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Chapitre 21 :
Les transformations de l'entreprise depuis le XIXe siècle

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Les transformations de l'entreprise depuis le XIXe siècle
I

De la petite à la grande entreprise

A

La petite entreprise, structure élémentaire du système productif

C'est le point de départ de l’aventure industrielle et le symbole du capitalisme entrepreneurial. La petite entreprise conserve aujourd'hui une place importante dans les systèmes productifs concentrés.

Définition : Très petite entreprise (TPE)

Une petite entreprise est une entreprise qui possède entre 10 et 499 salariés.

Selon Eurostat, en 1999 dans l'Union Européenne, les TPE employaient 66% de la main-d’œuvre et assuraient 55% du chiffre d'affaire.
Les petites entreprises ont une production spécialisée. C'est bien souvent le lieu de naissance de la plupart des innovations techniques de la première révolution industrielle. L’entrepreneur innovateur est, selon Schumpeter, le personnage clé du processus de changement social, grâce à son rôle d’impulsion et de diffusion du changement organisationnel.

Lors de la seconde révolution industrielle, les innovations ne sont plus le fait de bricoleurs inventifs mais requièrent les connaissances de spécialistes. De plus, le passage au stade de la production exige désormais davantage de capitaux. Néanmoins, ces innovations restent le fait d’individus ou d’équipes restreintes et sont souvent mises en œuvre dans le cadre de petites entreprises, même si celles-ci sont appelées à connaître une croissance exponentielle.
Exemple: de nombreux inventeurs vont être à l’origine de la création d’entreprises considérables comme Bell, Siemens, Bayer, etc.

Les PME ont été au cœur du renouvellement du tissu productif dans les années 1990. Entre 1987 et 1998, environ 300 000 entreprises étaient crées chaque année. Le renouvellement des entreprises s’effectue « par le bas », ce qui confirme que les PME participent pleinement au processus de « destruction créatrice » de Schumpeter. Toutefois, les marchés restent dominés par de grandes entreprises.

Définition : Destruction créatrice

La destruction créatrice désigne le processus continuellement à l'oeuvre dans les économies et qui voit se produire de façon simultanée la disparition de secteurs d'activité économique conjointement à la création de nouvelles activités économiques. L'expression est associée à l'économiste Schumpeter.

B

L’essor de la grande entreprise

Si la petite entreprise domine numériquement, la grande domine économiquement. Pour ce faire, la croissance interne ou externe est souvent obligatoire pour ne pas péricliter. Il existe trois types de croissance externe:
- La croissance conglomérale
- La croissance horizontale
- La croissance verticale

Définition : Croissance conglomérale

La croissance conglomérale se définit comme l'acquisition d’activités différentes. La firme opère une diversification de son portefeuille et tente de pénétrer un nouveau segment de marché.

Ainsi en est-il du rachat de TF1 en 1986 par la firme de bâtiment et de travaux publics Bouygues.

Définition : Croissance horizontale

La croissance horizontale se définit comme l'acquisition d’activités semblables.

Définition : Croissance verticale

La croissance verticale se définit comme l'acquisition de firmes situées en amont ou en aval de son activité principale. La firme cherche à s’assurer un approvisionnement sûr ou à commercialiser elle-même ses produits.

Limites

Les fusions-acquisition ne sont pas toujours possibles s’il y a protection des pouvoirs publics. L’intégration d’une firme rachetée peut s’avérer coûteuse. La croissance interne a une efficacité limitée par la rapidité du renouvellement technologique et par l’interdépendance des innovations entre secteurs d’activité.

La PME n’a pas été éliminée par la grande entreprise. Les changements d’environnement durant les années de crise ont développé des relations de complémentarité entre les deux catégories d’acteurs économiques.

II

Nouvelles formes de concentration

A

La poursuite de la concentration prend de nouvelles formes

1

Limitation de la concentration technique

Dans les années 1990, il y a une tendance à la réduction de la taille des établissements, ce qui renvoie à une logique de déconcentration technique. En effet, les économies d’échelle atteignaient leurs limites. Les données sociales de l’INSEE en 1999 indiquent que les établissements de plus de 500 salariés occupaient 21% des effectifs en 1975 contre 11% en 1996.

2

Développement de la filialisation

L'accélération des fusions-acquisitions dans les années 1980-1990 donne lieu à la création de « groupes ». Si la taille moyenne des unités de production industrielle s’est réduite, la taille et le poids des groupes qui les contrôlent continuent de s’accroître par un nouveau processus de concentration qui concerne tous les secteurs d’activités. Le nombre de groupe est passé de 1300 fin 1980 à 6700 en 1995.

