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Chapitre 19 :
La sociologie française

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La sociologie française
I

Auguste Comte

Polytechnicien dès 16 ans et secrétaire de Saint-Simon à 19 ans, Auguste Comte a inventé le terme « sociologie ».

A

Le positivisme

Le Courant s'inspire du scientisme selon lequel seule la connaissance scientifique des faits peut prétendre à la vérité : il convient de dégager des lois universelles à partir d'observations. Même si la physique et la sociologie sont tous les deux des disciplines à part entière, les phénomènes sociaux semblent être plus complexes que les faits strictement naturels.

En effet, les générations successives d'hommes ont construit un ordre social qui est à la fois naturel (l'homme est un être biologique) et moral (l'homme est un être social façonné par l'histoire).

B

La méthode du sociologue

Comme l'homme est un être social qui a besoin des autres, Comte explique les phénomènes sociaux en partant de la totalité pour en comprendre les parties. La tâche du sociologue est alors de dégager des lois sociales qui ont une conséquence sur les phénomènes sociaux.

C

La « loi des trois états »

Le développement de l'esprit humain permet de dégager trois moments et trois types d'institutions économiques et politiques :

  • L'esprit théologique : Les individus trouvent des explications surnaturelles aux phénomènes naturels et sociaux. Ainsi, l'ordre social est d'origine divine. Cet esprit est caractéristique des sociétés hiérarchisées et militaires du Moyen Age européen.
  • L'esprit métaphysique : Les explications sont abstraites. Ainsi, l'ordre social est un fait naturel. Cet esprit est caractéristique de l'Europe de la Renaissance aux Lumières.
  • L'esprit positif : les hommes cherchent à mettre en évidence des lois pour expliquer les relations stables entre les phénomènes. Ainsi, l'ordre social suit des lois. Cet esprit est caractéristique des sociétés industrielles.

La loi des trois états traduit la conception déterministe de l'évolution des sociétés de Comte.

II

Tocqueville

Tocqueville est issu d'une famille aristocratique. Il étudie le droit, ce qui lui permet de faire un séjour de neuf mois aux USA en 1831 dans le cadre d'une étudie comparative sur les systèmes pénitentiaires français et américains pour le compte du gouvernement français.

Il entre dans la vie politique en 1836 et est nommé ministre des Affaires étrangères en 1849. Il s'oppose au coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte du 2 décembre 1851. Tocqueville se retire de la vie politique en 1856 pour se consacrer à son œuvre L'Ancien Régime et la Révolution.

Il est véritablement reconnu après 1945 grâce à Aron. Son originalité ne réside pas dans les thèmes abordés mais dans les interrogations qu'il formule et son usage de la méthode comparative des sociétés.

A

De la démocratie en Amérique, tome I (1835)

1

La démocratie est caractérisée par l'égalité des conditions

Les institutions américaines se caractérisent par leurs origines, à savoir les mœurs des immigrants anglais et puritains qui se sont installés en Nouvelle-Angleterre. Ils ont importé d'Angleterre l'acquis de libertés politiques et religieuses conquises et intériorisées.

De ce fait, la démocratie va de soi (elle ne doit pas s'imposer contre l'aristocratie comme en Europe). Ces libertés conduisent aussi à l'égalité des conditions puisque le mouvement social fait que les hommes aspirent à des rapports sociaux égalitaires.

Cela se traduit par une égalité de droit et donc par la possibilité pour chacun d''accéder à n'importe quel statut social. L'égalité des chances se traduit par une forte mobilité sociale.

2

La démocratie américaine se caractérise par la souveraineté du peuple

L'Amérique réussit à concilier souveraineté du peuple, liberté individuelle et sens de responsabilités collectives. En d'autres termes, les Américains concilient égalité et liberté. Par exemple, l'esprit commun permet aux individus d'accéder à des postes de pouvoir (liberté individuelle) en prenant part à la gestion des affaires publiques (responsabilités collectives).

3

Les dangers liés à la souveraineté du peuple

  • Le suffrage universel peut être néfaste car le peuple vote selon ses envies. Ceci explique pourquoi ce ne sont pas les hommes les plus remarquables qui occupent les fonctions publiques, bien au contraire.
  • Le pouvoir de la majorité peut dériver vers la tyrannie : la majorité impose une opinion et fait taire les minorités. Ceci explique pourquoi les Américains n'ont ni grande littérature, ni grande pensée politique.
B

De la démocratie en Amérique, tome II (1840)

1

L'égalité des conditions favorise l'individualisme

L'égalité des conditions pousse chacun à prendre des décisions indépendamment des autres. Pour Tocqueville, ce comportement individualiste est légitime tant qu'il ne dérive pas à l'égoïste, c'est-à-dire tant que les individus ne se coupent pas de la société pour vivre repliés sur leur groupe domestique.

