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Chapitre 14 :
La pensée de Marx

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La pensée de Marx

Marx (1818 -1883) est né en Prusse, de famille aisée, cultivée et libérale (père avocat), il entre à l’université de Bohn en Droit-Philosophie. Il fait une thèse sur Epicure. Faisant partie des hégéliens de Gauche, le gouvernement le refuse en tant que professeur. Il sera successivement expulsé de la France, de la Belgique, puis d’Allemagne et s’installera en Angleterre dans la misère malgré l’aide de son ami Engels.

I

Les apports de Marx

Le 19ème siècle voit le capitalisme industriel se développer rapidement et dominer peu à peu toutes les structures économiques et sociales. Toutefois, dans le même temps, la condition ouvrière se détériore, les salaires sont très bas, les conditions de travail précaires et la dépendance économique accrue.

Les excès de ce capitalisme font naître à la fois un mouvement de contestation syndical (le socialisme) et une réflexion d’ensemble sur les rouages et l’avenir du capitalisme (le marxisme).

Marx étudie en effet la société capitaliste anglaise, première nation industrielle, afin d’en tirer certaines lois. Il s’agit avant tout d’une étude historique du développement et de l’essor du capitalisme. Cette critique du capitalisme est contenue dans son oeuvre majeure Le capital publiée en quatre tomes.

A

La recherche de la plus-value

Le courant marxiste s’oppose à la théorie libérale en démontrant que l’organisation capitaliste de la société aboutit à l’exploitation de la plus grande partie de la population par les détenteurs des moyens de production.

La société se divise donc en deux grandes classes qui s’affrontent : le prolétariat (qui détient la force de travail) et la bourgeoisie (qui détient le capital). L’affrontement de ces classes s’effectue dans le cadre du processus de production.

Marx distingue deux sphères importantes : celle de l’échange de marchandises et du cycle `MAM` (marchandises, argent, marchandises); celle de la production et du cycle `AMA‘` (capital avancé, marchandise, produit obtenu).

Marx part du principe que la force de travail (seule source de valeur) n'est pas payée par le capitaliste au prorata de la valeur qu'elle a permis de créer mais à sa valeur d'échange. Le salaire est le salaire minimum vital pour que la main-d’œuvre puisse se reproduire. Le capitaliste récupère à son profit la différence qui constitue la plus-value (ou encore surtravail).

Ce qui donne : `A' = C + V + pl` pour que `A < A'`.

B

La crise du capitalisme

Pour Marx, la crise du capitalisme est inéluctable, et ceci pour plusieurs raisons :

  • Les décisions des agents économiques ne sont pas coordonnées. D’une part, la production et la consommation sont des opérations disjointes. Les biens sont produits pour être vendus en échange de monnaie, et non pour satisfaire la demande, ce qui entraîne des désajustements entre production et consommation. D’autre part, l'investissement est réalisé par les entreprises capitalistes dans les branches susceptibles de procurer des taux de profit élevés sans pour autant qu'une demande effective soit assurée. On peut décomposer l’économie en deux sections productives : l'une de biens de production (section I), l'autre de biens de consommation (section II). L'absence de coordination de l'investissement empêche la réalisation permanente des conditions d'équilibre d'une telle économie.

  • L'économie capitaliste fait apparaître un problème de sous-consommation ouvrière. L'entrepreneur individuel, en cherchant à maximiser ses profits, va faire pression sur les salaires qui représentent un coût. Or ces salaires sont un élément de la demande effective. Ceci caractérise une situation de surproduction par rapport à la demande effective. Le marché va sanctionner cette surproduction en entraînant une baisse des prix qui va elle même provoquer une baisse du taux de profit. Cette baisse du taux de profit va inciter les capitalistes à investir dans d'autres activités. Le taux de profit joue ainsi le rôle de régulateur des désajustements. La chute des prix et du taux de profit provoque une baisse de la production, de l'emploi, et du pouvoir d'achat. C'est la dépression.

  • Enfin, la recherche d’une plus-value toujours plus importante (notamment grâce à des salaires bas, que Marx appelle Minimum de Subsistance) et la concurrence entre capitalistes devraient provoquer une paupérisation des ouvriers et un blocage dans le développement du système capitaliste. Cette contradiction doit entraîner la destruction du capitalisme et l’avènement du socialisme (l’un des fondements de l’idéologie socialiste repose sur l’abolition des moyens privés de production, source d’exploitation du prolétariat, il faut lui substituer des moyens collectifs de production).

