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Chapitre 11 :
Les théories monétaires

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Les théories monétaires
I

Pourquoi les agents expriment-ils une demande de monnaie?

A

Dans l’optique néoclassique, les agents demandent de la monnaie afin d’effectuer des transactions

L’idée selon laquelle la monnaie constitue seulement un intermédiaire des échanges se trouve déjà exprimée chez les auteurs classiques. Ainsi, Say n’hésite pas à affirmer que « le voile monétaire ne fait que masquer la réalité des échanges et les produits s’échangent contre les produits puisqu’ils se servent mutuellement de débouchés» . La monnaie remplit les fonctions d’unité de compte et d’intermédiaire des échanges mais elle ne constitue pas en tant que telle une réserve de valeur.

Chez les fondateurs de l’école néoclassique, la monnaie est purement transactionnelle. Ainsi, Walras n’hésite pas à affirmer que «le besoin que l’on a de monnaie n’est autre chose que le besoin de marchandises que l’on achètera avec cette monnaie».

L’approche transactionnelle de la demande de monnaie est exprimée dans l’équation de Cambridge, développée par Marshall :

`Md = kPY`
`Md` : la demande de monnaie
`k` : l’inverse de la vitesse de circulation de la monnaie (soit `1/V`)
`P` : le niveau général des prix
`Y` : le revenu réel

Au travers de l’équation, il apparaît que la demande de monnaie dépend de trois facteurs :

  • Elle est une fonction croissante du revenu réel.
  • Elle est fonction croissante du niveau général des prix.
  • Elle est une fonction décroissante de la vitesse de circulation de la monnaie: plus la monnaie circule vite plus elle permet de financer un nombre important de transactions.

Dans la logique néoclassique, la demande de monnaie ne dépend pas de variables telles que le taux d’intérêt. Le taux d’intérêt n’influe pas sur l’arbitrage entre détention de monnaie et placements financiers. On voit donc qu’il n’existe pas de préférence pour la liquidité et détenir des actifs réels ou des actifs financiers n’est pas plus risqué que de détenir de la monnaie. La monnaie demandée correspond donc exclusivement au financement des transactions.

B

Selon Keynes, les agents peuvent souhaiter détenir de la monnaie pour elle-même

Pour Keynes, le taux d’intérêt est le prix de la monnaie. Il est le résultat de la confrontation d’une offre et d’une demande de monnaie et exprime la «récompense pour la renonciation à la liquidité». Keynes distingue trois motifs à la détention de monnaie, qui déterminent la préférence pour la liquidité.

Définition : Motif de transaction

Les agents économiques détiennent de la monnaie afin d’effectuer leurs achats

Définition : Motif de précaution

Dans un univers incertain, les agents économiques souhaitent détenir de la monnaie pour faire face à des dépenses imprévues

Définition : Motif de spéculation

La spéculation est un arbitrage entre la monnaie et la détention de titres en fonction des anticipations d’évolution des taux d’intérêt. Si le taux d’intérêt est bas, les agents anticipent sa croissance. Celle-ci doit se traduire par une diminution du prix des titres.

Par exemple : les nouvelles obligations émises vont rapporter plus que les anciennes dont le prix doit baisser. On peut même se trouver dans une situation où le taux d’intérêt est tellement faible que tous les agents détiennent des liquidités. C’est le phénomène de la «trappe à liquidité» selon l’expression de Roberston.

Au final, la fonction de demande de monnaie dépend du niveau du revenu et du taux d’intérêt. Chez Keynes, du fait de l’incertitude radicale, les agents ont un comportement de préférence pour la liquidité. Il en conclut que la monnaie est recherchée pour elle-même, contrairement à ce que supposent les classiques.

C

La vision de Friedman

Dans ce débat entre keynésiens et classiques sur la demande de monnaie, Friedman occupe une place paradoxale. Selon lui, la demande de monnaie dépend de trois variables principales :

  • Le revenu permanent dont dispose l’agent.
  • Le taux d'intérêt : s'il est élevé, les agents préfèrent détenir des titres plutôt que de la monnaie.
  • Le niveau général des prix .
II

Quelle est l’influence de la monnaie sur l’activité économique ?

A

La thèse de l’inflation monétaire s’inscrit dans une longue tradition, qui va de Bodin à la Nouvelle macroéconomie classique

Selon Bodin, la grande inflation du XVI ème siècle, qui affecte la péninsule Ibérique puis l’ensemble de l’Europe, s’expliquerait par l’afflux de métaux précieux en provenance du Nouveau Monde.

La théorie quantitative de la monnaie acquiert ses lettres de noblesse, sous la plume des néoclassiques Fisher et Pigou.

`MV = PT`
`V` : vitesse de circulation de la monnaie
`M` : quantité de monnaie disponible
`P` : PIB
T: période donnée

Comme `V` est fixe et comme `T` ne dépend pas de facteurs monétaires, si la masse monétaire augmente, le niveau général des prix croît également et dans des proportions identiques.

De son côté, Pigou explique l’inflation monétaire par le comportement des individus, qui souhaitent en permanence détenir une certaine encaisse réelle, notée `M/P`. Si la masse monétaire `M` augmente, les individus se trouvent en présence d’une encaisse effective supérieure à l’encaisse désirée. Ils vont dépenser cette encaisse supplémentaire, ce qui se traduit par une augmentation proportionnelle du niveau général des prix `P`.

Finalement, l’agent retrouve alors le niveau d’encaisse réelle désiré.

B

Dans l’optique keynésienne, la croissance de la masse monétaire influe à la fois sur les prix et sur les quantités

Keynes considère que l’inflation ne peut survenir en situation de sous-emploi car toute croissance de la masse monétaire se traduit uniquement par un accroissement des quantités. Les keynésiens de la synthèse (Samuelson, Solow) nuanceront l’affirmation de Keynes, en s’appuyant sur les enseignements de la courbe de Phillips.

En effet, la courbe de Phillips nous montre qu’une relance monétaire se partage en effet prix (inflation) et en effet quantité (hausse de la production). L’importance de l’effet prix par rapport à l’effet quantité dépend du taux de chômage de départ: si le taux de chômage de départ est très élevé, la relance monétaire se traduit essentiellement par une augmentation des quantités; à l’inverse, si le taux de chômage de départ est faible, la relance monétaire part pour l’essentiel en inflation.

C

La vision de Friedman

Sur le problème de l’inflation monétaire, Friedman occupe à nouveau une position paradoxale. En critiquant la relation de Phillips, Friedman montre que :

  • Les agents qui procèdent par anticipations adaptatives sont victimes de l’illusion monétaire : c’est pourquoi il existe un arbitrage à court terme entre inflation et chômage.

  • Sur le long terme, tout accroissement de la masse monétaire non justifié par un accroissement préalable de la production se traduit par une hausse proportionnelle du niveau général des prix.

Les théories monétaires
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