2

Il est difficile de concilier égalité et liberté

Pour faire triomphe l'égalité, la démocratie renforce le pouvoir de l'Etat qui diminue la liberté des individus. Il est donc nécessaire de limiter le pouvoir de l'Etat : fédéralisme, centralisation, associations, etc. Mais Tocqueville craint que la mise en place d'institutions libres ne soit pas suffisante pour pacifier la société. Les religions permettent de créer du lien social et doivent donc être valoriser dans la démocratie.

III

Durkheim et ses successeurs

Fils de rabbin et élevé selon la tradition familiale, Durkheim intègre l'ENS en 1879 et devient agrégé de philosophie. Il est nommé à la Sorbonne en 1902 comme chargé de cours sur la première chaire française de sociologie appelée « sciences de l'éducation et sociologie ». Durkheim marque donc la naissance de la sociologie comme disciplines académique. Il s'est intéressé tout au long de sa vie aux conditions de l'intégration sociale dans la société.

A

De la division du travail social, 1893

Cette œuvre constitue la thèse de doctorat de Durkheim qu'il a préparé pendant près de dix ans.

1

La division du travail est le fondement de la solidarité

La division du travail n'est pas seulement un phénomène économique, c'est un phénomène social qui a pour conséquence la création d'une nouvelle solidarité entre les membres de la société.

La solidarité constitue tout ce qui forme l'homme à mettre de côté ses impulsions égoïstes et à compter sur autrui. Dans les société à solidarité mécanique (sociétés primitives), les individus sont tous semblables les uns aux autres, ce qui crée une solidarité par similitude.

Dans les sociétés à solidarité organique (sociétés modernes), les individus exercent des fonctions différentes mais complémentaires, ils sont donc dépendants les uns des autres. La solidarité est organique, par analogie avec les organes de l'être vivant tous différents mais indispensables au fonctionnement du corps. La division du travail crée donc bien de la solidarité.

2

Mais la division du travail peut avoir des conséquences inverses

Dans les sociétés à solidarité organique l'individualisme monte. Or, ce développement de la conscience individuelle affaiblit la conscience collective. De ce fait, on assiste à une neutralisation de la solidarité.

3

La solution proposée par Durkheim

Il faut renforcer les relations entre les individus par la formation d'une discipline morale. Par exemple, si on réunit les ouvriers et les employeurs dans un même groupe social (« la corporation »), on pourra constituer des écoles de disciplines.

B

Les règles de la méthode sociologique, 1895

Cet ouvrage correspond à un abrégé du projet durkheimien, à savoir faire de la sociologie une discipline à part entière. Il adopte la démarche suivante : il faut d'abord réfuter des thèses en vigueur et ensuite émettre des hypothèses puis finalement les vérifier.

1

Qu'est-ce qu'un fait social ?

Les faits sociaux sont les manières d'agir, de penser et de sentir. Ils reposent sur un double caractéristique :

  • Leur extériorité : la société produit des normes et valeurs qui sont intériorisées par les individus. Ils n'élaborent donc pas les faits sociaux, ils leur viennent du dehors.
  • Leur contrainte : les faits sociaux s'imposent aux individus, qu'ils le veuillent ou non.
2

Le sociologue doit adopter une posture d'observateur extérieur

Le sociologue se doit de traiter les faits sociaux comme des choses, de manière objective. Il doit donc se débarrasser des prénotions et préjugés, c'est-à-dire constituer de toutes pièces des concepts nouveaux.

3

L'approche holiste des faits sociaux conduit à la sociologie comparée

La double caractéristique des faits sociaux oblige le sociologue à adopter une approche holiste. Durkheim précise que tout fait social en cause un autre. Ainsi, il fait expliquer le social par le social. Pour ce faire, il convient d'analyser l'ensemble des sociétés.

C'est pourquoi Durkheim opte pour la méthode comparative. Elle consiste à comparer les sociétés, sur le plan géographique et historique,–pour valider les hypothèses initiales. Le but est de suivre le développement intégral d'un phénomène donné à travers toutes les espèces sociales. La sociologie comparée n'est pas une branche de la sociologie, c'est la sociologie même.

Cet ouvrage conserve une grande part d'actualité. Nombre de sociologues adoptent en effet des méthodes quantitatives : une fois leurs hypothèses formulées, ils cherchent à les valider empiriquement par la recherche de relation entre variables sociales à l'intérieur d'une même société. Mais l'approche holiste ne fait pas l'unanimité.

