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Chapitre 18 :
La sociologie allemande

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La sociologie allemande
I

Karl Marx

Karl Marx (1818-1883) est le fils d'un avocat, né dans une famille juive convertie au protestantisme. Marx passe sa jeunesse dans le milieu de la bourgeoisie éclairée, influencée par l'idéologie des Lumières et les idéaux de la Révolution française. Il étudie le droit et la philosophie.

À l'arrivée au pouvoir de Frédéric-Guillaume IV, il entre dans le journalisme d'opposition. Son engagement politique lui vaut l'exil à Paris, Bruxelles puis Londres où il vivra jusqu'à la fin de sa vie. Il participe à l'organisation du mouvement ouvrier avec la création de la Ligue communiste (1847) puis la fondation de la Première internationale (1864).

A

Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, 1852

1

Qu'est-ce qu'une classe sociale ?

Marx définit les classes sociales par rapport à leur position et à leur rôle dans le processus de fabrication. Marx distingue sept classes sociales : bourgeoisie industrielles, bourgeoisie financière, bourgeoisie commerciale, petite bourgeoisie (artisans, professions libérales, etc.), bureaucratie (fonctionnaires, militaires, etc.), prolétariat, sous-prolétariat.

À partir de ces sept classes sociales, Marx observe que le système capitaliste oppose deux grandes classes sociales : la bourgeoisie, classe dominante qui possède les moyens de production, et le prolétariat la classe dominée. Pour Marx, une classe ne peut exister que si elle a conscience d'être une classe. Il considère que « l'histoire de toute société est l'histoire de la lutte des classes » et que la lutte des classes conduit à la dictature du prolétariat, étape de transition vers une société sans classes.

2

Le rôle de l'Etat

Dans nos sociétés capitalistes, l'Etat est un instrument de domination au service de la classe exploitante. Il a pour finalité le maintien de l'exploitation du prolétariat par la bourgeoisie. Attention, l'Etat n'est pas une entité supérieure à la société. Bien au contraire, l'Etat émane de la société. Marx envisage un dépérissement de l'Etat dans le future.

En effet, le capitalisme n'est qu'un mode de production dans l'histoire et laissera place au socialisme puis au communisme. L'Etat sera nécessaire dans le socialisme comme instrument de domination au service du prolétariat. Il cessera d'exister sous le communisme où il n'existera plus de classes.

B

Le capital, 1867

1

Le matérialisme historique

Marx s'oppose à la philosophie de son temps selon laquelle l'histoire un caractère religieux. Bien au contraire, c'est l'homme qui modifie sa réalité en développant la production économique et sa vie matérielle. La production apparaît essentiellement comme un rapport social, c'est-à-dire que le mode de production est toujours lié à un mode de relations sociales.

Il existe plusieurs modes de production dans l'histoire : esclavagisme (sociétés antiques), féodalisme (société médiévales), capitalisme (société industrielles), socialisme et communisme. Marx distingue l'infrastructure (mode de production) et la superstructure (système politique et idéologies).

L'infrastructure détermine la superstructure car la base matérielle est à l'origine des formes du politique et du contenu de l'idéologie. On en déduit qu'il existe bien un déterminisme historique.

2

La théorie de la valeur

Marx reprend l'idée de la valeur-travail développée par Ricardo : la valeur d'un bien dépend de la quantité de travail direct et indirect nécessaire à sa fabrication. Mais alors que Ricardo considère le travail comme une commodité ordinaire, Marx juge l'expression «valeur du travail » incorrecte partant du principe que le travail est à l'origine de toute valeur.

Les salaires ne représentent pas la valeur du travail mais la location de la force de travail du salarié. Il propose l'explication suivante à l'origine du profit : de la valeur nouvellement créée, le salaire du travailleur ne représente que la part nécessaire à sa propre survie, le reste constituant la plus-value.

3

La circulation du capital

Le capitalisme est un mode de production qui a inversé la problématique de la transformation et de l'échange, qui a modifié le rôle de la monnaie. L'ancien cycle `M-A-M'` : la marchandise `M` prenait la valeur par l'échange et la monnaie A servait de pur intermédiaire.

Le cycle capitalisme `A-M-P-M'-A'` : l'argent (`A`) sert à acquérir des marchandises qui, transformées dans le processus de production (`P`) pour prendre de la valeur, permettent de réaliser la plus-value : `A'>A`

Plus précisément, on a le circuit `A' = A + deltaA`. La plus-value correspond à `deltaA`.

