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Chapitre 5 :
La décolonisation : Un phénomène majeur de l’après-guerre

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La décolonisation : Un phénomène majeur de l’après-guerre
I

Complexité et montée vers l'indépendance

A

La décolonisation est un débat complexe

1

Des opinions publiques attachés à leurs colonies

Si les Américains reconnaissent l’indépendance des Philippines dès 1946, en revanche, les puissances coloniales, surprises par la rapidité et la violence des revendications, ne sont pas préparées à une telle situation.

Pour la plupart des métropoles, la possession d’un empire colonial reste la base, voire le symbole, de leur puissance.

Face au déclin progressif de leur rôle sur la scène internationale, les États européens cherchent à préserver un empire qui a été l’un des moteurs de leur force, leur assurant des zones d’influence considérables et apparaissant comme le signe de leur vocation mondiale.

Les possessions d’outre-mer sont à leurs yeux un atout pour ne pas rétrograder au rang de puissances de second ordre. Dans l’esprit de l’opinion publique britannique, l’empire reste attaché à l’apogée de la puissance anglaise — le règne de Victoria —, tandis qu’en France, comme aux Pays-Bas, l’armée et une partie importante de l’opinion publique, marquées par le souvenir de la débâcle de 1940, perçoivent tout abandon de colonie comme le signe d’une nouvelle défaite.

À cela s’ajoute le poids, variable selon les colonies, des minorités européennes. Plus leur présence est importante et leur pression forte et relayée en métropole par des partis et des lobbies, plus il s’avère difficile pour les puissances coloniales de conduire une décolonisation pacifique, comme en témoigne le rôle joué durant la guerre d’Algérie par les Français d’Algérie, qui sont à l’origine de la crise finale qui emporte la Ive République.

2

Le coût économique des colonies

Les intérêts économiques en jeu sont également un des facteurs qui rendent la décolonisation problématique. Offrant matières premières, ressources et débouchés commerciaux, les pays colonisés ont, avant 1939, une importance certaine dans l’économie des métropoles.

Mais, après 1945, la nécessité de mener des opérations militaires de plus en plus nombreuses, d’entretenir sur place des troupes et des moyens logistiques de plus en plus importants pour tenter de freiner la montée des mouvements nationalistes, suscitent en métropole des critiques et des remises en cause de la politique coloniale.

Il devient bientôt évident, pour un certain nombre de puissances telles que la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, que les colonies coûtent plus qu’elles ne rapportent, ce qui a pour conséquence d’inciter ces puissances à se désengager progressivement. Cette théorie est défendue en France par le journaliste, codirecteur de Paris- Match, Raymond Cartier, d’où son nom de cartiérisme, qui dénonce la lourdeur de la charge coloniale sur le plan économique, contraignant la métropole à réduire ses propres investissements chez elle.

3

Le rôle des Etats-Unis et de l'URSS

À cette remise en cause économique du système colonial s’ajoute également une forte pression de la part des deux « super-grands », les États-Unis et l’URSS, à l’égard surtout de la France et de la Grande-Bretagne. Américains et Soviétiques voient dans la décolonisation le moyen non seulement d’affaiblir les États européens mais également de consolider leur nouvel ordre mondial.

Favorisant les mouvements indépendantistes, ils entendent bien prendre la place des anciennes puissances coloniales tout en se gardant de mener la même politique dans leurs zones d’influence respectives. L’anti-impérialisme n’empêche pas l’URSS de maintenir sa domination sur l’ex-empire tsariste et sur les pays satellites d’Europe centrale et orientale ; le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ne modifie pas l’attitude des États-Unis en Amérique latine, qu’ils considèrent comme leur chasse gardée.

Mais leur soutien aux peuples colonisés joue néanmoins un rôle important dans la décolonisation.

B

La montée vers l'indépendance

1

Les débuts difficiles de la décolonisation

À partir de 1950, cette dernière connaît une phase d’accélération grâce aux premiers succès enregistrés par les mouvements nationalistes. Les pays ayant accédé à l’indépendance deviennent en effet des références pour les États encore sous tutelle, qui se lancent à leur tour dans la lutte anticolonialiste.

L’indépendance de l’Inde puis de l’Indonésie, la création de la Ligue arabe (1945), la conférence de Bandung (1955) ou bien encore la guerre d’Indochine (1946-1954) nourrissent les revendications des peuples coloniaux et conduisent les métropoles à infléchir leur politique.