C

Le Suicide. Etude de sociologie, 1897

Il existe trois types de suicide :

  • Le suicide altruiste (sociétés à forte conscience collective) : une personne renonce à la vie au nom d'une valeur suprême.
  • Le suicide égoïste (sociétés à forte conscience individuelle) : une personne renonce à la vie car elle refuse de se plier aux normes sociales
  • Le suicide anomique (sociétés modernes) : en période de précarité et de conscience collective affaiblie, une personne renonce à la vie car elle est frustrée de ne pas pouvoir atteindre ses objectifs.

En l'absence de conscience collective forte, les individus ont souvent des pratiques anormales pathologiques dont le suicide n'est qu'un exemple suprême. L'affaiblissement de la conscience collective et donc la division du travail favorise la déviance.

D

Les formes élémentaires de la vie religieuse, 1912

Dans cet ouvrage, Durkheim explique que la société est une entité supérieure qui contribue à la solidarité des individus. Dans les communautés primitives australiennes, le totem est au cœur du domaine sacré. Lors de cérémonies religieuses, tout se passe comme s'il insufflait à chaque participant une énergie diffuse qui unifie le groupe.

Durkheim explique que le culte du totem symbolise la supériorité du groupe par rapport à chaque individu. Il généralise cette analyse à la société : la religion est l'expression du culte de la société qui est la seule réalité à dépasser les individus et à pouvoir les rassembler.

E

Marcel Mauss - Essai sur le don, 1923

Mauss est un neveu de Durkheim. Agrégé de philosophe et élu au Collège de France dans les années 1930, Mauss est le fondateur de l'anthropologie sociale et culture, appelé ethnologie.

1

L'échange dans les sociétés archaïques : le système de prestations totales

Dans les sociétés archaïques tout don fait preuve de contre-don. En d'autres termes, tout cadeau reçu est obligatoirement rendu, ce qui est paradoxal. Pour comprendre ce phénomène, Mauss va comparer la situation en Polynésie, Mélanésie et nord-ouest Américain.

Il observe que l'échange des économies primitives possèdent plusieurs caractéristiques :

  • Ce ne sont pas les individus mais les collectivités qui échangent.
  • L'échange ne porte pas uniquement sur les biens et les richesses, mais aussi sur la politesse, les festins ou les rites.
  • Les cadeaux, apparemment volontaires, sont en réalité rigoureusement obligatoires sous peine de guerre.
  • L'échange ne consiste pas à vendre et à acheter des biens mais plutôt à unir des partenaires échangistes pour la vie et nouer le lien social qui unit les membres de la communauté.
2

Deux exemples de système de prestations totales

  • Le potlatch des tribus amérindiennes de la région de Vancouver : cette forme d'échange est en fait une cérémonie dans laquelle les clans rivalisent de générosité en faisant des dons que l'adversaire doit accepter, tout en étant tenu de les rendre sous une forme ou une autre.
  • La Kula des tribus polynésiennes: le système de commerce inter-tribal est un cercle car il consiste à donner pour les uns et recevoir pour les autres, les donataires d'un jour étant les receveurs de la fois suivante. Ils s'offrent des bracelets et des colliers.
3

Les conclusions qu'on peut en déduire sur le fonctionnement des sociétés modernes

Même si les intérêts individuels s'imposent de plus en plus depuis l'émergence des idées libérales, nos sociétés modernes ne sont pas pour autant privées de dons. Par exemple, l'assurance sociale est un système de dons où l'individu qui donne son travail à la collectivité reçoit autre chose que le salaire, à savoir la sécurité contre le chômage, la maladie, la vieillesse ou la mort.

On voit donc que l'échange est bien plus que seulement économique : il crée du lien social. Ainsi, nos sociétés modernes ont plus en commun avec les sociétés archaïques que nous ne le pensons. Mauss nous invite à étudier les faits sociaux totaux: il s'agit d'analyser les hommes, les groupements et les comportements et non pas seulement les idées et les règles de la société.

F

Maurice Halbwachs

Issu d'une famille universitaire, il entre à l'ENS où il étudie la philosophie. Durant l'entre-deux-guerres il enseigne à une chaire de sociologie. Il est considéré dès 1930 avec Les Causes du suicide comme l'héritier intellectuelle le plus proche de Durkheim. Ses travaux sont marqués par la diversités des thèmes mais unifiés par sa méthode (données statistiques pour examiner les phénomènes sociaux) et sa conception des représentations collectives.