Cette plus-value vient d'une marchandise dont la consommation a une vertu particulière de créer de la valeur : la force de travail ; les travailleurs sont donc des portes-valeur. Le capitaliste paye au travailleur une valeur égale au temps nécessaire pour produire les marchandises qui vont lui permettre de se reproduire, lui et sa famille. Il s'agit du salaire de subsistance. Le surplus produit par le travailleur n'est pas versé au travailleur mais au capitaliste. Pour augmenter la plus-value, le capitaliste peut augmenter la quantité de travail ou baisser le salaire. Les capitalistes achètent donc des forces de travail et non le travail lui-même.

4

Le taux de profit

Le capitalisme est un stade historique important mais Marx prédit sa fin en se fondant sur la théorie de valeur-travail. Tout bien incorpore 3 sources de valeur :

  • Travail mort
  • Capital constant, noté `C`
  • Travail vivant, noté `V` 

On note également `S`, la plus-value.

Le taux de profit correspond à la formule :

`s / (c+v)`

ou, si l’on divise l’ensemble par v :

`((s/v)/[c/(v + 1)])`

L'intérêt des capitalistes est d'augmenter `S/V` (taux d'exploitation) donc le salaire doit être faible (au niveau du minimum de subsistance), mais deux limites apparaissent : la limite psychologique (un salaire trop faible nuit à la reproduction de la la force de travail) et la limite politique (révoltes).

`C/V` (composition organique) va augmenter car le capitalisme a tendance à substituer du capital au travail. Ainsi le taux de profit va diminuer car le dénominateur augmente plus vite que le numérateur. Le capitalisme a un penchant naturel pour la guerre puisqu'il recherche son extension géographique. Lorsqu'il ne pourra plus s'étendre le socialisme le remplacera.

Limites

Les limites de la prédiction de Marx sont les suivantes :

  • Les capitalistes peuvent employer du capital vivant si son prix est plus attractif que celui du capital constant.

  • La prédiction marxiste dépend de sa vision de la valeur et des économies communistes. La théorie de la valeur met en calcul `C – V – S` or `C` n'a de valeur que parce qu'il a été produit par `V` et est utilisé par `V`.

La crise est consubstantielle au système capitaliste car elle sert de résolution des contradictions du système et de régulation. Le capitalisme produit donc lui-même les conditions de sa chute inéluctable.

II

Georg Simmel

Georg Simmel (1859-1918) était un philosophe, psychologue et sociologue allemand. Ce qui caractérise la sociologie de Simmel, c’est l’analyse de l’individu sous différentes facettes (et la notion de « forme »). C’est un sociologue qui a été très étudié dans de nombreux pays sauf en France notamment à cause de Durkheim, à qui il s’opposait, et qui était à l’époque le chef de file de la sociologie française. Ce qui caractérise également la sociologie de Simmel, c’est qu’il va passer constamment d’une microsociologie à une macrosociologie.

A

Présupposés philosophiques

Pour Simmel, tout individu cherche à donner un sens à sa vie. Pour donner du sens à sa vie, il va créer des formes abstraites ou notions : des valeurs, de la religion, de l’espace-temps, des règles de civilité. Ces formes abstraites, ces valeurs, acquièrent une autonomie.

Les individus vont se positionner par rapport aux valeurs, ce qui leur permettra d’interagir. Les interactions entre les individus sont à l’origine de toute vie sociale parce que toute vie sociale est avant tout un échange humain. La vie sociale se développe uniquement à partir d’un besoin de sociabilité chez les individus.

La vision de Simmel dépasse la vision utilitariste de Marx pour qui toute vie sociale était dépassée par des échanges basés sur le profit. La vision de Simmel dépasse aussi la vision rationaliste de Weber où tout échange entre les individus a une signification. L’analyse de Simmel dépasse ces analyses où il y a introduction du subjectif, du sentiment individuel ; tout individu entre en interaction avec les autres individus car il en a simplement besoin.

B

Son œuvre sociologique

Dans Métropole et mentalité, Simmel s’intéresse à l’analyse sous différents angles du citadin.

Premier modèle :

Il s’intéresse au psychisme humain. L’individu est composé de deux facettes : le cœur (facette immuable) et la raison (intellect maîtrisable et adaptable).

Deuxième modèle :

La ville soumet l’individu à de nombreuses pressions fortes, inattendues et changeantes, ce qui émousse la sensibilité de l’individu. L’individu se protège de ces pressions en restreignant ses relations ou en rationalisant toutes ses actions.

Troisième modèle :

La prédominance de l’intellect est étroitement liée au développement économique. Les relations entre les individus dans les villes sont essentiellement organisées autour de l’économique et du quantitatif. Sans l’organisation du temps de la vie citadine, la vie serait le chaos.

Quatrième modèle :

Le citadin type se caractérise par deux traits essentiels qu’il faut comprendre :

  • Une attitude blasée provenant d’une baisse de la sensibilité personnelle. Dans les sociétés industrielles, l’augmentation de l’intellectualisation amène l’individu à se focaliser sur une seule valeur, le quantitatif, l’économique au détriment du qualitatif.

