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Chapitre 1 :
Internationalisation, mondialisation ou globalisation

Internationalisation, mondialisation ou globalisation

Distinction des termes :

  • L'internationalisation fait référence à une interrelation

  • La mondialisation fait référence à une interdépendance

  • La globalisation fait référence à une intégration

I

L’internationalisation

A

Définition

Au sens strict, l'internationalisation s’applique au développement des échanges commerciaux de biens et de services. Au sens large elle inclut également certains investissements réalisés à l’étranger ou venant de l’étranger (IDE) dans le cadre d’activités directement productives. On parle alors d’internationalisation de la production. La caractéristique essentielle de ces flux est l’établissement de liens d’interrelations entre ceux-ci. Il y a internationalisation des échanges lorsque les échanges extérieurs progressent plus rapidement que le PIB du pays.

Reich remarquant que de nombreuses décisions économiques se prennent désormais au sein des multinationales ou au sein de régions (comme la Silicon Valley) qui n’ont pas nécessairement de statut politique ou administratif.

B

L'Etat-nation

Définition : Etat-nation

L'Etat-nation est un concept théorique désignant la juxtaposition d'un Etat, en tant qu'organisation politique, à une nation , c'est-à-dire des individus qui se considèrent comme liés et appartenant à un même groupe.

Cette idée naît en Europe avec les traités de Westphalie en 1648 et se renforcent avec la constitution américaine en 1787 puis avec la Révolution Française en 1789.

Définition : Traités de Westaphalie

Les traités de Westphalie conclurent la guerre de Trente Ans et la guerre de Quatre-vingts ans le 24 octobre 1648. Ils sont à la base du système westphalien, expression utilisée à posteriori pour désigner le système international spécifique mis en place, de façon durable, par ces traités.

Au XIXème siècle, des événements politiques comme l’unité Allemande Zollverein et l’unité Italienne sont également des manifestations de l’Etat-nation.

Mais la référence étatique dans l’économie est loin d’être disparue. La présentation des statistiques par les grandes organisations internationales repose sur une distinction nationale. Lors des grandes négociations commerciales internationales comme l’Uruguay Round (86-94) ou les derniers sommets de l’OMC, il a été possible de mesurer à quel point les affrontements inter-étatiques demeurent présents. Contrairement à une idée reçue, l’existence des paradis fiscaux n’est pas le signe d’un effacement des États-nations mais tire précisément avantage des écarts de législations fiscales, financières et sociales entre les Etats.

II

La Mondialisation

Définition : Mondialisation

La mondialisation est une interdépendance économique grandissante entre les parties du monde.

La mondialisation est un processus multidimensionnel qui renvoie à :

  • De nouvelles stratégies des FMN et le développement des NTIC

  • La diversification des mouvements internationaux de capitaux

  • La construction d’une demande mondiale de biens et la multiplication des échanges

  • La prescription sur tous les continents d’un certain type de politiques économiques d’inspiration néo libérale

  • La multiplication des flux migratoires inter et intra continentaux

  • La large diffusion de certains modèles culturels

A

Les manifestations de la mondialisation

Au cours des années 1980 et 1990 les IDE ont connu une véritable explosion. Ils ont augmenté de 20% entre 1980 et 2001. La politique des grandes FMN a évolué, elle est passée d’une stratégie multinationale à une stratégie globale.

Ford, compagnie fondée en 1903, est devenue au cours des années 1990 un des symboles de la firme « globale » contemporaine. En 1993, le lancement de la « Mondéo » a marqué sa volonté de conquérir une vaste clientèle dans le monde entier.

C’est l’économiste américain Levitt qui fut le premier à utiliser le terme « mondialisation » dans son sens moderne c'est-à-dire l’uniformisation de la demande et la convergence des marchés à l’échelle mondiale sous l’effet de l’activité des grandes FMN. De même, la recherche et développement est apparue aux Etats-Unis au début des années 1940, en relation avec le développement des processus d’innovation.