Mal préparées à cette décolonisation, elles ne savent pas, le plus souvent, mener le processus conduisant à l’indépendance de la colonie. Cette impuissance à trouver une solution politique est en fait en grande partie due à la nature même de la colonisation.

Les relations politiques et économiques entre la métropole et ses colonies ont pour conséquence une désagrégation des structures sociales dans les pays colonisés. S’appuyant sur des élites traditionnelles ou bien les désagrégeant, sur certaines ethnies au détriment d’autres, suscitant de nouvelles élites occidentalisées tout en les excluant des véritables responsabilités, les puissances coloniales nourrissent de violentes contradictions favorisant l’émergence de mouvements nationalistes complexes et tiraillés, où se mêlent modernité (État laïc, socialisme) et tradition (clans, identité culturelle et religieuse), contribuant à rendre la décolonisation plus difficile, voire plus violente.

Aussi l’accession à l’indépendance s’accompagne-t-elle souvent de conflits interraciaux ou religieux que les métropoles n’ont fait qu’entretenir par la colonisation et n’ont pas su apaiser au moment de la décolonisation. Le désengagement soudain et total de la Belgique au Congo comme au Rwanda et au Burundi est suivi de terribles guerres civiles.

De même, le départ des Britanniques en Inde s’accompagne en 1947 d’un conflit entre hindous et musulmans (voir indo-pakistanais, conflit) qui s’achève par la partition du sous-continent et la création de deux États séparés : l’Inde et le Pakistan.

Cependant, l’ampleur prise par le problème au lendemain de la Seconde Guerre mondiale conduit les principales puissances coloniales à s’interroger sur l’avenir de leur empire. La réponse des métropoles à cette situation est très différente selon les cas mais deux grandes stratégies se dégagent.

2

La position de la France

Après avoir manifesté une certaine inertie afin de préserver une sécurité illusoire, la France s’engage dans la voie de la répression pour sauvegarder ses intérêts. Certes, la conférence de Brazzaville, sous l’impulsion du général de Gaulle en 1944, insiste sur les progrès économiques et sociaux à mener dans l’empire.

La création de l’Union française, par la Constitution de 1946, tente également de favoriser l’autonomie administrative des colonies : elle garantit l’accès des autochtones à tous les emplois, et leur donne une représentation politique plus large. La France semble s’engager dans une solution fédéraliste et témoigne de sa volonté conciliatrice. Mais, très vite, la peur de voir se désagréger l’empire amène les gouvernements de la IVe République à mener une politique répressive.

L’influence notamment de la tradition jacobine fait que la France préfère se lancer dans la voie de la progressive assimilation par une intégration complète des colonies à la métropole, qui doit à terme faire de tous les autochtones des citoyens français.

3

La position du Royaume-Uni

La Grande-Bretagne, qui avait pris conscience du problème dès l’entre-deux-guerres, tente de profiter des structures souples et évolutives du Commonwealth mises en place par le traité de Westminster en 1931, pour favoriser l’instauration d’un self-government des élites locales, afin de garder des liens politiques, et plus encore économiques. L’idée de domination doit être remplacée par celle d’association volontaire.

L’arrivée au pouvoir des travaillistes en 1945 favorise cette évolution. Le financement du Welfare State (État-providence) voulu par les travaillistes, suppose en effet une réduction des autres dépenses, donc un abandon progressif de l’empire, et ce d’autant plus que, pour la gauche britannique, l’empire a constitué les bases qui ont permis aux élites conservatrices d’asseoir leur pouvoir.

II

La décolonisation violente

A

Les expériences britanniques de décolonisation violentes

1

Répression sanglante au Kenya et en Malaisie

La Grande-Bretagne est aussi confrontée à des émeutes et des soulèvements. Face à l’insurrection des Mau-Mau au Kenya ou à la guérilla communiste chinoise en Malaisie, la répression est brutale avant que ces deux pays n’accèdent à l’indépendance.

2

L'échec d'une transition pacifique en Rhodésie du Sud

En Rhodésie du Sud (actuel Zimbabwe), Londres s’avère incapable d’organiser un processus politique pacifique. La minorité blanche décrète en 1965, unilatéralement, l’indépendance sur la base d’un régime raciste et d’apartheid similaire à celui de l’Afrique du Sud.

B

La décolonisation hollandaise

Les Pays-Bas, pour qui la présence militaire est devenue trop coûteuse, reconnaissent la souveraineté de l’Indonésie dirigée par Sukarno après une guerre violente de près de quatre années (1945-1949).

