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Chapitre 20 :
La détérioration des termes de l'échange

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La détérioration des termes de l'échange
I

La nature et l’origine du problème à l’égard des pays du TM

Dès le 19 ème siècle, Mill s'est préoccupé de l'équité entre les pays participant au commerce international. Depuis la Seconde Guerre mondiale, les pays du tiers monde seraient victimes d’un « effet de ciseau » défavorable : il y a une stagnation du prix des produits qu’ils exportent et une augmentation rapide des prix qu’ils importent.

Cela déséquilibre leur balance commerciale. Cette tendance à la « détérioration des termes de l’échanges » a été dénoncé par Prebisch en 1950. D’après ses calculs entre 1880 et 1938, les termes nets de l’échange des pays en voie de développement auraient baissé de 47%. En 1967, Castro usa d’un exemple devenu célèbre: en 1954, un pays du tiers monde devait vendre 14 sacs de café pour pouvoir acheter une jeep ; en 1962 il lui en fallait 39.

II

Le calcul des termes de l’échange et ses limites

A

Mécanismes de la détérioration des termes

Indice net des termes de l’échange = (indice des prix des produits exportés/indice des prix des produits importés) x 100.

Si ce rapport est supérieur à 100 alors les termes de l’échanges s’améliorent. Si ce rapport est inférieur à 100, il y a une détérioration des termes de l’échange.

Limites
  • Problèmes méthodologiques: dans la mesure où il faut construire des indices de prix à l’export et à l’import, il faut tenir compte de la structure des biens exportés et de celle des biens importés. Les matières premières conservent une qualité assez constante au cours du temps, ce qui n’est pas le cas des produits manufacturés dont les prix incluent des effets de qualité dus aux innovations et aux améliorations techniques.

  • Problèmes d’interprétation: une détérioration des termes de l’échange peut être dû à la réalisation de gains de productivité qui permettent d’exporter à moindre prix. Le pays peut donc escompter exporter plus.

En revanche dans d’autres cas, comme l’a expliqué Bhagwati, la détérioration des termes de l’échange peut conduire à une «croissance appauvrissante». Par exemple, pour un pays spécialisé dans des exportations essentiellement constituées d’un produit primaire, l’augmentation de la production de ce produit aura pour effet de faire baisser son prix par rapport à celui des produits importés. De cette détérioration des termes de l’échange, il résulte que le revenu additionnel obtenu par l’accroissement en volume des exportations est inférieur à l’accroissement des dépenses du au renchérissement relatif des importations.

B

Irrégularité de l’évolution des termes de l’échange dans le temps

Il apparaît que, si globalement le trend est à la détérioration des termes de l’échange des pays exportateurs de matières premières, ils se sont améliorés à certains moments, notamment lors des deux guerres mondiales, des deux chocs pétroliers et entre 2004 et 2008 avec l’envolée des prix des produits de base.

Pour Bairoch, l'analyse des termes de l'échange dépendent directement de la période de référence. Si on se situe par rapport au début des années 1950, ou au milieu des années 1970, où les cours des matières premières étaient élevés, on peut conclure à une détérioration des termes de l’échange des pays producteurs. Si on prend pour point de départ le début des années 1930, où les cours des matières premières étaient déprimés, on obtient le résultat inverse.

L’exemple du pétrole illustre à lui seul toute la difficulté d’une juste appréciation des évolutions de cours sur longue période. Si le prix de l’or noir a flambé à certains moment, à long terme le gain

des producteurs paraît moins certain. Analyse du cours du baril en dollar courant. En 1972 le baril valait 2$, en 1973 la guerre du Kippour fait monter le prix du Baril à 10$ et la guerre d’Afghanistan de 1979 le fait monter à 20$. Jusqu’en 2000 le baril s’est maintenu dans une fourchette comprise entre 5 et 10$ constant. La flambée des cours du brut entre 2006 et 2008 a porté son prix à près de 150$ en juillet 2008, mais celui-ci était retombé à 34$ en février 2009. Depuis ce cours oscille essentiellement entre 70 et 100$ avec un pique à 50$ en janvier 2015.

Fondée en 1960, lors de la conférence de Bagdad, l'OPEP (organisation des pays exportateurs de pétrole), qui compte aujourd’hui 12 états membres, tente d’influencer les cours par une politique de cartel. Les membres sont : Algérie, Angola, Libye, Nigeria, Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Irak, Iran, Koweït, Qatar, Equateur, Venezuela. Agissant officiellement pour réguler le cours de l’or noir, l’OPEP a pour motivation réelle d’assurer la meilleure rémunération possible à ses membres. Lorsque le cours baisse ils poussent à la diminution des quotas.