La recherche peut se décomposer en deux pôles :

  • Recherche fondamentale :élargissement des connaissances scientifiques

  • Recherche appliquée : réalisation d’inventions, de produits ou de procédés nouveaux

Pour Reich, la firme en réseau a succédé à la firme organisée de manière pyramidale et bureaucratique, typique de la production de masse qui a prévalu après la seconde guerre mondiale. Cette transformation s’explique par le besoin de répondre à une demande qui provient de marchés géographiquement plus nombreux et qui se diversifie. La réaction des entreprises a alors consisté à rechercher une plus grande souplesse d’organisation et des structures décentralisées permettant de répondre rapidement aux sollicitations d’une demande internationale changeante.

La mondialisation renvoie aussi à la diffusion, depuis les années 1980, d’un type de politique économique, qualifié de néo libéral. Entre les années 1840 et la Première Guerre mondiale, il s’est produit une grande vague d’immigration, essentiellement dirigée vers les Amériques. Le nombre annuel d’immigrés était alors passé d’environ 300.000 à plus d’un million au début des années 1900. Puis, à partir de 1921, le pays a instauré des mesures restrictives telles que des politique de quotas d’immigration, etc. Le pays connaît une seconde vague d'immigration en 1970. La nouveauté du phénomène réside dans la diversification de l’origine des flux migratoires qui se situent désormais en Amérique Latine, au Moyen-Orient, en Asie et ceux provenant d’Europe ont décru.

B

Anciennes et nouvelles frontières économiques

Si les frontières politiques sont centrales dans les raisonnements théoriques et les présentations statistiques, il n’en est pas toujours de même dans la réalité économique. L'émergence d’une nouvelle économie mondiale repose sur l’affaiblissement, l’effacement, voire le dépassement de la notion de frontière au sens traditionnel. Les zones de pouvoir structurent de nouveaux espaces économiques. Lösch distinguait la frontière économique assimilable à une couture, de la frontière politique assimilable à une coupure.

Les FMN sont capables d’exercer de fortes pressions politiques sur les pays d’accueil. Elles peuvent dresser des barrières à l’entrée de nouveaux concurrents. Exemple : stratégie de contrôle du marché européen de la grande distribution. La fin des années 1980 a vu se multiplier de gigantesques opérations de fusions-acquisitions (exemple: Daimler-Chrysler en 1998). Dans les secteurs concernés ces pratiques marquent le déclin de la référence aux champions nationaux.

La mondialisation contribue donc à l’émergence de nouveaux espaces économiques qui tendent à supplanter ceux des Etats-Nations.

Sassen a mis en avant la notion de « ville globale » comme New-York, Londres et Tokyo. Ces trois pôles ont tendance à s’autonomiser à l’égard de leurs espaces nationaux respectifs pour constituer les nœuds d’un vaste réseau financier, décisionnel et communicationnel couvrant le monde entier. Ces villes millionnaires sont cependant le lieu d’importantes ségrégations économiques et sociales.

Pour Castel, la nouvelle organisation productive liée à la mondialisation est responsable d’une aggravation des phénomènes de précarisation et de désaffiliation.

Définition : Désaffiliation

La désaffiliation est un processus exposé par Castel qui correspond à la dissolution du lien social en raison de l'absence de travail et de l'isolement social.

III

La globalisation

A

Un monde plus intégré

Selon Boyer, les économies nationales sont soumises à un double mouvement de décomposition/recomposition. Du fait de l’extrême mobilité des facteurs de production, des capitaux, de la stratégie mondiale des principales FMN et des grandes banques, des réseaux qu’elles forment à l’échelle de la planète, l’économie nationale se rapproche d’un système venant se superposer, voir s’imposer aux Etats-Nations. On en vient alors à évoquer l’existence d’un village planétaire.