Ils conservent encore la Guyane hollandaise mais, forts de leur expérience indonésienne, ne s’opposent pas à son accession à l’indépendance sous le nom de Suriname en 1975.

C

La décolonisation portugaise

Le Portugal se lance également dans de longs et difficiles conflits au Mozambique, en Angola et en Guinée-Bissau, y consacrant une part très importante de son budget.

Mais l’échec du régime d’Antônio de Oliveira Salazar à vaincre ces mouvements nationalistes entraîne sa chute. La révolution des Oeillets en 1974 ouvre la voie à l’indépendance des possessions d’outre-mer, qui devient effective en 1975.

D

La décolonisation française

1

Les crises de la décolonisation

La France connaît un problème colonial important qui entraine de graves crises qui aboutissent à la naissance de la Ve République.

Cela s'explique par des facteurs internes (absence de conception globale de la décolonisation, manque d'une volonté politique forte des gouvernements de 1945 à 1958 et du désintérêt affiché de l’opinion publique métropolitaine) et externe (évolution de la situation internationale).

L'Indochine

Ainsi, le conflit d’Indochine se déroule en grande partie dans un contexte de guerre froide liée à la prépondérance des communistes dirigés par Hô Chi Minh dans le mouvement nationaliste et à la proximité de la Chine de Mao Zedong.

Huit années de guerre (1946-1954), le désastre de Diên Biên Phu (mai 1954) et le refus des Américains de lui venir en aide sont nécessaires pour que la France signe les accords de Genève le 20 juillet 1954.

Elle accorde ainsi l’indépendance au Viêt Nam ainsi qu’au Laos et au Cambodge, et se retire de cette région du monde.

Madagascar

À Madagascar, le soulèvement nationaliste en 1947 est suivi d’une répression très violente qui fait plusieurs dizaines de milliers de victimes.

Les Malgaches n’accèdent à l’indépendance qu’avec le mouvement général d’émancipation de l’Afrique noire française, en 1960.

L'Algérie

Enfin, en Algérie, la France s’engage dans l’une des plus longues guerres de la décolonisation (1954-1962) contre le FLN, en raison de la présence d’une forte minorité de colons.

2

Le tournant français

La crise du canal de Suez

L’échec de l’expédition de Suez (1956) marque un tournant décisif, parce que la France ne peut manifestement plus agir sans l’assentiment des Américains.

La fin de la guerre d'Algérie

Malgré l’envoi du contingent et un succès militaire sur le terrain, la France ne peut se maintenir en Algérie. Le général de Gaulle, arrivé au pouvoir grâce à la pression des colons et de l’armée, sait conduire le processus menant à l’indépendance. Elle est acquise lors des accords d’Évian, signés le 18 mars 1962, et met fin à cent trente années de présence française.

III

La décolonisation pacifique

A

L'exemple britannique

La Grande-Bretagne conduit une décolonisation pacifique dans plusieurs pays. Cela ne signifie pas tout à fait que la décolonisation s’y est faite sans violence et les affrontements religieux ou interéthniques ont parfois été favorisés par ce désengagement rapide.

1

La décolonisation britannique en Asie

La Grande-Bretagne s’engage très rapidement après la guerre dans la voie d’une décolonisation globale.

Ainsi, en Asie, ce sont successivement l’Inde et le Pakistan en 1947, le Sri Lanka et la Birmanie en 1948 qui accèdent à l’indépendance. Après l’Asie, c’est au tour des pays du bassin méditerranéen.

2

La décolonisation britannique dans le bassin méditerranéen

Les Britanniques se désengagent de Palestine en 1948 et de Chypre en 1960. Ils laissent dans ces deux pays les communautés antagonistes (Juifs et Palestiniens, Grecs et Turcs) face à face.

Puis vient le tour de Malte (1964), où ils perdant le contrôle d'une région autrefois très importante pour leur commerce.

3

La décolonisation britannique en Afrique

En Afrique, les Britanniques tentent dans un premier temps de favoriser un compromis par « l’association des races » afin que les colons blancs puissent conserver une partie du pouvoir.

Mais, face à l’hostilité des populations noires, Londres se résout à accepter la thèse du nationalisme sans pluralité de races. Ainsi, le Ghana (1957), le Soudan anglo-égyptien (1956), le Nigeria (1960), la Sierra Leone et le Tanganyika (actuelle Tanzanie) (1961) accèdent à l’indépendance.