1

Les causes du suicide, 1930

Trente ans après Durkheim, Halbwachs reprend l'analyse du suicide en s'appuyant sur les progrès réalisés dans les méthodes d'élaboration statistique. Le suicide est un fait de sociologie totale, c'est-à-dire qu'il ne peut s'expliquer que par plusieurs facteurs. Selon le sens commun, le suicide d'un homme est lié à des circonstances spéciales.

Mais le sens commun oublie que les influences sociales ont un rôle déterminant dans le suicide. En fait, le nombre de suicides résultent de la structure et du genre de vie de la société. C'est donc bien le tout qui détermine les actions individuelles dans le cas du suicide.

2

Les Cadres sociaux de la mémoire, 1952

Le passé ne se converse pas comme tel dans les mémoires individuelles. L'individu évoque ses souvenirs en s'aidant des cadres de la mémoire collective. Or, la mémoire collective se représente le passé en fonction de conventions qui évoluent selon les circonstances et le temps. Elle déforme donc le passé.

Plus précisément, la société tend à retirer de sa mémoire ce qui pourrait séparer les individus. A chaque époque la société remanie ses souvenirs de manière à les mettre en accord avec les conditions de son équilibre.

IV

L'individualisme méthodologique de Boudon

A

Une approche individualiste de la société

Cette approche est inscrite dans la lignée de Weber puisque :

  • Les phénomènes sociaux sont considérés comme le produit de l'agrégation d'actions individuelles.
  • Les individus sont le point de départ de comportements qui s'ajustent progressivement les uns aux autres.

Le sociologue doit donc partir des stratégies individuelles pour expliquer le groupe et ses interactions. Il doit aussi privilégier le jeu des structures pour rendre compte des comportements des agents et des évolutions de la société.

B

Des individus rationnels

Ce postulat est à rapprocher de l'utilitarisme de l'économie classique. C'est une doctrine philosophique et morale selon laquelle l’utile, du point de vue individuel, est le fondement de l’action et des comportements des individus qui ne cherchent que la satisfaction de leur intérêt personnel.

Ainsi, l'individu calcule et choisit comme le consommateur sur un marché. En recherchant son seul intérêt personnel, chacun va choisir de se conformer aux attentes d'autrui ou, au contraire, de violer les règles et les normes pour atteindre ses buts.

L'ordre social va progressivement émerger de cette recherche par chacun de sa place sociale. En respectant certaines règles du jeu mises en place par le système culturel et les institutions, chacun peut jouer son rôle et tirer parti de ses atouts personnels et de ses préférences.

C

Les effets pervers

L'agrégation des comportements individuels peut créer des phénomènes sociaux non attendus, souvent indésirables.
Par exemple, l'investissement scolaire accru de nombreux ménages entraîne l'élévation du seuil requis pour la réussite sociale.

Le sociologue cherche à expliquer comment le groupe crée des règles propres.

Exemple

Une file d'attente établira ainsi une règle du jeu par rapport aux nouveaux arrivants. Le groupe créé sa règle.

Il y aura ainsi des effets d'amplification, des effets pervers lorsque la recherche par chacun de son intérêt propre ira à l'encontre du but recherché.

V

Une sociologie de la domination par Bourdieu

A

Bourdieu s'inspire de la pensée de Marx

Bourdieu accorde une grande importance aux situations hiérarchiques et aux positions de pouvoir dans la société. Il montre par exemple comment les classes sociales transmettent leurs valeurs culturelles et notamment comment la bourgeoisie se reproduit au moyen de l’enseignement. Puis, il s’oriente vers l’examen des clivages sociaux au travers de comportements spécifiques, qu’il appelle habitus.

Définition : Habitus

L'habitus désigne l’ensemble des dispositions durables plus ou moins conscientes, acquises au sein du milieu social d’origine et qui guident les perceptions, les opinions et les actions des individus.

B

Bourdieu s’efforce de concilier le point de vue objectiviste et l'orientation subjectiviste

1

Point de vue objectiviste

De ce point de vue, il considère que les faits sociaux sont extérieurs aux individus. Lorsqu'il étudie la répartition des étudiants dans l'enseignement supérieur, Bourdieu s'appuie sur des données quantitatives pour montrer que les étudiants des catégories sociales défavorisées, moins dotées en capital social, économique et culturel s'orientent plutôt vers les filières les moins valorisées de l'Université.

2

Point de vue subjectiviste

De ce point de vue, les phénomènes sociaux sont examinés à partir de la signification que les individus donnent à leurs actions. Ainsi, les étudiants peuvent vivre leurs études comme un véritable accomplissement personnel, une "vocation".

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