La théorie marxiste
La théorie marxiste

Cette crise du capitalisme est un phénomène structurel. Il existe en effet une cause profonde (à rechercher dans les contradictions du système capitaliste) et une cause immédiate (concurrence permanente entre capitalistes, le développement économique, l'accumulation du capital en vient à créer les conditions d'une surcapacité de production par rapport à la demande effective).

Dans le même temps, elle est cyclique et régulatrice. Marx considère que de la crise va naître la reprise. La dépression entraîne une dévalorisation de la partie du capital productif qui n'est plus en mesure de produire suffisamment de profit.

Ce processus a trois conséquences :

  • La concentration industrielle.
  • La réduction du taux de salaire permettant la hausse du surplus pour les entreprises restantes.
  • La hausse du taux de profit (qui est le rapport entre la valeur du surplus et la valeur du capital engagée).
II

La théorie de la Régulation, un prolongement de la pensée marxiste

La théorie de la régulation trouve son origine dans une critique sévère et radicale du programme néoclassique qui postule le caractère autorégulateur du marché. Elle entend pour cela bénéficier des apports de disciplines voisines telle que l’histoire, la sociologie, les sciences politiques et sociales avec lesquelles elle entretient de multiples relations (emprunt et transformation de notions, importations d’hypothèses, exploration de quelques questions identiques ou voisines).

Une hypothèse fondatrice de la théorie de la régulation concerne l’historicité fondamentale du processus de développement des économies capitalistes : dans ce mode de production, l’innovation organisationnelle, technologique, sociale, devient permanente et met en mouvement un processus dans lequel les rapports socio-économiques connaissent une transformation, tantôt lente et maîtrisée, tantôt brutale et échappant au contrôle et à l’analyse.

Le pari de la théorie de la régulation est donc d’historiciser les théories économiques. Enfin, la théorie de la régulation se donne pour ambition d’expliquer avec le même ensemble d’hypothèses des problèmes tels que le chômage, le progrès technique, la construction européenne... Ses chefs de file sont Boyer et Aglietta.

Dans son ouvrage La théorie de la régulation, Boyer précise que la généralisation de l'échange marchand rend les crises possibles. En ce sens, les crises économiques majeures sont des crises de mutation entre une régulation ancienne qui ne permet plus la croissance économique et une nouvelle régulation qui permettra de résoudre les causes profondes de la crise.

L'origine même de ces régularités apparaîtra au travers des formes institutionnelles, définies comme la codification d'un ou plusieurs rapports sociaux fondamentaux. Boyer introduit cinq formes institutionnelles intervenant dans la détermination du régime d'accumulation :

  • La monnaie
  • Le rapport salarial
  • La concurrence
  • Les modalités d'adhésion au régime international
  • L’État

Cet ensemble de concepts intermédiaires permet à Boyer de définir la notion de régulation.

Définition : Régulation (selon Boyer)

On qualifiera de mode de régulation tout ensemble de procédures et de comportements, individuels et collectifs, qui a la triple propriété de : reproduire les rapports sociaux fondamentaux à travers la conjonction de formes institutionnelles historiquement déterminées, soutenir et piloter le régime d'accumulation en vigueur, assurer la compatibilité dynamique d'un ensemble de décisions décentralisées.

Le mode de régulation décrit ainsi comment les formes institutionnelles à travers leurs moyens d'actions, conjuguent et contraignent les comportements individuels tout en déterminant les mécanismes d'ajustement sur les marchés.

Ces moyens d'action sont les suivants :

  • La loi, la règle ou le règlement, définis au niveau collectif, ont pour vocation d'imposer, par la coercition, directe ou symbolique et médiatisée, un certain type de comportement économique aux groupes et individus concernés.

  • La recherche d'un compromis, issu de négociations, insistant sur le fait que ce sont les agents privés ou des groupes qui, partant de leurs intérêts propres, aboutissent à un certain nombre de conventions régissant leurs engagements mutuels.

  • L'existence d'un système de valeurs ou de représentations suffisant " pour que la routine" remplace la spontanéité et la diversité des pulsions et initiatives privés. De tels exemples se retrouvent dans les croyances religieuses, dans les règles de bonne conduite, dans les vues sur l'avenir selon Keynes.

Le mode de régulation
Le mode de régulation
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