  • Le citadin se caractérise aussi par un individualisme plus prononcé qu’en milieu rural, ce qui s’explique par une absence de quadrillage de la population en ville (comme le commérage) et un choix plus important dans la différenciation (comme la mode) en ville qu’à la campagne.

Le citadin va donc chercher à se singulariser pour être reconnu dans la masse de la population citadine.

III

Max Weber

Issu d'une famille bourgeoise protestante, Max Weber obtient son doctorat de droit et une thèse d'histoire économique puis entreprend une carrière universitaire. A cause d'une grave maladie nerveuse, il doit réduire son enseignement. Durant cette période, il va voyager et découvrir la sociologie.

En 1919, il reprend l'enseignement et institue la sociologie comme discipline académique en Allemagne. Parallèlement à sa vie universitaire, Weber s'engage dans la vie politique : il critique la politique de Guillaume II et participe à la rédaction de la constitution de Weimar mais ses recommandations ne furent pas suivies.

A

Essai sur la théorie de la science, 1904

1

La sociologie est l'étude des actions sociales

Une action est une conduite à laquelle un individu accorde une signification et une intentionnalité. Une action sociale est une action entreprise en tenant compte des réactions des autres. Toute action sociale suscite des réactions des autres. Le sociologie va donc étudier les actions réciproques. La sociologie doit être compréhensive : l'acte social doit être compris de l'intérieur, c'est-à-dire qu'il faut s'interroger sur les intentions de l'individu.

2

La sociologie est différente des sciences de la nature

Les points communs :

La sociologie et les sciences de la nature ont toutes les deux des domaines infinis dont on ne peut donc pas expliquer la totalité.

Les différences :

Les sciences de la nature étudient des phénomènes qui se répètent naturellement et qui sont souvent reproductibles en laboratoire. On peut donc en tirer des lois générales. Ce n'est pas possible pour la sociologie car les phénomènes sociaux dépendent des motivations individuelles.

3

Un outil spécifique : l'idéal-type

Un idéal-type est une représentation simplifiée de la réalité construite en négligeant tout ce qui n'est pas caractéristique du phénomène étudié et en accentuant, au contraire, ses traits spécifiques. Ce modèle abstrait doit permettre de mettre en valeur la logique des relations sociales. Pour rendre compte de l'état d'esprit des chefs d'entreprise, Weber construit l'idéal-type de l'esprit du capitalisme. Il réduit leur système de valeurs au travail et à l'épargne.

B

L'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme, 1905

1

L'esprit du capitalisme moderne

Cet esprit se caractérise par la recherche rationnel et systématique du profit par l'exercice d'une profession. Il correspond donc à un nouveau système de valeurs : désormais, il faut vivre pour travailler et non plus travailler pour vivre. En particulier, cet esprit est un idéal-type se caractérisant par le travail et l'épargne.

2

La corrélation entre capitalisme et protestantisme

Alors que les catholiques peuvent trouver le salut dans le respect des dogmes de l'Eglise, les calvinistes sont persuadés que l'homme est prédestiné. Les protestants vont donc chercher des signes pour savoir s'ils sont élus. Or, la réussite professionnelle est un signe d'élection, c'est pourquoi ils vont se consacrer entièrement à leur travail. Les valeurs du protestantisme ont donc favorisé le développement de l'esprit du capitalisme et facilité indirectement l'essor du capitalisme.

C

Économie et société, 1909

1

La rationalisation des actions sociales

Weber décèle quatre formes principales d'actions individuelles suivant chacune une logique particulière :

  • L'action traditionnelle : action mécanique liée à l'habitude
  • L'action affective : action commise sous le coup de l'émotion
  • L'action rationnelle en valeur : action commise pour réaliser une valeur sans se soucier des conséquences (ex. un homme est prêt à affronter un duel pour sauver son honneur, au prix de possible de sa mort). Les moyens choisis par l'acteur sont rationnels, le but irrationnel.
  • L'action rationnelle en finalité : action qui est efficace, elle exige que les moyens et le but de l'action soient rationnels.
2

Cette rationalisation des actions sociales débouche sur une domination légal de l'Etat

Notre monde moderne se caractérise par la dernière forme d'action. Or, elle suppose un affaiblissement des valeurs qui rend nécessaire la légitimation de la domination, c'est-à-dire la capacité d'influence le comportement d'autres. Il existe trois formes de dominations :

  • La domination traditionnelle : elle est fondée sur le respect des coutumes
  • La domination charismatique : elle résulte de la personnalité exceptionnelle d'un individu
  • La domination légale : caractéristique des sociétés modernes, elle suppose qu'il existe des règles rationnellement établies pour accéder au pouvoir et un statut légal pour celui qui l'exerce. C'est ainsi que l'Etat peut exercer le monopole de la violence légitime.
IV

La sociologie de la connaissance et l'école de Francfort

Contrairement à la France où l'on distincte clairement une seule école à la fin de la Première Guerre mondiale, la sociologie allemande est plus éparpillée. Il faut parler de sociologues plutôt que d'une sociologie. La majorité des œuvres sont empiriques et portent essentiellement sur les phénomènes de stratification et de classes.