Concurrencée par des pays non membres (Angola, Equateur, Gabon, Mexique, Russie et ses anciens satellites), l’OPEP n’assurait plus en 2008 que 42% des ventes mondiales de pétrole. Par ailleurs, les spécialistes de l’économie pétrolière prédisent la « fin » de cette source d’énergie car les réserves actuellement connues correspondent à environ 40 années de conso au rythme actuel.

Il n’en reste pas moins vrai que la tendance séculaire à la détérioration des termes de l’échange pour les matières premières et les produits agricoles ne fait guère de doute.

III

Les causes de la détérioration des termes de l’échange

Prebisch il demeure plusieurs facteurs :

  • La demande est généralement plus favorable aux produits industriels qu’aux produits primaires

  • Le progrès technique dans les pays développés permet la réalisation de profits monopolistiques et donc des augmentations de salaires. Pour les pays en développement, les gains de productivité bouchent le plus souvent sur des baisses de prix de leur exportations.

A

La position néoclassique

L’évolution des termes de l’échange s’expliquent par les caractéristiques des marchés internationaux de produits primaires sur lesquels se rencontrent généralement :

  • Une forte élasticité prix du côté de l’offre de biens. Une hausse de cours est susceptible de provoquer une augmentation rapide des quantités proposées. Pour s’assurer des recettes d’exportations plus abondantes, ou pour les maintenir en cas de chute des cours, les pays du tiers monde ont tendance à accroître le volume de leur production et contribuent à déséquilibrer davantage les marchés en leur défaveur. Les pays de l’OPEP, en raison de leur dissension, en ont fait l’expérience au milieu des années 1980.

  • Une plus faible élasticité-revenu des mêmes biens. Cette dernière peut s’expliquer par des effets de substitution et par la dynamique différentielle des besoins. Exemple : les fibres synthétiques remplacent la soie, le coton, etc. La demande de produits agricoles augmente moins vite que celle des produits manufacturés, c'est pourquoi on parle de dynamique différentielle des besoins.

Du fait du caractère irrégulier de la demande internationale de ces produits, laquelle dépend étroitement de la conjoncture économique dans les pays importateurs, l’instabilité des cours est fréquente. On l’a vérifié avec la « crise des subprimes » avec une chute de près de moitié de l’indice mondial du cours des matières premières entre le premier et le second semestre 2008.

B

Les interprétations structuralistes et néo-marxistes

Ratzel relie la détérioration des termes de l’échange aux mécanismes de la domination économique

exercée par les pays du Nord. Il réalise une analyse centre-périphérie pour schématiser cette dichotomie Nord-Sud. Au centre, le Nord a la maîtrise du progrès technique et dispose de capitaux importants. Autour du centre on retrouve le sud, en périphérie, qui ne dispose pas de ces atouts.

Emmanuel, quant à lieu, développe la théorie de l’échange inégal. Il applique la théorie de la valeur travail aux conditions de l’échange international. Il part du constat qu'il y a une forte inégalité du salaire horaire entre les pays du Nord et les pays du Sud. Lorsqu'un pays exporte l'équivalent de X € de travail en exportant ses marchandises et qu'il importe pour X € de travail en important des marchandises, il s'approprie des quantités de travail en provenance du Sud de plus en plus importantes. Les exportations des pays développés a destination des pays en développement incorporent moins d'heures de travail que les importations en provenance de ces mêmes pays, du fait d'une productivité plus élevée. Cet échange inégal entraîne un transfert de valeur et un surprofit pour les firmes des nations développées. Il s’opérerait donc un transfert de valeur du Sud vers le Nord, du même type que celui décrit par Marx à l’intérieur de l’entreprise entre le prolétaire et le capitaliste.

Limites

Cette thèse a été vivement contestée.

  • Elle suppose d’admettre la validité de la théorie de la valeur-travail

  • D’après le «paradoxe de Leontief», les exportations des pays développés incorporent des quantités de travail plus importantes que celles que l’on imaginait au départ
  • Cette théorie a été largement démentie par les faits, la réussite des NPIA (nouveaux pays industrialisés d'Asie) depuis les années 1980 prouve qu’un travail plus faiblement rémunéré que dans les pays occidentaux peut constituer un facteur de développement et de rattrapage économique
Définition : Paradoxe de Leontief

Le paradoxe de Leontief remarque que les pays développés, dotés en facteur capital, importent des biens intensifs en capital et que leurs exportations sont plus riches en facteur travail que leurs importations.

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