Toutes le font sous l’impulsion de grandes formations politiques noires dans lesquelles le personnel gouvernemental est recruté. Ainsi, Julius Kambarage Nyerere devient le premier président du Tanganyika alors qu'il est à la tête de la Tanganyika African National Union (TANU, « Union nationale africaine du Tanganyika ») et hostile à toute parité raciale. Dans le même temps, Milton Obote, le leader de l’Uganda People’s Congress (UPC, « Congrès du peuple ougandais »), prend la direction des affaires en Ouganda lorsque ce pays recouvre sa pleine souveraineté en 1962.

4

Le bilan de la décolonisation britannique

La plupart de ces nouveaux États restent membres du Commonwealth. Mais, la demande d’adhésion de la Grande-Bretagne au Marché commun en 1962 manifeste l’évolution économique et politique des Britanniques. Du repliement sur leur empire, ils passent à une stratégie d’intégration européenne témoignant du recul de l’influence britannique dans le monde.

Par ailleurs, l'influence britannique s'effondre au Moyen-Orient, où les pays de la zone se regroupaient dans le pacte de Bagdad sous la protection des Américains. Dans la même perspective, la Nouvelle-Zélande et l’Australie intègrent I’ANZUS (abréviation de Australia, New Zeland and United States), préférant Washington à Londres.

Par contre, la gestion de la décolonisation britannique est réussie. L’absence de violence et la relative facilité de ces diverses entreprises de décolonisation incitent nombre d’historiens à mettre en avant l’exemple de la Grande-Bretagne.

ils instaurent en ça un parallèle avec les autres empires coloniaux tels que ceux de la France, des Pays-Bas et du Portugal, États qui n’ont pas su conduire le processus d’accession à l’indépendance de leurs possessions d’outremer et ont eu à supporter des guerres longues et coûteuses. Mais cette opposition ne recouvre que partiellement la réalité.

B

L'expérience française d'une décolonisation pacifique

1

La décolonisation française en Afrique subsaharienne

La France a su réussir la décolonisation de l’Afrique subsaharienne. Grâce aux différentes étapes que sont l’Union française (1946), puis la loi-cadre Defferre qui établit un régime d’autonomie interne, la transition réformatrice est privilégiée et aboutit à une émancipation progressive et pacifique.

L’absence d’intérêts économiques majeurs et d’une forte minorité d’Européens dans ces colonies favorisent la mise en place de cette solution, ainsi que l’attitude des grands meneurs indépendantistes africains, aux idées et à la culture francophiles, qui mènent une stratégie souple, ne s’engageant jamais dans l’affrontement direct avec la métropole mais au contraire y cherchant des appuis.

Et même si la Communauté française — créée par de Gaulle en 1958, qui instaure une autonomie interne complète tandis que la politique extérieure reste du domaine de la France — est un échec sur le plan politique, les pays africains accédant à l’indépendance sans conserver aucun lien avec la métropole, elle permet à la France de maintenir de bonnes relations avec les pays de l’Afrique équatoriale française (AÉF) et de l’Afrique occidentale française (AOF), qui demeurent dans sa zone d’influence.

Astuce

Félix Houphouêt-Boigny, député de Côte d’Ivoire à l’Assemblée nationale (1946-1959) et plusieurs fois ministre sous la Ive République, fondateur du Rassemblement démocratique africain (RDA), et Léopold Sédar Senghor, partisan d’un métissage entre la culture française et ses racines africaines, jouent un rôle primordial dans cette évolution.

2

La décolonisation française au Maroc et en Tunisie

La même situation se présente au Maroc et en Tunisie, où la France joue la fermeté dans un premier temps : l’arrestation de Bourguiba et des meneurs nationalistes tunisiens, la déposition et la déportation du sultan Mohammed V sont la réponse initiale de la métropole face à un mouvement indépendantiste qui ne cesse de se développer.

Cependant, Pierre Mendès France et son successeur, Edgar Faure, prennent vite conscience du fait que la France n’a pas les moyens de mener de front de nouvelles guerres coloniales, alors que l’Algérie réclame de plus en plus de moyens, et préfèrent donc accompagner le processus de décolonisation, tout en préservant les liens politiques et économiques, c’est-à-dire l’essentiel. Cependant, même si le Maroc et la Tunisie accèdent rapidement à l’indépendance (1956), ces deux pays cherchent des appuis, auprès des Américains notamment, pour prendre leurs distances avec la France, et soutiennent dans sa lutte le Front de libération nationale (FLN) algérien.

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