A

La sociologie de la connaissance

1

Max Scheler

Scheler cherche à autonomiser les sciences humaines vis-à-vis des sciences de la nature. La sociologie n'a pas pour but de dégager une loi déterminant les différents événements historiques. Au contraire, il s'agit d'une loi exprimant la manière dont les facteurs idéaux déterminent le contenu de la vie collective. En d'autres termes, cette loi ne doit pas apparaître une fois les événements passés. Elle doit cerner la dynamique du devenir possible de ce qui adviendra.

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Karl Mannheim

Selon Mannheim la production de chaque groupe humain relève d'une connaissance originale et partielle. Cette sociologie a pour but de faire émerger le poids des origines sociales dans la construction de la pensée. Il distingue l'utopie (idées dépassées) et l'idéologie (idées prématurées).

B

L'école de Francfort

C'est un courant sociologique qui s'interroge sur le rôle que joue la raison dans le processus de domination et d'émancipation. Il dénonce que les classes dominantes instrumentalisent la raison pour dominer.

Le courant apparaît avec la création de l'Institut de Recherche Sociale en 1923, proposé par Gerlach. Il se dote de la revue Zeitschrift für Sozialforschung en 1932. Pour fuir le nazisme, les membres de l'Institut s'exilent mais reviennent dans les années 1950.

L'école disparaît de façon institutionnelle en 1969 avec la mort d'Adorno. Elle prend un autre tournant avec Habermas.

1

La théorie critique (première génération de l'école)

Adorno et Horkheimer on écrit Dialectique de la Raison en 1947. Dans cet ouvrage on retrouve deux idées :

Un projet révolutionnaire

L'école de Francfort doit favorise l'émancipation des hommes en leur dévoilant les mécanismes de la domination. Pour ce faire, elle concilie la théorie et l'empirique, à savoir la philosophie et les enquêtes sociologiques. L'intérêt de cela est de tirer partie des outils mis au point par les sociologues au début du siècle sans pour autant abandonner la réflexion théorique, la philosophie doit stimuler la recherche empirique. C'est pour cette raison que l'école se compose de philosophes et sociologues.

La critique de la domination

Adorno et Horkheimer pensent que la raison peut aider à l'émancipation. Par exemple, la philosophie des lumières en a fait un outil de savoir et l'a utilisée pour abattre les mythes. Aujourd'hui, la raison ne sert plus qu'à dominer :

  • La bourgeoisie use de la raison pour transformer la nature de manière technique
  • Les grandes entreprises l'utilisent pour orienter les goûts des consommateurs
  • L'Etat totalitaire l'utilise pour élaborer les camps de concentration
  • L'Etat démocratique l'utilise pour administrer l'ensemble de la société
    Ils en déduisent que les activités de la sphère privée (loisirs, éducation, culture, etc.) sont de plus en plus contrôlées par l'Etat ou par les entreprises privées (c'est-à-dire par l'argent).
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L'actualisation de l'école dans les années 1960 : abandon du projet révolutionnaire

Jürgen Habermas écrit Critique de la technique et de la science en 1968 où il développe deux idées principales :

La raison justifie la domination

Avant le XIX ème siècle, la technique et la science (considérée comme la raison) se sont développées en opposition aux idéologies, ce qui a permis de les combattre. Mais depuis le début du XX ème siècle, elles ont été réunies et utilisées par les grandes entreprises en vue d'asseoir leur domination. Depuis, les experts en tous genres imposent leurs décisions et limitent ainsi la participation des citoyens à la vie sociale. En d'autres termes, la technique et la science sont devenues des idéologies dont le rôle est de justifier la domination.

La raison doit être réhabilitée

Habermas rompt avec le marxisme mais n'abandonne pas son projet de créer un espace de communication exempt de domination. Il oppose deux types de comportements rationnels :

⁃ Dans l'agir stratégique, les individus tentent d'influencer le comportement des autres. Il y a donc domination.
⁃ Dans l'agir communicationnel, les individus cherchent à se mettre d'accord sur l'analyse d'une situation et le comportement à adopter. Il y a donc consensus démocratique. En d'autres termes, la raison peut être l'instrument des décisions démocratiques.

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