3

Développement de la sous-traitance et d’autres relations inter-entreprises

L’essor des petites entreprises provient de la transformation du salarié en sous-traitant et de l’externalisation de fonctions d’exécution non stratégiques (expertise comptable, publicité, services informatiques, etc.), autrefois regroupés dans la firme. Cela explique, entre autre, la tertiairisation. La mise en réseau d’entreprises indépendantes juridiquement (par le franchisage) permet de partager, selon les cas, une enseigne, des investissements en publicité, etc.

Depuis les années 1980, ces mouvement sont accélérés voir impulsés par la mondialisation qui a accru la concurrence, qui a changé les propriétaires des entreprises et qui a obligé la création de filiales à l'étranger.

B

L'analyse des causes de ces évolutions

1

La théorie des coûts de transaction

Coase posa en 1937 que l'entreprise cherche constamment à diminuer les coûts d'accès à la connaissance des besoins du marché et des techniques. Si elle doit supporter normalement ses coûts, elle va tenter d'économiser sur les coûts d'échange ou de transaction, en particulier sur ceux liés à la fixation des prix.

La théorie classique indique que ce sont les marchés qui proposent les prix, et que les agents économiques se réfèrent à eux pour leurs transactions commerciales. La réalité et plus compliquée et plus coûteuse puisqu'il faut trouver le client, négocier, assurer une certaine qualité de la prestation, livrer la marchandise.

Ces opérations génèrent des coûts, consomment du temps et sont empreintes d'incertitude, d'autant que les individus peuvent être tentés de faire de la rétention de l'information voire de la déformer. La firme va donc essayer de court-circuiter le marché comme mode d'allocation de ressources et coordination des activités.

Williamson reprendra les travaux de Coase en posant que la raison d'être de l'entreprise est de réaliser des économies sur les coûts de transactions. Williamson distingue :
- Les coûts de transaction ex ante qui correspondent à tous les frais et toutes les activités amont précédant la signature des contrats. Plus les marchandises sont standardisées à faible contenu informationnel plus ces coûts seront faibles.

  • Les coûts de transaction ex post qui correspondent à aux coûts d'administration de surveillance et de contrôle mis en place pour assurer le respect des clauses contractuelles, couvrir les différents aléas survenant dans l'exécution des contrats et éventuellement leur renégociation.

Le développement des NTIC a puissamment contribué à la diminution des coûts de transaction et à leur sécurisation. Ces deux facteurs contribuent depuis une dizaine d'années à donner un nouveau souffle aux réseaux d'entreprise et aux alliances entre les firmes. Elles transforment les conditions dans lesquelles sont collectées et accumulées et échangées les informations nécessaires aux différentes unités de l'entreprise.

2

De nouvelles économies d’échelles

La plupart des entreprises se recentrent sur leur métier d’origine pour bénéficier des réductions de coûts générés par la spécialisation et pour faire face à l’effort d’investissement nécessaire.

Exemple

Rhône-Poulenc vend ses activités pétrochimiques et se recentre sur les produits pharmaceutiques et phytosanitaires avant de devenir Aventis puis Sanofi-Aventis.

3

L'ouverture économique et la concentration

La concentration avec le marché commun a permis aux entreprises de résister à la concurrence. Depuis les années 1980, l’ouverture du marché des capitaux et le mouvement de déréglementation vont être à l’origine d’opérations de fusion-acquisition d’une ampleur croissante et inégalée. Les évolutions de l’appareil productif français sont particulières du fait des interventions de l’état. En 1981 Mitterrand déclare : « je nationalise pour qu’on ne m’internationalise pas ».

4

La course au gigantisme sur le marché mondial

L'exportation de capitaux à l’étranger a facilité et a accéléré le développement de certaines entreprises. En effet, il est plus facile et plus rapide de racheter une entreprise à l’étranger plutôt que de s’implanter à partir d’une création. La concentration est donc bien différente avec la mondialisation de ce qu'elle a été jusqu'aux Trente Glorieuses.

Désormais il y a une concentration de réseaux d’entreprises qui sont distinctes juridiquement mais qui sont concentrées au sein d’immenses groupes. Les IDE ont considérablement développé les activités des FMN, au point qu’un tiers du commerce mondial est aujourd’hui intrafirme.