ont pas d’autres choix que de se déterminer par rapport à l’un ou à l’autre.

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