La globalisation financière a commencé avec l’éclatement du SMI, le développement des marchés d’eurodollars et le recyclage massif des capitaux dans les années 1960.

Définition : Euro-dollars

Les euro-dollars sont des dépôts bancaires déposés dans une banque située en dehors du territoire des Etats-Unis et libellés en dollars.

Définition : Marché de l'euro-dollar

On définit le marché des euro-dollars comme un marché de prêt et d'emprunt à court terme dont les intermédiaires sont des banques situées en dehors des Etats-Unis et dont les conditions sont distinctes de celles du marché de New York.

Elle s’est poursuivie par la libéralisation des activités bancaires et financières. Cette mutation a provoqué une autonomisation du champ des opérations financières par rapport aux espaces économiques nationaux. Cette globalisation financière repose d’une part sur la forte mobilité internationale des capitaux et d’autre part sur une plus grande substituabilité entre les actifs financiers.

Bourguinat distingue l'intégration verticale et l'intégration horizontale des marchés de capitaux.

Définition : Intégration verticale

Elle concerne les marché de capitaux, le marché monétaire, le marché des changes perméables les uns aux autres.

Définition : Intégration horizontale

Elle qualifie la mise en concurrence internationale.

La globalisation au sens large du terme, progresse également grâce à la diffusion des nouvelles technologies de l'information et des communications (NTIC). Celles-ci concourent à l’édification de réseaux planétaires. De 26 millions en 1995, le nombre mondial d’internautes est passé à 2 milliards en 2010. La globalisation se manifeste aujourd’hui par la prise de conscience de menaces et de problèmes à dimension planétaire.

B

Un village planétaire ?

A l’heure actuelle la mondialisation est plus un processus qu’un état et l’expression «village planétaire» peut s’avérer trompeuse.

La situation de « non SMI » que les économies connaissent depuis 1973 débouche sur une grande instabilité des taux de change, des risques de change accrus pour les entreprises et les banques.

La Triade est constituée de pôles non-homogènes :

  • L'Union européenne est encore en construction et il y a de nombreux blocages institutionnels

  • ALENA: accord uniquement commercial et en partie dirigé par les Etats-Unis

  • ASEAN: amorce d’intégration en direction du pôle asiatique mais pas en direction du Japon et de la Chine

Une véritable globalisation des économies supposerait une gouvernance internationale qui reste à instaurer. Dès 1972, Tobin avait préconisé, afin de désamorcer les mouvements spéculatifs, d’instaurer une faible taxe (environ 0,5%) prélevée sur les opérations de change. Le Comité de Bâle, constitué au sein de la Banque des Règlements Internationaux (BRI) et rassemblant les gouverneurs des principales banques centrales, travaille à la définition de règles internationales s’imposant aux banques de second rang.

Bien que les NTIC soient le symbole de la globalisation, il existe une fracture numérique. Exemple : 10,4% de la population en Afrique avaient internet en 2010 contre 77% en Amérique du Nord.

Cohen dénonce les peurs qui attribuent à la mondialisation l’origine des crises que connaissent les pays riches. C’est au sein du monde du travail qu’il convient de rechercher l’origine de maux attribués à la mondialisation. En France et aux Etats-Unis, seule une faible proportion de la population active de ces pays, de l’ordre de 2 à 3% est soumise à une réelle concurrence salariale des pays du Sud. Plus que la mondialisation, c’est l’évolution des technologies de production dans nos pays, une segmentation plus affirmée du marché du travail et une plus grande précarité de l’emploi qui sont à l’origine de la montée des inégalités et du chômage. Dans ces conditions, le discours sur la mondialisation n’a-t-il pas essentiellement pour fonction de dissimuler les conséquences de l’affaiblissement du mode d’organisation de la production.

Comme le dit Cohen, "sous le voile de la « mondialisation » il s’agit bien d’une profonde révolution intérieure de nos modes d’organisation de la production.".

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